‹ Histoire abrégée de la vie et des exploits de Jeanne d'Arc, surnommée la pucelle d'OrléansChapitre 11 sur 70 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Jeanne d'Arc cède aux ordres du roi et reste à l'armée. Elle s'abstient désormais d'émettre son avis sur les opérations de la guerre. Le roi quitte Reims pour se rendre à Vailly, où il apprend la soumission des villes de liaon et de Soissons. On lui annonce dans cette dernière ville la soumission de Provins, Coulommiers, et de plusieurs places importantes. Château-Thierry se rend à l'armée royale. Le régent anglais arrive avec des renforts, et propose à Charles VII une bataille qu'il élude ensuite. L'armée roygle se rapproche de Paris, et campe à Dammartin. Le régent anglais vient à sa rencontre, mais il rétrogade bientôt vers Paris. Le roi campe avec son armée près le Mont-Piloer. Le régent avance à marche forcée sur Senlis. Escarmouches entre les deux armées. Envoi d'une ambassade au duc de Bourgogne. Le connétable enlève aux Anglais plusieurs places importantes et menace la Normandie. Charles VII se détermine à faire une tentative sur Paris. Il se présente à Saint-Denis, qui lui ouvre ses portes. L'attaque sur Paris n'a pas de succès, malgré la conduite héroïque de la Pucelle. Jeanne fait de nouvelles instances pour se retirer. On la détermine encore à rester à l'armée. Elle accompagne le roi à son retour à Gien.

X AN DIS que la France et l'Europe même retentissaient du bruit de la gloire de Jeanne d'Arc , cette héroïne n'aspirait plus qu'au repos de la solitude et aux avantages de l'obscurité. Elle fit les plus vives instances pour obtenir la permission de se retirer, et elle ne céda qu'aux ordres du roi et aux prières de la plupart des seigneurs, qui avaient éprouvé combien sa présence encourageait les troupes. Forcée d'obéir aux volontés de son souverain , on la vit depuis ce moment s'abstenir d'opposer son avis à celui des ministres ou des généraux, liberté qu'elle avait presque toujours prise jusqu'alors. Elle se contenta dans la suite de donner aux soldats l'exemple de l'audace et de l'intrépidité.

Le roi ne demeura que trois jours à Reims. Il en partit|)our se rendre à Corbény, et de là devant la petite ville de Vailly, qui se soumit à son obéissance. Là le roi voulut attendre le retour des hérauts qu'il av^ait envoyés à Laon et à Soissons sommer les habitants de se soumettre. Les députés de Soissons arrivèrent bientôt dans son camp et lui présentèrent les clefs de leur ville. Laon ne tarda pas à imiter cet exemple. Charles se rendit à Soissons, où il séjourna pendant trois jours. C'est là qu'il reçut l'agréable nouvelle que Provins, Coulommiers, Crécy en

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Brie, et plusieurs autres places très importantes, avaient volontairement reconnu son autorité. Une division de l'armée, conduite par la Pucelle, se dirigea vers Château-Thierry. Les seigneurs renfeimés dans cette place alors très forte s'elfrayèrent à la vue des Français et demandèrent à capituler. Sur ces entrefaites, on vint annoncer que les Anglais s'avançaient en grand nombre dans l'intention de combattre l'armée du roi : cette nouvelle, en un instant répandue dans le camp, y causa une sorte de tumulte. Jeanne d'Arc, toujours inaccessible à la crainte, parvint a rétablir l'ordre parmi les troupes, et l'on apprit bientôt que l'on n'avait eu qu'une fausse alarme. On reprit la négociation entamée pour la reddition de Château-Thierry, et il fut conclu que la garnison se retirerait avec armes et bagages. •

