‹ Histoire abrégée de la vie et des exploits de Jeanne d'Arc, surnommée la pucelle d'OrléansChapitre 13 sur 70 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Jeanne d'Arc est réclamée par l'inquisiteur général pour être jugée comme suspecte d'hérésie. Elle tente de s'évader de sa prison. Elle est envoyée au château de Beaurevoir. Pierre Cauchon, évèque de Beauvais, demande à la juger. L'université de Paris se mêle de cette affaire. La Pucelle est vendue aux Anglais pour une somme de dix mille francs. Elle est conduite à Arras et de là au château de Crotoy. Les ennemis sont forcés de lever le siège de Compiégne. Les affaires des Anglais déclinent par-tout. Jeanne d'Arc est transférée à Rouen. Elle est traitée avec la dernière rigueur. Les Anglais pressent son jugement. Nomination des juges. Perfidie de Loyseleur. Composition du tribunal.

A peine la Pucelle était-elle tombée au pouvoir de ses ennemis , qu'un frère Martin, prenant le titre de vicaire-général de l'inquisiteur de la foi au royaume de France, écrivit au duc de Bourgogne pour l'inviter à remettre cette infortunée entre ses mains, attendu qu'étant véhémentement soupçonnée de plusieurs crimes sentant l'hérésie, il y avait lieu à procéder contre elle. Toutefois Jean de Luxembourg envoya sa prisonnière avec une escorte nombreuse au château de Beaulieu.

Quoique les saintes qui assistaient Jeanne, implorées par elle, lui eussent réjîondu qu'il fallait qu'elle vît le roi anglais , ce dont elle desirait beaucoup être dispensée, l'héroïne ne tarda pas à chercher les moyens de s'évader. Elle parvint à sortir de sa chambre par un trou qu'elle avait pratiqué entre deux pièces de bois : elle se disposait à renfermer ses gardes dans la tour et à gagner la campagne, lorsque le hasard amena sur son passage le concierge du château. Cet homme ne l'eut pas plutôt aperçue qu'il jeta l'alarme partout et força l'infortunée Jeanne d'Arc à rentrer dans sa prison. Elle prit ce malheur avec assez de patience et se dit : qua])paremment il ne plaisait pas à Dieu quelle échappât pour cette fois , et qu il fallait quelle vît le roi des Anglais, comme ses voix le lui avaient dit.

Cet incident, ou tout autre motif peut-être, déterminèrent Jean de Luxembourg à envoyer sa prisonnière â son château de Beaurevoir , où se trouvaient son épouse et sa sœur, qui firent un très bon accueil à l'illustre héroïne. Ces dames savaient que le parti anglais cherchait tous les moyens de perdre la Pucelle,

c)2 HISTOIRE ABRÉGÉE

et que run des chefs d'accusation que l'on élevait contre elle, était son changement d'habits. Elles offrirent donc à la jeune guerrière des habillements de son sexe et l'invitèrent à s'en revêtir. Jeanne d'Arc refusa avec douceur et fermeté : Je ne quitterai point, dit-elle, les vêtements que je porte sans la permission de Dieu.

Quelque désir qu'eussent les nobles hôtesses de Jeanne , d'adoucir sa captivité, elles ne pouvaient en faire disparaître toutes les rigueurs. L'héroïne n'avait pas la faculté de parcourir librement le château de Beaurevoir. Le séjour qu'elle y fit, fut d'environ quatre mois. Ce qui l'affligeait le plus, c'était le danger que couraient les habitants de Compiègne, et l'impossibilité où elle était de les set courir.

Un nouveau sujet d'inquiétude vint bientôt ajouter au malheur de sa situation. Pierre Cauchon , évêque de Beauvais , ennemi mortel du parti français et de la Pucelle en particulier, la réclama comme étant son juge naturel, attendu qu'elle avait été prise sur le territoire de son diocèse , et pour faire sa cour aux Anglais, il demanda avec instance qu'elle fut traduite devant son tribunal.

D'un autre côté , Jeanne d'Arc était à peine tombée au pouvoir des Bourguignons , que l'université de Paris écrivit au duc de Bourgogne , pour que cette jeune fille fût traduite devant un tribunal ecclésiastique , comme suspecte de magie et de sortilège. La même université écrivit pour le même sujet à Jean de Luxembourg.

