‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 58 sur 100 · TROISIÈME ACADÉMIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ACADÉMIE

Carnéadc , né à Cyrène , 245 ans avant J.-C , étudia la philosophie à Athènes ; la dialectique , sous Diogène le stoïcien , et le doute universel sous Hégésinus. Ses talents , son application , sa constance dans le travail lui firent faire de grands progrès et acquérir une immense érudition. Devenu chef de l'académie après Hégésinus , il modifia le doute d' Arcésilas , et fut fondateur d'une nouvelle ou troisième académie.

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Sans nier ce qui se passe en nous , c'est-à-dire les perceptions et les sensations , il soutenait qu'on n'en pouvait rien conclure pour ce qui est hors de nous ; que , touchant les objets extérieurs et leurs relations , soit entre eux , soit vis-à-vis de nous , nous ne pouvions porter que des jugements probables. Une chose était probable , selon lui , quand il y avait plus de chances pour qu'elle arrivât que pour qu'elle n'arrivât pas , ou pour qu'elle fût arrivée que pour le contraire. Le plus souvent nos sens ne nous trompent pas ; souvent aussi ils nous trompent : nous ne pouvons donc ni absolument nier , ni absolument affirmer ce qu'ils nous attestent. Par leur moyen , nous acquérons seulement un degré de probabilité plus ou moins grand , selon les circonstances qui rendent l'illusion plus facile ou plus invraisemblable.

Quoiqu'il allât moins loin qu'Arcésilas dans sa spéculation dubitative , les dogmatistes n'en furent pas plus épargnés : il les attaqua , les harcela en toutes manières , soutenant , démontrant , avec une extrême facilité , que leurs arguments ne prouvaient rien. Acharné surtout contre les stoïciens , il les poursuivit à outrance : s'en prenant personnellement à Chrysippe, le plus affirmatif de tous, il l'écrasa.

Comme Arcésilas , il retenait les principaux dogmes de Platon et les communiquait aussi , dans le secret , à ceux qu'il jugeait dignes d'être initiés à ces mystères.

Député à Rome , par les Athéniens , avec deux autres philosophes , il y fit admirer son élocution , son énergie et l'abondance de ses raisons.

Etant mort l'an 429 avant J.-C, il eut pour succeseur Clitomaque, de Cartbage. Clitomaque marcha sur les traces de Carnéade , son maître , et mit par écrit les arguments sceptiques dont il l'avait entendu se servir. À Clitomaque succéda Philon , de Larisse : Philon se rapprocha beaucoup des doctrines de Platon ; pour cela il a été regardé , par plusieurs, comme fondateur d'une quatrième académie.

Antiochus, d'Ascalonie , disciple et successeur de Philon , revenant tout-à-fait à l'ancienne académie , combattit le scepticisme qui s'y était introduit et fit un livre contre Philon lui-même. Alors on commença à raisonner à l'académie

comme on faisait au portique. Cette restauration est regardée comme une cinquième académie.

Antiochus fut attiré à Rome par Lucullus , et devint maître de Cicéron. Depuis ce moment l'académie fut éteinte chez les Grecs. Nous la verrons plus tard chez les Romains.

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