‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 76 sur 100 · DE LA DOCTRINE DE J.-C. ET DES APOTRES · texte numérisé non relu

DE LA DOCTRINE DE J.-C. ET DES APOTRES

Après avoir parcouru , quoique rapidement , le dédale des systèmes enfantés par la philosophie payenne , et l'abîme des opinions humaines , aussi mobiles que les flots de la mer, combien l'esprit ne doit-il pas être satisfait de trouver enfin un appui sur lequel il lui soit donné de se fixer avec sécurité ! Combien ne lui est- il pas doux de goûter un repos dont il sent si vivement le besoin ! Cet appui solide , il le trouve dans J.-C. et dans sa céleste doctrine.

Tandis que les sages de la terre , livrés à la vanité de leurs pensées , cherchent péniblement la vérité , sans pouvoir la trouver, un petit peuple , presque imperceptible entre toutes

les nations de la terre , conserve les anciennes traditions et le dépôt sacré de la plus sublime doctrine : il traverse les siècles , au milieu des orages suscités par les passions , et reste toujours le même. Un juge incorruptible veille sur lui et le ramène à la vérité dès qu'il s'en écarte. De grandes promesses lui ont été faites : il y croit et compte sur leur accomplissement.

Au moment marqué par les divins oracles , sort du sein de ce peuple un bomme admirable , destiné à opérer sur la terre une révolution sans exemple. Cet bomme est l'envoyé par excellence , l'attente des nations , qui toutes doivent être bénies en lui. Dès son berceau il laisse échapper quelques traits de la vérité éternelle. Les premières années de sa vie il les passe dans l'obscurité , sans s'occuper ni des grands , ni des riches , ni des sages , ni de leurs écoles.

À l'âge de trente ans , il quitte sa retraite , paraît tout-àcoup , comme un soleil resplendissant , et répand une éclatante lumière sur tout ce qui l'environne. Sa vie est tellement au-dessus de ce qu'on a dit des sages les plus illustres , qu'elle ne peut être que la vie d'un dieu , dit un célèbre incrédule (1) : sa doctrine est si grande , si élevée, si claire , si pure , si sainte , si parfaite , qu'on ne peut rien concevoir de plus accompli ni de plus digne d'admiration. Cet homme prodigieux ne dispute point , ne raisonne point , ne cherche point à démontrer ce qu'il avance par de subtils arguments.

(i) Rousseau, Esnil. , 1. \,

Prenant dans son propre fond les vérités qu'il annonce, il les distribue avec aisance ; on voit qu'elles coulent de source.

Il se dit fils de Dieu , affirme qu'il est semblable à son Père, que , soleil de justice et lumière éternelle, il est descendu du ciel pour éclairer la terre , pour racheter et sauver les hommes. En preuve de ce qu'il avance , pour confirmer ses paroles et montrer la vérité de sa mission , il commande ù la nature , et la nature lui répond par d'éclatants prodiges.

Soumis à la loi de Moïse , il la respecte et la fait respecter : il ne vient point pour la détruire , mais pour l'accomplir. Il l'accomplit en effet , en la développant , et la perfectionne en substituant à ses figures les réalités qu'elle annonçait. Dans son divin enseignement , tout se lie et se coordonne , de telle sorte qu'un esprit droit , quelque instruit et profond qu'il soit, n'y peut rien trouver à reprendre.

Cet admirable réformateur choisit parmi le peuple , dans les rangs les plus obscurs , douze hommes , sans éducation , sans lettres , sans nulle teinture des sciences ; il se les attache et , durant trois ans, les instruit par ses exemples autant que par ses discours.

Avant de les quitter, il leur commande de se disperser dans l'univers , de prêcher partout la doctrine qu'il leur a enseignée , sans y rien changer ; d'annoncer les récompenses du ciel à ceux qui y croiront , et des peines éternelles à ceux qui refuseront de s'y soumettre.

Quant à eux , il ne leur promet dans la vie présente , pour prix de leur dévouement , que des contradictions , des souf-

frances, des persécutions et la mort : il veut qu'au milieu des humiliations et des affronts , des calomnies et des douleurs , ils soient pleins de joie en pensant que la récompense de leurs travaux les attend dans le ciel.

Ces hommes , d'une condition si commune , façonnés en si peu de temps , sous un maître qui n'avait fait aucune étude, deviennent des héros inimitables : ils acceptent , sans hésiter, la mission qui leur est confiée. Au moment marqué , ils commencent leur prédication , se divisent, parcourent le monde , affrontent les périls , parlent , sans se déconcerter, devant toutes sortes de personnes, au milieu du temple , sur les places publiques , dans les synagogues : partout ils publient hautement la divine sagesse dont ils sont les dépositaires.

