CHAPITRE V
La défaite de Patay jette le découragement parmi les ennemis. Le régent demande de nouveaux renforts en Angleterre. L'armée française se réunit à Gien pour l'expédition de Reims. Elle arrive devant Auxerre, qui refuse d'ouvrir ses portes. Elle marche sur Saint-Florentin , qui se rend sans résistance. Charles VII arrive devant Troyes. La Pucelle fait toutes ses dispositions pour prendre la ville d'assaut. La terreur s'empare des habitants. Ils envoient des députés au roi pour se soumettre. Charles VII entre dans Troyes. L'armée continue sa marche sur Châlons, qui envoie sa soumission au roi. Jeanne d'Arc trouve dans cette ville des habitants de Domremy qui l'y attendaient. L'armée s'avance vers Reims. Cette ville envoie des députés au roi pour se soumettre. Sacre et couronnement de Charles VIL La Pucelle écrit au duc de Bourgogne pour l'engager à se réconcilier avec le roi. Jeanne d'Arc, ayant accompli sa mission, supplie le roi de lui permettre de se retirer. Elle voit à Reims son oncle Durand Laxart et son père.
l^A défaite de Patay répandit l'épouvante dans la capitale de la France, soumise au pouvoir des Anglais. Le régent vint en toute hâte à Paris pour prendre en conseil les mesures les plus propres à rétablir les affaires. On députa une ambassade au duc de Bourgogne pour l'inviter à s'y rendre. Le duc deBedford, sentant toutefois qu'il ne devait guère compter sur l'assistance de ce prince, redoubla de sollicitations auprès du conseil d'Angleterre pour en obtenir de prompts secours. Le ministère anglais imagina d'employer, pour arrêter les progrès du roi Charles, les troupes rassemblées sous l'étendard de la croisade publiée en Angleterre contre les hérétiques de Bohême, et confiée au commandement du cardinal d'Angleterre. Il fut passé un traité à ce sujet.
Cependant le bruit de la défaite de Patay jeta la terreur parmi les garnisons anglaises des petites places de la Beauce. La plupart mirent le feu aux villes qui leur étaient confiées, et prirent la fuite même avant l'arrivée des troupes françaises.
Le connétable se disposait à poursuivre les ennemis, lorsque le roi lui manda qu'il s'en retournât chez lui, lui faisant savoir qu'il aimerait mieux n'être jamais couronné que de l'être en sa présence.
L'armée victorieuse se rendit à Orléans, où de nouveaux guerriers arrivaient'
de toutes parts. On y attendait même le roi qui ne s'y rendit cependant point à cause de l'aversion qu'il avait conçue pour le comte de Richemont. Charles VII était toujours à Sully, ainsi que nous l'avons dit. Ce fut donc là que la Pucelle et les principaux chefs de l'armée, le connétable excepté, se réunirent pour rendre compte au roi du succès de ses armes. Xaintrailles lui présenta le brave Talbot; Sire, lui dit-il, voilà le plus terrible et le plus estimable de vos ennemis. Un bras si glorieux n'est point fait pour porter des fers; souffrez que je lui rende sa liberté. Le roi céda au désir de Xaintrailles, et l'illustre captif fut à l'instant rendu à la liberté sans rançon.
La Pucelle desirait vivement que le roi vînt visiter ses braves et fidèles Orléanais , et elle fit tant par ses prières qu'elle le détermina à venir jusqu'à Chà-. teauneuf-sur-Loire. Elle voulait aussi rapprocher le roi et le connétable; mais Charles VII ne voulut jamais consentir que ce prince l'accompagnât au voyage de Reims, ce qui parut fort affliger Jeanne d'Arc. Le connétable de Richemont, perdant l'espoir de rentrer dans les bonnes grâces du roi, se retira dans son domaine de Parthenai.
Vers cette époque, la jeune guerrière écrivit au duc de Bourgogne pour le supplier d'abandonner le parti anglais. Elle lui fit porter sa lettre par l'un des hérauts d'armes attachés à son service. Jeanne d'Arc revint à Orléans où elle passait en revue les troupes à mesure qu'elles arrivaient; elle les dirigeait ensuite sur Gien, point de réunion de l'armée qui devait entreprendre le voyage de Reims. La jeune guerrière, craignant avec raison l'indécision du roi, retourna à Sully pour le maintenir dans le dessein de cette expédition. Tous les chefs de guerre qui devaient en faire partie s'étant réunis à Gien auprès du roi , on mit en délibération s'il n'était pas à propos, avant d'entreprendre ce voyage, de soumettre Cône et la Charité; et la Pucelle n'obtint qu'avec beaucoup de peine que l'on ne s'occupât de cet objet qu'après le retour du roi.
