‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 87 sur 100 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DE EA riHLOSOriIIE DE MAHOMET ET DE L'ALCORAN.

Mahomet , né à la Mecque , dans l'Arabie déserte , en 570, selon l'opinion la plus commune, perdit de bonne heure ses parents. Dénué des biens de la fortune , quoique issu d'une des principales tribus de la nation, il fut recueilli par son aïeul , Abdal-Mothalleb , et élevé par son oncle , Abbon-Thaleb. ATàge de 20 ans , il prit le parti du commerce et fréquenta les marchés publics. De retour à la Mecque , à Tâge de 23 ans , il entra chez une veuve très-riche , nommée Kadidja. En gérant les affaires de cette veuve , il gagna sa confiance , mérita ses faveurs et oblint sa main. Devenu son époux, il se trouva à la tête d'une brillante fortune.

Songeant aux moyens de monter plus haut et de se créer une autorité souveraine, il conçut le projet de fonder une nouvelle religion. Dans ses voyages en Syrie , en Palestine, en Egypte , il avait été en rapport avec des Juifs et des chrétiens de différentes communions. Mêlant ce qu'il avait pu retenir des enseignements de Moïse et de J.-C. aux traditions de son pays , il forma un corps de doctrine singulier et plein de confusion. Il supposait que l'archange Gabriel venait souvent le visiter et lui communiquait les vérités qu'il fallait croire

ou pratiquer. Prêchant celte nouvelle religion , au nom du ciel , il défendait , sous peine de mort , d'en contester aucun point et ordonnait de s'y soumettre sans hésiter.

Comme il parlait à des peuples ignorants et grossiers , et qu'il le faisait d'un ton d'inspiré , entouré de forces imposantes , menaçant et exécutant souvent ses menaces , il fit , en peu de temps , de rapides progrès. C'est ainsi que fut fondé le mahométisme , religion si connue depuis et si étendue dans le monde , spécialement dans l'Asie et dans l'Afrique.

Pour se soustraire à un complot ourdi contre lui , Mahomet s'échappa secrètement de la Mecque et se retira à Yanthrel , autre ville de l'Arabie , appelée depuis Medinah al Nabij, ville du prophète, ou simplement Médi ne. Cette fuite a été si célèbre, que tous les peuples mahométans en ont fait le commencement de l'ère dont ils se servent , et qu'ils appellent hégire , d'un mot arabe qui veut dire fuite : ils font partir cette ère du vendredi 16 juillet, 622 de J.-C.

Mahomet , ne sachant point écrire , faisait écrire par d'autres , sur des morceaux de parchemin, sur des pierres, sur des feuilles de palmier , ou sur d'autres matières propres à cet usage , les révélations qu'il prétendait recevoir , à mesure qu'elles lui étaient faites ; il en publiait d'autres sans les faire écrire.

Aboubekr , son beau-père , étant devenu son successeur, s'occupa de faire recueillir ces notes et les traditions non écrites. Zaïb-ben-Thabet, chargé de ce travail, ramassa tout ce qu'il trouva , et fît un assez gros volume , plein de cou-

fusion. Néanmoins il le divisa en chapitres , sous des titres particuliers ; mais , pour l'ordinaire , ces titres sont vagues , ridicules , ou ne présentent aucun sens , comme De la Fourmi; De la Vache; De V Araignée ; De la Fumée ; Des Ordures , etc. C'est ce recueil qu'on appelle Alcoran . de deux mois arabes al (le) et coran (livre), c'est-à-dire le livre par excellence. Alcoran signifie donc la même chose chez les mahométans que la Bible chez les chrétiens. On dit souvent aussi le Coran , au lieu de F Alcoran.

Rien de plus pitoyable pour le fond et la conlexture que ce livre fameux : à l'exception de quelques vérités dogmatiques et morales , empruntées aux Juifs et aux chrétiens , le reste n'est qu'un amas de rapsodies , dont la lecture n'est pas même supportable. Nous allons en extraire succinctement ce qu'il y a de plus raisonnable , afin de donner au moins un aperçu des doctrines mahométanes sur le triple rapport du dogme, de la morale et du culte.

Dogme. i.° Il n'y a qu'un Dieu souverainement parfait , créateur du ciel et de la terre , qui gouverne tout , mais ne peut engendrer son semblable. 2.° Il y a des anges qui ont un corps très-subtil, formé de feu ou de lumière : cependant ils ne mangent point , ne boivent point et n'ont pas de sexe. Les uns adorent Dieu ou chantent ses louanges ; les autres portent son trône ou intercèdent pour les hommes. Quatre surtout sont fréquemment désignés par leurs noms propres, savoir . Gabriel, Michel , Azael et Yfrafil. 5.° Celui qui ne croit point aux anges , ou qui leur attribue la diversité de sexe , ou ne les aime pas , est un infidèle.

4.° Un ange très-élevé devant Dieu, nommç Azazil, ayant désobéi à l'ordre qui lui fut donné de se prosterner devant Adam , est tombé de sa gloire et ne cherche plus maintenant qu'à nuire aux hommes : il a eu des imitateurs ; de sorte qu'il y a des anges malfaisants , qu'on appelle démons. Il y a aussi des génies revêtus de corps grossiers , qui mangent , boivent, se propagent et meurent. 5.° Les âmes humaines, immortelles de leur nature , sont recueillies, au sortir du corps , par Azariel , l'ange de la mort , et examinées sur leur conduite : si elles sont trouvées justes , elles jouissent du bonheur ; si elles ne sont pas justes, elles ne pourront attendre que des tourments. À la fin des siècles , il y aura une résurrection générale et un jugement solennel : alors les bons iront au ciel , et les méchants descendront dans l'enfer , pour y souffrir pendant un temps proportionné a leurs fautes : après cela , s'ils ont confessé Dieu , ils rentreront en grâce avec lui. 6.° Un dogme fondamental chez les mahométans , c'est que tout est prédéterminé par la souveraine volonté de Dieu , et arrive nécessairement.

