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DE LA PRATIQUE

Par la philosophie pratique de Platon il faut entendre la morale et la politique.

I .° Morale. Socrate partait du sentiment moral qui est en nous. Platon remontant à la nature même de Dieu , en faisait dériver l'obligation qui nous est imposée de faire le bien et de fuir le mal. Dieu est notre principe , puisque nous venons de lui : il est aussi notre fin. C'est donc en lui que consiste notre bonheur.

Dieu nous prescrit d'agir d'une manière digne de lui : la règle générale de notre conduite morale est donc de l'imiter, ou de tendre , par nos efforts , à lui devenir semblables.

Le bien moral a son principe fondamental dans les idées éternelles et invariables , comme les objets physiques y ont leur type : il suit de-là que le bien suprême de l'homme se trouve dans la connaissance de ce bien primitif; nulle chose ne peut donc être bonne , qu'à raison du rapport qu'elle a avec ce bien essentiel.

Ce qui n'est ni honnête , ni utile , ne peut jamais être bien ; ce que les hommes regardent comme bien ne peut l'être qu'autant qu'il est joint à la vertu.

La vertu mérite d'être recherchée pour elle-même : ceux qui la possèdent sont toujours heureux , même dans les calamités et les oppressions ; les vicieux , au contraire , sont malheureux jusque dans les plus brillantes prospérités.

Trois principales vertus répondent aux trois parties de

ràtiie : la prudence , a la partie raisonnable ; la force , à la partie irraseiblc; la tempérance, à la partie inférieure. La justice les réunit toutes les trois , les coordonne et les maintient dans leurs fonctions respectives.

L'homme est juste , si la raison commande et est fidèlement obéie ; mais il n'arrive point à ce degré tout d'un coup. L'âme , enfermée dans la prison du corps , a besoin d'être instruite , formée , dirigée , de se détacher des objets matériels; elle ne s'élève à la contemplation des choses intelligibles, qu'après de longues épreuves. L'homme doit donc subjuguer ses inclinations grossières par une application laborieuse à la lecture de la philosophie.

La vertu est une affection de l'âme qui rend l'homme constant dans ses actions et dans ses paroles.

Deux mouvements qui remuent l'âme en sens opposés, le plaisir et la douleur , sortent du fond même de notre nature et sont les éléments dont se forment toutes les affections de la vie.

Le plaisir est sensuel ou spirituel , selon qu'il regarde le corps ou l'âme. L'amitié est une réciprocité d'affection : l'amour en dérive ; il est honnêle , déshonnête ou intermédiaire , selon la partie de l'âme à laquelle il se rapporte.

Ces principes , épars dans différents ouvrages , sont mêlés bien souvent de jeux de mots , de subtilités , de longueurs fatigantes et difficiles à saisir avec justesse.

2.° Politique. La doctrine de Platon sur la politique se trouve spécialement dans son Traité des Lois et dans ses douze livres De la République.

Dans sa république qu'il divise en trois ordres , sur le modèle des (rois parties attribuées à l'âme, Platon distingue les directeurs , les défenseurs et les travailleurs : les premiers sont la raison de la société ; ils veillent à sa garde , la dirigent et la gouvernent : les seconds la défendent , au besoin , par les armes ; les autres l'alimentent par leurs travaux.

Pour qu'une société soit bien organisée , il veut que tout soit en commun , les biens et les personnes,

11 distingue cinq formes de gouvernement, et donne également au cinq le nom de république ou chose publique. Ces cinq espèces sont : l'aristocratie , la timocratie , la démocratie , l'oligarchie et la tyrannie. Par cette dernière, il entend le gouvernement d'un seul, et le regarde comme le plus mauvais. II ne dit point laquelle des quatre autres espèces il préférerait. Seulement il fait un magnifique portrait d'une république composée de magistrats et de citoyens exercés à la contemplation des vérités éternelles (c'est-àdire de ces idées substantielles ou du monde intelligible auquel il rattache tout ) , et pratiquant les vertus que recommande une sage philosophie. Le genre humain ne sera heureux que lorsque les philosophes gouverneront , ou lorsque les gouvernants deviendront philosophes.

Remontant à la source de tout pouvoir et de toute obligation , il lait descendre de la volonté suprême l'autorité des lois : le premier but des lois est de faire servir Dieu et honorer les parents.

À ce qu'il disait de bien et de juste , Platon mêlait beau-

coup d'assertions incohérentes ou vicieuses. Aussi sa république , malgré les belles maximes qu'il débitait , n'a jamais été possible que sur le papier.

Cet illustre philosophe mourut subitement , à l'âge de 8J ans , au milieu d'un festin nuptial, 548 ans avant J.-C.

Ses livres et sa doctrine ont eu un nombre prodigieux de commentateurs. Dès le milieu du 4.e siècle, on en comptait déjà 65 , selon un savant auteur ; il s'en est trouvé bien d'autres depuis ce temps-là.

Les œuvres complètes de Platon ont été traduites en français et publiées par M. Cousin, en 12 vol. in-8.°.

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