Jeanne avait dit à Charles VII de ne pas craindre de manquer de troupes, qu'il aurait assez de gens , et que beaucoup de monde le suivrait. L'armée en effet grossissait à vue d'oeil. L'héroïne ne laissait pas à la confiance le temps de s'ébranler, et à l'enthousiasme le temps de se refroidir. Toujours au milieu des troupes, elle disait sans cesse au roi et aux guerriers quils allassent hardiment, et que toutes choses leur prospéreraient. ISe craignez point, leur dit-elle, car vous ne trouverez personne qui vous puisse nuire, ni presque aucune résistance.
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jo HISTOIRE ABRÉGÉE
Enfin, tout étant prêt pour Texpëdition, on arrêta le jour du départ. La ville de Reims, les forteresses de Picardie, de Champagne, de l'île de France, de Brie, du Gâtinois, de l'Auxerrois, de la Bourgogne, et tout le pays d'entre la rivière de Loire et la mer océane, étaient occupés par les Anglais. Toutefois le roi s'arrêta au conseil de la Pucelle.
Jeanne d'Arc partit de Gien le 28 juin 1429, toujours accompagnée de ses frères, et se dirigea vers Auxerre. Le roi la suivit le lendemain avec une partie de sa cour et des chefs de guerre. L'armée montait à environ douze mille combattants; elle arriva devant Auxerre, ville forte alors qui était au pouvoir du duc de Bourgogne, et qui ferma ses portes au souverain légitime. Jeanne d'Arc était d'avis que l'on donnât l'assaut à la place, et garantissait le succès de cette entreprise.
Dans la position embarrassante où se trouvaient les Auxerrois , ils eurent recours aux négociations , et ils envoyèrent des députés supplier le roi de leur accorder la neutralité , moyennant qu'ils s'engageraient à fournir à l'armée les vivres dont elle commençait déjà à éprouver le besoin. Le traité fut conclu, et l'on y ajouta que les Auxerrois se soumettraient à faire au roi telle obéissance que feraient ceux des villes de Troyes, Châlons et Reims. La Pucelle et plusieurs grands seigneurs virent de mauvais œil ce traité qui manifestait dès les premiers pas de la. faiblesse et de la timidité, tandis qu'une victoire éclatante aurait assuré des succès pour toute la suite de l'entreprise.
Le roi étant resté trois jours devant Auxerre, en partit avec son armée, et marcha sur Saint-Florentin qui se soumit sans résistance ; il n'y séjourna pas long-temps, et continua à s'avancer vers Troyes.
L'armée augmentait toujours en nombre. Par-tout où passait la jeune guerrière, tout ce qui portait les armes s'empressait de la suivre.
Le roi arriva enfin devant Troyes, devant cette ville où neuf ans auparavant on avait conjuré sa ruine et consonmié la transaction odieuse qui l'excluait à jamais du trône. Charles s'était fait précéder de ses hérauts d'armes qui avaient sommé les habitants de lui faire obéissance; mais la ville ferma ses portes et se prépara à se défendre en cas d'assaut. La garnison fit même une sortie pour escarmoucher avec l'avant-ftarde française. Mais bientôt l'armée fit rentrer dans la ville tout ce qui en était sorti. Elle campa autour de la place dont on ne pouvait entreprendre l'attaque faute d'artillerie : on se borna à la cerner. Toutes les
sommations que l'on faisait a la ville de se rendre restaient sans effet. La disette de vivres était très grande dans l'armée. On tint un conseil où l'on exposa la position critique dans laquelle on se trouvait. Les uns étaient d'avis que le roi s'en retournât à Gien , d'autres voulaient que l'on passât outre, et que l'on se dirigeât sur Reims. Le seigneur de Trêves, ancien chancelier, homme respectable par son grand âge et ses grands services , émit l'opinion que puisque le voyage avait été entrepris par le conseil de la Pucelle, elle pourrait aviser au moyen qu'il eût un plein succès. Tout-à-coup Jeanne d'Arc vint frapper à la porte du conseil, on la fit entrer et on lui demanda son opinion sur ce qu'il y avait à faire dans les conjonctures difficiles où l'on se trouvait : Serai-je crue de ce que je dirai, demanda Jeanne au roi, oui, lui dit le roi, selon ce que vous direz : JSoble dauphin, dit-elle alors, ordonnez à votre gent de venir et d'assiéger la ville de Troyes, et ne tenez pas plus longs conseils; car en mon Dieu, avant trois jours , je vous introduirai dans la ville de Troyespar amour ou par puissance, et sera la fausse Bourgogne bie?i stupéfaite. Le chancelier dit à Jeanne d'Arc, nous attendrions bien six jours pour vérifier la vérité de ce que vous dites. La guerrière piquée du doute, répondit avec un grand sang-froid, que l'on me suive et mette la main à l'œuvre, car Dieu veut que l'on s'emploie soi-même, et elle dit au roi demain vous serez maître de la cité.
