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CHAPITRE II

PREMIER AGE DE LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE DEPUIS ABAILARD JUSQU'A ALBERT-LE-GRAND.

1 ,° Abailard , né au village de Palais , près de Nantes , en \ 079, eut d'abord pour maître le subtil Roscelin , dont nous parlerons dans la suite. Passionné pour la dispute, il parcourut la France, cherchant partout l'occasion de se mesurer avec les plus forts dialecticiens. Sur la réputation de Guillaume de Champeaux , archidiacre de Paris , qui enseignait avec un grand éclat , Abailard se rendit auprès de lui , suivit ses leçons , s'attacha à lui et en fut singulièrement aimé ; mais l'ayant plusieurs fois surpassé dans des disputes publiques, il encourut sa disgrâce. Il s'attira aussi la haine de ses condisciples , dont il excitait la jalousie par ses succès et peut-être plus encore par son insupportable jactance.

Voyant cette disposition des esprits à son égard , il quitta , à l'âge de 22 ans , l'école de Guillaume de Ghampeaux et se sépara de ceux qui la fréquentaient.

Plein de conOance dans ses moyens, il conçut le projet de fonder une nouvelle école dont il serait le chef. Son intention était de faire assaut public de dialectique , de dis-

pu ter contre quiconque voudrait l'attaquer et de montrer au monde entier de quoi il était capable. Passant de la pensée à l'action , il ouvrit en effet une école à Melun , la transporta à Corbeil, puis à Paris : partout il réunit une telle affluence d'auditeurs que les autres maîtres restèrent sans écoliers. Mais sa santé , épuisée en peu de temps et toute délabrée, ne lui permettant plus de continuer des travaux si pénibles, il alla passer deux ans à la campagne, dans son pays.

De retour à Paris , il recommença ses leçons et éclipsa de nouveau tous les maîtres , au point que celui qui avait succédé à Guillaume de Champeaux (1) lui offrit son école et ne rougit point de se mettre lui-même au nombre des disciples d'un professeur si renommé.

Non content de ces éclatants succès dans la philosopbie du temps , Abailard songea à en obtenir de semblables dans renseignement de la théologie. Pour s'y préparer, il alla étudier sous Anselme , archidiacre de Laon , qui en donnait des leçons publiques à Laon même. Peu satisfait de ce nouveau maître et toujours confiant dans ses propres forces , il se croit plus capable d'enseigner que celui dont il est le disciple. Sans façon , il élève une école rivale dans la même

(i) Guillaume, fils d'un laboureur du village de Champeaux , en Brie, enseignait au cloître Notre-Dame, puis à l'abbaye Saint-Victor, qu'il fonda, ou du moins qu'il mit en honneur. Il fut nommé évêque de Châlons en in3. Son successeur tenait son école sur le mont Sainte- Geneviève; il la céda à Abailard..

ville , annonce et commence des leçons publiques sur l'Ecriture sainte.

On l'accuse de témérité ; on lui reproche des erreurs dont il se défend mal. Chassé de Laon par l'influence d'Anselme , il vient à Paris. 11 y ouvre une école publique d'Ecriture sainte et de théologie, se flattant, comme il le dit lui-même , de ne pas acquérir moins de gloire dans celte partie que dans la première. En effet il voit les écoliers affluer , sa réputation augmenter de jour en jour et sa fortune croitre sans mesure.

Alors commencèrent ses funestes liaisons avec Héloïse , et la longue chaîne de malheurs qui en furent la suite.

Après de terribles vicissitudes, il devint religieux de Saint- Denis , près de Paris. Les clercs des environs demandèrent avec instance et obtinrent qu'il recommençât ses leçons. Aussitôt l'affluence des auditeurs fut ce qu'elle avait été autrefois : c'était une sorte de fascination ; on ne parlait que d'Abailard. Le nombre de ceux qui venaient pour l'entendre était si grand qu'on ne savait ni où les loger à Saint-Denis , ni comment les nourrir. Parmi eux se trouvaient des hommes qui ont joué ensuite un grand rôle , tels que Pierre de Poitiers , Pierre Lombard , Arnauld de Bresse, Jean de Salisbury , etc.