Leur enseignement ne ressemble en rien à celui des anciens sophistes. Allant droit au but, ils exposent nettement ce qu'ils avancent et l'affirment avec le ton de la certitude. A l'appui de leurs assertions , ils citent la parole de Dieu et les faits miraculeux de leur divin maître. Eux-mêmes font des prodiges éclatants et montrent par là que Dieu est avec eux ; ils sanctionnent tous les devoirs , flétrissent tous les vices et n'usent ni de paroles équivoques , ni de symboles mystérieux. Leur langage est clair et précis, plein de noblesse et d'élévation , et néanmoins à la portée de tous , des ignorants comme des savants.

On ne voit dans leurs discours et dans leurs écrits aucune trace d'orgueil, de vanité ou de suffisance; il y règne , au contraire, une simplicité et une modestie qui ne se démentent jamais. Ces docteurs d'un genre si nouveau ne se vantent

point, ne se recherchent point, ne se prévalent de rien. Méprisant les honneurs et les richesses , ils se montrent supérieurs aux intérêts humains et uniquement attentifs au succès de leur ministère , c'est-à-dire , à la gloire de Dieu , à la sanctification et au salut des âmes. Ils ne parlent point en philosophes , ne se donnent point pour philosophes. Toutefois, leur doctrine, admirablement coordonnée, présente un corps parfait ; elle renferme , d'une manière aussi solide que lumineuse, toutes les vérités qu'une saine philosophie doit avouer, sur Dieu et ses attributs , sur l'homme et ses destinées , sur les principes et les règles de la plus sublime morale. Si c'est là un système , il faut convenir que ce système est le plus complet et le mieux conçu qu'on puisse imaginer ; que jamais les savants du siècle n'ont rien trouvé de semblable

Aussi quels magnifiques effets cette doctrine n'a-t-elle pas produits dans le monde ! la philosophie n'atteignait point le vulgaire : elle lui laissait ses préjugés, son ignorance, ses vices , sa grossièreté , et ne lui offrait ni instruction , ni espérance , ni consolation. Ceux qui fréquentaient les écoles publiques et se mettaient en frais d'acquérir ce qu'on nommait la sagesse , n'en étaient , pour l'ordinaire , ni mieux réglés ni plus religieux.

La doctrine des apôtres , au contraire , arrive sans efforts à toutes les classes , se proportionne aux besoins de chacun , et partout où elle pénètre , elle éclaire les esprits , change les cœurs , réforme les mœurs , enfante des vertus si étonnantes , qu'on ne peut les attribuer qu'à une influence céleste.

Un vieillard sans étude , mais bon chrétien ; une femme ignorante , mais qui connaît les principes de cette religion sainte ; un enfant qui en a appris les premiers éléments , possèdent plus de vérités utiles qu'il n'y en eût jamais dans la tête des célébrités philosophiques d'Athènes , de Rome et d'Alexandrie ; ils ont plus de vertus réelles que n'en eurent tous les Socrates et les Platons de la gentilité.

Cette incomparable doctrine se propage avec rapidité , gagne de proche en proche , répand de tous les côtés sa vive lumière et ses salutaires influences. Des Juifs , des Grecs, des llomains , des barbares , ressentent son onction , cèdent à sa force persuasive , la conçoivent aisément , l'admirent, la goûtent, lui rendent hommage et l'embrassent par milliers. Cette doctrine porte avec elle des caractères de vérité non équivoques ; elle est consignée dans des livres inimitables. Ces livres, écrits par des témoins oculaires et publiés au milieu de la génération contemporaine , sont conservés par des sociétés opposées les unes aux autres et incapables de connivence; ils sont confirmés , en outre , par une multitude de martyrs qui auraient connu la supercherie , s'il y en avait eu , et qui n'avaient nul intérêt à la soutenir.

De quelque coté donc qu'elle soit envisagée , cette doctrine ne présente ni faiblesse , ni imperfection. Elle ne craint point un examen sévère , parce que sa base est éternelle , parce que ses principes sont immuables , parce que son ensemble est inattaquable , parce qu'elle ne laisse rien à désirer aux esprits droits, même à ceux qui ont le plus d'étendue et qui sont les plus exigeants.

Nous n'entreprendrons pas d'en tracer ici un tableau détaillé, ni de la montrer réduite en pratique. On peut s'en former une idée en lisant l'ouvrage de Fleury, intitulé Mœurs des Chrétiens , \ vol. in-12, ordinairement réuni à un autre excellent ouvrage du même auteur, sous le titre de Mœurs des Israélites.

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