Jeanne d'Arc prit alors son étendard , rassembla les troupes , leur fit apporter les tentes au bord du rempart , et ordonna de préparer des fascines pour combler le fossé. Elle s'occupa toute la nuit de ces apprêts avec une activité et un zèle infatigables.
Tous ces préparatifs et le mouvement qui régnait dans l'armée avaient jeté l'alarme dans la ville. Une consternation générale, et pour ainsi dire surnaturelle, s'était emparée de tous les habitants; ils se réfugièrent en foule dans les églises, et passèrent la nuit prosternés au pied des autels.
Enfin le moment de l'attaque étant arrivé, Jeanne d'Arc, qui ne s'était point livrée au sommeil, crie à l'assaut, fait sonner* les trompettes, s'élance au bord des fossés son étendard à la main, et ordonne qu'on les comble avec les fascines préparées à cet effet. Aussitôt l'effroi s'empare des Anglais et des Bourguignons. Le souvenir récent des victoires de Jeanne se présente à leur pensée et achève de les épouvanter. Le peuple assemblé en tumulte s'écrie qu'il faut capituler. On nomme des députés pour aller traiter avec le roi; on leur ouvre les portes, et ils s'avancent en tremblant vers le camp français.
Charles les accueillit avec bonté. Les principales conditions de la capitulation furent que la garnison , composée d'Anglais et de Bourguignons , s'en iraient libres eux et leurs biens, et qu'un pardon général serait accordé aux habitants. Le reste de la journée avait été donné à la garnison pour se retirer. Les Anglais et les Bourguignons en vertu de la capitulation emmenaient les prisonniers qui étaient tombés en leur pouvoir , et qu'ils regardaient comme faisant partie de leurs biens. La Pucelle vivement émue, ne put supporter ce spectacle. Elle se tint devant la porte de la ville, à l'instant où la garnison en sortait, et lorsque les malheureux captifs parurent à leur tour chargés de fers et plongés dans une morne douleur, elle s'écria : E?i mon Dieu ils ne les emme?ieroîit pas; et elle les empêcha de sortir. Le roi étant alors informé de ce qui se passait, ordonna que l'on délivrât aux Anglais et aux Bourguignons, qui furent obligés de s'en contenter, une certaine somme pour la rançon de ces prisonniers.
Le lendemain, lo juillet 14^9, étant le jour fixé pour l'entrée du roi dans la ville, Jeanne d'Arc voulut l'y devancer. Les habitants, encore prévenus des bruits injurieux que les Anglais avaient répandus sur son compte , ne sachant s'ils devaient la considérer comme une fée, ou comme une sainte, envoyèrent le frère Richard au-devant d'elle, disant qu'ils doutaient que ce ne fût pas chose de par Dieu. Ce frère Richard était le même dont les prédications à Paris avaient eu le plus grand succès, et qui avait annoncé pour Tannée i43o les événements les plus extraordinaires. Il approcha en faisant des signes de croix et en jetant de l'eau bénite devant lui. Jeanne d'Arc sourit, et lui dit avec une douce gaîté : Approchez hardiment beau père , je ne m'en voullerai pas. A compter de ce moment , frère Richard s'attacha au parti de Charles VIL
Jeanne retourna ensuite auprès du roi à qui elle annonça que tout était prêt pour sa réception. Charles monta alors à cheval et entra dans Troyes en grand appareil, ayant à son côté la Pucelle portant son étendard. Arrivé à la cathédrale, le roi y entendit la messe,- à l'issue de laquelle il reçut les serments des principaux habitants. Le lendemain toute larmée traversa la ville au bruit des trompettes et* aux acclamations générales des habitants qui, pleins de joie et de reconnaissance , portaient jusqu'au ciel les noms du roi et de Jeanne d'Arc. Charles VII partit en même temps que l'armée, et continua rapidement sa marche vers Châlons. La Pucelle allait toujours en avant, armée de toute pièce. Les habitants de Châlons, à la surprise du roi et à sa grande satisfaction. Vinrent offrir leur soumission.