Les étudiants quittaient les écoles de Paris et allaient tous à Saint-Denis : les maîtres , irrités de cette désertion humiliante pour eux , et jaloux de la gloire qu'obtenait Abailard , veillaient sur sa doctrine , bien décidés à ne pas l'épargner , s'il donnait prise sur lui. Malheureusement il ne tarda

point à fournir matière à de justes censures. Dans un traité De la foi de la Trinité, ou Introduction à la théologie, qu'il publia , jugeant de ce profond mystère , objet de notre foi , par ses notions dialectiques, il en parlait fort peu exactement. Condamné en 1120, au concile de Soissons , il fut obligé de se rétracter , et n'en fut pas moins enfermé dans l'abbaye de Saint-Médard de cette ville. Revenu à Saint- Denis, il y éprouva de nouvelles traverses, à cause d'une proposition qu'il avait avancée dans la conversation. Craignant pour sa liberté, il s'échappa et alla se bâtir une retraite auprès de Nogent- sur-Seine, dans un terrain qui lui appartenait. Là , il éleva une chapelle qu'il dédia à la sainte Trinité : plus tard, il lui donna le nom de Paraclet ' , en mémoire des consolations qu'il goûtait dans cette solitude.

Mais il ne fut pas longtemps seul. Plus de G00 disciples se réunirent autour de lui, habitant de misérables cabanes, couchant sur la dure , se contentant de gros pain et d'herbes pour toute nourriture , tant était grande l'ardeur qu'ils avaient de l'entendre.

Elu abbé de Saint-Gildas-de-Ruys , diocèse de Vannes , il fit venir au Paraclet Héloïse , prieure d'Argenteuil , et ses religieuses. ASaint-Gildas, il éprouva toutes sortes de contradictions de la part de ses religieux. Cela ne l'empêcha pas d'entretenir des relations suspectes avec son Héloïse. Accusé de nouveau d'hérésie par saint Bernard , il fut condamné au concile de Sens , et ensuite par le pape Innocent II, en 1140.

Passant par Cluny pour aller à Rome , il fut touché du langage paternel de Pierre-le-Vénérable , se convertit

sérieusement , se fixa dans cetle maison et y fit une mort édifiante , en 4442. Héloïse obtint son corps et l'enterra au Paraclet, dont elle était abbesse.

La collection des œuvres d'Abailard , \ vol. in-4.° , comprend des lettres, des sermons, des traités dogmatiques, un traité de morale qui ne plut point à saint Bernard , et des traités sur la dialectique. Sur cette dernière partie il avait fait d'autres traités qui sont restés manuscrits. M. Cousin en a trouvé un sous le titre de Sic et non, Le pour et le contre. 11 Ta traduit et publié avec un bon discours préliminaire.

On ne peut refuser à Abailard de l'esprit , de la pénétration , de la facilité : ses écrits , et plus encore l'enthousiasme qu'il sut toujours inspirer à ses nombreux disciples , le prouvent assez. Mais ses talents , gâtés par la vanité , déshonorés par des amours illicites et par de honteuses faiblesses , concentrés dans les subtilités d'une dialectique le plus souvent inintelligible , n'ont servi qu'à le rendre malheureux et à faire du bruit sans utilité réelle. C'est lui cependant , à proprement parler , qui est le fondateur de la philosophie appelée scolastique.

2.° Pierre , dit Lombard , parce qu'il était originaire de Lombardie , vint étudier à Paris et fut un des plus illustres disciples d'Abailard. Traitant la théologie d'après les règles de la dialectique , il entreprit de la réduire en un corps de doctrine , de ranger les matières par ordre , de les diviser , de les classer , de les appuyer sur l'Ecriture , les conciles et les sentences des pères. Son ouvrage, intitulé ; Des Senlencesy

en A livres , est le premier de la théologie scolasliqile , et a été le modèle de ceux qu'on a écrits depuis , selon la même méthode. L'auteur est devenu célèbre dans l'école , sous le nom de maître des sentences , et son livre a servi de texte à une foule de commentaires.

