‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 92 sur 100 · DE LA DÉFINITION ET DE L'ORIGINE DE LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE · texte numérisé non relu

DE LA DÉFINITION ET DE L'ORIGINE DE LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE

Le nom de scolastique était autrefois un titre d'honneur : on le donnait à ceux qui se distinguaient par leur érudition et leur éloquence , surtout à ceux qui parlaient en public. Ainsi Socrate , historien ecclésiastique , et Eusèbe de Dorylée , ayant été avocats à Constantinople , furent appelés scolastiques. Ceux qui étaient préposés aux écoles cléricales , établies près des cathédrales, sous les premières races de nos rois, portaient aussi le nom de scolastiques , d'écolutres ou de théologaux.

La dénomination de scolastique a été consacrée par la suite pour désigner la manière d'enseigner qui, pendant longtemps , eut lieu dans les écoles de théologie et de philosophie. Cette méthode consistait à diviser , définir, avancer, prouver , argumenter , objecter , répondre , discuter , et souvent à disputer. Les principes qu'on y suivait étaient empruntés aux péripatéticiens et aux stoïciens. On les retrouve chez plusieurs des nouveaux platoniciens, un peu dans les écoles des siècles d'ignorance , surtout chez les Arabes , où cette pratique s'établit et se conserva. De-là elle passa chez nous, dans le \ 2.e siècle. Elle n'était pas inconnue auparavant aux chrétiens ; mais ce fut à cette époque qu'elle fit invasion dans leurs écoles et devint universelle.

Vers la fin du onzième siècle , Constantin , surnommé Africain , parce qu'il était né à Carthage , alla à Babylone. Là , pendant 39 ans , il étudia la grammaire , la dialectique , la géométrie, l'arithmétique, les mathématiques, l'astronomie , la médecine et la physique des Chaldéens , des Arabes , des Perses , des Sarrasins , des Egyptiens , des Indiens; il savait l'hébreu, le syriaque, le chaldaïque, le grec , le latin , l'italien , le persan , l'arabe , l'égyptien, l'éthiopien et l'indien. De retour à Carthage, il éprouva des persécutions de la part môme de ses compatriotes, qui, ne pouvant comprendre son immense savoir , l'attribuaient à des opérations magiques. Fatigué de ces injustes persécutions il passa en Europe et fonda ou illustra du moins l'école de Salerne , célèbre dans les fastes de la médecine. Plus tard , il se retira au Mont-Cassin et y vécut en bon

religieux. Pendant qu'il y fut, il traduisit en latin les meilleurs ouvrages, écrits en langues orientales, particulièrement ceux qui étaient en arabe. Ces ouvrages traitaient à peu près tous de médecine ; quelques-uns néanmoins appartenaient plus directement à la philosophie.

A son exemple, d'autres savants allèrent aussi chercher chez les Arabes ce qu'ils ne pouvaient inventer eux-mêmes ni trouver ailleurs. On peut citer, entre autres, Daniel, de Morley, en Angleterre. Après qu'il eut fréquenté les universités d'Oxfort et de Paris, il passa en Espagne, étudia les mathématiques et l'arabe à Tolède ; puis il traduisit en latin plusieurs ouvrages de philosophie et de mathématiques.

Robert de Kent , Adélard de Bath , moine bénédictin , tous deux anglais , allèrent pareillement étudier chez les Arabes , et en rapportèrent des ouvrages d'origine grecque ou arabe, qu'ils traduisirent d'arabe en latin.

C'est encore aux Arabes qu'il faut attribuer les chiffres si simples , qui portent leur nom ; la médecine dont nous avons parlé; cette magnifique architecture gothique (1),

(i) Le gothique informe apporté du Nord par les Goths aux 5.c et6.e siècles, s'était retiré chez les Arabes ; là, il se perfectionna et en revint aux i2.c et i3.e siècles, avec ses audacieuses témérités qu'on ne se lasse point d'admirer. Nous ne donnons point cette opinion comme certaine ; car les savants ne s'accordent pas sur l'origine de ce qu'ils appellent le style gothique , quoique plus généralement on le fasse venir de chez les Arabes.

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qui décore nos basiliques ; l'origine des romans et des fables , de la chevalerie , si exaltée , des troubadours , premiers auteurs de la poésie française.

Le péripatétisme , qui déjà existait dans les écoles catholiques , fortifié par la philosophie arabe , se répandit de toutes parts, spécialement en Angleterre, en France, en Allemagne, en Italie. Mais il venait de sources impures ; c'est-à-dire de versions arabes imparfaites et souvent infidèles. Car c'était sur ces mauvais modèles et dans un temps d'ignorance que se faisaient les versions latines. Cependant , dans l'engouement où Ton était pour Aristote , on croyait posséder exactement sa philosophie et on voulait tout expliquer par elle. La dialectique se présentait sous un jour spécieux comme l'unique méthode pour arriver sûrement à la science. On y trouvait des règles qui semblaient indispensables pour développer , prouver et soutenir les propositions Ihéologiques.

Cette marche fut adoptée partout. Alors commença le règne si fameux de la théologie scolastique , essentiellement liée à la philosophie ergoteuse du temps , laquelle s'appelait elle-même philosophie de l'école. Aussi les philosophes de cette époque étaient-ils tous théologiens. Les divisions qui survenaient entre eux , bien que sur des matières étrangères à la révélation, étaient regardées comme intéressant la foi, ou comme touchant à la doctrine. De-là l'extrême ardeur avec laquelle on combattait de part et d'autre. C'est ce que nous verrons dans les chapitres suivants.

La durée de la philosophie scolastique se partage or-

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dinairement en trois âges; le l.er, depuis Abailard jusqu'à Albert-Ie-Grand , vers le milieu du 15.c siècle ; le 2.c , depuis Albert-le-Grand jusqu'à Durand, évêque de Meaux , en 1550; le 5.e, depuis Durand jusqu'au commencement du seizième siècle. Nous allons suivre cette division dans le présent Abrégé.

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