‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 52 sur 100 · GS · texte numérisé non relu

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traité de la République , en opposition à celui de Platon , et une Interprétation d'Hésiode, tendant à faire voir, au rapport de Cicéron (1) , que les généalogies des dieux n'étaient que des explications purement philosophiques. Ces écrits ne nous sont point parvenus : nous ne pouvons , en conséquence , juger la doctrine du fondateur du Portique que par ce qu'en ont rapporté des auteurs postérieurs , notamment Cicéron , Plutarque , Diogène Laerce , Sextus Empirions , Simplicius , Stobé , etc.

Ce philosophe définissait la philosophie , Fart de parvenir à la sagesse ; il définissait la sagesse , la connaissance des choses divines et humaines. On peut réduire ce qu'il disait ensuite aux points suivants : logique , physique , métaphysique et morale.

Logique. La logique renferme deux parties, la rhétorique et la dialectique : la rhétorique est l'art de bien parler des choses qui demandent un plus grand développement : la dialectique est l'art de disserter avec concision et de parvenir à la science.

A l'imitation d'Àristote , Zenon admettait pour fondement de toutes les connaissances , les impressions des sens , jointes à la catalepsie ou compréhension. Ces impressions que l'auteur nomme apparitions 7 peuvent être compréhensives ou incompréhensives. Elles sont compréhensives , si elles proviennent des objets réels : elles sont incompréhensives , lorsqu'elles ne viennent que des apparences extérieures , des

(t) De naturâ deorum ,1, t.t n, 36.

illusions des sens ou de l'indisposition de rame. Par quels caractères pourra-t-on distinguer les unes des autres? Zenon n'en assigne aucun.

Cependant il donne comme dernier critérium de la vérité , l'évidence , c'est-à-dire une compréhension tellement claire quïl soit impossible d'en douter. L'apparition est comparée par lui à un objet qui serait mis sur la main ouverte , et la compréhension aux doigts plies pour retenir cet objet.

Ce qui est manifestement saisi par la compréhension est l'objet de la science : ce qui reste à l'état d'apparition est le domaine de l'opinion.

Une maxime fondamentale, reçue parmi les stoïciens, était qu'il n'y a rien dans l'âme qui n'ait été auparavant dans les sens , ou n'ait passé par les sens. Ainsi ces philosophes rejetaient , comme Àristote , les types éternels de Platon et les idées innées.

Toutefois ils admettaient des notions naturelles, qu'ils appelaient anticipations , et des notions artificielles , formées en nous par le travail de l'entendement. Ils reconnaissaient aussi des notions que tous les hommes reçoivent ou comprennent également. Ces notions ne peuvent être opposées les unes aux autres ; elles forment ce qu'on nomme le sens commun. Les divisions entre les esprits ne tombent jamais sur ces points généraux , mais sur l'application qu'on en fait ou sur les conséquences qu'on en tire.

Zenon conservait , sauf quelques légères modifications , l'enseignement du Lycée , touchant les définitions , les divisions , les axiomes 3 les syllogismes > les sophismes , etc. A

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ces détails il joignait les subtilités et l'abus du raisonnement usités parmi les mégarites.

Physique. La physique est prise ici dans son acception générale , comme l'entendaient les anciens philosophes , pour la nature et pour tout ce qui la constitue ; par là môme aussi , pour les causes qui Tont produite.

Avant tout était le chaos , amas ténébreux et confus des éléments de la matière. Le chaos portait dans son sein tous les êtres qui devaient exister. De lui est sorti le monde. Le monde est un tout dont les parties diverses tiennent lieu de membres ; ce tout s'appelle nature. Dans le tout sont deux principes essentiellement distincts , un actif et l'autre passif.

La matière est le principe passif ; d'elle-même elle ne peut rien. La raison suprême est le principe actif : c'est elle qui féconde et coordonne la matière.

Ces deux principes sont également d'une nature corporelle ; car tout ce qui opère et tout ce qui souffre une opération est corporel. Dieu est une flamme éthérée, trèspure , très-subtile , élevée au plus haut des cieux ; en lui se trouve réuni tout ce qui est divin. La matière est au contraire un corps grossier , inerte , incapable de rien produire ; mais propre à recevoir toutes sortes d'impressions et de formes.

Ainsi les stoïciens prenaient la matière dans un sens moins étendu que le corps , puisque , selon eux , Dieu était corps et non matière. On voit quelle était leur manie de dénaturer la signification des mots,

Mktaniysiqie. Rien de plus magnifique que le langage des stoïciens sur les attributs de Dieu : le regardant comme infiniment parfait , ils parlaient de lui avec un profond respect et ramenaient tout à sa providence. Leur philosophie paraissait éminemment religieuse.

Cependant ce Dieu si grand , si parfait , ils le croyaient essentiellement lié à la matière ; ils disaient que Dieu et la matière constituaient le monde visible et le monde invisible ; que Dieu était l'âme du monde ; qu'il pénétrait le monde dans toutes ses parties ; qu'il le vivifiait ; que le monde était un tout composé de Dieu qui en était l'àme , et de la matière qui en était le corps.