Pierre Cauchon , pour assouvir la haine qu'il nourrissait depuis long-temps contre la Pucelle, se chargea d'être l'entremetteur entre Jean de Luxembourg, le duc de Bourgogne et le roi d'Angleterre. Ce dernier, pour que la Pucelle fût remise en son pouvoir , consentit à payer à Jean de Luxembourg une forte rançon, que l'on fixa à dix mille francs dans les négociations entamées à ce sujet.

Cependant les injonctions de l'évêque de Beauvais et les offres du gouvernement anglais ébranlèrent Jean de Luxembourg, malgré les sollicitations de son épouse, qui le conjurait par les motifs les plus pressants de Ihonneur et de l'humanité de ne pas livrer à une mort certaine une captive intéressante que les lois de la guerre commandaient de respecter.

Chaque jour apportait à l'héroïne l'annonce d'événements funestes. On lui apprit que les habitants de Compiègne, tous jusqu'à l'âge de sept ans, devaient être mis à feu et à sang. Cette nouvelle acheva d'exalter sa tête. Elle aimait mieux mourir (pic de vivre après une telle destruction de bonnes gens. Comment, disait-

elle, à SCS saintes protectrices , comme si elles eussent été présentes, comment Dieu laissera- 1- il mourir ces bonnes ge?is de Compiègne qui ojit été si loyaux à leur seig?ieur. Sur ces entrefaites, elle sut qu'elle était vendue aux Anglais : elle résolut alors de tout tenter de nouveau pour s'évader. Elle s'élança de la tour où elle était enfermée pour prévenir l'instant où elle devait être livrée à ses ennemis et voler au secours de Compiègne. Ni les conseils de sainte Catherine dont elle se disait assistée , ni la promesse que cette sainte lui faisait que ceux de Compiègne seraient secourus , et qu'elle même ne serait délivrée que lorsqu'elle aurait vu le roi anglais; rien n'avait pu la détourner de son funeste dessein. Elle se blessa grièvement dans sa chute et resta évanouie au pied des remparts. En revenant à elle, elle ne savait où elle était, ni comment elle avait été conduite à l'endroit où elle se trouvait. On fut obligé de lui dire qu'elle s'était élancée de la tour. Elle fut deux ou trois jours sans vouloir manger ; mais reconfortée par les avis de sainte Catherine, elle se confessa et demanda pardon à Dieu de ce qu'elle avait fait. Elle recommença à manger et fut bientôt guérie.

Enfin la Pucelle , tout-à-fait rétablie, fut conduite à Arras, probablement pour être remise aux officiers du roi d'Angleterre. Elle fut ensuite reléguée au château de Crotoy. Dans cette forteresse était retenu prisonnier un ecclésiastique d'un rare mérite, chancelier de l'église d'Amiens. Jeanne assistait régulièrement h la messe qu'il célébrait tous les jours et se confessait à lui. •

Les esprits célestes, dont Jeanne d'Arc se croyait assistée, n'avaient pas cessé de lui prodiguer leurs consolations. Ce qu'ils lui avaient annoncé du secours que les habitants de Compiègne devaient recevoir eut lieu dans le temps prescrit. Cette ville était réduite aux dernières extrémités, entourée de bastilles de toutes parts , le blocus était complet et la famine était dans la place. Cependant de vaillants guerriers français , répandus dans l'île de France , résolurent de la secourir et d'en faire lever le siège. Ils exécutèrent ce projet avec une hardiessede résolution qui fut couronnée du plus éclatant succès. Les bastilles des assiégeants furent emportées d'assaut. Le découragement se mit parmi les troupes ennemies, qui se sauvèrent, les unes en Normandie, les autres en Picardie, et Jean de Luxembourg jugea à propos de lever précipitamment le siège en abandonnant son artillerie.

La délivrance de Compiègne fit retomber sous la domination française Gournay ,

Pont-Sainte-Maxence , Longueil , Breteuil et plusieurs autres places , tant en

Picardie que clans l'île de France. Une victoire complète, remportée dans les champs de Germigny, par le brave Poton de Xaintrailles, acheva de couvrir de gloire les armées françaises.

Ces succès ne firent qu'irriter la haine des Anglais contre l'héroïne qu'ils regardaient comme la première et la seule cause de leurs nombreuses défaites. Tout ce qui leur était dévoué redoubla d'efforts pour leur sacrifier cette illustre victime.

