‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 43 sur 100 · DE LA THÉORIE · texte numérisé non relu

DE LA THÉORIE

Cette partie de la philosophie de Platon renferme ce qu'il pensait touchant la cosmologie , la métaphysique , les mathématiques et la physique.

l.° Cosmologie. Dans son Timée, dialogue qui roule sur la nature du monde , Platon pose le principe , si connu des anciens, auquel lui-même revient souvent : Rien ne se {ail de rien. De ce principe admis comme évident et sans preuve , il conclut qu'il existe deux causes éternelles , infinies et indépendantes : l'une active , qui a tout fait , et l'autre passive , de laquelle tout a été fait. La première de ces causes est intelligente, sage, libre, parfaite en tout genre; la seconde est le chaos immense , troublé , agité en tout sens et ne présentant que désordre. Voilà bien Dieu et la matière.

Dieu ayant librement conçu le dessein de faire le monde , en se servant de la matière existante , opéra sur elle , la coordonna le mieux qu'il pût , et en fit cet univers que nous

voyons : mais la matière s'étant montrée souvent rebelle à l'opération divine, l'ouvrage est resté imparfait en plusieurs points. Ce mal ne vient point de Dieu et ne peut lui être

imputé.

Dieu est donc la cause intelligente , active , libre de toutes les choses spirituelles et temporelles existantes . la source des perfections qui sont en elles , le père et l'architecte du monde. On parvient difficilement à le bien connaître ; il est plus difficile encore de le faire clairement connaître , tant il est grand et inaccessible.

Cependant l'ordre admirable qui règne dans le monde ne permet pas, à ceux qui réfléchissent, de nier que tout cela ne soit l'effet d'une cause éternelle , unique , infinie, libre et toute puissante ; que cette cause ne préside à tout et ne gouverne tout.

Voilà, sans doute, de belles idées de la divinité; mais comment les accorder avec une matière rebelle, avec des imperfections que les efforts divins ne peuvent empêcher?

2. Métaphysique : Dans la suprême raison de Dieu se trouvent les idées éternelles , subsistant par elles-mêmes, nécessaires, invariables, archétypes de toutes les choses existantes , futures et même possibles.

Ce principe , quoique puisé substantiellement chez les pythagoriciens , est le caractère distinctif de la philosophie de Platon. Toutefois nous ne comprenons guère quelle est la nature de ces idées subsistantes par elles-mêmes.

Dieu ayant formé le monde , lui donna pour l'animer, le

conduire et le gouverner, une âme qu'il tira de sa substance par émanation. L'univers est donc un immense animal ; les différents corps sont les membres de cet animal , et l'âme universelle le rend vivant.

Cette âme , bonne primitivement , a été viciée par son contact avec la matière. Elle a deux parties; l'une toujours pure, qui dirige ce qui est bien ; l'autre, entachée des vices de la matière , préside au mal , l'aime , le recherche et le produit tant qu'elle peut.

Les savants conviennent que cette théorie est fort obscure dans les œuvres de Platon. Mais il est certain que ce grand philosophe donnait au monde physique une âme universelle , d'origine divine , qui animait l'univers et n'en faisait qu'un tout. Le monde ainsi composé pouvait donc être regardé , en quelque sorte , comme le fils de Dieu. Les plus nobles parties , telles que la terre , le ciel , les astres , étaient donc des dieux , puisque l'âme universelle y faisait sa principale résidence. Néanmoins ces dieux de second ordre n'existant que par émanation , n'avaient rien d'eux-mêmes et ne pouvaient rien qu'en vertu des facultés qui leur avaient été communiquées. Dès lors , n'ayant point l'éternité en partage , ils ne pouvaient être, aux yeux d'un esprit juste et pénétrant , que créatures et rien de plus.

Nous voyons par là ce que Platon , tout en se conformant pour l'extérieur aux idées du vulgaire , devait enseigner, dans le secret , lorsqu'il n'avait pas à craindre d'être accusé et condamné comme impie.

Admettant des démons ou des esprits répandus partout

l1 univers , il leur assignait des fonctions spéciales à remplir ; mais on comprend peu ce qu'il dit là-dessus.

Les âmes humaines , émanées de l'âme du monde , sont bonnes ou mauvaises, selon qu'elles participent à la partie saine ou à la partie viciée de l'âme du monde. Toutes ont été produites dès le commencement et placées dans les astres : elles font partie du monde intelligible , c'est-à-dire , des idées éternelles, et sont soumises au destin. Le destin les fait tomber successivement dans les corps , et les y unit à la matière.

A la mort, si elles sont pures , elles remontent dans les astres pour y être heureuses. Si elles ne sont pas pures , elles passent dans d'autres corps , plus ou moins ignobles , pour s'y purifier, avant de retourner au centre d'où elles sont parties.

Dans l'homme , il y a trois principes ; l'un d'intelligence , qui est dans la tête ; l'autre de colère , qui est dans la poitrine ; et le troisième de cupidité et d'inclinations basses , qui réside dans la région gastrique. Sont-ce trois âmes ou trois facultés de la même âme? Cela n'est pas clair. Quelle que soit l'opinion qu'on adopte , il restera toujours dans les expressions du grand philosophe , une impénétrable obscurité à ce sujet. Cicéron se moque de celte distinction (1).

5.° Mathématiques et physique. Platon recommande l'étude de l'arithmétique , de la géométrie et de l'astronomie , comme moyen d'obtenir des notions générales , de contera-

$i) Quest. Tuscul. , 1. t., n. 19 et suiv.

pïer les objets intellectuels et de s'élever jusqu'à la suprême intelligeuce , source éternelle de tout ce qui existe.

Le peu que nous trouvons dans ses écrits sur la physique nous fait assez voir qu'il n'y était pas fort habile. Le monde étant pour lui un grand animal vivant , il ne voyait dans les objets physiques que les membres de cet animal. Faisant dériver le mouvement , dont l'existence ne peut être contestée , de l'âme du monde et primitivement de la suprême intelligence , il soutenait que ce mouvement , considéré dans sa généralité , était unique et formé de sept mouvements différents.

Dieu voulant former le temps et donner des règles pour le mesurer, créa le soleil, la lune et les sept étoiles qu'on appelle errantes. À chacun de ces corps il imprima un mouvement qui lui est propre. De l'harmonie de ces corps en mouvement résulta le mouvement général .

La terre , liée au pôle dans toute son étendue , est la régulatrice invariable des jours et des nuits. On doit la regarder comme le plus ancien des dieux engendrés.

Les animaux dont elle est peuplée ont été formés par les dieux inférieurs; ces dieux agissaient en vertu du pouvoir qu'ils tiennent de la cause première.

Le monde ne périra jamais et ne se détériorera point. Dieu, souverainement bon et parfait, l'a produit pour durer éternellement tel qu'il est. Néanmoins il doit passer par certaines périodes que l'âme universelle dirige , comme elle gouverne les événements ordinaires.

Page 1