Comment concilier la liberté de l'homme avec cette inflexible nécessité? c'est ce qu'on ne dit point.

Morale. Les principaux points de la morale de Mahomet , sont : 1 .° de ne jamais disputer sur la religion , de croire sans hésiter au Pentateuque , à l'Evangile , à l'Alcoran , à Dieu et à Mahomet, son prophète ; 2°. de faire la guerre aux infidèles , de les forcer à croire la vérité enseignée par Mahomet; d'être persuadé que si on meurt dans les combats, soutenus pour établir la foi , on est martyr de son zèle et

certainement sauvé ; 3° de ne pas avoir plus de 4 femmes , ou 1 femme et 5 concubines (il paraît que Mahomet se dispensa ou feignit que Dieu l'avait dispensé de cette loi , puisqu'il eut jusqu'à 45 femmes et 40 ou 42 concubines); 4.° il est permis à un homme de répudier sa femme ou l'une de ses femmes , et de la reprendre deux fois , même trois fois , pourvu qu'elle se soit mariée à un autre et en ait été répudiée aussi ; 5.° la charité et l'aumône sont singulièrement recommandées par Mahomet.

Dans l'Alcoran il y a beaucoup d'autres préceptes de droit positif, qui ne peuvent convenablement trouver place ici.

Culte. Le mahométisme contient une foule de pratiques religieuses qui n'ont rien de philosophique. Par conséquent nous ne devons pas les citer en détail dans cet Abrégé historique. Nous allons seulement exposer les plus saillantes pour donner une idée de cette religion : 1.° Beaucoup de purifications sont prescrites ; tantôt il faut plonger le corps entier dans l'eau, par exemple , les femmes après leurs couches, ceux qui ont touché un mort; tantôt on doit se laver soigneusement les extrémités , savoir , les pieds , les mains et la face. Au défaut d'eau, on se sert de sable. 2.° La circoncision est de précepte : elle peut se faire de la 6.e à la 46.e année , et chacun , en subissant cette opération , doit dire à haute voix : Il n'y a qu'an Dieu , et Mahomet est son prophète. 3.° La prière est la partie essentielle de la religion mahométane : elle doit avoir lieu cinq fois par jour , sans aucune interruption. 4.° Outre les jeûnes de dévotion qui sont recommandés et reviennent assez souvent, il y a le Ramadan)

jeûne d'un mois lunaire , strictement prescrit à tout le monde , au point quïl n'est pas permis de prendre môme une goutte d'eau avant le coucher du soleil. C'est le carême des mahométans; il se termine par le Baïram, grande solennité, répondant, pour le degré, non pour le temps (1), à la pâque des Juifs ou des chrétiens. 5.° Il est défendu de jouer, de faire de la musique , de boire du vin , de manger du porc , du sang, de ce quia été offert aux idoles, des bètes mortes d'elles-mêmes, de celles qui ont été suffoquées, assommées, tuées par accident , ou par la corne d'un autre animal , ou dont une autre bêle aurait mangé. C.° Il est ordonné à chacun de faire le voyage de la Mecque , au moins une fois dans sa vie : on va aussi , mais seulement par dévotion , à Médinc , où est le tombeau du prophète.

Cette religion est appelée Islamisme, du mot arabe Islam, qui exprime l'action de s'abandonner pleinement à Dieu. Les Perses en ont fait Muslim, et Muslimim au pluriel, d'où s'est formé le mot générique de musulmans , appliqué aux sectateurs de Mahomet.

On les appelait autrefois , et pendant longtemps , Sarrasins , du nom d'un peuple qui habitait Médine et les environs , du temps de Mahomet : cette dénomination a cessé quand les Turcs ont obtenu l'autorité souveraine dans

(1) L'année mahométane étant lunaire, le mois de Ramadan parcourt successivement les différents temps tle l'année; il fait le cercle dans 33 ans. Par conséquent le jeûne se trouve souvent dans les grandes chaleurs de l'été.

Ja personne d'Othman ou Ottoman , fondateur d'une dynastie qui porte son nom , et le donne à la nation des Turcs.

Mahomet, préchant sa nouvelle loi, l'épée à la main, et la persuadant par la terreur , ne voulait pas qu'on lut ni qu'on apprît autre chose que l'Àlcoran : il alla même jusqu'à défendre , sous peine de mort , l'étude des arts libéraux. Dès lors il n'y eut pas de philosophie possible sous son règne ni sous celui de ses premiers successeurs. On sait la réponse farouche qu'Omar fit faire, par son lieutenant Amrou, à Jean Philopon , qui demandait que la bibliothèque d'Alexandrie fût conservée : ou ce que ces livres contiennent est conforme à l'Alcoran , et alors ils sont inutiles; ou ce qu'ils contiennent est contraire à l'Alcoran , et ils sont dangereux. La conclusion fut qu'il fallait les brûler et ils furent tous brûlés.

Celte fureur contre les lettres et les sciences continua , a peu près de la même manière . sous les califes ommiades , qui se succédèrent depuis £65 jusqu'à 749 de notre ère. Calife ou khalife , comme quelques-uns écrivent , signifie vicaire du prophète. La dynastie des Ommiades tire son nom d'Ommyah ou Ommiade , bisaïeul de Moaviah. Ce Moaviah étant parvenu à se faire reconnaître calife, en 41 de l'hégire , 661 de J.-C. , dépouilla la famille du prophète du califat, et transmit cette dignité à ses propres descendants.

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