L'université de Paris écrivit deux lettres à ce sujet, l'une à l'évêque de Beauvais, et l'autre au roi de France et d'Angleterre. Il serait difficile, dit Villaret, d imaginer une manière plus artificieuse que celle du duc de Bedford et du ministère anglais , qui se faisaient ainsi demander ce qu'ils desiraient avec le plus d'ardeur. Ils étaient impatients d'immoler la Pucelle; sa perte était utile à leurs intérêts ; ils voulaient la rendre éclatante , et leur politique s'attachait à rejeter sur notre nation la honte de ce crime ; ils se vengeaient en nous couvrant d'opprobre.

Désarmée et dans les fers, Jeanne d'Arc inspirait encore à la nation britannique une terreur profonde, au point que le gouvernement anglais enjoignit de faire arrêter et traduire devant le conseil d'Angleterre les guerriers à qui la peur de la Pucelle ferait abandonner leurs drapeaux.

Partout les affaires des Anglais continuaient à décliner. Les habitants de Sens chassèrent leur gouverneur étranger, et se soumirent au roi légitime.

Effrayés de tant de revers , les Anglais crurent qu'il n'y avait plus désormais de salut pour eux que dans la mort de la Pucelle, et ils ordonnèrent que l'on travaillât sans délai au procès de cette infortunée, dans le triste espoir de rendre le courage aux armées britanniques , de diffamer le roi Charles , et d'épouvanter ses partisans.

Jeanne d'Arc fut transférée du Crotoy à Rouen, et renfermée dans la grosse tour du château, la seule qui existe encore aujourd'hui. On l'y traita avec une rigueur extrême. Quelques auteurs prétendent même qu'elle y fut , pendant un certain temps, renfermée dans une cage de fer. Il résulte au moins des dépositions du serrurier qui a fait cette cage qu'elle avait été livrée par lui et pesée en présence d'un témoin. On a fait aussi la remarque que, dans le commencement de la captivité de Jeanne , on permettait aux habitants de Rouen de la voir dans sa prison ; mais bientôt elle devint invisible pour tout le monde jusqu'à l'ouverture de son procès. Ce dont on ne peut douter, c'est que l'infortunée prisonnière

avait les pieds retenus par des ceps de fer, et qu'elle avait une chaîne passée autour du corps et attachée, au moyen d'une serrure fermant à clef, à une grosse pièce de bois.

Elle était continuellement gardée par cinq Anglais dont trois passaient la nuit dans sa chambre et deux à la porte. C'étaient des misérables pris dans les derniers rangs de l'armée. Ils insultaient l'héroïne et la maltraitaient indignement : ils poussaient souvent la cruauté jusqu à l'éveiller pendant la nuit, pour lui dire que l'heure de sa mort était venue, et que l'on allait la prendre pour la faire périr du dernier supplice. Ces hommes abominables poussèrent l'audace jusqu'à attenter à sa pudeur.

Enfin le 3 janvier i/\3i le roi anglais donna des lettres patentes (D), pour autoriser la mise en jugement de sa prisonnière. On s'y réserve expressément de reprendre Jeanne, si elle n'était pas convaincue des faits pour lesquels elle était mise en jugement. Ainsi, comme l'observe M. de Laverdy, le roi d'Angleterre ne faisait en quelque sorte que la prêter aux juges ecclésiastiques pour décider si elle devait subir ou non la peine de mort.

Le 9 janvier, il fut rédigé chez l'évêque de Beauvais une consultation sur l'affaire de Jeanne d'Arc, en présence de Jean Le Maitre, député pour le diocèse de Rouen , par le grand inquisiteur de France , l'évêque de Beauvais voulant que le jugement à intervenir jouît de tous les prétendus privilèges de l'inquisition. Jean Le Maitre refusa plusieurs fois de se mêler de cette affaire; mais il finit par y être forcé malgré sa répugnance, car on lui fit dire que s'il persistait dans ses refus, il serait en péril de mort. Dans cette conférence on nomma les juges qui devaient former le tribunal. Des lettres de nomination leur furent expédiées au nom de l'évêque de Beauvais. On y disait que l'accusée était suspecte de plusieurs sortilèges, enchantements, invocations de démons ou malins esprits et de plusieurs autres choses concernant notre foi.