Charles VII arriva bientôt à Château-Thierry. Jeanne d'Arc profita du court espace de temps qu'il y resta, pour obtenir que les habitants des villages de Greux et de Domremy fussent exempts de toutes tailles, aides, subventions, et de toute espèce d'impôt. Le roi fit droit à la demande de la Pucelle par une ordonnance (B) rendue à Château-Thierry le dernier de juillet de l'année 1429- Les habitants de Domremy et de Greux ayant été troublés dans les droits qui leur avaient été accordés, y furent maintenus par une nouvelle ordonnance du roi rendue le 6 février 1459. Les rois successeurs de Charles VII ont confirmé ces privilèges à leur avènement à la couronne. Louis XIII les confirma en 16 10, et Louis XV en 1780. Lorsque la commune de Greux sollicita en 1774 '» même grâce de Louis XVI , ce monanpie répondit qu'il tolérerait ces privilèges , mais qu'il n'y donnerait pas d'approbation expresse, parcecju'ils lui semblaient contraires à la justice qu'il devait à tous ses sujets , en rendant les charges égales ; paroles tout-à-fait dignes de ce père du peuple. Ainsi jusqu'à la révolution les registres des tailles ont toujours porté à l'article de la paroisse de Greux et de Domremy, néant à cause de la Pucelle.

De Château-Thierry, 1^'oi se rendit à Provins, où il resta trois ou quatre jours. Déjà la terreur causée par les succès de l'armée française se répandait aux environs de Paris et à Paris même. Le régent anglais revint en toute hâte pour rassurer les Parisiens effrayés. Il venait de recevoir des renforts d'Angleterre. Le duc de Bedford alla d'abord à Corbeil, où s'étaient rendus les débris de son armée , et se dirigea de là sur Melun , où les troupes de Normandie s'étaient réunies à lui. Il se vit à la tête de dix mille combattants, forces à-peu-près égales à celles de

l'armée royale. Il manœuvra comme s'il eût cherché à couper la retraite de l'armée française, et s'avança jusqu'à Montereau Faut-Yonne. Arrivé clans cette ville, il envoya le 7 août ses hérauts d'armes porter un défi au roi. Charles VII accepta la bataille que lui proposait le chef des armées britanniques, et continua à s'avancer vers Paris par les plaines de la Brie. Ce mouvement hardi jeta, à ce qu'il paraît , la consternation dans l'armée anglaise, et le régent rentra dans la capitale sans avoir combattu, quoiqu'il eût cependant demandé lui-même la bataille.

L'armée française retourna à Château-Thierry , où elle passa la Marne et s'avança par la Ferté-Milon vers Crespy en Valois. Informés de l'arrivée du roi, les peuples accouraient de toutes parts sur son passage et l'aceueillaient par des acclamations. La population en masse venait au-devant de lui. Les villageois contemplaient sur-tout la Pucelle, qui, considérant cette effusion de sentiments français, disait à Dunois et à l'archevêque de Reims, entre lesquels elle cheminait à cheval : Voici un bon peuple , je nen ai encore vu aucun autre qui se soit tant réjoui de la venue dhin si noble roi. Plût à Dieu, ajouta-t-elle , que je fusse assez heureuse pour finir mes jours sur cette terre et y être ensevelie. L'archevêque de Reims lui demanda dans quel lieu elle avait espoir de mourir : Je ne suis sûre, dit-elle, ni du temps, ni du lieu; plût à Dieu, mon créateur, que je pusse maintenant partir, abandonnant les armes , et aller servir mon père et ma mère en gardant leurs brebis avec ma sœur et mes frères , qui se réjouiraient beaucoup de me voir; paroles qui montrent que c'était contre son gré que, sa mission accomplie, elle continuait à paraître au milieu des armées. Il est à croire aussi que Jeanne d'Arc s'apercevait que les courtisans n'aimaient pas sincèrement le roi , et qu'elle-même était l'objet de basses jalousies de la part du plus grand nombre des chefs de guerre. D'après ces discours on doit conclure encore que ses frères avaient cessé de l'accompagner. Il est probable qu'ils l'avaient quittée à Reims, et que c'est de cette ville que partit Jean d'Arc pour aller prendre possession de la place de prevost de Vaucouleurs que le roi lui avait donnée.

De Crespy en Valois, le roi et son armée se rapprochèrent toujours de Paris, et vinrent camper près de Dammartin. Le duc de Bedford sortit de nouveau de la capitale pour marcher à la rencontre de l'armée française. Il vint camper au village de Mittry à peu de distance de Dammartin, dans une situation avantageuse, où il se fortifia encore par tous les moyens qui pouvaient rendre sa position inexpugnable. Le roi, qui crut que cette fois l'ennemi était déterminé à

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combattre, s'avança aussitôt; mais le duc de Bedford attendait tranquillement les Français dans ses retranchements : l'expérience avait enfin appris à nos guerriers à réprimer leur ardeur , et les Anglais , voyant qu'ils ne pouvaient attirer les Français dans le piège, se retirèrent à Louvres, et de là à Paris.

