DE LA PHILOSOPHIE DES JUIFS, APRÈS LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE
Dans cette longue captivité , les Juifs confondus , dispersés parmi les Ghaldéens et les Perses, s'accoutumèrent insensiblement aux usages de ces infidèles , et adoptèrent leurs idées; ils perdirent, en partie, leurs propres traditions, leur religion, et emportèrent avec eux comme une teinte de rouille, qui ne les quitta jamais tout-à-fait. Leur langage, après cette dure oppression , fut un mélange d'hébreu et de chaldéen. Jusqu'à leurs anciens caractères furent changés : ils ne se trouvent plus que dans le Pentateuque des samaritains.
Cependant il y eut toujours, chez cette nation, qui ne cessa jamais d'être nommée le peuple de Dieu , des hommes instruits , sages , prudents , courageux ; ces hommes s'opposèrent aux désordres et au relâchement , empêchèrent les erreurs de prévaloir et maintinrent la saine doctrine. On doit compter parmi eux , en première ligne , Aggée et Malachie, Esdras et Zorobabel , Néhémie et Salathiel. C'est à Esdras, prêtre de la loi, fort instruit, qu'on doit au
moins l'un des deux livres qui portent son nom ; on lui doit aussi la correction des autres livres canoniques , qui avaient dû souffrir, en quelques points, dans ces temps calamiteux. Esdras était un sage , digne d'en porter le nom; il rendit aux Juifs les plus éminents services.
JXéhémie , non moins distingué , mérita de lui être associé. L'un et l'autre ayant gagné les bonnes grâces d'Artaxerce- Longuemain , durant la captivité , obtinrent de lui la permission de retourner à Jérusalem avec ceux qui voudraient les suivre , de relever les murs de cette cité et d'en rebâtir le temple. Ils mirent un grand zèle à instruire le peuple, à réformer les mœurs et a corriger les abus.
La nation , ainsi rétablie dans le pays de ses ancêtres , fut petite d'abord , opprimée de toutes parts et tributaire des rois de la Perse. Peu à peu elle se fortifia et prit de l'accroissement : elle devint, sous le gouvernement du grand-prètre , assisté des 72 anciens , qui composaient son conseil , une république florissante , toujours néanmoins dépendante de la Perse. Pendant 500 ans, il ne se passa rien de remarquable que nous connaissions.
Dans cet intervalle parut , sans que nous sachions précisément à quelle époque , un livre précieux , écrit en grec , connu sous l'unique titre De la Sagesse. Ce livre contient des dogmes importants , qui n'avaient point été aussi clairement exprimés dans la loi et les prophètes ; tels que l'existence de la vie future , l'éternité des peines et des récompenses , la rigueur des jugements de Dieu sur les grands
comme sur les petits , le néant des créatures , les illusions du monde , la vanité des idoles et du culte qu'on leur rend l'excellence et les avantages de la sagesse : il renferme de sublimes préceptes de morale , auxquels la raison ne peut qu'applaudir , et qui développent de plus en plus l'admirable doctrine de Moïse.
Vers l'an 350 avant J. C. , Alexandre-le-Grand s'étant rendu maitre de la Judée et des pays environnants , les Juifs passèrent sous la domination des Macédoniens , puis des Syriens et des Egyptiens : ils éprouvèrent d'intolérables vexations. Cependant ils ne cessèrent pas de montrer un attachement invincible à la vraie doctrine et à la religion de leurs pères.
Environ 480 ans avant J. C, Antiochus Epiphane, roi de Syrie, les attaqua avec fureur , et entreprit de les faire renoncer aux pratiques de la loi de Moïse ; il les persécuta à outrance , exerçant les plus indignes cruautés contre ceux qui refusaient de se soumettre à ses ordres impies. Nous connaissons la mort héroïque du vieillard Eléazar , des sept frères Machabées et de leur courageuse mère. Ces derniers, honorés par l'Église comme martyrs , sont les premiers , dans l'Histoire Sainte , qui soient morts en confirmation de la doctrine qu'ils professaient. Ils ne pouvaient montrer une plus forte conviction.
Le prêtre Mathathias et ses intrépides enfants , connus sous le nom générique de Machabées , forment la résolution de repousser par la force ces sacrilèges atrocités : ils appellent
à leur secours ceux qui avaient, comme eux , le zèle de la loi de Dieu. Par mille prodiges de valeur, ils brisent le joug tyrannique du cruel Antiochus , délivrent le peuple de l'oppression, purifient le temple, rétablissent le culte du vrai Dieu , maintiennent l'antique doctrine et en assurent la perpétuité.
Cette doctrine fut effectivement enseignée et pratiquée , sous les Asmonéens (4) , qui gouvernèrent la nation pendant 126 ans. Ces princes réunirent la souveraine sacrificature àla puissance temporelle, et exercèrent une grande influence. Dans cet intervalle , les deux livres des Machabées , dont on ignore l'auteur ou les auteurs, furent publiés. Ils contiennent, en style noble et élevé , l'histoire delà perséculion d'Antiochus et des guerres si énergiquement soutenues par les enfants de Mathatbias. On y trouve la même doctrine religieuse que dans les autres livres sacrés , et de précieuses vérités clairement énoncées , qui nous font connaître la foi de ce temps-là ; par exemple , l'utilité de la prière pour les morts et la résurrection des corps (2).
Peu auparavant, et peut-être du temps d' Antiochus, Jésus, fils de Sirach, composa, en hébreu vulgaire, un excellent ouvrage, rempli des plus beaux préceptes de morale : c'est l'Ecclésiastique, livre qui fut traduit en grec par le petit-fils de l'auteur, et est compté au nombre de nos
(i) Ces princes furent ainsi appelés d'Asmonée, aïeul de Mathathias. (2) II Mach. 7 et 12. 43.
livres sacrés. 11 renferme une foule de maximes infiniment sages , et des instructions admirables pour toutes sortes de personnes , selon les différentes conditions où elles peuvent se trouver.