‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 67 sur 100 · DE LA SECTE D'EPICURE CHEZ LES ROMAINS · texte numérisé non relu

DE LA SECTE D'EPICURE CHEZ LES ROMAINS

Les épicuriens , devenus odieux chez les Grecs , à cause de leurs principes pernicieux et de la licence de leurs mœurs, ne se présentèrent pas chez les Romains sous un aspect favorable : on était généralement prévenu contre eux. Cicéron , qui avait eu pour maîtres deux philosophes épicuriens , parle souvent de cette secte et le fait toujours avec mépris.

Néanmoins , comme cette doctrine flattait les passions , elle eut beaucoup de partisans, surtout parmi les riches C'est ce qu'on voit dans la vie d'Epicure et dans d'autres ouvrages que nous avons cités, p. 182.

Lucrèce , né à Rome , environ 400 ans avant J.-C. , très renommé par son impiété, fit un beau poème latin, en faveur de l'absurde système des atomes. On admira ses vers , sans se mettre beaucoup en peine de soutenir sa théorie métaphysique : mais on en tira les conséquences pratiques ; on brisa tout frein religieux et on se livra aux plaisirs grossiers sans aucune retenue. Pomponius Àtticus , condisciple et ami de Cicéron , Crassus , ennemi de César , Velleius Paterculus , auteur spirituel , et beaucoup d'autres personnages qui jouent

un grand rôle clans l'histoire , vivaient en épicuriens et ne rougissaient point de passer pour tels.

Bientôt cette doctrine licencieuse eut ses chaires publiques en différents lieux. Trouvant des cœurs disposés à la goûter , elle pénétra dans toutes les classes de la société , et y produisit cette dépravation universelle qui précipita l'empire dans un abîme de maux. Dieu, l'âme , la vie future, les opinions des pythagoriciens et des platoniciens , les dogmes du christianisme naissant , les pratiques religieuses , tout cela fut dédaigné , méprisé par ces hommes perdus de débauche. Aucun cependant ne cherchait, par des écrits qui soient venus jusqu'à nous , à soutenir la doctrine d'Epicure ; tous se contentaient de jouir paisiblement des douceurs d'une morale qui les flattait.

Plusieurs néanmoins ont montré , par des ouvrages d'un autre genre , qu'ils étaient capables d'écrire : nous pouvons citer les suivants.

l.° Celse, au 2.e siècle, ennemi acharné du christianisme , écrivit en même temps contre les Juifs et contre les chrétiens. Origène l'a solidement réfuté et nous a conservé ce qu'il y avait de plus important dans le principal ouvrage de ce philosophe . intitulé Discours véritable.

2.° Pline l'ancien , né sous Tibère , a été célèbre par son assiduité au travail , par sa vaste érudition , par le nombre de ses ouvrages et surtout par son Histoire naturelle , en 57 livres. Epicurien en théorie et en pratique , il ne reconnaissait point de Dieu , ou le confondant avec la nature , il ne savait qu'en dire. Quant à la providence , il s'en moquait.

5.° Lucien, Dé à Samosate , du temps de Trajan , a plaisanté avec esprit, dans ses Dialogues, les philosophes et leurs doctrines, la religion et ses pratiques. On peut, sans témérité , le ranger parmi les épicuriens ; il en avait le ton et les manières. D'ailleurs , en mettant les philosophes en scène , tour à tour , il montre sensiblement sa prédilection pour Epicure, se déclare son protecteur, admire Gelse, etc.

A.0 Plusieurs mettent au nombre des épicuriens de ce temps-là Diogène Laërce, à qui nous devons la Vie et les Dits mémorables des philosophes , en 10 livres. Cet ouvrage , important pour l'histoire de la philosophie , est écrit sans ordre , dans un mauvais style , et un juste discernement n'a pas toujours présidé à sa rédaction.

Page 1