DE T.A SECTE DE PYTHAGORE CHEZ LES ROMAEVS
Quoique Fécole pythagoricienne se tînt dans la basse Italie , elle fut longtemps ignorée à Rome et chez les peuples voisins : elle n'y avait du moins aucune influence. Son ton mystérieux , la diversité de mœurs et de langage , y mettaient un grand obstacle. Cependant Pythagore s'étant fait un nom distingué parmi les Grecs , acquit le premier de la célébrité chez les Romains : on lui érigea même une statue dès le temps de la guerre des Samnites , environ 540 ans avant J.-C.
Le poète Ennius , né à Rudies , en Calabre , 237 ans avant J.-C, était voisin du lieu où Pythagore avait donné ses leçons , et où existaient encore des restes de la doctrine pythagoricienne; il s'en instruisit, l'adopta et, d'après le dogme de la métempsycose , s'imagina que l'âme d'Homère était passée en lui.
Nigidius Publius , surnommé Figulus , ami de Cicéron , étudia à fond cette même philosophie, et la mit en honneur par son prodigieux savoir, aussi bien que par la réputation dont il jouissait de prédire l'avenir, en vertu de la science des nombres et de l'inspection des astres.
Cet auteur composa un grand nombre d'ouvrages , mais tellement abstraits , que ses contemporains les négligèrent.
Aussi ces ouvrages ont-ils péri presque entièrement : il n'en reste que des fragments conservés par Àulu-Geîle , Pline et quelques anciens grammairiens.
Proscrit par César avec Pompée , Publius mourut en exil ; après lui, la doctrine des pythagoriciens retomba dans l'oubli d'où il l'avait tirée : on n'en retint que des notions imparfaites sur le culte des dieux , sur l'astrologie judiciaire et sur la divination.
lielevéc , sous Auguste , par Anaxilaiis de Larisse , cette doctrine fut cultivée , sous Tibère , par E. Sextus , homme célèbre , qui paraissait favorable aux stoïciens et Tétait plus encore aux pythagoriciens ; et par Santion d'Alexandrie , qui fit un amalgame de la morale des stoïciens et de celle de Pythagore : elle le fut, sous Néron, par Modératus, qui fit plusieurs livres en sa faveur, et par Apollonius de Thyanes, à qui on a attribué tant de prodiges et qu'on n'a pas rougi de comparer à J.-C; sous Adrien, elle le fut par Secundus, d'Athènes , et par Nicomaque , de Gérase.
De tous ces philosophes , Apollonius de Thyanes , au premier siècle de notre ère , est le seul qui ait fixé l'attention de la postérité. Fidèle aux pratiques de l'école pythagoricienne il menait une vie frugale , mortifiée , fuyait les plaisirs affectait une grande régularité de mœurs et prêchait la réforme. Après avoir voyagé en Perse , dans l'Inde , en Egypte , en Grèce , il vint à Rome , parla en inspiré, fit de prétendus miracles et acquit, parmi le vulgaire , la réputation d'un homme bien au-dessus des mortels ordinaires. Biais ces faits merveilleux rapportés seulement par Philos-
trate ? qui écrivait la vie d'Apollonius, 200 ans après sa mort , en se fondant uniquement sur des mémoires deDamis, compagnon de voyage du philosophe , n'offrent aucun caractère de vérité. Philostrate tenait ces mémoires de l'impératrice Julie ; mais il ne dit point où Julie les avait pris , et ne décrit aucune de ces circonstances qui rendent un fait lus torique indubitable (4).
(i) HoulteYille., t. 4« , p. 292. Biogr. univ. , art. Philostrate.