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DES SECTES CHEZ LES ARABES

Lorsqu'Aly, gendre de Mahomet, fut parvenu au califat, en 656 de J -C , 34 de l'hégire , il abolit toutes les traditions et observances qui n'étaient pas consignées dans l'Aleoran. De-là il résulta un grand schisme religieux entre les musulmans ; les uns joignaient à la loi écrite les traditions qu'ils prétendaient tenir de Mahomet par Aboubekr ; les autres s'en tenaient à la réforme d'Aly , qui ne voulait que le texte pur de la loi écrite. Les premiers se nomment sunites ou attachés à la tradition ; les autres sont appelés fatimites , de Fatimeh , fille unique de Mahomet et femme d'Aly.

Les Turcs , les Tartares et les divers peuples de l'Afrique, qui suivent la loi de Mahomet , sont sunites ; les Persans et autres mahométans de l'Orient sont fatimites.

Les fatimites sont continuellement en butte à la haine , au mépris et souvent aux insultes des sunites , comme corrupteurs de la sainte doctrine du prophète. La division est telle entre ces deux grandes branches de l'islamisme qu'un rapprochement est impossible. Toute grande qu'est leur commune aversion pour les chrétiens , elle est cependant

moins insurmontable que celle qui les caractérise à l'égard de ces dissidents de leur foi.

Outre ce scbisme radical , qui remonte au berceau même du mahométisme , il s'est formé , dans le cours des siècles , spécialement en Orient , une foule d'autres sectes , dont le nombre s'élève à plus de 72 , parmi les sectateurs d'Aly seulement.

Ces sectes ne commencèrent que du temps d'Almansour , de Rashid et d'Alraamoun , c'est-à-dire à l'introduction de la philosophie à qui elles doivent être attribuées. Tandis qu'on eut une aveugle croyance dans le texte de l'Alcoran ou dans les traditions positives qu'on y ajoutait sur la foi dAboubekr , sans la moindre discussion , il n'y eut pas d'autre division que celle qu'avait fait naître la réforme d'Aly.

Mais une fois qu'on appliqua la méthode disputeuse d'Aristote à l'enseignement religieux , on voulut ne s'en rapporter qu'à soi-même. Comme il était défendu , sous peine de mort , de nier aucune partie de l'Alcoran , on chercha à expliquer ce qu'il y avait de plus incompréhensible ou de plus absurde : chacun donna son système. Les opinions se partagèrent , se divisèrent , se subdivisèrent et se sont multipliées à l'infini. 11 n'en pouvait être autrement.

Il serait aussi fastidieux qu'inutile d'énumérer chacune des sectes , engendrées ainsi les unes des autres , et de chercher à les caractériser par les principes qui les distinguent. Abul-Farage en nomme 6 , et dit qu'elles ont été comme les racines de 75 autres. Nous nous bornerons à indiquer quelques-unes des principales.

\ .° Les moatazalites : ils prétendent qu'on ne doit point reconnaître en Dieu de formes de ses attributs ; qu'on peut bien dire que Dieu est éternel, sage, puissant, etc. , mais non qu'il est éternel par son éternité , sage par sa sagesse , puissant par sa puissance. La raison qu'ils en donnent est qu'on semblerait par là reconnaître en Dieu de la multiplicité, ce qui ne peut être.

Ils admettaient en outre une foule d'autres subtilités de celte force.

Sur la providence , ils avaient à peu près les mêmes idées que les pharisiens chez les Juifs : aussi leur nom, comme celui de pharisien , signifie-t-il séparés.

Les séphatiens soutenaient, au contraire, qu'on pouvait dire , Dieu est éternel par son éternité , sage par sa sagesse, etc.

2.° Les kadares : niant le destin et la prédestination , ils disaient que l'homme est le maître de ses actions. En cela ils étaient opposés aux giabares qui croyaient au destin et à une inexorable nécessité en tout.

3.° La principale secte , et peut être la seule qui mérite l'attention des philosophes , est connue sous le nom de parleurs. On ne peut dire avec certitude quelle a été son origine, ni d'où lui vient cette dénomination. Ceux qui l'embrassaient faisaient profession , par là même , de prouver , ou d'essayer de prouver , par de bonnes raisons , tout ce qu'ils avançaient : ils ont été regardés par les uns , comme sceptiques ou tendant au scepticisme ; par d'autres , comme de vrais sophistes ; par d'autres enfin , comme des rationa-

listes qui n'admettaient de la religion que ce qui était démontré par la raison. Cette dernière opinion parait la plus vraisemblable : car la doctrine de ces sectaires fut jugée , par beaucoup de Juifs et d'Arabes, comme dangereuse et comme tendant à l'impiété (i).

