‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 60 sur 100 · PHILOSOPHIE DES ANCIENS ROMAINS · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE DES ANCIENS ROMAINS

Tout le monde connaît l'histoire de la fondation de Rome , 75:2 ans avant J.-C. , et l'origine de son nom. Avant que cette ville existât, la partie de l'Italie où elle a été bâtie était occupée par de petits peuples , venus de divers côtés et à différentes époques, des Pélasges, dont un certain Thyrrénus était le chef, des Hellènes, conduits par Hercule, des Troyens , amenés par Enée après le siège de Troie. Quelles étaient les opinions , les croyances et les doctrines de ces peuples? Nous n'avons aucuns monuments authentiques qui puissent nous l'apprendre d'une manière certaine. Chacune de ces colonies dut apporter ses traditions , ses dieux , ses usages ; ses superstitions ; mais nulle histoire digne de foi

ne nous ayant transmis le délai! de ce qui eut lieu dans ces temps reculés , nous n'en pouvons rien dire.

Etablis plus de mille ans avant J.-C , entre l'Arno et le Tibre, les Etrusques, mélange d'Ombriens, de Sicules de Pélasges , d'Hellènes et probablement encore de plusieurs autres races , s'étendant au Nord jusqu'au-delà du Pô , formèrent la principale nation de l'Italie et furent les premiers civilisés. 800 ans avant J. -G, ils fondèrent une colonie en Campanie. Déjà ils avaient des vaisseaux sur les deux mers , la Méditerranée et l'Adriatique : ils visitèrent la Grande-Grèce , la Sicile , la Sardaigne , la Corse, etc.

Selon renseignement des prêtres étrusques , le démiurge, c'est-à-dire Dieu , avait formé le monde dans l'espace de six mille ans : dans le premier millénaire, il avait fait le ciel et la terre ; dans le second , le firmament ; dans le troisième , la mer et les eaux qui sont sur la terre ; dans le quatrième , les deux grands flambeaux de la nature ; dans le cinquième , tous les animaux qui vivent dans l'air , sur la terre et dans l'eau ; dans le sixième , l'homme. Le genre humain doit durer le même temps qu'il a fallu pour créer toutes choses, c'est-à-dire six mille ans.

Cette durée de douze mille ans , dont six avant la création de l'homme , est toute semblable à ce que porte le Zend-Avesta , livre sacré des anciens Persans. Cette similitude a quelque chose de frappant; elle prouve que les vieilles doctrines d'Orient avaient pénétré dans l'Occident par le moyen des pythagoriciens , ou par une autre voie qui nous est inconnue.

Les Etrusques honoraient les grands dieux pélasgiques , Jupiter, Junon , Minerve, Neptune, etc. : Jupiter était le premier ; les autres n'étaient que ses ministres dans le gouvernement du monde. Jupiter s'appelait Tina , en étrusque ; il passait pour être la cause première de tout. En lui on voyait le destin , la providence , l'Ame universelle , qui vivifiait et gouvernait toutes choses.

Dans ce système, comme dans les autres systèmes que nous avons exposés , la matière , principe passif de toutes les productions sensibles , devait être coéternelle avec la souveraine intelligence , désignée sous le nom de Tina ou de Jupiter.

Les Etrusques admettaient une immense multitude de démons ou de génies , divisés en quatre classes , et destinés à toute espèce d'individus , aux dieux , aux hommes , et même aux choses inanimées : la première classe contenait ceux de Jupiter; la seconde , ceux de Neptune ; la troisième , ceux des dieux souterrains ; la quatrième , ceux des hommes et des êtres inférieurs. Chaque individu vivant était toujours accompagné de deux génies, l'un bon , qui veillait à sa garde, et l'autre mauvais, qui cherchait à le perdre.

Partout où il y avait réunion de plusieurs personnes habitant ensemble , un génie invisible prenait celte réunion sous sa protection. Les génies qui présidaient aux foyers domestiques s'identifiaient en quelque sorte avec les familles , et s'appelaient dieux familiers. Ils étaient connus sous le nom de lares, du mot étrusque lar , qui veut dire maître , seigneur ou protecteur. On les nommait aussi pénates } de

penilùs, parce qu'ils pénètrent jusqu'au fond des maisons, ou d'un autre mot qui signifie provision de bouche , parce que c'était à eux que les familles demandaient ce dont elles avaient besoin.

On croit cependant que , dans l'opinion de ces peuples , il y avait une différence réelle entre les lares et les pénales : les premiers protégeaient la famille et ses biens , et les seconds étaient les puissances cachées d'où ces biens découlaient.

