DE LA PHILOSOPHIE ÉCLECTIQUE OU SYNCRÉTIQUE A ATHÈNES
Adrien et Marc-Aurèle avaient fondé à Athènes des chaires publiques , où toutes les écoles de philosophie étaient représentées par des maîtres qui faisaient profession d'enseigner les doctrines propres à chacune. Ces écoles conservèrent, pendant quelque temps , leurs caractères distinctifs ; mais le syncrétisme , qui avait prévalu à Alexandrie , s'y glissa aussi par les mêmes causes. Bientôt il y fut enseigné publiquement, sous le nom de nouveau platonisme.
\ .° Plutarque , fils de Nestorius , né à Athènes , Fan 550 , n'apprit pas seulement l'éclectisme d'Ammonius , mais il apprit également de Plotin , de Porphyre et de Jamblique , la théurgie , dans laquelle il excella. Les écrits qu'il avait faits sur Platon et Aristole sont perdus.
2.° Syrianus , d'Alexandrie , disciple et successeur du précédent , étendit encore le syncrétisme , en unissant , aux autres philosophes , Orphée et Homère. La célébrité qu'il acquit à Athènes , par ses leçons publiques , lui amena beaucoup de disciples. Dans plusieurs ouvrages qu'il composa et qui sont tous perdus , à l'exception d'un commentaire sur quelques parties de la métaphysique d'Aristote qu'on lui
attribue , il traita de la République de Platon, de la Théologie d'Orphée, des Dieux d'Homère, de l'Accord entre Orphée, Pythagore et Platon.
3.° Proclus , né en Lycie ou à Byzance, en 412, étudia à Alexandrie , puis à Rome , enfin à Athènes , sous Syrianus , où il fit de grands progrès. Revenu à Alexandrie , il se livra exclusivement à l'étude de la philosophie , sous Olympiodore , dont il répétait les leçons à ses condisciples. Par le désir de s'instruire encore davantage , il alla une seconde fois à Athènes et continua d'y étudier avec ardeur. Il vivait frugalement et gardait l'abstinence de la viande , selon la coutume des pythagorico-platoniciens de ce temps-là. Les fruits qu'il recueillit de ses veilles et de son application furent si abondants , qu'à 25 ans il fit un commentaire , plein d'érudition , sur le Timée de Platon. Mais il ne fit pas de moindres progrès dans les superstitions théurgiques , qu'alors on ne séparait point de la philosophie.
Désigné par Syrianus pour lui succéder dans l'école platonicienne d'Athènes , il prit possession de cet emploi après la mort de son maître , et jouit des riches avantages qui y étaient attachés.
Personne iravait encore poussé aussi loin que lui Fart de concilier ou plutôt de confondre les doctrines physiques , intellectuelles , morales et religieuses de toutes les écoles , de tons les pays et de tous les temps : nul autre n'a été aussi plus adonné que lui aux pratiques superstitieuses , inventées par les nouveaux platoniciens.
11 soutint l'éternité du monde par de nouveaux arguments,
ou en développant davantage les raisons qu'avaient données avant lui les philosophes de sa secte. Les chrétiens , et notamment Philopon , l'un des apologistes de la religion chrétienne , le combattirent fortement.
Proclus mourut en 485 et fut honoré , après sa mort , presque comme un dieu.
Ses nombreux écrits , tous obscurs et mal digérés , ont péri en grande partie. Toutefois, ce qui nous en reste ne laisse pas d'être précieux pour faire connaître la science philosophique de cette époque.
4.° Marinus , le plus notable de ses disciples, et celui qui lui était le plus cher, lui succéda dans la chaire philosophique , à Athènes.
La vie de son maître , qu'il composa sous forme de panégyrique et en style empoulé , est remplie de fables.
5.° À Marinus succédèrent , dans l'école d'Athènes et dans l'enseignement néoplatonicien de Proclus, deux hommes distingués , Isidore , de Gaze , et Damascius. Isidore avait peu d'instruction , mais il était très-zélé. Ennuyé de l'enseignement, il quitta sa chaire et la laissa vacante.
Damascius , élève de l'école d'Alexandrie, se trouvant à Athènes , y monta de lui-même et l'occupa dignement.
Nous avons de ce dernier des fragments d'un grand ouvrage sur Platon , et la vie des philosophes de son époque , spécialement d'Isidore , son prédécesseur. Aux faits intéressants qu'il raconte , il mêle des anecdotes fabuleuses et de véritables puérilités.
On peut adjoindre a ces philosophes la célèbre Hypatie ,
fille de Théon d'Alexandrie. Hypalie étudia la philosophie à Athènes , et renseigna publiquement à Alexandrie avec un grand éclat. Elle fut considérée et respectée pour sa modestie , composa de nombreux ouvrages et eut une fin déplorable : le peuple la massacra dans une émeute.
Justinien ayant supprimé les chaires publiques d'Athènes et d'Alexandrie , les philosophes qui les occupaient se dispersèrent : plusieurs allèrent vers Chosroès , en Ferse.
A partir de ce moment , la philosophie payenne fut anéantie.