CHAPITRE XL
daristote et du lycée, ou de i/école des péiupatéticiens.
Àristote naquit , Pan 584 avant J.-C. , à Stagyre , ville autrefois de Thrace et réunie à la Macédoine ; il était fils de Nicomachus , médecin , qu'il perdit de bonne heure. Comment passa-t-il les premières années de sa jeunesse? Nous l'ignorons , ou du moins nous ne le savons point avec certitude.
À 17 ans , il alla à Athènes , suivit les leçons de Platon pendant 20 ans , et fit de grands progrès dans l'étude de la philosophie. On croit, que pendant cet intervalle, il donna des leçons publiques d'éloquence , en concurrence avec ïsocrate, et composa plusieurs de ses écrits.
A des talents distingués joignant un désir extrême de s'instruire , il se procurait , à grands frais , tous les livres qu'il pouvait découvrir , les lisait avec avidité , et fut le premier, selon Strabon , qui eut une bibliothèque proprement dite.
On prétend qu'il y eut de la mésintelligence entre Platon et lui : ce qu'il y a de certain , c'est que Platon ne le désigna point pour lui succéder à l'académie ; il lui préféra Speusippe. Aristote, mécontent de cette préférence, sortit d'A- Ihènes, se retira auprès d'ïïermias, son ancien condisciple,
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devenu souverain d'Atarne , ville de Mysie , et y resta trois ans. Ayant eu la douleur de perdre Hermias, qui mourut victime de la perfidie du roi de Perse , il s'enfuit à Mitylène.
L'année suivante , Philippe . roi de Macédoine , L'appela pour être le précepteur d'Alexandre , son fils , âgé alors de 15 ans. Aristote remplit cette fonction avec zèle et succès, obtint la confiance de son royal élève , du roi Philippe et de la reine Olympias.
Voyant Alexandre , devenu roi , préparer son expédition d'Asie , et ne pouvant se résoudre à l'accompagner au milieu des combats, il laissa auprès de lui le philosophe Callisthène , son parent et son disciple , et, après huit années de séjour à la cour , il retourna à Athènes.
Xénocrate tenait alors l'école de Platon , à l'académie. Regardant comme indigne de lui , après avoir eu pour disciple le fils d'un grand roi , de se taire , tandis que des philosophes d'une réputation bien inférieure à la sienne , enseignaient publiquement , il ouvrit aussi une école dans le Lycée , gymnase situé auprès de la ville. Il donnait ses leçons en se promenant , ou dans le lieu destiné à se promener : de-là est venu , à ses sectateurs , le nom de peripatèticiens ou promeneurs.
Gomme Pythagore , Platon et la plupart des anciens philosophes, Aristote avait une double doctrine : l'une esotérique ou acromatique, qu'il enseignait le malin , à un petit nombre d'élèves choisis ; l'autre exolérique , qu'il développait publiquement le soir, devant tous ceux qui voulaient l'entendre. Le succès qu'il obtint fut prodigieux.
Aulugelle (1) dit qu'il divisa ses ouvrages en deux classes correspondantes à ses deux espèces de doctrines : mais les savants ne peuvent s'accorder sur les écrits qui devraient entrer dans chacune de ses classes , ni sur les points qui constituaient la doctrine secrète , réservée aux seuls privilégiés.
L'envie que les talents et les succès d'Arislote, et peut-être plus encore les faveurs dont il était environné , avaient excitée parmi ses rivaux subalternes , fut contenue par l'autorité d'Alexandre , tandis qu'il vécut : mais ce grand prince ayant cessé de vivre , l'irritation déchainée éclata avec violence. Après un enseignement public de douze années , le célèbre philosophe se vit calomnié , poursuivi , accusé et menacé du sort qu'avait éprouvé Socrate. S'échappant la nuit, il prit la fuite , se retira à Chalcis , dans l'île d'Eubée , et y mourut deux ans après, âgé de 63 ans.
Sa célébrité , ses travaux et ses nombreux ouvrages lui ont fait donner le nom de prince de l'école : on l'a aussi appelé , d'une manière absolue, le philosophe.
Le premier il a réduit la science en méthode , et fait des traités particuliers sur chacune de ses parties. Nous n'avons plus qu'une portion de ce qu'il avait écrit. Parmi ce qui existe sous son nom , il y a des ouvrages qui lui sont faussement attribués , d'autres qui ont été altérés et sont devenus obscurs , s'il ne l'étaient pas dès le commencement.
Cependant il s'en trouve plus encore d'authentiques qu'il n'en faut , pour montrer le génie et la fécondité de Fauteur. Si l'on y voit de l'obscurité et des imperfections , n'en soyons point surpris. Aristotenc publia point lui-même ses écrits : il les légua , par testament , à Théophraste , son disciple; Théophraste les légua à Nélée ; celui-ci en vendit une partie à Ptoléméc Philadelphe , pour la bibliothèque d'Alexandrie , et laissa passer le reste à ses héritiers. Ceux de ces papiers qui avaient été placés à la bibliothèque d'Alexandrie y ont péri , lors de l'incendie de la belle collection qui y était renfermée. Les autres furent cachés par les héritiers de Néléc dans un souterrain , et n'en furent retirés que 450 ans après, bien endommagés , comme cela devait être. C'est néanmoins de cette portion que sont venus les ouvrages d'Aristote qui existent encore.
Ne pouvant faire ici l'analyse de ces divers ouvrages , nous allons donner un précis de la doctrine de Fauteur , touchant les parties qui reviennent davantage à notre sujet ; savoir, la logique , la théorie et la pratique, selon la division déjà adoptée dans l'exposition des sentiments de Platon.
îm LA LOGIQUE.
Aristote regarde la logique comme un instrument pour acquérir les autres sciences , comme un moyen d'arriver à la connaissance certaine ou probable delà vérité. Cette partie est traitée avec tant de netteté , de profondeur et de justesse, que toutes les logiques qui ont été faites depuis ce temps-là,