À de bonnes choses il mêle une foule de subtilités et de questions inutiles , fruit des études qu'il avait faites , et qui étaient en vogue de son temps. Néanmoins il rendit service à l'enseignement théologique et obtint , en M 52 , l'éveché de Paris , comme récompense de ses travaux. 11 mourut l'an M6A.

Le concert de louanges qu'on lui décernait fut troublé par des adversaires qui critiquèrent son livre et sa méthode. Gautier , chanoine régulier de Saint- Victor , se prononça spécialement contre l'introduction de la méthode philosophique dans la théologie ; il soutint son opinion dans un ouvrage qu'il publia , sous le titre des Quatre labyrinthes.

5.° Gilbert de la Porrée , chanoine , puis évèque de Poitiers, fut très-distingué dans les subtilités qui constituaient la philosophie de son temps. Il enseigna avec succès à Poitiers.

Raisonnant , à perte de vue , sur la nature de Dieu et sur ses attributs, sur la Trinité et sur les personnes divines, il fit des distinctions inouïes, se servit d'expresions nouvelles, pour le moins mal sonnantes ; par exemple , il disait que l'essence de Dieu , prise abstractivement , n'était pas Dieu , que les propriétés de la personne n'étaient pas la personne , que la

nature de Dieu ne s'était pas incarnée , etc. Devenu évêque , il ne changea ni de sentiments ni de langage.

Ces nouveautés firent un bruit extraordinaire. L'évêque, dénoncé par ses archidiacres au pape Eugène III , fut mandé à Reims , où se trouvait le pape , et condamné dans un concile, en 4 147. Par ordre du concile, il rétracta ses erreurs et promit qu a l'avenir il se servirait d'expressions plus exactes. On ne Va pas regardé comme hérétique.

En mourant, en 4154 , il laissa quelques ouvrages de philosophie et de théologie , savoir , un traité Des six principes (c'est un abrégé des catégories d'Aristote), un commentaire sur le livre De la Trinité , de Boëce , et un sur le livre Des Causes.

4.° Pierre Comestor, ou le mangeur, doyen du chapitre de Troyes , vint occuper une chaire publique à l'école de Paris. Il a laissé une Histoire scolastique , c'est-à-dire un abrégé de l'ancien et du nouveau Testament , à l'usage des écoliers, pour servir aux examens. Cet ouvrage fut traduit dans presque toutes les langues de l'Europe.

o.° Jean Petit , dit de Salisbury, lieu de sa naissance, en Angleterre , passa en France , fort jeune encore , resta une année en Bretagne , auprès d'Abailard , vint à Paris en 1157, et assista aux leçons des plus grands maîtres. Les progrès qu'il fit dans les langues anciennes , dans la grammaire , la philosophie , la littérature et les mathématiques , le rendirent célèbre de bonne heure. Pour avoir de quoi vivre , il donnait des leçons particulières , et il forma de bons élèves. Au bout de 12 ans d'absence , il repassa en

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Angleterre et y fut ordonné prêtre. 11 revint à Paris , où rappelaient ses amis , visita plusieurs lois l'Italie et reçut un gracieux accueil des papes Eugène III et Adrien IV. De retour en Angleterre , il fut secrétaire de saint Thomas , archevêque de Cantorbéry , et suivit ce prélat en France , dans sa disgrâce. Alexandre III , qui était alors en ce dernier royaume , se rattacha et le chargea de répondre aux manifestes de Tanti-pape Victor.

Après 7 ans d'exil , Jean retourna à Cantorbéry , auprès de son archevêque, et fut témoin de sa mort violente.

Demandé pour évèque par le peuple et le clergé de Chartres , il accepta cette dignité en \ \ 72 , à la prière de Louis-leJeune, roi de France, et, selon l'opinion qui paraît la plus commune, mourut en 1182.