Le bruit de la marche victorieuse de la Pucelle s étant répandu jusqu'à son pays natal , des habitants de Domremy avaient formé le dessein de l'aller attendre à Châlons. Ils étaient au nombre de quatre, parmi lesquels se trouvaient Jean Morel son parrain et Conradin Despinal. Jeanne d'Arc eut la joie inattendue de se retrouver un moment au milieu des amis de son enfance. Ceux-ci la contemplaient avec étonnement et lui faisaient mille questions auxquelles elle répondait avec sa douceur et sa bienveillance accoutumées. Ils lui demandaient comment elle pouvait braver tant de périls, et si elle ne craignait pas de trouver la mort dans les combats : Je ne crains ^ dit-elle , que la trahison, comme si elle eût cru déjà avoir éprouvé quelque chose de semblable, et qu'elle prévît, à la contenance de ceux qui l'entouraient , que des périls de cette nature étaient à redouter pour elle.
Les événements qui s'étaient passés depuis la levée du siège d'Orléans, et la marche triomphale du roi vers Reims, avaient jeté l'alarme dans Paris. Le régent anglais, qui ne comptait pas beaucoup sur le secours du duc de Bourgogne qu'il avait outragé, demandait à force des troupes en Angleterre.
Cependant le roi Charles continuait à s'avancer rapidement vers la ville de Reims, où il craignait qu'on ne lui opposât une longue résistance. Il ne dissimula point son inquiétude à Jeanne d'Arc, qui lui répondit : N'ayez aucun doute; car les bourgeois de la ville de Reims viendront au-devant de vous. AvaiH que vous approchiez de la ville, les habitants se rendront. Avancez hardiment , et soyez sans inquiétude : car si vous voulez agir virilement, vous obtiendrez tout votre royaume.
Charles VII était arrivé avec son armée à quatre lieues de Reims. Les habitants furent fort effrayés, lorsqu'ils en apprirent la nouvelle. L'armée victorieuse qui s'approchait leur inspirait la plus grande terreur. L'honneur défendait toutefois d'abandonner la place sans coup férir. Les deux commandants, l'un pour le roi anglais, et l'autre pour le duc de Bourgogne, imaginèrent de consulter les habitants, sur ce qu'il y avait k faire. Ils leur demandèrent s'ils avaient bonne volonté de se défendre ; les habitants leur demandèrent à leur tour s'ils étaient assez forts pour les aider et garder. Les commandants leur dirent que s'ils voulaient, ou pouvaient tenir six semaines, ils leur amèneraient un grand secours. Mais bientôt ils sortirent de la ville, disant qu'ils allaient chercher ce secours, et conseillant aux habitants de se bien garder. Aussitôt les partisans de Charles VII
commencèrent à dire qu'il fallait envoyer une dëputation pour porter la soumission de la ville au roi. Elle fut composée des plus notables gens de Reims, tant d église que d'autres, qui, en se présentant devant le monarque, déposèrent à ses pieds les clefs de la ville sainte. Le roi, trouvant moins de plaisir à vaincre qu'à pardonner, voulut oublier tous les torts dont les habitants de Reims avaient pu se rendre coupables envers sa personne.
Le i6 juillet , dans la matinée , le chancelier de France , Régnant de Chartres, fît son entrée dans la ville en qualité d'archevêque de Reims. Vers le soir, Charles VII, pour la réception duquel on avait tout préparé, entra solennellement dans la ville, avec toute son armée, à la tête de laquelle était la Pucelle, qui excita l'attention de tous les habitants. Il fut arrêté que le roi serait sacré et couronné dès le lendemain.
René, duc de Bar et de Lorraine, frère du roi de Sicile, et le Damoiseau de Commercy , accoururent à Reims , à la tête dïine brillante noblesse et d'un grand nombre de guerriers, pour offrir leurs services au roi.
Jeanne d'xVrc , qui connaissait le prix du temps mieux que personne , et qui ne perdait pas un instant de vue le grand objet de la réconciliation générale de la France, profita de l'intervalle qui s'écoula entre le lever du soleil et la cérémonie du couronnement pour adresser la lettre suivante au duc de Bourgogne.