Le roi retourna à Crespy, d'où il envoya ses hérauts d'armes sommer Compiègne de se rendre, ce que firent les habitants avec joie. Beauvais suivit bientôt l'exemple de Compiègne, malgré les efforts de son évéque, Pierre Cauchon, tout dévoué au parti anglais. Les habitants, outrés contre lui, le chassèrent honteusement de leur ville. Cet outrage excita sans doute la haine forcenée que cet indigne prêtre montra par la suite contre la Pucelle. Mais les habitants de Paris ne partageaient point les sentiments de toutes ces villes qui s'empressaient de se remettre sous l'obéissance du roi légitime.

Charles VII avait ramené son armée à Crespy en Valois. Il en partit bientôt pour se rendre à Compiègne. Le régent anglais, instruit de ce mouvement, se dirigea à marche forcée sur Senlis, dans l'espoir de fermer au roi le chemin de la Normandie.

L'armée française se rapprocha de Senlis, et vint camper a trois lieues au sudest de cette ville, au village de Barron près du Mont-Piloer. On envoya à la découverte pour reconnaître larmée anglaise, que 1 on aperçut bientôt. Les deux armées s'approchèrent : il y eut plusieurs escarmouches; mais la nuit y ayant mis fin, les Anglais se retirèrent le long de la petite rivière qui va de Senlis à Barron , et les Français au Mont-Piloer.

Le lendemain dès le lever du soleil, le roi fit sortir son armée du camp, et la rangea en bataille. Il la divisa en trois corps principaux. II y avait un corps de réserve commandé par la Pucelle, Dunois et Lahire, et destiné à escarmoucher ou à porter du renfort par-tout où besoin serait.

Le duc de Bedford avait disposé de son côté son armée pour le combat. La position qu'il avait prise était naturellement très forte; il l'avait renforcée par de larges fossés , et son front était couvert par des tranchées profondes et par une innombrable quantité de pals inclinés en avant.

Le roi s'avança assez loin de ses trois corps d'armée jusqu'au devant du front des Anglais. Il reconnut la forte position de rennemi , et réprima le désir impétueux qu'il avait de le combattre. Il fit toutefois approcher ses troupes jusqu'à deux traits d'arbalètes près des ennemis, et leur fit signifier par ses hérauts

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crarmes que s'ils voulaient sortir de leur camp, il les combattrait: ce dont ils se gardèrent bien. Il y eut cependant de vives escarmouches qui durèrent jusqu'au soleil couchant, et dans lesquelles on fit de part et d'autre preuve de bravoure et de résolution. La Pucelle, accompagnée de Dunois, du comte d'Albret et de l'intrépide Lahire, paraissait au milieu de la mêlée, tantôt ramenant au combat les soldats dispersés, tantôt frappant de sa lance les guerriei's qui venaient les attaquer. Charles, accompagné du duc de Bourbon, de La Trémoille et de ses gardes, parcourait les rangs, animait les troupes, et se montrait digne de commander d'aussi braves guerriers.

La nuit mit fin à tous les combats de détail, et des deux côtés les trompettes sonnèrent en même temps la retraite. Les Anglais rentrèrent dans leur camp, et les Français retournèrent où ils avaient couclvé la veille, près du Mont-Piloer.

Le lendemain dans la matinée, le duc de Bedford revint à Paris, et le roi retourna à Crespy en Valois.

Cependant la Pucelle pressait toujours le roi de ne point ralentir ses démarches auprès du duc de Bourgogne , parcequ'il lui paraissait de la plus haute importance de ramener tous les princes français sous la bannière des lis. On se décida donc à faire une démarche solennelle auprès de lui, et on lui envoya une ambassade qui le trouva à Arras. Les députés, introduits en présence du prince, lui exposèrent tout le désir qu'avait le roi de se réconcilier avec lui , excusant sur sa jeunesse l'homicide commis sur la personne de son père le duc Jean. Le principal ministre du prince répondit que Ion ferait une réponse dans peu de jours.

