PÈRES GRECS POSTÉRIEURS A L'ÉCOLE CHRÉTIENNE D'ALEXANDRIE
Outre les docteurs chrétiens dont nous avons parlé dans les deux chapitres précédents , on en compte encore quelques-uns qui appartiennent à l'église grecque et méritent d'être mentionnés.
A ,° Eusèbe , né vers l'an 267 , étudia à Àntioche , fut ordonné prêtre et devint évêque de Gésarée , dans la Palestine, en 515. Persuadé, comme la plupart des docteurs de son temps , que beaucoup de vérités , transmises par les traditions ou communiquées par le Verbe de Dieu , étaient disséminées parmi les sectes philosophiques , ou consignées dans les écrits des philosophes , il conçut le projet de les rechercher partout où elles se trouveraient , de les ramasser , d'en former un corps et de les faire servir à la défense de la vraie religion. Il se livra donc à un immense travail , et composa deux grands ouvrages , l'un en \ 5 livres , intitulé Préparation èvangélique , et l'autre , sous le titre de Démonstration èvangélique , en 20 livres , dont les dix derniers sont perdus. On trouve , dans ce qui nous reste, de précieux fragments d'une foule d'ouvrages im-
portants qui n'existent plus. Malheureusement le célèbre auteur a quelquefois confondu des ouvrages apocryphes avec des ouvrages authentiques , et , dans ses réflexions , il n'est pas toujours exact. Comme Origène et comme plusieurs autres , il était imbu des maximes platoniciennes , de sorte qu'on peut le consulter avec beaucoup de fruit, mais non le prendre pour un guide toujours sûr.
2.° Némésius , né à Cyrène , en Afrique , vers la fin du 4.° siècle , fut d'abord disciple d'Hypatie , dont nous avons parlé, p. 245.
Après avoir étudié à fond la philosophie d'Alexandrie , il se convertit au christianisme , sans renoncer aux rêveries du néoplatonisme. Elevé néanmoins sur le siège épiscopal de Ptolémaïde , il ne changea pas , pour cela , d'opinions , à en juger par les épitres et les hymnes qui nous restent de lui. Plusieurs de ces pièces , évidemment postérieures à sa conversion , sont toutes pleines d'idées platoniques.
5.° Vers le même temps, parurent, sous le nom de saint Denys l'Aréopagite , des ouvrages mystiques , pieux , intéressants , remplis de maximes platoniciennes , à la manière des philosophes d'Alexandrie au 5.e siècle. Ces ouvrages , qui se trouvent dans la Bibliothèque des Pères , t. 2 , et y sont donnés comme authentiques , ont pour titre : De la Hiérarchie céleste; De la Hiérarchie ecclésiastique; Des Noms divins ; De la Théologie mystique.
Communément ils sont , ainsi que onze lettres attribuées au même auteur, regardés comme apocryphes; maison s'accorde à dire qu'ils existaient certainement au 5.c siècle.
Dans l'hypothèse même qu'ils soient réellement apocryphes , ils ne laissent pas d'avoir leur importance.
4.° Némésius , évêque d'Emèse , en Phénicie , au 4.c ou 5.e siècle , nous a laissé un bon traité De la nature de l'Homme. Cet ouvrage a été traduit en latin et se trouve au t. 8.e de la Bibliothèque des Pères. L'auteur s'y montre bon écrivain et profond métaphysicien. Cependant il admettait encore la préexistence des âmes , leur transmigration d'un corps humain dans un corps humain , et quelques autres idées platoniciennes. Toutefois , il fut beaucoup plus exact que les philosophes chrétiens de son siècle et que ne l'avaient été ceux des siècles précédents.
5.° Saint Maxime , moine et martyr , commentateur des livres attribués à saint Denys l'Aréopagite , Enée, de Gaze , disciple d'Hiéroclès, et Zacharie, dit le Scolastique, qui avait enseigué la jurisprudence à Alexandrie, combattirent les nouveaux platoniciens sur plusieurs points : néanmoins ils ne se garantirent pas eux-mêmes de toutes les erreurs du système qu'ils réfutaient.