DE L'ÉCOLE MÉGARIQUE
Euclide , de Mégare , autre que le fameux mathématicien né aussi à Mégare , mais plus tard , avait d'abord puisé le goût de la philosophie dans les écrits de Parménide et de quelques pythagoriciens. S'attachant ensuite à Socrate , il montra une telle ardeur à profiter de ses leçons, que durant une guerre entre les Mégariens et les Athéniens , ne pouvant paraître ostensiblement a Athènes, il prenait des habits de femme et faisait dix lieues pour aller entendre ce philosophe pendant la nuit.
Après la mort de son maître, il se fixa à Mégare, sa patrie, et y devint chef d'une école, qui fut appelée méga-
rique. Cette école fut aussi nommée érislique, parce qu'on s'y occupait beaucoup plus de disputer que de chercher la vérité.
Euclide retenait la doctrine de Socrate sur la morale ; mais, pour l'expliquer, il se servait de formules obscures et souvent inintelligibles; par exemple , il disait qu'il n'y a de bien que ce qui est un , ce qui est semblable , ce qui est toujours , ce qui est le même. Aussi qu'arriva-t-il ? A la méthode simple , grave et lucide que Socrate employait avec tant de succès , il substitua de vaines subtilités et tomba dans de misérables niaiseries.
Eubolide , son successeur, inventa les sept sophismes , qui se trouvent dans plusieurs auteurs scolastiques , sous les noms suivants : Mentlens , Occullus , Eleclra , Velalus , Sorties, Cornutus, Calvus. Pour en donner une idée, voici le sens du premier : Si en énonçant la vérité , vous dites , je mens , vous mentez réellement : mais en disant je mens , vous énoncez une vérité ; donc en disant la vérité vous mentez. Diogène Laërce assure que Chrysippe, le stoïcien , fit six livres sur ce seul sophisme. Athénaùs et Suidas rapportent que Philétas , de Coos , travailla tellement pour le résoudre, qu'il en mourut de chagrin (1).
Les autres , si on excepte le Sorite , ne sont pas d'une plus grande importance , et ne méritent pas même d'être exposés ici.
Les plus célèbres philosophes de Fécole mégarique , après
(1) Bruckcr, t. 1 p. 614.
Euclide et Eubolide, sont : Alexinus, grand disputeur , qui voulut fonder une nouvelle secte à Olympie et ne put réussir; Diodore , surnommé Cronos , fameux par ses subtilités ; Stilpon , plus fameux encore. Celui-ci rejetait les idées générales et soutenait que nous ne pouvions rien connaître que par intuition. Accusé d'impiété envers les dieux, il fut chassé d'Athènes par décision de l'Aréopage.
Ces philosophes avaient composé différents ouvrages qui sont tous perdus.
DE L'ÉCOLE ELIAQUE ET EKETRIQUE.
Phoédon , un des plus chers disciples de Socrate , retint fidèlement la doctrine de son maître , sans y faire aucun changement que nous connaissions. Son école cependant porta le nom d'Élée, ville du Péloponèse, parce qu'il y avait vu le jour et qu'il y enseignait.
11 eut pour successeur Plislanus , dont nous ne savons rien de plus; ensuite Ménédème, qui transporta cette école à Érétrie, ville d'Eubée, sa patrie. De là cette école reçut un nom eau nom et fut appelée érétrique.