‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 61 sur 100 · INTRODUCTION" DE LA. PHILOSOPHIE GRECQUE A ROME · texte numérisé non relu

INTRODUCTION" DE LA. PHILOSOPHIE GRECQUE A ROME

Vers'250 ans avant J.-C. , trois philosophes grecs, ainsi que nous l'avons dit ailleurs , Carnéade , académicien , Diogène , stoïcien, et Critolaùs , péripatéticien , furent députés à Rome par les Athéniens , pour solliciter la remise d'une amende considérable , que les Romains leur avaient imposée , en punition du pillage de la ville d'Orope. Déjà la littérature grecque commençait à s'introduire dans quelques familles et môme dans les écoles publiques de Rome. Paul Emile avait eu le philosophe Métrodore pour précepteur de son fils : des esclaves grecs , achetés par des Romains, répandaient dans les familles où ils se trouvaient, la langue , les doctrines et les usages de leur nation.

L'arrivée de trois philosophes distingués, revêlus d'un caractère public, précédés d'une grande réputation d'esprit, de science , d'éloquence , excila une vive curiosité. Les jeunes romains surtout allaient en foule les entendre, admiraient leur facilité à parler , leur éloquence , leur habileté à soutenir le pour et le contre. Carnéade parla un jour publiquement, avec une grande force de dialectique, en faveur delà justice, cette vertu si chère aux Romains; le lendemain, il ne montra pas moins de fécondité et d'aisance dans une

suite de longues argumentations contre ce qu'il avait soutenu la veille.

Caton l'aîné , redoutant les effets que de semblables nouveautés pouvaient produire dans la république 5 engagea le sénat à expédier promptement l'affaire pour laquelle ces étrangers étaient venus , et a les renvoyer exercer leur dangereux talent chez eux; il disait que les jeunes romains devaient se former aux affaires publiques , comme à l'ordinaire , en étudiant les lois et en écoutant les magistrats.

L'avis de Caton fut adopté; mais déjà les jeunes gens ayant pris goût aux spéculations philosophiques, les aimaient, les recherchaient, et s'irritaient de ce qu'on voulut leur interdire ce moyen de s'instruire. Peu de temps après , quelques savants grecs s'introduisirent dans la ville et donnaient des leçons comme particuliers. Chassés de cette capitale comme philosophes, par un nouveau décret du sénat, ils y revinrent en qualité de rhéteurs.

Plusieurs fois encore leur enseignement , prohibé parce qu'on le jugeait dangereux , revint toujours par une voie ou par une autre ; enfln il prévalut.

La Grèce ayant été soumise à la domination romaine , il n'y eut plus d'obstacle à la communication des idées entre les deux nations : la civilisation grecque passa toute entière ù Piome , avec ses arts , ses sciences , sa littérature , sa philosophie et ses nombreuses sectes. A partir de cette époque, la langue grecque entra dans l'éducation des jeunes gens ; elle devint presque aussi familière à Rome que le latin. L'usage s'établit de voyager en Grèce; il fut du bon ton de

fréquenter les écoles d'Athènes, de parler grec, d'avoir étudié les divers systèmes philosophiques de ce pays , de les connaître et d'en faire souvent le sujet des conversations entre personnes bien élevées.

Les premiers hommes d'un rang distingué , qui se livrèrent ouvertement à la philosophie grecque , furent Scipion l'Africain et Lœlius , son ami. L'un et l'autre avaient pour maître Panœlius , de Rhodes , célèbre stoïcien , modéré dans ses opinions et renommé pour ses talents. Le même philosophe compta , en outre , parmi ses disciples , L. Philippus , C. Gallus , dont parle Cicéron dans le discours pro Murœnâ , et plusieurs autres qui ont fait du bruit dans le monde.

Lucullus , illustre capitaine , étant questeur dans la Macédoine , y connut les savants de la Grèce , se familiarisa avec eux et avec leurs doctrines. De retour à Rome , après ses victoires contre Mithridate , il forma une riche bibliothèque , à sa campagne de ïusculum , et voulut qu'elle fût toujours ouverte aux curieux. Les savants de la Grèce venant à Rome pour fuir le théâtre de la guerre , visitaient souvent Lucullus et sa bibliothèque , s'entretenaient volontiers avec lui et avec son ami Cicéron , qui les accueillait toujours avec bienveillance.

Vers le même temps, 86 ans avant J.-C, Sylla prit Athènes de vive force. Pendant le siège , il détruisit les promenades délicieuses de l'Académie et du Lycée , en coupant les bois qui les décoraient. En revenant à Rome , il apporta avec lui plusieurs monuments précieux des sciences , spécialement les ouvrages d'Aristote et de Théophraste , trouves

entre les mains d'un riche particulier qui les avait achetés. Alors les doctrines philosophiques delà Grèce , celles surtout de l'école péripatéticienne , se répandirent rapidement chez les Romains,

Bientôt toutes les écoles furent successivement introduites a Rome et y eurent des sectateurs plus ou moins distingués : nous allons donner un court abrégé de chacune d'elles.

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