CARACTÈRES DE LA PHILOSOPHIE ARABE
Les Arabes n'ont inventé , à proprement parler, aucun système de philosophie : ils se sont bornés à emprunter des doctrines étrangères , et à les commenter , quelquefois aussi à les modifier diversement.
Tous furent admirateurs d'Aristote et partisans de ses doctrines : néanmoins , comme ils se servaient , pour l'ordinaire , de versions et de commentaires empreints du néoplatonisme , ils mêlaient les opinions mystiques de cette école à la doctrine péripatéticienne. Peu à peu il se forma parmi eux une sorte d'idéalisme religieux , comme chez les platoniciens d'Alexandrie.
Diverses causes amenèrent les Arabes à ce point : les traditions du sabéisme , la dispersion des philosophes grecs dans la Perse , après que Juslinien eut fait fermer les écoles d'Athènes ; le dogme de l'unité de Dieu , la croyance aux anges et aux saints, l'enthousiasme ou le fanatisme de la religion mahométane , les doctrines des nestoriens répandus parmi eux ; les mystères de la cabale , professés par une partie des Juifs dont ils étaient entourés , les ouvrages de Plolin , de Porphyre , de Proclus et autres de la même
école , tout cela concourut à développer en eux des idées d'un spiritualisme exalté , et à leur faire pratiquer des observances superstitieuses , analogues à celles qui avaient eu lieu chez les nouveaux platoniciens.
Cherchant à concilier la métaphysique avec leurs dogmes religieux , les Arabes appliquèrent encore les principes et la méthode d'Aristote à l'enseignement de la théologie. Ainsi ils firent de l'éclectisme à leur manière. Unissant j par une sorte de fusion , la philosophie et la théologie , ils rendaient l'une plus religieuse et l'autre plus contentieuse. C'est ce qu'on peut appeler chez eux le commencement de la théologie scolastique.
Les ouvrages philosophiques , qui parurent depuis cette époque, furent tous basés , plus ou moins directement, sur ces principes. Aussi presque tous portèrent-ils les caractères de spiritualité , de mystères incompréhensibles et de contemplation religieuse. On peut citer dans ce genre : \ .° Le secret de la Créature, par Bélinous, manuscrit qui est à la Bibliothèque du roi, et que M. Sylvestre de Sacy mentionne dans ses Notices et extraits des manuscrits , etc. , avec plusieurs autres de même nature ; 2.° le Philosophus autodidactus de Thophaïl , espèce de roman philosophique , qui a été plusieurs fois traduit en latin et a eu du succès. On suppose un homme jeté , dès son enfance , dans une île déserte , où il n'avait personne pour l'instruire. Par la seule force de sa raison , cet homme s'élève à la connaissance des choses naturelles et surnaturelles , à la vraie félicité qui consiste dans l'union intime de rame avec Dieu.
Attribuant aux inspirations de l'extase les lumières qui ont éclairé les sages de sa nation , Thophaïl raisonne , à perte de vue , sur les rapports d'affinité de ' l'homme avec les animaux , avec les plantes , avec les corps célestes , avec l'être nécessaire et divin ; il entre dans des spéculations mystiques , élevées et subtiles ; considère l'être pensant et immatériel, comme unique dans sa substance ; soutient que le multiple, la collection , le plus ou le moins n'appartiennent qu'aux corps ; que le monde sensible est seulement l'ombre du monde divin ; que le créateur se peint dans ses œuvres comme le soleil dans un miroir ; que la lumière intellectuelle vient de lui seul et est réfléchie par les différents objets , à peu près comme l'image du soleil , rendue par un miroir , peut tomber sur un second miroir, et être réfléchie par lui.
Les mêmes doctrines de spiritualité mystique régnaient en Perse dès le 10.c siècle ; elles s'y développèrent parmi les religieux appelés sofi , et y ont produit des ouvrages d'une haute contemplation philosophique.
Les mathématiques et la médecine faisaient essentiellement partie du cours d'étude chez les Arabes : c'est pour cela que tous les philosophes étaient médecins.
Cette nation avait aussi des poètes qui travaillaient à leur manière et écrivaient de leur propre fond ; car nous ne voyons pas qu'ils aient suivi les auteurs grecs, ni même qu'ils s'en soient aidés, comme les philosophes s'aidaient des nombreux écrits qu'avaient laissés les philosophes de la Grèce.
Selon la coutume des orientaux , les Arabes enseignaient
souvent la morale par des apologues , par des contes , par des paraboles , par des similitudes ou par des sentences. Un célèbre ouvrage dans ce genre est connu sous le nom de Rosarium persicum. Ce livre , élégamment écrit en langue persanne , parut au milieu du 13.° siècle , se répandit dans la Perse , dans l'Inde , dans l'Arabie et dans la Turquie. Transporté en Europe , il a été traduit dans presque toutes les langues. Saadi , qui en est Tau leur, sans avoir un système de morale ou de politique arrêté , y traite cependant , dans 8 chapitres , sous toutes les formes : \ .? des mœurs des rois; 2.° des mœurs des religieux ; 5.° du prix de la continence ; 4.° des avantages du silence ; 5.° des règles de la jeunesse et des maximes sur l'amitié ; 6.° des préceptes qui regardent la vieillesse ; 7.° de l'institution des disciples , c'est-à-dire de la manière de bien élever les enfants et de les former convenablement ; 8.° des vertus que chacun doit pratiquer dans sa vie ordinaire.
Cet ouvrage long , diffus , plein de répétitions , renferme des maximes d'une morale pure , souvent expliquées d'une manière piquante.
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