‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 59 sur 100 · DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE HORS LA GRÈCE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE HORS LA GRÈCE

Alexandre le Grand ayant soumis a sa domination presque le monde entier , porta partout avec lui les coutumes , les mœurs et les doctrines des Grecs : il favorisait cette expansion comme moyen d'établir de l'uniformité dans les idées de ses sujets, et d'obtenir plus sûrement leur soumission. De-là aussi se fit , par la suite , une fusion des doctrines de la Perse , de l'Inde , de l'Egypte et des différentes écoles grecques. Alors se formèrent le syncrétisme et l'éclectisme dont nous parlerons dans le livre suivant.

La philosophie grecque fit peu de progrès dans la Perse et dans l'Inde , parce qu'elle rencontra de nombreux obstacles dans les mages et dans les brachmanes : l'autorité des Grecs d'ailleurs ne se soutint point assez longtemps dans ces régions pour que leurs doctrines y pénétrassent avec quelque solidité. Mais leur philosophie, transplantée en Egypte, dans la ville bâtie par Alexandre et portant son nom , y fut cultivée avec zèle. Les princes Lagides , successeurs d'Alexandre dans cette partie de son vaste empire, n'omirent rien pour attirer et acclimater en Egypte les arts et les sciences de la Grèce : ils firent venir des philosophes de

toutes les éeoles , leur préparèrent , à grands frais , une magnifique bibliothèque , des collections de tous les genres et un musée attenant à leur palais. Là les savants de toutes les qualités se logeaient et vivaient dans une sorte de communauté : ils conféraient ensemble , se prêtaient mutuellement le secours de leur expérience et de leurs lumières.

Jamais l'autorité publique n'avait rien fait de semblable pour les savants. Aussi la poésie , l'éloquence , la philosophie, la grammaire ? la critique , les sciences naturelles , la médecine, tout était cultivé à la fois à Alexandrie; il semblait que la Grèce entière y eût été amenée et y fût réunie dans un faisceau.

Cependant , du sein de cette académie célèbre , modèle de nos académies modernes , il ne sortit rien de grand ; aucune inspiration de génie ne se fit remarquer, parmi les nombreux érudits qui s'y succédèrent, durant une longue suite d'années.

Après Démétrius , de Phalère , à qui est due , selon l'opinion commune , l'idée de cette royale institution , que Ptolémée Soter fit commencer , à sa demande , les hommes les plus distingués de l'école d'Alexandrie furent Callimaque, Apollonius , de Rhodes , Timon , le sillographe , Straton , Aristophane, de Bysance, Aristobule le juif, Heraclite, de Tyr, etc. Leur mérite consista presque uniquement à expliquer ce que les autres avaient fait ou enseigné avant eux.

La variété des écoles mit dans tous les esprits , comme cela devait naturellement arriver , une complète anarchie de principes : on ne savait plus où s'arrêter ni à quoi se

tenir. L'épicuréismé , avec ses jouissances actuelles , parut ce qu'il y avait de plus assuré ; c'était du moins ce que Ton trouvait de plus satisfaisant pour les sens et pour les cœurs dépravés. Aussi fut-il généralement goûté. Se répandant au dehors , il ne contribua pas peu à la corruption universelle qui régna à Alexandrie et dans les environs.

L'Egypte , la Grèce et à peu près tout le monde connu ayant passé sous la domination de Rome, la philosophie grecque se confondit, à partir de cette époque, avec la philosophie des Romains.

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