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INTRODUCTION DE LA PHILOSOPHIE CHEZ LES ARABES D'ORIENT

En 749 de notre ère , i52 de l'hégire , Aboul-Abbas , descendant d'Abbas , fils de Mothaleb , oncle de Mahomet , fut proclamé calife et fonda une nouvelle dynastie, connue sous le nom d'abbassides. Les princes de cette dynastie tinrent , à Tégard des sciences , une conduite toute différente de celle qu'avaient tenue les ommiades et les califes qui les avaient précédés.

Almansour ( Abou-Djafar ) , second calife de cette dynastie , en 775 , homme d'un heureux caractère , prudent , judicieux, affable, magnanime, très-versé dans les affaires, ne put goûter l'ignorance systématique dont Mahomet avait fait un précepte : il montra du goût pour les lettres et les favorisa tant qu'il pût. Ayant fondé la ville de Bagdad , dont il fit la capitale de son empire , il y établit des écoles publiques ; lui-même étudia la philosophie , les mathématiques , l'astronomie et excita les autres , par son exemple , par ses conseils , par ses encouragements , à faire de même. Toutefois , il n'obtint pas de grands succès 3 parce que les préjugés étaient enracinés et l'ignorance trop profonde.

Plusieurs ouvrages de philosopbie avaient cependant déjà été traduits du grec en syriaque, par des chrétiens : ces versions , tout imparfaites qu'elles étaient , furent , pour les musulmans , la première source de leur éducation littéraire et scientifique. Almansour décerna d'amples récompenses à ceux qui traduiraient des ouvrages grecs en arabe.

Les Arabes , ne sachant point le grec , ne pouvaient lire les ouvrages écrits dans cette langue. Ils ne possédaient en arabe que FAlcoran. Nécessité était donc pour eux de recourir aux traductions , et ils n'avaient pas d'autre ressource pour se mettre au niveau des connaissances acquises ailleurs. Les chrétiens , un peu instruits , qui savaient les deux langues, excités par les encouragements de l'autorité souveraine , se mirent au travail. Bientôt il parut une multitude de versions , faites , la plupart , sur des versions syriaques , et , par conséquent , très-vicieuses.

Haronn-Rashid , cinquième calife des abbassides, en 809, favorisa de tout son pouvoir l'élan qu'avait donné Almansour , pour les versions arabes et pour les études sérieuses. Par ses largesses et par l'accueil bienveillant qu'il savait faire , il réunit autour de lui un grand nombre de poètes et de savants , qui , en lui faisant la cour , s'efforçaient de mériter ses bonnes grâces.

Almamoim, fils et second successeur de Rashid , 7.e calife abbasside, surpassa tellement son père, par le zèle qu'il montra pour les sciences et les beaux arts , qu'il en fût regardé comme le père chez les Arabes orientaux. Beaucoup moins scrupuleux dans sa foi mahométane que ne

l'avait été Rashkl , il admit les chrétiens à sa cour , leur confia des emplois publics , les honora , les récompensa selon leurs mérites , sans avoir égard à la religion qu'ils professaient : il se servit d'eux pour répandre la philosophie et l'érudition grecque parmi ses sujets arabes.

Les chrétiens se trouvaient encore les plus nombreux dans les états de ce grand souverain : quoique leur instruction fût en décadence , ils étaient cependant bien supérieurs aux Arabes. On continuait de les désigner sous le nom de peuple lettré, ou peuple qui lit, tandis que les autres étaient illettrés , c'est-à-dire ne lisaient point.

Les musulmans n'eurent donc qu'une philosophie d'emprunt , philosophie toute d'érudition et non d'invention. De préférence , ils s'attachèrent à Aristote , modifié par l'école d'Alexandrie. Le ton tranchant et positif de ce philosophe convenait en effet beaucoup mieux aux croyances , aux mœurs , au gouvernement ferme et absolu des Arabes que les doctrines problématiques des autres écoles, surtout de la nouvelle académie.

Les médecins furent spécialement en honneur chez les califes de Damas et de Bagdad. Par eux la philosophie eut sa première entrée à la cour de ces souverains. On cite , entre autres , Jean Mesné , qui tint une école publique à Bagdad , sous Rashid et Alamamoun. Ce médecin fit des livres estimés et eut beaucoup de disciples. Honaïn , sorti de l'école de Mesné , médecin et chrétien comme lui , eut aussi une grande faveur à la cour de Bagdad , au milieu du 9.e siècle : il traduisit en arabe un grand nombre d'où-

vragcs grecs , particulièrement ceux d'Aristote , d'IIippocrate et de Galien.

De Técole de ces deux célèbres médecins , littérateurs et philosophes , sortirent d'autres hommes distingués , qui cultivèrent avec ardeur les sciences , dans toutes les parties et s'efforcèrent de les répandre. On peut citer parmi eux :

1 .° Alkindi on Alchindus , commentateur et grand admirateur d'Aristote , auteur de plusieurs ouvrages sur la philosophie , les mathématiques et la médecine.

2.° Alfarahi, disciple de Jean Mesné, avait appris, à la fois , les langues, les sciences et les arts. Ses progrès avaient été si grands et si rapides que tout le monde en était frappé d'étonnement. Il disait avoir lu jusqu'à quarante fois la métaphysique d'Aristote. Ses ouvrages sont, \ .° des commentaires sur différents ouvrages de ce prince des philosophes; 2.° une encyclopédie, dans laquelle il donne des définitions précises et des notices exactes sur toutes les sciences; 3.° un traité de musique très-estimé; A.0 un traité de l'entendement ; 5.° un traité des causes , etc.