Les négociations ne suspendaient point les progrès de l'armée royale. Le château et la ville de Creil furent emportés par les Français, ce qui les rendit maîtres d'un second passage sur la rivière d'Oise. Les chefs les plus intrépides de l'armée française osèrent franchir cette rivière, et poussèrent leurs courses jusques en Normandie. La ville et l'importante forteresse d'Aumale furent surprises; la forteresse de Torcy tomba également au pouvoir des Français, ainsi qu Estrepagny situé à trois lieues à l'ouest de Gisors. Enfin la forteresse de Château- Gaillard , bâtie sur un rocher escarpé au bord de la Seine , à sept lieues de Rouen, ne résista point à la valeur française.

Charles se rendit alors à Compiègne, où il était appelé depuis long-temps par les vœux des habitants. Il y passa plusieurs jours, et donna le commandement

de cette place à Guillaume de Flavy, qui s'était rendu célèbre par son habileté et son courage. C'est à Compicgne que l'ambassade envoyée auprès du duc de Bourgogne vint rendre compte de sa mission au roi. Bientôt il arriva près de Charles VII une députation de la part du duc, mais qui n'eut d'autre objet que de faire des promesses que l'on n'avait point envie de tenir.

Le connétable comte de Richemont, humilié de rester oisif, avait quitté sa retraite de Parthenay, et, traversant la Loire, étail venu enlever aux Anglais le château de Gallerande, celui de Ramefort et l'importante forteresse de Malicorne. Il s'avançait vers Evreux avec un corps d'armée moins redoutable par le nombre que par la bravoure. Le duc de Bedford, voyant la Normandie menacée de deux côtés, car il ne doutait pas que le roi n'eût l'intention d'y pénétrer, prit la route de Rouen par Saint-Deni^. Charles VII, informé de son départ, résolut de sortir de Compiègne et de se rapprocher de Paris. Il alla camper auprès de Senlis. Pont-Sainte-Maxence , Choisy, Chantvilly, et un grand nombre de places, ouvrirent leurs portes à ses hérauts d'armes.

Les intelligences que l'on était parvenu à se ménager dans la capitale, l'exemple de tant de villes qui s'étaient remises sous l'obéissance du roi, l'inaction du duc de Bourgogne , et l'éloignement du duc de Bedford , tout faisait espérer la réussite d'une tentative sur Paris. Le roi résolut donc de se rendre sous les murs de la capitale. Il se présenta d'abord avec son armée devant Saint-Denis, qui lui ouvrit ses portes. Aussitôt le roi s'empressa d'aller rendre d'humbles actions de grâces à Dieu dans l'antique basilique où reposaient les restes mortels des rois ses ancêtres.

Ce fut à Saint-Denis que Jeanne d'Arc, poursuivant l'une de ces femmes de débauche qui suivaient l'armée , et qu'elle ne pouvait jamais voir sans entrer dans une sainte colère , rompit en deux l'épée mystérieuse qu'elle avait envoyé prendre dans l'église de Sainte-Catherine de Fierbois. On donna cette épée à des ouvriers pour la refondre , mais ce fut inutilement. La Pucelle parut très sensible à la perte de cette arme, et le roi en fut lui-même bien chagrin, disant à Jeanne qu'elle aurait dû prendre un bâton, et frapper dessus, sans abandonner son épée qui lui était venue divinement.

Le roi étant h Saint-Denis, la ville de Lagny députa vers lui plusieurs des principaux habitants pour fiiire sa soumission.

La capitale n'annonçait nullement la disposition d'envoyer des déj^utés au roi

pour le même objet. Ses habitants, jouets, dupes et victimes de ses tyrans étrangers, semblaient avoir voué une haine implacable au roi légitime. Aucun mensonge, aucune calomnie, ne coûtaient aux Anglais pour maintenir ce peuple dans l'erreur. Ils allaient jus(|u'à dire que l'intention du roi était de faire niveler à la charrue les rues de Paris.

Cependant les Français venaient chaque jour faire des escarmouches aux portes de la capitale ; mais bientôt les généraux résolurejit de tenter une attaque plus sérieuse.

