ET HÉRÉTIQUE
Beaucoup de personnes ne pouvant soutenir ce cruel spectacle , s'éloignèrent de ce théâtre d'horreur.
Lorsque l'infortunée Jeanne eut été attachée à l'échafaud, le bourreau mit le feu au bas du bûcher.
Jeanne, en voyant approcher le feu, s'écria très haut, Jésus! Frère Martin Ladvenu était si occupé du soin de la bien préparer à la mort, qu'il ne s'apercevait pas que la flamme le gagnait. Reconnaissante de sa charité, Jeanne y veillait pour lui. Elle eut la présence d'esprit et le courage de l'en avertir, et de lui dire de se retirer. Elle le pria en même temps de se placer au bas de l'échafaud , de tenir la croix du Seigneur élevée devant elle, afin qu'elle la vît jusqu'à la mort, et de continuer à l'exhorter assez haut, pour qu'elle pût l'entendre, ce qu'il exécuta. Tandis qu'il remplissait ce pieux devoir, et ejitretenait Jeanne de son salut, l'évêque de Beauvais et quelques ecclésiastiques de l'église de Rouen s'approchèrent pour la voir. Quand Jeanne aperçut le prélat, elle lui dit qu'il était la cause de sa mort. Si vous m'eussiez, dit-elle, mise dans les prisons de V église, je ne serais pas ici. Elle persista jusqu'à la fin de sa vie à dire qu'elle n'avait rien fait que par l'ordre
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de Dieu, et qu'elle ne croyait point avoir été trompée par ses voix. Convaincue de son innocence et de l'iniquité de ses juges, en jetant autour d'elle un regard douloureux : Hal Rouen, cVit-eUe, j'ai grand peur cjue tu naj^es à soujfrir de ma mort.
Cependant l'exécuteur s'efforçait d'abréger les tourments de la victime, en hâtant l'embrasement du bûcher. Quand elle fut enveloppée de tous côtés par la fumée et les flammes , elle ne cessa d'invoquer le nom de Dieu, et les saints et les saintes du paradis. En rendant le dernier soupir, elle inclina la tête, en proférant encore le nom de Jésus.
Quand elle fut morte, les Anglais craignant qu'on ne dît qu'elle s'était évadée, ordonnèrent au bourreau de retirer un peu le feu , afin que les assistants pussent la voir. On la remit ensuite dans le bûcher, et pour qu'il ne restât rien de l'infortunée, le cardinal d'Angleterre fit jeter ses os et ses cendres dans la Seine.
Ainsi périt, le 3o mai i43i, âgée de moins de vingt ans, après une année de la plus dure captivité, par les mains d'une poignée de prêtres vendus à l'Angleterre, cette fille extraordinaire qui avait sauvé la monarchie d'une chute inévitable et porté à la puissance britannique une atteinte si profonde , que ses armées poursuivies de défaites en défaites , finirent par être forcées d'abandonner les rivages de la France.
Immédiatement après le supplice de Jeanne, le bourreau vint trouver les deux religieux qui l'avaient assistée dans ses derniers moments. Il leur dit en pleurant qu'il ne croyait pas que Dieu lui pardonnât ce qu'il avait fait souffrir à cette jeune fille, et il ajouta qu'il n'avait jamais tant craint de faire une exécution.
Jean Tressart , secrétaire du roi d'Angleterre , revenant du lieu du supplice , s'écria tout haut : Nous sommes tous perdus et déshonorés, un grand crime s'est* commis aujourd'hui , car une sainte personne a été brûlée.
Le supplice de Jeanne d'Arc fut un outrage à la religion, à la vertu, à l'humanité et au droit des gens, qui, dès ce temps-là même, rendait sacrée la personne des guerriers pris les armes à la main. Mais que faisait alors Charles Vil, pour arracher de la main de ses bourreaux riiéroïne qui lui avait rendu sa couronne, ou que fit-il pour venger sa mort? Thistoire se tait absolument à cet égard. Il est cruel de penser que lindifférence du monarque ou la jalousie des grands sont cause de l'abandon où elle a été laissée depuis sa captivité. C'est en vain que plusieurs auteurs, M. de Laverdy entre autres, ont cherché des excuses à la con-
DE JEANNE D'ARC. io5
cluite du monarque et de son gouvernement dans les usages du temps. Le jugement inflexible de la postérité est rendu, et il est sans appel. On eonsidèrera toujours le supplice de Jeanne d'Arc comme une tache à la mémoire du prince dont cette héroïne a le plus illustré le régne , et qui a obtenu lui-même et mérité le surnom de victorieux.
Les Anglais ne gagnèrent réellement rien à la mort de la Pucelle. Ils avaient été irrévocablement vaincus à Orléans et à Reims. Les Français continuèrent à marcher dans la carrière de victoires que l'héroïne de Domremy leur avait ouverte. Us chassèrent de France leurs ennemis implacables et les repoussèrent jusque dans leur propre pays après leur avoir fait éprouver en argent et en hommes des pertes immenses. Telle a été la conséquence des hauts laits de la guerrière la plus extraordinaire des temps modernes, de celle à laquelle l'antiquité eût élevé des autels, et dont les beaux arts se fussent à l'envi empressés de recueillir les traits et de consacrer à jamais le souvenir. Déplorable victime de la haine des Anglais et des erreurs de son siècle, elle vivra éternellement dans la mémoire des hommes. Tous les monuments élevés à sa gloire seront autant de monuments accusateurs de ses implacables ennemis, dont ils rappelleront la barbarie et la cruauté. Rendons grâce au roi législateur qui , en réparant aujourd'hui l'indifférence ou l'oubli, ou peut-être même l'ingratitude de l'un de ses prédécesseurs, se prépare de nouveaux droits à la reconnaissance de son peuple. Louis XVIII, en acquittant la dette de la patrie envers l'héroïne du quinzième siècle, fait pressentir tout ce que les actions d'éclat et les services rendus à la France ont à espérer de récompense sous son règne paternel. Le monument simple dont le roi a ordonné l'érection a Domremy, et les établissements qu'il y a fondés, doivent faire concevoir l'espérance de voir élever, au milieu même de Paris, un monument plus grand et plus digne de l'héroïne qui a délivré la France du joug de l'étranger. Quel héros, plus que Jeanne d'Arc, mérite en effet d'être placé parmi les grands hommes de tous les âges , dont la France s'enorgueillit , et dont les images vénérées font l'ornement de la capitale ?