3.° Avicenne , né dans un bourg près de Bochara , en Perse , Fan 980 , le plus célèbre des médecins arabes , homme prodigieux par ses talents précoces , commença à étudier à 5 ans , et dès l'âge de 10 ans il savait les belleslettres, l'Alcoran et tous ses commentaires. A 18 ans il avait terminé ce qu'on appelait l'encyclopédie , c'est-à-dire l'étude des différentes sciences connues et de tous les arts. Grand admirateur d'Aristote , d'Hippocrate et de Galien ,

qu'il avait approfondis, il les commenta, les abrégea, fit beaucoup d'autres ouvrages sur la philosophie et la médecine. Ses ouvrages de médecine furent traduits en latin et ont été longtemps enseignés dans les universités d'Europe. Us sont maintenant abandonnés partout.

On convient que cet auteur , malgré la célébrité de son nom, écrivait sans méthode , sans goût et souvent sans discernement. D'ailleurs il a dû paralyser ses talents ou du moins nuire à leur développement par les excès de vin et de débauche auxquels il se livrait habituellement , au point qu'il en mourut à 57 ans.

4.° Algazeli, naquit à Thous, en Asie, Tan 1058 de J.-C. Son père , riche marchand , voyant en lui des dispositions extraordinaires, voulut qu'il étudiât les belles-lettres, la religion, les sciences et les arts. Le jeune homme fit, en peu de temps , des progrès étonnants : il fut recherché , appelé à Bagdad et reçu dans cette capitale avec les honneurs qu'on aurait pu rendre à un prince. Mis à la tête de l'enseignement public , il s'y distingua au point que tout le monde voulait l'entendre et qu'on le couvrait d'applaudissements. Ayant entrepris le pèlerinage de la Mecque , il alla au Caire , à Alexandrie , retourna à Bagdad et y mourut âgé de 55 ans seulement.

Quoique défenseur zélé de l'islamisme contre les Juifs et les chrétiens , il porta toutefois dans l'étude qu'il en fit, un esprit de critique et d'indépendance inconnu jusque-là. Un ouvrage qu'il avait laissé dans ses papiers en mourant , fut condamné comme opposé à la religion de Mahomet , et

ordre fut donné de brûler toutes les copies qui en pour* raient exister, quelque part que ce fût.

On croit qu'Algazeli avait une tendance au scepticisme : il est certain , du moins , qu'il discutait avec liberté et rejetait souvent les opinions des philosophes, après les avoir comparées les unes aux autres. Dans ce but, il avait composé deux ouvrages , l'un Des opinions des philosophes , et l'autre , Destruction des opinions des philosophes. 11 combattait surtout les nouveaux platoniciens et faisait plus de cas des doctrines d'Aristote. Averrhoès , dont nous parlerons plus tard , fit contre lui un livre intitulé , Destruction de la destruction des opinions des philosophes.

5.° On trouve , parmi les œuvres d' Averrhoès, un livre que Guillaume de Paris et Albert-le-Grand citent , comme ayant été fait par un Juif nommé David. C'est tout simplement un extrait des trois auteurs arabes, Alfarabi, Avicenne et Algazeli. Ce livre, dont le titre est Des Causes , a exercé une grande influence sur les études scolastiques. Les 52 propositions dont il contient le développement sont présentées comme on présente des théorèmes en géométrie . Elles portent des caractères visibres du nouveau platonisme et ne sont pas toujours claires.

6.° Avicébron , dont Albert-le-Grand , Guillaume de Paris et saint Thomas font mention, en plusieurs endroits de leurs écrits, vivait aussi dans le 44.e siècle. S'étant livré à des recherches métaphysiques très-subtiles , dans le genre des scolastiques , il composa un ouvrage qui fut traduit sous le titre de Source de vie, et un autre , intitulé Source de la

sagesse, si toutefois c'était un autre ouvrage, car on n'en est pas sûr. Du reste on ne sait où retrouver ces ouvrages oubliés depuis longtemps.

L'autorité des califes , qui avait décliné dès le commencement du 40.e siècle , alla toujours en s'affaiblissant. Des usurpateurs s'élevant de différents cotés, sous le titre de Sultans ou seigneurs (1) , s'attribuèrent l'autorité souveraine sur les contrées qu'ils se soumettaient et ne laissèrent aux califes que la puissance spirituelle. L'empire fut ainsi démembré pièce à pièce. A Bagdad même un seigneur particulier , appelé Emir , s'empara peu à peu des affaires temporelles. Vers 955 , le calife fut réduit , par le fait , aux seules fonctions spirituelles , qu'il exerçait comme vicaire du prophète.

Les Turcs , barbares de la Scythie ou des régions environnantes, firent , dès le 9.e et 10.e siècles , des excursions sur les terres des Arabes. Etant devenus puissants dans l'Orient, ils se rendirent, en 1055 de J.-C. , 447 de l'hégire , maîtres de Bagdad , sous la conduite de Trugulbec, un de leurs chefs. Ce chef épousa la sœur du calife et , du consentement de ce dernier , fut reconnu chef de cette capitale.

Trugulbec était fils de Seljouc, le premier de sa nation qui se fût fait musulman. Pour cette raison , les Turcs de Bagdad ont été appelés Seljouques ou Seljouquides , comme

(i) De là est venu le titre de Grand-Seigneur, qu'on donne au souverain de Constantinople.

ceux qui vinrent plus tard dans la Natolie et la Grèce , puis à Constantinople , ont été nommés Ottomans , du nom de leur premier chef , Othman.

Les études scientifiques et littéraires, qui avaient fleuri chez les Arabes , s'enfuirent à l'aspect des barbares , et s'évanouirent totalement dans l'Orient.

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