‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 54 sur 100 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DE LA PIIILOSOrHIE D ÉPICURE.

Epicurc naquit , selon l'opinion qui parait la mieux fondée , à Gargettos , petit bourg peu éloigné d'Athènes , en 541 avant J. -G. Son père alla, par raison de pauvreté , s'établir maître d'école dans File de Samos. Sa mère y exerçait la profession de devineresse.

Le jeune homme , qui aidait d'abord son père dans son école, montra, de bonne heure, du goût pour la philosophie et fréquenta les philosophes de différentes sectes. Pour s'instruire , il voyagea et lut beaucoup.

Un ouvrage de Démocrite lui étant tombé par hasard entre les mains , il en adopta les principes sur la formation du monde. Combinant ces principes avec la morale aisée de l'école de Gyrène , il bâtit un nouveau système qu'il commença a enseigner à Lampsaque. De nombreux disciples , parmi lesquels étaient ses trois frères , Néoclès , Chérédéme et Aristobule , s'attachèrent à lui. En 309 avant J.-C. , ii vint avec eux à Athènes , acheta un jardin fort agréable , et y enseigna sa philosophie. Il n'admettait point le public à ses leçons , mais seulement les personnes qu'il jugeait dignes de sa confiance , à peu près comme avaient fait les pythagoriciens. Toutefois, la communauté de biens n'existait pas

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entre eux : chacun contribuait aux frais du ménage pour sa part ; mais la dépense était peu considérable , parce que tous se contentaient d'aliments simples et des habits les moins recherchés.

A cette époque , quoiqu'il régnât un goût général de philosopher , on était fatigué des disputes continuelles qui retentissaient dans les écoles et des divisions qui se multipliaient à l'infini. Platon était trop élevé , Aristote trop savant; les sophistes , trop subtils, ne satisfaisaient point la raison : les diverses théories étaient sèches , ennuyeuses , discordantes. Les esprits , pour la plupart , semblaient désirer une sorte de repos.

Epicure cherchant à les satisfaire, affecta de mépriser tous les systèmes spéculatifs , la grammaire , la poésie , la rhétorique , la dialectique. Il mit en principe que l'homme est né pour le bonheur ; non pour un bonheur idéal , absolu , futur, parfait , qui n'appartient qu'aux dieux immortels et que nous chercherions en vain , parce qu'il est hors de notre portée; mais pour le bonheur réel et présent , autant que nous pouvons nous le procurer. Ce bonheur consiste dans la volupté , c'est-à-dire , dans la jouissance de ce qui est agréable et dans la fuite de tout ce qui est pénible. Cette vérité, disait Epicure , ne suppose aucun travail ; elle se manifeste par le seul bon sens.

Le ton d'aménité et de douceur avec lequel il enseignait son indulgente doctrine , lui attira beaucoup de disciples ; tous étant avec lui comme des amis , s'efforçaient de mener une vie délicieuse et ne songeaient ni à l'avenir, ni au len-

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demain , mais uniquement au présent , sous prétexte que le présent était seul en leur pouvoir.

Diogène Laërce fait monter les ouvrages d'Epicure jusqu'à 300 volumes ; il n'en reste plus que des fragments conservés par Diogène lui-même. On a trouvé naguère, dans les ruines d'Herculanum , un traité de ce philosophe sur la Physique , c'est-à-dire sur la nature.

L'enseignement d'Epicure n'était qu'une théorie du bonheur : on peut le réduire aux points suivants , qui en contiennent la substance.

1 .° L'homme , né pour le bonheur actuel , doit éloigner de lui tout ce qui est capable de causer de la douleur, bannir de son esprit les soucis , les inquiétudes , le soin d'un avenir et mépriser les vaines terreurs qu'inspirent les opinions vulgaires sur la divinité. Ces terreurs ne sont propres qu'à troubler Fàme et à empêcher le repos , sans lequel il n'y a point de vrai bonheur. S'il y a des dieux , ce qu'Epicure ne nie pas , ces dieux ne sont point méchants , colères , vengeurs, comme on les représente. Placés au haut des cieux , ils y jouissent d'ineffables délices et ne se mêlent point de ce qui se passe ici-bas. Nous devons néanmoins les honorer, à cause de l'excellence de leur nature, mais non les craindre ni en espérer quelque récompense.

Ce dogme , absurde et impie , n'empêcha pas Epicure de composer des traités de piété , tels, dit Cicéron (1), qu'un prêtre aurait pu les faire.

(i) De naturâ deor.,1. i., n. n5.

2.° Un antre sujet de terreur, qui trouble nos jouissances, est la perspective de la mort. Epicure veut que nous tachions de ne point y penser. D'ailleurs la mort . dit-il, îïest qu'une simple privation : nous ne la sentons pas avant qu'elle existe ; nous ne pouvons la sentir quand elle est passée. C'est donc folie de nous en occuper.

3.° Sur la formation du monde voici comment il raisonnait : il y a du vide dans la nature ; car il existe du mouvement : or le mouvement ne pourrait avoir lieu , s'il n'y avait de vide nulle part. On ne peut nier aussi qu'il n'existe une étendue que nous voyons , que nous touchons : cette étendue ne peut être divisible à l'infini. Il serait absurde que dans une très-petite partie de matière , il pût y avoir une progression infinie , aussi bien que dans un tout immense. Les premiers éléments des corps doivent donc être simples , éternels, indivisibles , en nombre infini , et tels qu'ils puissent fournir à toutes les combinaisons possibles.

Ces éléments sont les atomes de Démocrite. Les atomes existent de toute éternité et sont perpétuellement agités dans le vide.

Le mouvement est le principe actif; les atomes et le vide sont le principe passif de tous les corps existants , grands ou petits , de leurs mutations et de leurs transformations journalières.

L'existence du monde , son harmonie , sa conservation , son gouvernement sont , par conséquent , l'effet du hasard et ne supposent aucune intervention divine.

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