Nous avons de lui (1 ) un ouvrage philosophique , remarquable pour le temps , intitulé Policrate , en 8 livres. L'auteur tourne en ridicule les mœurs des courtisans. Rapportant de précieux fragments des anciens philosophes, il remit sur la scène Pythagore , Socrate , Platon , Zenon , Epicure , Chrysippe , etc. A tous il préfère Aristote.

Dans un autre ouvrage , intitulé de la Métalogique , il défend la grammaire , la philologie et le péripatétisme , contre une classe de prétendus maîtres qui déprimaient les anciens. Il désignait ces mauvais critiques sous le nom de cornificiens , faisant probablement allusion à Cornificius ,

(i) Bibliothèque des Pères, t. 23.

misérable poète , qui censurait Virgile et cherchait à rabaisser son mérite.

6.° Alexandre cl' Aies , ainsi nommé du village d'Alès , où il était né , en Angleterre , vint a Paris , entra chez les frères mineurs et y fit profession en 4 222. Il enseigna dans l'école de Paris, au milieu des plus grands applaudissements, et reçut , de ses contemporains , les litres de docteur infaillible, de fontaine de vie.

A sa mort, qui eut lieu en 1245, il laissa une somme de théologie en 4 vol. in-fol. , un commentaire sur la métaphysique d'Aristote et trois livres De l'Ame. Il est le premier des modernes , dit-on , qui ait connu le traité de l'âme par Aristote , et ait cherché à l'expliquer.

7.° Dans le même siècle, les doctrines des nouveaux platoniciens , importées de chez les Arabes , commencèrent à se répandre parmi les docteurs chrétiens. Godefroi , chanoine de Saint-Victor, fit un ouvrage , appelé Microcosmus , dans lequel il représente l'homme comme un petit monde, et dit que de même qu'il y a quatre éléments dans la nature , il y a aussi quatre facultés dans l'homme , les sens , l'imagination , la raison et l'intelligence. Dans un ouvrage , intitulé Source de la philosophie , il décrit l'état de l'enseignement à Paris, et déplore l'avilissement où étaient tombés les trois arts libéraux qui composaient le Trivium, la grammaire, la rhétorique et la dialectique.

8.° Hugues , abbé de Saint-Victor , dans un traité sec et aride , De la manière d'étudier, paraît donner à Platon la préférence sur Aristote. S'étant livré à l'étude de la psycho-

logie , il nous a laissé un traité de l'Ame , en 4 livres , dans lequel on trouve les notions néoplatoniciennes de saint Augustin et d'autres qui paraissent avoir été empruntées aux auteurs arabes. Il avait aussi étudié et commenté les œuvres attribuées à saint Denys l'Aréopagite. Pendant longtemps, il tint une chaire publique à Paris. Modéré dans ses sentiments, il eut toujours de Téloignement pour les disputes stériles qui s'agitaient alors dans les écoles. Il jouit d'une grande considération et mourut en 1140. Ses oeuvres ont été imprimées en 5 vol. in-fol.

9.° Bernard de Chartres, dans deux ouvrages intitulés, Megacosmus et Microcosmus (grand monde et petit monde), admet les idées réelles et le monde intelligible de Platon. 11 suppose la préexistence des âmes , l'influence des astres , le noos ou intelligence générale , avec laquelle il cherche à accorder Ventéléchie d'Aristote. Ces ouvrages qui n'ont point été imprimés , sont en manuscrit à la Bibliothèque royale de Paris.

10.° Bichard, abbé de Saint-Victor , quoique imbu des mêmes idées platoniciennes que ses prédécesseurs , eut cependant des vues plus justes et plus élevées : il reconnaissait trois voies d'instruction pour l'hommme , l'expérience , le raisonnement et la foi. La perfection de la philosophie, selon lui, consistait dans la contemplation. Il enseigna , comme avait fait Hugues , le moyen d'y arriver, par un livre qu'il composa sur ce sujet , sous le titre de Préparation de l'esprit à la contemplation. \ \ .° Amalric ou Amauri , de Chartres , enseignant la

théologie à Paris, à la fin du 12.° siècle , avança que Dieu était tout et que tout était en Dieu , que le créateur est identique avec les créatures. C'était l'unité absolue de Plotin qu'il avait puisée dans Scot , et que Scot avait empruntée lui-même à un cerlain moine grec , nommé Maxime , dit Gerson (I).

