DE PYRRHON ET DES SCEPTIQUES
Pyrrhon naquit à Elide , dans le Péloponèse , ou à Elée , selon quelques-uns, vers Tan 540 avant J. -G., de parents peu aisés. Adonné d'abord à la peinture, il quitta eette profession pour se livrer à la philosophie.
Il étudia les ouvrages de Démocrite , fréquenta l'école de Mégare , y apprit à disputer de tout , et soutenait le pour et le contre avec facilité. S'étant attaché à Anaxarque , il connut par lui les doctrines éléatiques et suivit ce philosophe , dans l'expédition d'Alexandre , jusqu'au fond de l'Asie : là il vit les brachmanes et conversa avec eux.
Frappé des contradictions qu'il rencontrait , il examina les différents systèmes de philosophie. N'en trouvant point qui le satisfît, il conclut que s'ils n'étaient pas tous faux, aucun du moins n'était suffisamment prouvé. Le parti le plus sage , au milieu de tant d'opinions diverses , lui parut être de suspendre son jugement. Son avis n'était pas de nier que la vérité existait , ni même d'assurer qu'il était impossible de la trouver. Seulement il soutenait qu'elle n'était point encore découverte, ou que du moins aucune preuve satisfaisante ne le démontrait. Toutes les doctrines lui paraissant également douteuses , il les combattait les unes comme les
autres. Par conséquent il n'en admettait aucune. A tout ce qu'on lui disait il répondait par des raisons opposées. Sa dernière raison était non liquet, cela n'est pas clair. Jamais on ne pouvait le débusquer de là , ni le convaincre.
Ses partisans ont été appelés sceptiques , zététiques , éphectiques , aporétiques , c'est-à-dire examinateurs , chercheurs , suspendants , doutants , parce qu'ils examinaient ce qu'on disait , cherchaient la vérité , suspendaient leur jugement et doutaient toujours. Leur nom le plus ordinaire est pyrrhoniens : leur doute s'appelle le scepticisme ou le pyrrhonisme.
Que Pyrrhon ait été amené , par son doute universel , h ne pouvoir agir, à ne croire à rien dans la pratique , à ne pas se détourner pour éviter un précipice , comme le raconte Diogène Laërce , ces assertions sont sans fondement et toutà-fait invraisemblables. Ce philosophe reconnaissait , au contraire , l'autorité du bon sens , des lois , des usages ; il admettait des règles de morale et prétendait que ces règles avaient leur fondement dans le cœur. Il voulait qu'on suivît les apparences , sans se mettre en peine de la réalité , qu'on agît comme le commun des hommes, qu'on évitât soigneusement les discussions épineuses qui ne pouvaient enfanter que le doute , et qu'on demeurât dans ce repos d'esprit qui seul peut faire le bonheur de l'homme.
Méprisant les sciences et les arts , il ne se mit point en peine de faire des livres , comme en faisaient les autres philosophes. On cite cependant de lui un poème pour lequel il reçut d'Alexandre une forte somme d'argent.
Entre ses disciples les plus distingués , on cite Timon de Phlionte , son ami. Ce Timon est le premier qui ait écrit en faveur du scepticisme. Passant en revue , dans des satyres , les philosophes et leurs systèmes , il les critique et souvent les immole à la risée publique. Cependant il estimait Socrate et ût pour lui une exception. De toutes ces satyres , il ne reste que des fragments peu considérables qui se trouvent dans Seoctus Empiricus.
Diogène Laërce cite une longue suite de pyrrhoniens, qui , répandus dans la Grèce , semaient et perpétuaient le doute partout. Cette secte , néanmoins , méprisant l'expérience , renversant le sens commun , choquant les opinions vulgaires , attaquant toutes les écoles et se contredisant sans cesse . excita contre elle une haine universelle et finit par tomber dans l'oubli. A différentes reprises , elle se releva et eut des défenseurs dignes d'être mentionnés : nous en parlerons plus tard.