Le 1 3 janvier, l'évêque de Beauvais tint chez lui une autre assemblée. Le prt)cèsverbal de la séance porte qu'il communiqua aux docteurs des informations faites dans le pays de la Pucelle, et des mémoires contenant ce que la renommée en publiait. Un bourgeois de Rouen , nommé Moreau, avait été envoyé à Domremy pour prendre ces informations ; mais au lieu de trouver des charges contre l'accusée, il ne recueillit que les témoignages les plus honorables sur la famille de Jeanne , et sur la conduite de l'héroïne jusqu'au moment où elle était partie pour

Chinon. Aussi ces informations furent-elles supprimées des pièces du procès. II paraît (]ue les procès-verbaux des conférences étaient rédigés sous les yeux de l'évêque de Beauvais. Il lui était d'autant plus facile d'y faire insérer ce qui lui convenait, que ces prétendus procès-verbaux n'étaient ni lus en présence des juges assesseurs , ni présentés à leur signature. D'ailleurs les contradictions qu'ils renferment suffisent pour les faire arguer de faux. •Comme il fallait à tout prix perdre la Pucelle, afin de plaire aux Anglais, tous les moyens furent employés pour y parvenir. Un nommé Loiseleur, chanoine de Rouen, consulteur du saintoffice , le digne familier de l'évêque de Beauvais , se prêta aux manœuvres les plus perfides pour entraîner l'infortunée prisonnière à fournir des armes contre elle. Cet homme infiime , dont l'histoire a flétri le nom, feignit qu'il était du pays de Jeanne, et fut ainsi introduit auprès d'elle. La chambre, dans laquelle était renfermée la Pucclle , était contiguë à une autre où il y avait un trou par lequel on pouvait tout écouter, de manière qu'il était possible de constater ce que disait la prisonnière dans l'intimité de la confiance. Le seigneur de Warvich, l'infâme évêque de Beauvais et le perfide Loiseleur étaient convenus du rôle que ce dernier devait jouer. Ils ordonnèrent ensuite aux deux notaires du procès de se rendre dans la chambre secrète pour entendre, sans être vus, ce qui se dirait dans la prison. Ceux-ci reconnurent bientôt la voix de Loiseleur qui engagea la conversation en donnant à Jeanne d'Arc des iiouvelles feintes des affaires du ihoï. Il vint à lui parler ensuite des révélations dont on la disait favorisée , et lui fît là-dessus diverses questions insidieuses. Jeanne d'Arc, ravie de rencontrer, après un si long temps , un homme du parti français et un compagnon d'infortune (car il feignait d'être prisonnier de guerre), s'abandonna dans toutes ses réponses à toute la confiance d'une ame franche et pure , aussi incapable de soupçonner une trahison que de la commettre. Le comte de Warvich et l'évêque de BeauA ais , qui étaient restés avec les notaires , leur dirent alors d'écrire ce que répdhdait la Pucelle; mais comme ceux-ci virent le piège tendu à leur probité, ils eurent le courage de s'y refuser en disant qu'ils ne le devaient pas faire et qu'il n'était pas honnête de commencer de telle sorte le procès; que, si Jeanne disait les mêmes choses devant le tribunal , ils les enregistreraient volontiers.

Il fallut donc renoncer à l'espérance de se procurer, par cet infome moyen, des actes contre la Pucelle; mais le second objet que l'on s'était proposé, celui d'obtenir des sujets d'interrogatoire, était rempli. Le traître Loiseleur conserva

toujours depuis la confiance de rinfortunée prisonnière. Il lui fit connaître qu'il était prêtre , il paraît même qu'il lui demanda à être son confesseur , et qu'il reçut effectivement sa confession. Cet homme exécrable abusait de la confession non seulement pour reporter à l'indigne évêque de Beauvais tout ce que la prisonnière lui confiait , mais encore pour lui suggérer d'avance des réponses dangereuses aux demandes qui devaient lui être faites.

Le promoteur d'Estivet voulut jouer un rôle aussi abominable que celui de Loiseleur. Il s introduisit également dans la prison pour tromper Jeanne d'Arc; mais il paraît qu'il ne put parvenir à captiver sa confiance. Rien n'égalait la bassesse dame de ce méchant homme tout dévoué aux Anglais, si ce n'est la grossièreté de son langage. Pendant tout le cours du procès, il ne cessa de calomnier les greffiers qui voulaient en agir suivant les règles de la justice et de la probité, et il accablait la malheureuse héroïne d'injures grossières et de menaces.