A.0 Alasshari ; fameux docteur musulman , diH0.c siècle, fut auteur d'une secte qui porta son nom : cette secte était fortement opposée aux moatazalites en plusieurs points. Elle croyait à la prédestination , sans admettre la fatalité ou le destin ; par conséquent , elle était à peu près , chez les musulmans , ce que sont , chez nous , les plus forts thomistes , dans les lieux où l'on s'occupe encore des systèmes sur la manière dont Dieu dirige nos actions libres , sans nuire à notre liberté.

o.° Les zindikites étaient, aux yeux des croyants, de véritables hérétiques , ou plutôt des impies. En effet ils rejetaient les dogmes les plus essentiels de la religion , la base de toute philosophie morale et religieuse. Ne reconnaissant point d'autre dieu que les quatre éléments, ils n'admettaient ni providence , ni résurrection des corps , ni vie future; ils soutenaient que l'homme est composé de la réunion des quatre éléments ; qu'à la mort , ces éléments se dissolvent , puis se réunissent de nouveau et font un autre individu ; de sorte qu'il n'y a point de transmigration des âmes , comme le voulaient la plupart des orientaux , mais mutation d'individu.

(i) Bmcker, t. 3, p. 60.

— 5;io —

6.° Dans le 1 1.( siècle, un faux prophète , nommé Dararcus, vint en Egypte, s'attacha au calife Iiakem et voulut persuader au peuple qu'il n'y avait point d'autre dieu que lui. Pendant sa vie il eut peu de succès ; mais après sa mort , un autre imposteur tint le même langage , représenta aussi Iiakem comme le seul dieu qu'on dût reconnaître, établit en différents lieux des prédicateurs de son impiété , et fonda une secte nombreuse d'athées pratiques , qui furent désignés sous le nom de dararcéens.

Un grand nombre de philosophes arabes tenaient à cette secte, ou avaient peu d'éloignement pour elle. Ne connaissant rien au-dessus d'Aristote, ils r étudiaient, le commentaient , recherchaient ses décisions ( se soumettaient à son autorité, le préféraient à tout. Dans les écrits de ce philosophe ils trouvaient des principes qui , ne pouvant s'accorder avec la foi mahométane , conduisaient au déisme , à l'impiété et même à l'athéisme. Tels étaient les principes suivants : un souverain moteur attaché à la sphère suprême ; une providence qui ne s'étend point au monde sublunaire ; un entendement universel , qui est le même substantiellement pour tous les hommes ; l'éternité du monde , la mortalité de l'âme, etc. Tout cela ne pouvait se concilier avec les doctrines de l'Alcoran : alors ceux qui admettaient ces points de doctrines philosophiques se laissaient entraîner aux dernières limites de l'impiété.

7.° Les sectes philosophiques allant toujours en se divisant de plus en plus , même sur les points les plus graves , il arriva chez les Arabes ce qui était arrivé chez les Grecs

et chez les Romains : l'esprit , découragé à la vue de tant de confusion , sentant son impuissance à saisir la vérité avec certitude, au milieu de ce chaos d'opinions contradictoires , prit le parti de ne s'attacher à aucune , de les considérer toutes comme douteuses , et de se plonger ainsi , en aveugle , dans un scepticisme complet , en ce qui concerne la religion et la morale.

C'est là aussi , comme nous le verrons plus tard , ce qui est arrivé chez les protestants et chez les philosophes modernes , ce qui arrivera toujours à ceux qui ne reconnaîtront pas d'autre juge de la doctrine que la raison individuelle. Le septicisme sera le dernier terme où aboutiront les disputes , la position où la raison découragée ira se réfugier. De-là elle bravera fièrement les atteintes du dogmatisme en répondant à tout par des négations.

Ce doute ayant pénétré dans les écoles savantes des musulmans y ruina la philosophie ; peu à peu il affaiblit l'amour de la science , et depuis longtemps l'ignorance a prévalu chez ces peuples.

Les Juifs, persécutés par les chrétiens, se retirèrent dans les pays où dominaient les Arabes , particulièrement en Espagne. Là, ils fondèrent des écoles, cultivèrent les sciences et surtout la philosophie, au 12.e siècle. Comme ils furent aussi partisans prononcés d'Aristote , leur philosophie eut à peu près les mêmes caractères que celle des Arabes , parmi lesquels ils vivaient.

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