DE LA SECTE DES PERIPATETICIENS CHEZ LES ROMAINS
Les ouvrages d'Aristote , tirés de la bibliothèque d'Apellicon , et apportés à Rome ; par Sylla , après le siège d'Athènes, furent confiés au grammairien Tyrannion et au philosophe péripatétieien Andronic , pour être rectifiés , débrouillés et mis au net : Andronic y ajouta des tables et des commentaires. Ces écrits, devenus publics, se répandirent dans le monde savant : alors la philosophie du Lycée eut comme les autres sectes , ses partisans dans Rome. On tenait à honneur de la connaître ; on l'étudiait : ceux même qui ne l'embrassaient pas dans son entier , l'estimaient sous plusieurs rapports. Cicéron en faisait un grand cas et confia son fils , à Athènes , au péripatétieien Cratippe. Crassus , César, Auguste furent également favorables à cette école.
Sosigène, d'Egypte, célèbre mathématicien et astronome, dont Jules César se servit pour réformer le calendrier; Boèthe , de Sidon , disciple d'Andronic , mis par son condisciple Strabon au nombre des hommes les plus distingués de son temps ; Nicolas , de Damas , homme de vertu et de science , estimé , comme philosophe , d'Auguste et d'IIérodele-Grand , auteur de bons ouvrages que nous n'avons plus ; Xénarque , maître de Strabon ; Athénée , de Séleucie , qui
enseigna la philosophie dans sa patrie , à Alexandrie et à Rome ; Alexandre , d'Egée , aussi très-renommé , étaient tous péripatéticiens.
Du temps de Néron , Ammonius , l'un des maîtres de Plutarque , mêlant les idées platoniciennes et stoïciennes aux idées péripatéticiennes, fit une sorte de syncrétisme, dont Técole d'Aristote s'était préservée jusques-là. Plusieurs suivirent cette méthode ; d'autres s'y opposèrent , entre autres, Alexandre d'Aphrodisée, l'un des plus célèbres commentateurs des ouvrages d'Aristote. Cet Alexandre vivait au commencement du 5.c siècle.
Plus tard on essaya encore de concilier Aristote et Platon. Thémistius, de Paphlagonie, surnommé Euphrade , a cause de sa mélodieuse éloquence , auteur de nombreux écrits sur les livres d'Aristote , peut être regardé comme le principal instrument de cette espèce de fusion. Enseignant publiquement la philosophie à Constantinople , du temps de Constantin , il eut un grand nombre de disciples , même parmi les chrétiens. Plusieurs furent très-distingués , entre autres , Libanius , gentil , et saint Grégoire de Nazianze.
Tous se sont accordés à dire du bien de la conduite morale de ce philosophe, à faire l'éloge de ses talents et de ses succès.
On peut lui adjoindre Anatolius , qui le précéda , et Simplicius, qui vint au commencement du 6.e siècle. Tous les deux ressuscitèrent la philosophie péripatéticienne, l'un à Alexandrie , et l'autre à Athènes , en y mêlant toutefois des notions platoniciennes.
Cette philosophie tomba peu à peu clans l'oubli , et n'en sortit que pour s'unir à la philosophie scolastique dont nous aurons aussi à parler.