De toute éternité , néanmoins , Dieu était uni à la matière confuse , et comme caché en elle : la nature faisant effort , avait produit Tordre , selon des lois nécessaires ; car la nature a une forée intrinsèque et éternelle , à laquelle tout demeure soumis , le principe actif aussi bien que le principe passif.

Voilà ce que les stoïciens appelaient le destin , c'est-à-dire un ordre de causes et d'effets tellement enchaîné que rien , dans l'univers , ne peut lui être soustrait ; une nécessité inexplicable , qui sort de la nature ; au-delà de laquelle il n'y a que le vide et le néant.

Toutefois , comme cet enchaînement de causes et d'effets sortait de la nature même de Dieu , et ne lui était imposé par aucune cause extrinsèque , puisque, hors de lui, il n'y a que le néant } les stoïciens croyaient pouvoir accorder par là la liberté de Dieu avec l'inexorable destin. Mais n'est-il pas évident qu'une telle liberté serait illusoire?

De Fâme universelle du monde les stoïciens faisaient sortir des esprits , des génies et des dieux inférieurs. Ils plaçaient ces dieux au ciel , sur la terre , dans la mer , dans toutes les parties distinguées de l'univers ; cependant ils leur assignaient les étoiles pour demeures spéciales.

À chaque homme, aux maisons, aux champs , aux lieux , aux arbres et généralement à tous les êtres , ils donnaient des génies particuliers , pour les surveiller, les accompagner, les conduire et les protéger. Mais les grands dieux , tels que Jupiter , Junon , Yulcain , Neptune , Gérés , portions de la divinité , étaient placés dans l'air, dans l'eau , sur la terre ou dans le feu .

Un dogme reçu parmi les stoïciens était que le monde devait finir dans un embrasement général , qu'il serait dissous par l'action du feu et réduit à son chaos primitif ; que les dieux , les génies et les esprits quelconques iraient se réunir à la divinité ; que la nature venant ensuite à faire un effort semblable au premier, l'univers entier se formerait de nouveau comme la première fois , puis serait embrasé encore , se réformerait et subirait ainsi , à de longs intervalles , d'effroyables catastrophes pendant l'éternité.

Ces philosophes enseignaient aussi que les âmes humaines étaient des portions de l'âme universelle ; qu'après la mort, elles allaient habiter les astres; qu'elles étaientmises au rang des dieux; qu'à l'embrasement général elles se réuniraient au principe d'où elles étaient sorties ; mais que les âmes impures subissaient des peines proportionnées à leurs fautes, dans la lune, ou dans la région de l'air qui est entre la terre et la lune.

Des stoïciens plus conséquents , comme Sénèque , se moquaient de ce purgatoire réservé aux méchants. En effet , si tout est soumis à une fatalité inévitable ; il ne peut y avoir , à proprement parler , ni faute , ni mérite ; dès lors il ne doit exister ni châtiments ni récompenses (1).

Les stoïciens étaient-ils athées? Cette question a été longtemps et fortement débattue. Certainement dans leur langage ils ne l'étaient pas, puisqu'ils parlaient fréquemment de la divinité et de ses attributs : mais leurs principes sur le chaos , sur la nature , sur l'origine du monde et ses vicissitudes , sur le destin qui règle tout , conduisaient là ; car de tels principes sont évidemment incompatibles avec les véritables notions de Dieu.

Morale. Zenon établissait sa morale sur ce principe fondamental , que nous devons agir conformément à la nature : comme Dieu est l'âme de la nature , c'était de Dieu et de nos rapports essentiels avec Dieu qu'il faisait dériver les lois morales et l'obligation pour nous de les suivre.

Toute action conforme à la nature est nécessairement , disait-il , belle , honnête , bonne , vertueuse. C'est donc dans la recherche du beau et du bien , dans la pratique de la vertu qu'est la fin de l'homme ; c'est là et là uniquement que se trouve son bonheur. La vertu ayant essentiellement son siège dans l'âme , il s'ensuit que les affections de la chair ne peuvent jamais contribuer au vrai bonheur , ni lui porter atteinte. De-là Y apathie , si recommandée par les stoïciens ;

(i) Brucker, t. i.,p.952.

c'est-à-dire , une indifférence absolue pour tout ce qui vient du dehors , pour les jouissances et les privations , pour le plaisir ei la douleur ; par la raison qu'il n'y a de bon que ce qui est honnête, et de mauvais que ce qui est dcshonnètc.

Notre première obligation est de connaître Dieu , dont la providence s'étend à tout , de penser souvent à lui , de le louer , de le bénir , de le prier , de l'honorer et de faire toujours ce qui lui est agréable.

Celui qui ne veut manquer à aucun de ses devoirs , doit se tenir libre de toute affection et se rendre impassible.

On trouve celte maxime répétée à chaque instant dans les écrits des stoïciens. Ces philosophes en vinrent jusqu'à enseigner qu'il était permis de se tuer , que c'était un acte de courage et le plus haut degré de la vertu. Zenon et plusieurs partisans de son école confirmèrent cette doctrine en mettant fin eux-mêmes à leur vie.

Les stoïciens admettaient , pour l'homme , une liberté de la nature de celle qu'ils reconnaissaient en Dieu ; c'est-àdire une simple liberté de coaction , et non la liberté de nécessité.

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