La Pucelle, le duc d'Alençon, et un grand nombre d'autres chefs de guerre, partirent de Saint-Denis le 7 septembre avec un corps de troupes considérable pour occuper le village de la Chapelle. Le lendemain, fête de la Nativité de la Vierge, on disposa l'artillerie en plusieurs endroits, et l'on commença à tirer vigoureusement contre les remparts de la place. Les Français avaient amené avec eux beaucoup de chariots et charrettes chargés de bourrées pour combler les fossés de la ville, et l'on commença l'attaque entre la porte Saint-Honoré et la porte Saint-Denis. La défense de ce poste avait été confiée à des troupes anglaises, qui opposèrent d'abord la plus vigoureuse résistance; mais elles durent bientôt céder à l'impétuosité française. Les Anglais quittèrent donc cette porte, et rentrèrent dans la ville; ce qui rendit les Français maîtres de la barrière et du boulevart. Il paraît que la Pucelle prit part h ce combat, et y signala sa valeur accoutumée; car elle y enleva une épée à un guerrier du parti anglais.

La Pucelle, voyant la garnison de Paris si peu disposée à se défendre, résolut de livrer un assaut; mais elle n'était pas prévenue de la grande quantité d'eau qu'il y avait dans les fossés. Cependant elle fit apporter des bourrées et des fagots qu'elle faisait jeter dans le premier fossé, au moyen de quoi elle put atteindre le bord du second fossé qu'elle sonda avec sa lance. Pendant ce temps, on jetait des fagots dans le fossé le plus près possible des murs , et les guerriers montraient la ferme résolution de tenter l'escalade. A ce moment l'alarme fut répandue dans Paris, et les habitants qui s'étaient retirés dans les églises en sortirent pour rentrer et s'enfermer chez eux. Jeanne d'Arc, restée debout sur l'espace étroit qui séparait les deux fossés, continuait au milieu d'une grêle de traits à encourager les guerriers français, et à les diriger dans leur travail. Son étendard était à côté d'elle porté par un intrépide guerrier. Les cris, les menaces, les injures des assiégés ne faisaient aucune impression sur son esprit; elle restait inébran-

iable et résignée à tout. Rendez la ville au roi de Franee, criait-elle aux Parisiens. Cependant Jeanne fut atteinte par un trait, et douloureusement blessée. Son porte-étendard fut blessé en même temps qu'elle , et comme ce guerrier se baissait pour arracher le fer de sa plaie, un second trait le frappa entre les deux yeux, et le tua roide. Jeanne, malgré cet événement, ne voulut point quitter la place, tant elle était désespérée de ne pouvoir entrer dans la ville, car la nuit approchait. Le duc d'Alençon fut obligé de l'aller quérir lui-même et de la ramener. Il paraît que dans cette circonstance la jalousie des chefs de guerre contre la Pucelle se montra à découvert, et que l'héroïne ne fut point secondée.

Ainsi l'entreprise faite contre la ville de Paris n'eut aucun succès; les Français reprirent le chemin de la Chapelle, et le lendemain l'armée rentra à Saint-Denis, où le roi était resté avec son arrière-garde.

Éclairée par ce qui s'était passé la veille, Jeanne renouvela ses sollicitations auprès de Charles VII pour obtenir la permission d'aller finir ses jours dans l'obscurité et la retraite. Sur les instances qui lui furent faites , elle consentit pourtant à demeurer. Le roi ne pouvait se résoudre à se priver de son secours, et il exigea qu'elle suivît l'armée. En pensant à la catastrophe dont elle fut la victime, on ne peut se défendre d'un sentiment pénible. Ainsi cette jeune héroïne était précipitée dans un abyme de malheurs par ceux-là même qu'elle avait servis et qui devaient l'abandonner.

Jeanne d'Arc partit avec le roi pour les provinces de la Loire , où l'on jugeait convenable de ramener les troupes. Il paraît que sa blessure n'était pas dangereuse, puisqu'elle lui permit d'entreprendre le voyage. Mais avant de se mettre en route, elle offrit par dévotion à saint Denis, ainsi qu'ont coutume de faire les gens d'armes blessés à la guerre, un trophée composé de l'équipement complet d'un homme d'armes avec une épée qu'elle avait gagnée devant Paris. Elle fit suspendre ce trophée à l'une des colonnes de la basilique de Saint-Denis.

Le roi revint vers la fin de septembre à Gien, où il rentra en triomphe avec la Pucelle trois mois après en être parti pour l'une des expéditions les plus aventureuses dont notre histoire ait conservé le souvenir.

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