Tous les documents nécessaires pour la direction des interrogatoires étaient enfin obtenus. Une seule difficulté arrêtait le commencement du procès proprement dit, c'est que le vice-inquisiteur refusait obstinément d'y prendre part. De nouvelles instances furent faites auprès de lui. Enfin, il déclina cette juridiction , en faisant valoir que ses pouvoirs ne s'étendaient qu'au diocèse de Rouen, et non à celui de Beauvais ; du reste le vice-inquisiteur consentit à ce que la procédure fût toujours commencée nonobstant cette difficulté. Le commencement du procès fut fixé au 2 i février. Jean Lemaîtrey assista en qualité d'assesseur, et l'évêque de Beauvais sollicita l'inquisiteur de France de venir lui-mêipe y prendre part, ou bien de déléguer quelqu'un à cet effet pour agir en son nom.

Voici quelle était la composition du tribunal destiné non à juger, mais h condamner la Pucelle; car sa mort était résolue. On n'employait quelques formes juridiques que pour flétrir sa mémoire et avilir Charles VII qui avait accepté ses secours. On a vu que les Anglais l'avaient achetée. On sait maintenant aujourd'hui, à n'en pas douter , qu'ils soudoyèrent des juges pour la condamner. Ce dernier fait résulte jusqu'à l'évidence de pièces curieuses conservées au prieuré de Saint- Martin -des -Champs, et dont la bibliothèque' d'Orléans a des copies authentiques. Ces pièces consistent en lettres-patentes et ordonnances de Henri VI, se disant roi de France et d'Angleterre, relatives à des paiements faits aux docteurs

(1) Voyez l'ouvrage intitulé: Maïuisciits de la Bibliotliêciue d'Oilmits, par A. Septier, Orléans, 1820.

gS HISTOIRE ABREGEE

qui ont assisté au procès , et dont les noms sont les mêmes que ceux que l'histoire nous a transmis : elles contiennent en outre des quittances des sommes reçues par ces mêmes docteurs.

Il n'y eut que deux juges ayant voix délibërative , ce fut Pierre Cauclion , évêque de Beauvais, licencie en droit, nommé en 1420 à son évêclié par la faction Bourguignone, l'un des conseillers du roi d'Angleterre en France, et Jean Lemaître , frère prêcheur, bachelier en théologie, vicaire de Jacques Graverand , prenant la qualité d'inquisiteur général de la foi en France.

Jean de Lafontaine, licencié en droit canonique, eut la charge de conseiller commissaire examinateur.

Jean ou Joseph ou Guillaume d'Estivet, chanoine de Beauvais et de Bayeux, fut nommé promoteur.

Les notaires-greffiers furent Guillaume Manchon, prêtre, notaire public et de la cour de l'archevêché de Rouen, Guillaume Colles ou Coles, prêtre dit Bos Guillaume ou Boys Guillaume, notaire public et de la cour de l'archevêché de Rouen, et Nicolas Vasquel , notaire public et de la cour de l'archevêché de Rouen.

Jean Massieu, prêtre, et en i455 l'un des curés de l'église paroissiale de Saint- Candide de Rouen, remplit les fonctions d'appariteur ou huissier ecclésiastique. Ces fonctions consistaient à donner des exploits, à faire les citations, à amener Jeanne au tribunal, à la reconduire en prison, et à prévenir ceux des assesseurs qui étaient mandés aux séances. ^

Il y eut en outre des juges assesseurs ou conseillers, c'est-à-dire, ayant voix consultative seulement. Le nombre en fut très grand et indéterminé : tel assista aux premières séances qui ne vint point aux suivantes, et tel autre se montra à celles-ci, que l'on n'avait point vu aux premières. Il paraît que cette partie du tribunal se composa chaque jour d'instance de tout ce que l'on avait pu rassembler de docteurs, contraints, même par la force, à prêter leur ministère à cet odieux procès. Nous allons consigner ici les noms des plus marquants, soit par leur réputation, soit par le rôle qu'ils ont joué dans le procès. Ce sont Gilles, abbé de Fécamp, Nicolas de Vendères, Nicolas Loiseleur, Nicolas Midy, Pierre Morice, Thomas de Courcelles, Jean de Castillon , Jean Fabry, Guillaume Erard , Isambert de la Pierre, Jean Beanpère, Jacques de Touraine, Martin Ladvenu, Jean Tiphaine, labbé de Saint-Ouen, Jean Loliier et Gérard Feuillet.

V x'v^ ^/v^ ■v»^^-»/*/x.-v^/vv

Page 1