DES SUCCESSEURS DE ZENON AU TORTIQUE
Parmi les nombreux disciples de Zenon , il y en eut de distingués , dont les historiens ont parlé avec honneur. Nous allons seulement mentionner ici ceux qui continuèrent l'enseignement du Portique.
Cléanthe fut le premier. Né à Assos , en Eolie , dans une
condition très-obscure , il vint à Athènes. Obligé de travailler pendant la nuit pour gagner sa vie , il passait le jour à écouter Zenon ou à étudier la philosophie. Désigné pour succéder à son maître , il se fit un devoir de marcher sur ses traces et de maintenir sa doctrine. Il s'acquitta de cet emploi avec honneur , vigilance, dévouement et succès.
Des nombreux ouvrages qu'il avait composés , il n'est resté qu'un hymne court , mais beau , sur les attributs de Dieu
Chrysippe , de Tarse , disciple de Cléanthe , est , de tous les successeurs de Zenon, le plus fameux. A une pénétration extrême pour entrer jusqu'au fond des questions, il joignait une facilité sans exemple pour parler, disserter, argumenter, subtiliser. Prenant comme en sous-œuvre la doctrine des stoïciens , il chercha des raisons pour la fortifier et pour la soutenir contre les attaques des sceptiques. Il lutta , pour ainsi dire , corps à corps avec Arcésilas et Garnéade , dont nous parlerons bientôt. Dans les disputes philosophiques il montra tant d'assurance et tant de ressources , que si les dieux usaient de dialectique , disaient les anciens , ils n'en suivraient pas d'autre que celle de Chrysippe.
On l'a néanmoins accusé , et non sans fondement , d'avoir compromis les intérêts de sa secte par l'abus de son talent, et par les subtilités sans nombre auxquelles il se livrait. Au témoignage de Diogène Laërce et de Valère Maxime , il avait composé 705 traités de philosophie , dont 511 sur la dialectique : aucun n'est venu jusqu'à nous. Il mourut 207 ans avant J.-C.
Après lui vinrent successivement Zenon , de Tarse , qui écrivit peu et enseigna avec succès ; Diogène de Séleucie , surnommé le Babylonien , homme d'un esprit exercé et subtil , dit Cicéron (1) (il mérita d'être député à Rome par les Athéniens avec Garnéade et Gritolaiis) ; Panaelius , de Rhodes. Ce dernier modifia la rigidité de la doctrine stoïcienne , rejeta Yapathic , parla toujours honorablement de Platon, d^ristote , de ïhéophraste , et se moqua des prédictions de l'astrologie judiciaire. Enseignant la philosophie à Rome , il y eut pour disciples et amis Scipion l'Africain et Lœlius; il retourna mourir à Athènes.
Une histoire des sectes philosophiques et plusieurs autres ouvrages composés par lui sont perdus.
Mnésarquc lui succéda au Portique.
Possidonius , d'Apamée , en Syrie , étant allé tenir une école stoïcienne à Rhodes , y acquit une si grande réputation , que Pompée , après la défaite de Mithridate , alla exprès à Rhodes , l'an 60 avant J.-C. , pour l'y voir et l'entendre. Ce philosophe finit l'enseignement public du stoïcisme chez les Grecs.
(i) Oflic. 1. 3., c. 12., n. 5i.