SUCCESSEURS D' ARISTOTE
Se voyant obligé de quitter Athènes pour fuir la persécution , Aristote désigna , comme son successeur au Lycée, Théophraste , le plus célèbre de ses disciples : il lui légua tous ses écrits , à la condition qu'il les tiendrait secrets. Delà il est arrivé , comme nous l'avons dit plus haut , que ces écrits ont été longtemps ignorés , qu'une partie a péri , que d'autres parties ont considérablement souffert et ne nous sont venues que très-incomplètes.
Théophraste (divin parleur) , ainsi appelé à cause de sa facile élocution , était né à Érésos , ville de l'île de Lesbos , Fan 571 avant J.-C. Jeune encore, il vint à Athènes, suivit l'école de Platon, puis celle d' Aristote, dont il fut l'ami et le confident. Devenu maître , il enseigna avec tant de succès qu'il eut jusqu'à deux mille disciples. Il composa beaucoup d'ouvrages , sur la grammaire , la logique, la rhétorique , la poésie , la musique , les mathématiques , la physique , la morale , la politique , etc. La plupart de ces écrits sont perdus en totalité ou en partie. Nous avons cependant encore son Histoire des plantes , son Traité des causes de la végétation et ses Caractères. Ce dernier livre dont il ne reste que quelques chapitres , est original , piquant et plein de finesse. La Bruyère l'a traduit en français : on le lit avec intérêt.
— IÇ4 —
Tout on conservant la doctrine de son maître, Théophraste avait cependant quelques points à lui , sur des subtilités peu intelligibles : il admettait deux critérium de la vérité , également certains , les sens pour les objets extérieurs , et l'entendement pour les perceptions de l'esprit : aux sens il donnait la priorité dans Tordre des connaissances , et à l'entendement la prééminence.
A Théophraste succéda Straton , de Lampsaque , l'un de ses disciples. Ce philosophe tint l'école du Lycée pendant dix-huit ans. Adonné à l'étude de la nature , il lui attribua une force productive non intelligente. Dans la formation et le gouvernement de l'univers , il ne voyait que l'accomplissement des lois physiques. Pour cette raison , il fut surnommé le Physicien , et a été considéré , par plusieurs , comme athée.
Les écrits qu'il avait composés en très-grand nombre ont tous péri.
Ses successeurs au Lycée , furent Lycon ou Glycon , de la Troade , renommé pour son éloquence ; Ariston , dont on ne sait presque rien ; Crilolaùs , que les Athéniens députèrent à Rome , avec l'académicien Carnéade et le stoïcien Diogène, Tan 155 avant J.-C. Critolaus soutenait fortement le dogme d'Aristote sur l'éternité et l'incorruptibilité du monde. Diodore de Tyr lui succéda et fut le dernier maître du Lycée.
Parmi les disciples de Théophraste plusieurs se distinguèrent. On cite entre autres , Dicéarque, de Messine , qui considérait l'âme comme une force vitale, naturelle au
corps ; Aristoxène , de Tarente , qui ne voyait dans l'âme qu'une harmonie produite par le corps ; ïïéraclide , de Pont ; Eudème, de Rhodes; Phanias, d'Érisos; Hiéronyme ou Jérôme, de Rhodes; et surtout Démétrius de Phalère. Ce dernier gouverna sagement Athènes pendant dix ans, sous l'autorité de Cassandre, roi de Macédoine. Retiré en Egypte, auprès de Plolémée-Lagide , il fut , dit-on , sous-bibliothécaire à Alexandrie. Ce fait n'est pas constant.
Il surpassa tous les péripatéticiens de son temps , par son érudition , par le nombre et l'élégance de ses ouvrages, dont il ne reste plus rien de certain.
ego