‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 65 sur 100 · DES STOÏCIENS CHEZ LES ROMAINS · texte numérisé non relu

DES STOÏCIENS CHEZ LES ROMAINS

La philosophie du portique., avec ses dogmes positifs et sa morale sévère, paraissait plus propre que les autres à assurer le bonheur de la république. Les hommes graves, destinés aux fonctions publiques, la jugeaient plus digne (Veux. Aussi cette philosophie était elle la plus considérée à Rome. Elle y avait été introduite de bonne heure et compta , au nombre de ses sectateurs , les citoyens les plus recommandables par leurs vertus.

Panaetius , maître de Scipion l'Africain et de Lœlius , était stoïcien , comme nous l'avons vu : il eut des successeurs distingués, qui continuèrent son enseignement.

Gicéron parle souvent de Balbus , à qui il fait soutenir le rôle d'un stoïcien dans ses dialogues Sur ta nature ie Dieux,

Caton le jeune, arrière petit-fils de Caton le censeur, donna la préférence aux stoïciens sur toutes les autres sectes. Son caractère sérieux , son amour du bien , son horreur de la corruption le portèrent naturellement vers la rigidité des principes stoïciens : il les adopta et en fit la règle de sa confluite. Après avoir lutté vigoureusement contre l'ambi-

lion de César , par son éloquence et par les armes , il prit un parti désespéré , quand il vit que la république ne pouvait plus être sauvée. Se trouvant en ce moment à U tique , il crut devoir , pour le bien public , conseiller à ceux qui l'entouraient, même à son fils, de se soumettre à César. Ensuite ayant lu plusieurs fois le Phédon de Platon , dialogue sur Fimmortalité de l'âme , il s'enfonça son épée dans le corps , et s'arracha ainsi la vie , pour ne pas voir sa patrie sous l'oppression d'un despote. Du lieu de sa mort il a été appelé Caton d'Utique.

Athénodore , de Tarse , honoré de la confiance d'Auguste et précepteur de Claude , fut un zélé défenseur de la doctrine stoïcienne : Carnatus l'enseigna publiquement à Rome , sous Néron ; Musonicus Rufus et plusieurs autres renseignèrent pareillement.

Mais ceux qui ont fait le plus d'honneur à cette secte , chez les Romains , furent , sans contredit , Sénèque , Epictèle et Antonin-le-Pieux.

Le premier , né à Cordoue , en Espagne , l'an 2 ou 5 de J.-C. , fut élevé dans les principes des stoïciens et dans les abstinences des pythagoriciens. Par le conseil de son père, il entra d'abord dans la carrière du barreau et y obtint de brillants succès. Néanmoins il quitta cette profession et se livra avec ardeur à l'étude de la philosophie.

Plus tard il devint questeur ; mais accusé d'adultère avec Julie , fille de Germanicus , il fut relégué par Claude dans l'île de Corse. Les deux premières années il montra un courage stoïque ; ensuite il se démentit et fit des platitudes

pour obtenir sa grâce. Au bout de cinq ans , il fut rappelé par Agrippine pour être précepteur de Néron.

A cause de ses énormes richesses et de la considération dont il jouissait , ayant encouru la disgrâce de son élève , devenu empereur , au point d'être condamné à mort , il supporta cette injustice avec fermeté. Dans ses derniers moments , il parla en philosophe stoïcien et encouragea Pauline , sa femme , qui voulait mourir avec lui , à exécuter son dessein. Tous les deux se firent ouvrir les veines , et moururent en même temps.

Sénèque eut toujours une mauvaise santé , par suite , à ce qu'on croit , de ses premières abstinences : il ne mangeait que des légumes, ne buvait que de l'eau et gardait les règles d'une rigoureuse tempérance. Toujours grave et sérieux , au milieu de la cour la plus dissolue , il détestait le vice , aimait la liberté , honorait Dieu et paraissait soumis à ses décrets.

Ses ouvrages , traduits en français par La Grange , en G vol. in-42 , sont presque tous sur la morale et dans les principes des stoïciens. On y trouve des traités sur la colère , sur la consolation , sur la providence j sur la tranquillité d'âme , sur la constance du sage , sur la brièveté de la vie , sur les bienfaits , etc.