Lettre de Jehanne la Pucelle au duc de Bourgogne.
« Jliesus Maria. »
« Haut et redoubté prince, duc de Bourgogne, Jehanne la Pucelle vous requiert « de par le Roy du ciel, mon droicturier souverain Seigneur, que le roy de France «et vous faciez bonne paix, ferme, qui dure longuement; pardonnez l'un à l'autre « de bon cuer entièrement, ainsi que doibvent faire loyaux xhrestpiens et s'il vous uplaist aguerroyer, si allez sur le Sarrazin. Prince de Bourgogne, je vous prie, a supplie et requiers , tant humblement que requierir vous puis , que ne guer-
DE JEANNE D'ARC. yS
a royez plus au saint royaulme de France; et faictes retraire incontinent et briefu vement vos gens qui sont en aucunes places et forteresses du dit saint royaulme; «et de la part du gentil roy de France, il est prest de faire paix à vous, sauve son « honneur, s'il ne tient en vous ; et vous fais assçavoir, de par le Roy du ciel , mon «droicturier et souverain Seigneur, pour votre bien et pour votre honneur, et «sur voz vie, que vous n'y gaignerez point bataille à l'encontre des loyaulx frani< çoys, et que touts ceulx qui guerroyent au dict sainct royaulme de France, guer- «royent contre le Roy Jhesus, Roy du ciel et de tout le monde, mon droicturicr «et souverain Seigneur. Et vous prie et requiers à joinctes mains (^e ne faictes « nulle bataille ne ne guerroyez contre nous, vous, vos gens et subgiez; et croyez «sûrement, quelque nombre de gens que vous amenez contre nous, qu'ilz n'y « gaigneront mie, et sera grant pitié de la grant bataille et du sanc qui sera «répandu de ceux qui y vendront contre nous. Et à trois semaines que je vous «envoyé escript et envoyé bonnes lectres par ung herault, que vous fussiez au «sacre du roy, qui aujourd'huy dimanche, dix septième jour de ce présent mois « de juillet, se fait en la cité de Reims, dont je n'ay eu point de réponse , ne n'ouy «oncques puis nouvelles du dit herault. A Dieu vous command, et soit garde de «vous, s'il lui plaist; et prie Dieu qu'il y mette bonne paix. Escript au dict lieu « de Reims , le dix septième jour de juillet, n
Les princes , les prélats , tous les barons et chevaliers qui avaient accompagné le roi, étaient rassemblés dans le temple auguste. La Pucelle, placée auprès de l'autel et tenant à la main son étendard, attirait sur-tout les regards de la foule immense réunie dans la vaste basilique de Reims. On suivit pour le sacre tout le cérémonial anciennement observé. Après que le roi eut reçu l'onction sainte, Jeanne d'Arc s'avança devant lui , l'embrassa par les jambes et pleurant à chaudes larmes : Gentil roy , lui dit-elle, ores est exécuté le plaisir de Dieu qui voulait que levasse le siège d'Orléans et que vous amenasse en ceste cité de Reims recepvoir vostre sainct sacre, en montrant que vous estes vray roy, et cellui auquel le royaulme de France doibt appartenir. Le roi lui témoigna sa reconnaissance. Il paraît qu'à cette époque il fit frapper une médaille en son honneur, où d'un côté on voyait son effigie et de l'autre une main portant une épée avec cette légende : Consilio firmata Dei.
La jeune libératrice de la France devait éprouver à Reims une grande joie. Son oncle Durand Laxart et son père y arrivèrent presque en même temps qu'elle.
Ses deux frères , Pierre et Jean d'Arc, l'avaient accompagnée dans cette glorieuse expédition. Ainsi cette vertueuse fille put se croire un instant rendue à sa famille et au pays qui l'avait vue naître. On prétend que le roi prit plaisir à se faire raconter par Laxart toutes les difficultés que Jeanne avait eues à vaincre avant de pouvoir partir pour Chinon.
Jacques d'Arc et probablement aussi Laxart furent défrayés par la ville pendant leur séjour à Reims. La somme payée à Alis, veuve Rolin Moriau, hôtesse de l'Ane^Rayé, chez laquelle était logé Jacques d'Arc, s'élève, d'après un ancien compte de la ville , a vingt-quatre livres parisis , et il y est fait mention que le père de la Pucelle était en la compagnie du roi.