Ce nouveau panthéisme fut adopté et soutenu par un certain Alexandre , dans un livre sur les principes de la substance corporelle et incorporelle , dont parle Albert-le- Grand , et par David de Dinant.

David distinguait trois principes indivisibles; la matière, l'esprit et la substance éternelle : il prétendait que ces trois choses ne font qu'un tout absolu et indivisible.

Ces propositions choquantes firent grand bruit : Honorius III les condamna par une bulle , en 4 225. Le troisième concile de Latran avait déjà condamné Àmauri, en 1215.

12.° Alain de l'Isle, surnommé le docteur universel, professeur à l'école de Paris , et mort en 1203 , ne s'écarta guère de cette fausse et dangereuse doctrine ; il reconnaissait aussi trois principes de tontes choses. Dans un poème en neuf livres , intitulé Anti-Claudien , il passe en revue les diverses parties de la philosophie et les orne de vers hexamètres , assez beaux pour le temps. On cite de lui plusieurs autres ouvrages. Dans tous; il se montre attaché aux idées des nouveaux platoniciens.

(i) De concordià metaphysicœ et logicœ , p. 18.

<i5.° Guillaume, surnommé d'Auvergne , parce qu'il était né à Àurillac , appelé aussi Guillaume de Paris , parce qu'il occupa le siège épiscopal de cette ville , depuis \ 228 jusqu'en \ 249 , fut un homme distingué en théologie , en philosophie et en mathématiques. Ayant étudié les auteurs arabes , principalement Algazcli, Afarabi, Avicenne, Averrhoës, Aristote, les livres attribués à Hermès Trismégiste et les ouvrages de Técole d'Alexandrie , il connaissait les divers systèmes des anciens philosophes , et les appréciait assez bien , faisant , en général , une juste distribution de louanges et de critiques : il préluda , en esprit supérieur , aux théories métaphysiques qui se sont développées plus tard. Ses œuvres ont été réunies en 2 vol. in-fol.

14.° Vincent deBeauvais , religieux dominicain, lecteur de saint Louis , est auteur d'un grand ouvrage , divisé en quatre parties , sous le titre de Miroir général , naturel , moral, doctrinal et historique. Dans ce miroir , il traite de toute espèce de choses et compile ce qu'on savait alors de science physique : il décide les questions métaphysiques par l'autorité d'Aristote , qu'il ne connaissait que d'après une traduction latine, faite sur les traductions arabes. Toutefois, il montre une capacité étonnante. Dans un autre temps , il aurait brillé avec éclat. Son ouvrage , qui est une vraie encyclopédie pour l'époque, fait 4 0 vol. in-fol. : la dernière partie seule a été traduite en français , dans le 15.e siècle , et imprimée en 5 voL in-fol.

Dans celte période, au commencement du 45.e siècle, parurent encore plusieurs autres hommes qui mériteraient

d'être notés , si le temps et l'espace nous le permettaient. On peut voir leurs noms avec une notice sur la vie et les travaux de chacun , dans Brucker , tome 5 , page 782 et suivantes.

Les croisades , en ébranlant toutes les nations , les rapprochèrent les unes des autres , et établirent entre elles des communications réciproques ; la fondation des universités , en différents lieux, et l'invention du papier, qui donna pour écrire une facilité qu'on ne pouvait avoir auparavant , les auteurs grecs , mieux connus et bientôt étudiés dans le texte même , les disputes solennelles et l'envie qu'avaient les docteurs de se surpasser les uns les autres , ces diverses causes réunies donnèrent une grande impulsion à l'esprit humain : elles le firent sortir de l'engourdissement où il était depuis si longtemps. Voilà ce qui se fit dans le premier âge de la philosophie scolastique. Ainsi les voies furent préparées à de plus amples développements.

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