Malgré les belles qualités et la morale sévère de ce philosophe , on lui a reproché , avec raison , des vices très-condamnables ; par exemple , sans parler de l'adultère qui lui fut imputé et qui n'est pas bien constaté , sa vile adulation de Claude , ses complaisances pour Néron , ses immenses

richesses , la magnificence de ses palais , le faste dont il était environné, et qui s'accordait mal avec l'austérité d'un stoïcien.

On pourrait placer ici Dion , surnommé Chrysostome , à cause de son éloquence , et Euphrale , son ami : ce dernier, avancé en âge , obtint de l'empereur Adrien la permission de s'ôter la vie; il le fît en prenant du poison. Apollonius de Thyanes , étant lié avec ces deux philosophes , les présenta et les recommanda à Ycspasien. Nous avons de Dion 80 discours , dans lesquels il y a de grandes beautés , et un traité des Devoirs des Rois, ea h livres. Pline le jeune avait été condisciple d'Euphrate ; il en fait un magnifique éloge dans l'une de ses lettres (1).

Epictète naquit à lliérapolis , en Phrygie , dans le premier siècle de l'ère chrétienne. On ne connaît pas l!époquc précise de sa naissance. Ses parenfs étaient si pauvres qu'il fût réduit à la condition d'esclave. Selon Suidas, il eut pour maître un officier de Néron , nommé Epaphrodite , par qui il fut souvent maltraité au point qu'il eut une jambe cassée et resta estropié toute sa vie.

Affranchi néanmoins par cet officier , à cause des heureuses dispositions qu'il montrait pour les sciences, il se donna tout entier à l'étude de la philosophie et vécut à Rome dans une extrême pauvreté. Ayant eu pour maître Ruflin , homme grave , instruit et sévère , il se forma , sous lui , à une morale rigide , et acquit ce ton de bienséance qui lui fit

(1) Liy. 1 , Ici t. io.

tant d'honneur. Des mœurs intègres , une vie pure , beaucoup déloignement du faste , le mépris des richesses , une simplicité admirable , des penchants nobles et généreux , une constance inébranlable , une patience à toute épreuve , un extérieur heureux , une élocution facile , firent de lui l'homme le plus accompli qu'eût jamais donné l'école de Zenon.

Tant de précieuses qualités ne le préservèrent pas néanmoins de la persécution du farouche Domitien. Chassé de Rome avec les philosophes et les savants , il supporta sa disgrâce avec grandeur dame. Retiré à Nicopolis , il enseigna la philosophie et édifia ses nombreux auditeurs , jeunes et vieux , par ses exemples , en même temps qu'il les instruisait par ses discours. On ne sait pas s'il mourut dans ce lieu, ou s il revint à Rome du temps d'Adrien.

Adrien, le plus célèbre des disciples d'Epictète, ayant recueilli avec soin les principes et les discours de son maître, qui n'avait rien écrit lui-même, les consigna dans plusieurs ouvrages , connus sous les titres suivants : 1 .° De la vie et de la mort d' Epictète; 2.° Discours familiers d'Epictèle ( ces deux ouvrages sont perdus) ; 5.° huit livres de Dissertations sur Epictète et sa philosophie (il n'en reste que quatre); 4.° Manuel d' Epictète. Dans ce livre il y a, sous une forme concise, un beau tableau de la philosophie morale d'Epiclète.

Marc-Aurèle , né l'an 12J de notre ère , eut pour précepteur Apollonius , de Chalcis , philosophe stoïcien. Sous lui , il étudia la philosophie stoïcienne , embrassa les prin-

cipes sévères de cette secte et mena une vie dure : ses mœurs étaient pures et sa conduite irréprochable. Ayant succédé dans le gouvernement de l'empire , à Antonin-le- Pieux qui Pavait adopté , il marcha sur ses traces et montra les vertus d'un prince accompli , autant qu'il semble possible de les trouver réunies dans un philosophe payen. 11 mourut l'an 180 de J.-C.

Nous avons de lui des Réflexions sur sa propre vie , en 12 livres : ce sont des maximes rangées à côté les unes des autres , sans ordre ni méthode , mais d'une belle morale , excepté qu'elle n'a ni base ni sanction.

La secte stoïcienne fleurit encore sous Alexandre Sévère , au commencement du 5.e siècle. A cette époque , elle avait des chaires publiques à Alexandrie et à Athènes ; peu à peu elle s'affaiblit , déclina , puis s'évanouit lout-à-fait.

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