On distinguait deux sortes de pénates ; savoir, les pénates publics ou les grands pénates, et les pénates privés. Les premiers favorisaient les villes , les sociétés , les nations : ils avaient des temples et recevaient des hommages publics. Les seconds étaient attachés aux familles et honorés seulement dans le foyer. Le feu brûlait pour eux comme pour Vesta ; Vesta elle-même , placée au nombre des pénates privés , était réputée le principe d'où ils émanaient.

On regardait donc les pénates comme supérieurs aux lares et en voici la raison : les pénates étant d'origine divine , avaient le pouvoir de donner à l'homme ce que l'homme ne peut se donner à lui-même ; les lares , au contraire , étaient seulement des hommes semblables à nous . mais des hommes qui, redevenus esprits par la mort, aimaient encore les maisons qu'ils avaient habitées , y revenaient , s'y fixaient et protégeaient ceux qui y résidaient : là se bornait leur pouvoir.

Les âmes , au sortir des corps qu'elles avaient animés , s'appelaient lémures : si elles adoptaient un foyer pour s*y

reposer et le protéger , elles étaient lares ; si , à cause de leurs fautes durant la vie, elles ne pouvaient trouver , après la mort , aucun lieu de repos , elles erraient de tous côtés et apparaissaient comme des fantômes , sous le nom de larves ; elles ne causaient aucun mal aux bons , mais elles étaient redoutables pour les méchants. Comme on ne pouvait savoir si les ûmes des défunts , appelées lémures au sortir du corps , étaient devenues lares ou larves , on leur donnait le nom générique de mânes.

De la croyance aux lares , ûmes transformées des an* cétres , vint , chez les Etrusques et ensuite chez les Romains , F usage d'ensevelir les parents dans leurs maisons : on voulait par là fixer plus sûrement leurs génies et s'assurer leur protection tulélaire.

L'attribut des lares était le chien , parce que cet animal est le symbole de la vigilance, et qu'hostile aux étrangers, il est doux et caressant pour les membres de la famille.

On offrait aux lares , dans le foyer domestique , des victimes , par exemple un porc , une poule et quelquefois un jeune taureau ; on leur présentait les prémices de tous les fruits ; on faisait en leur honneur des libations de vin . etc.

Dans tous les repas de famille on jetait sur le feu une portion de chaque mets. La jeune femme , le jour de son mariage , y mettait une pièce de monnaie. Les jeunes gens consacraient aux lares le signe de l'enfance , qu'ils quittaient en entrant en adolescence. Les soldats , après leur service terminé , dédiaient à ces génies les armes dont ils s'étaient servis dans les combats. Les captifs et les esclaves , rendus

à la liberté , leur faisaient hommage des chaînes qu'ils avaient portées.

En partant pour un voyage , on saluait les lares et on demandait leur assistance. Quelquefois on les emportait , pour être plus assuré de leur protection. Après un heureux retour , on les remerciait.

Les Etrusques , persuadés , comme les anciens Grecs et les anciens Perses , que les oiseaux qui volent dans les airs étaient mus par une force divine, par rame universelle du monde , observaient avec une attention singulière le vol , le chant et la manière de manger de ces volatiles.

De-là la science compliquée des augures et des aruspices , science si fameuse dans l'ancienne Etrurie et plus tard chez les Romains (1).

Plusieurs ont prétendu que , sous les noms d'Isis et d'Osiris , les Etrusques ont adoré le soleil et la lune , ou Apollon et Cybèle : d'autres veulent que , sous la figure d'Isis et d'Osiris , ou du soleil et de la lune , ils aient reconnu l'esprit universel , ame du monde , et la matière éternelle , fécondée par lui : d'autres enfin nient que ces peuples aient jamais honoré Isis et Osiris , et soutiennent que les divinités égyptiennes n'étaient pas reconnues en Etrurie , que leurs noms même y étaient proscrits. En tout cela il n'y a rien de certain (2).

Nous n'avons aucunes données positives sur ce que furent

(i) Creuzer traduit par Guîgniaut , t. 2. p. 402 et MÛT- (->-) lîruckcr, 1. 1., p. 345.

les doctrines religieuses et philosophiques des Aborigènes, des Sabins, des Latins et des autres peuples qui habitaient l'Italie avant la fondation de Rome.

INunia . premier législateur de cette république naissante, bâtit des temples en l'honneur des dieux , créa des prêtres et des pontifes, donna des règlements aux vestales, fit des lois très-morales et s'efforça d'inspirer des sentiments religieux à ceux qu'il gouvernait. Nous ne savons rien de plus relativement à ses doctrines, ni aux doctrines qui furent enseignées dans la république romaine jusqu'à l'introduction de la philosophie grecque.

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