‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 41 sur 100 · DU PLATON KT DE L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

DU PLATON KT DE L'ACADÉMIE

Platon, né a Athènes, d'une famille distinguée, l'an 429 avant J.-G. , se livra d'abord à l'étude de la grammaire, de la peinture , de la musique et de la poésie. À 20 ans , il s'attacha à Socrate , suivit ses leçons , avec assiduité , pendant huit ans , et fut , sans contredit , le plus illustre de ses disciples.

Après la mort de Socrate , il se retira à Mégare , chez Euclide , étudia , sous lui , la dialectique et passa dans la Grande-Grèce, pour y entendre les pythagoriciens. 11 visita l'Egypte , y consulta les prêtres , dépositaires de la science dans ce pays , et fit plusieurs voyages en Sicile. Deux fois il parut devant Denys le Tyran , et l'ayant blessé par ses maximes contre la tyrannie , il ne dut sa liberté qu'aux prières de Dion.

Revenu à Athènes , il commença un cours public de philosophie , dans un jardin planté d'arbres et fort agréable , situé à 750 pas de la ville ; ce jardin appartenait a un nommé Académus ou Hécadémus , d'où est venu le nom d'académie donné à cette école. De-là aussi est venu l'usage , chez nous , d'appeler académies les réunions d'hommes savants ,

certaines écoles célèbres, et des branches d'administration du corps enseignant, tel qu'il est maintenant constitué.

Par ses manières aisées et gracieuses , Platon se conciliait la bienveillance de ses auditeurs, les attirait en foule et eut un succès prodigieux. Tout le monde admirait son éloquence et sa facilité : son langage était si pur , si soigné , qu'on avait accoutumé de dire que si Jupiter parlait grec, il ne parlerait pas autrement. On le surnomma l'Abeille attique , à cause de son goût et de son élégance. Comme ses écrits respirent une morale pure , douce , sublime , on lui a aussi donné Fépithètc de divin.

La plupart de ses ouvrages nous sont parvenus dans leur intégrité. Excepté 15 lettres, où il rend compte de ce qui se passa entre Denys le Tyran et lui , le reste est en forme de dialogues , au nombre de 55. Socrate , qui y fait presque toujours le principal personnage , y enseigne sa morale et la soutient par de bons raisonnements. Cependant Platon lui prête souvent des pensées et des expressions visiblement tirées des écoles pythagoriciennes ou éléatiques.

Que pensait-il lui-même au juste? 11 est assez difficile de le bien savoir : car faisant paraître des interlocuteurs , à qui il prête un langage conforme à leur situation respective , il ne montre qu'indirectement ses propres opinions.

D'ailleurs , il avait une double doctrine qu'il avait puisée chez les pythagoriciens , ou , plus vraisemblablement , chez les Egyptiens ; l'une, extérieure et publique ; l'autre , occulte et destinée aux seuls initiés .

Pour la forme , ses dialogues sont des chefs-d'œuvre de

délicatesse et de goût : les personnages y gardent admirable ment le rang et le ton qu'exigent les convenances. Quant au fond , il n'en est pas de même : la plupart de ces dialogues ne sont point terminés. Souvent le sens est vagué , entortillé , suspendu. Les savants croient y apercevoir des indices de cette doctrine secrète qui ne s'enseignait jamais que de vive voix , et avec les précautions nécessaires , pour qu'elle ne parvînt qu'à ceux qui en étaient jugés dignes.

L'objet de cette doctrine, selon toute apparence, était l'unité de Dieu , et par conséquent , la vanité des superstitions vulgaires. Le sort qu'une telle doctrine avait attiré à Anaxagoras et à Socrate faisait à Platon une loi d'être circonspect j afin de ne pas s'exposer aux mômes rigueurs. Peutêtre aussi pensait-il comme les prêtres égyptiens , et comme la plupart des orientaux , que le peuple ignorant n'étant

point capable de comprendre ces sublimes vérités, il valait mieux les lui cacher.

Dans ces dialogues , on trouve un grand nombre d'idées de Pythagore , d'Heraclite et de Socrate. Au milieu de cet assemblage , comment démêler ce qui est propre à Platon? cela n'est pas toujours facile. Ce philosophe montre, en outre, un certain penchant à confondre , par une sorte de syncrétisme , tous les systèmes antérieurs à lui.

Quoiqu'il en soit, voici une analyse succincte de sa doctrine, autant qu'on en peut juger en rapprochant et en comparant les uns aux autres les différents endroits où elle se trouve. On peut , pour plus grande lucidité , la diviser en trois parties , la dialectique , la théorie et la pratique.

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