‹ Histoire abrégée de la vie et des exploits de Jeanne d'Arc, surnommée la pucelle d'OrléansChapitre 7 sur 70 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Situation désespérée d'Orléans. Jeanne d'Arc est examinée par des commissaires nommés par le roi. Des informations sont prises dans son pays. Jeanne est admise à l'audience du roi qu elle distingue au milieu de ses courtisans. Elle lui donne des preuves de la réalité de sa mission. Elle est soumise à de nouveaux examens. Les rapports sont favorables à son égard. Son départ pour Orléans est arrêté. On lui donne un état de maison , une armure et des armes. Elle se fait faire un étendard. Jeanne d'Arc part de Tours , et se rend à Blois où se prépare le convoi destiné pour Orléans. Position et désignation des boulevarts et forts élevés par les Anglais autour d'Orléans. Lettre de la Pucelle aux Anglais.

Jeanne d'Arc arriva à la cour dans le moment le plus favorable pour faire accueillir les promesses merveilleuses qu'elle apportait au roi. Orléans , dernier rempart de la monarchie, était réduit aux abois, et il n'y avait aucun moyen de secourir cette ville constante et fidèle. L'argent et les troupes manquaient à-lafois, tout était désespéré, et l'on ne pouvait attendre de secours que du ciel.

Jeanne d'Arc ne fut point toutefois légèrement accueillie par Charles VII. Il y avait à la cour beaucoup d'irrésolution relativement au parti à prendre à son égard. Plusieurs étaient d'avis de la renvoyer sans l'entendre. Après avoir délibéré pendant deux jours, on lui permit de venir à Chinon , mais elle fut examinée par des commissaires avant d'être présentée au roi. Elle ne voulut d'abord leur faire aucune réponse , disant seulement qu'elle avait à parler au dauphin. Enfin, pressée de répondre de la part du roi, elle dit qu elle, avait deux choses à accomplir de la part du roi des deux ; la première de faire lever le siège d'Orléans, et la deuxième de conduire le roi à RJieims, et de Vy faire sacrer et couronner.

Charles VII, peu satisfait du rapport que lui firent les premiers commissaires, fit examiner encore Jeanne d'Arc , et résolut d'envoyer dans son pays natal s'informer de sa vie, de son caractère et de ses mœurs : en attendant, on lui assigna un logement dans le château du Couldray. Plusieurs seigneurs allèrent l'y voir. Elle les étonnait par son éloquence naturelle , le ton d'inspiration qui animait

ses discours, et par sa grande piété. Elle passait presque toute la journée en prières et on la surprenait souvent à genoux, fondant en larmes. En veillant de près sur toutes ses démarches , on ne reconnaissait en elle aucun des caractères de l'imposture. Tout y annonçait une conviction qu'elle faisait passer insensiblement dans lame de ceux qui l'approchaient.

Le roi toujours incertain voulut la voir sans attendre le retour des agents qu'il avait envoyés à Domremy. Mais au moment où elle approchait de sa résidence, il tomba dans de nouvelles irrésolutions. On ne le détermina à la recevoir qu'en lui représentant le voyage de cette jeune fille comme miraculeux. Ce voyage avait été exécuté en effet en onze jours. On avait fait à cause des détours plus de cent cinquante lieues. Il avait fallu traverser l'Ornain, la Marne, l'Aube, l'Armançon , l'Yonne , la Loire , le Cher , l'Indre et plusieurs autres rivières grossies par les inondations à l'époque où le voyage avait été entrepris. Les hommes de l'escorte de Jeanne s'étonnaient eux-mêmes de n'avoir éprouvé aucun obstacle dans un pays ennemi à la fin de l'hiver, et dans des chemins difficiles.

L'audience que le roi devait accorder à la Pucelle fut enfin décidée. Elle eut lieu le troisième jour de son arrivée. Cinquante torches éclairaient les appartements du prince. Plusieurs seigneurs plus pompeusement vêtus que n'était le roi, et plus de trois cents chevaliers étaient réunis dans la salle d'audience.

Ce jour-là un événement fort extraordinaire sembla arriver tout exprès pour forcer les esprits les plus incrédules à croire à la mission de la Pucelle. Au moment où elle entrait dans la demeure royale , un homme à cheval qui la vit passer demanda à quelqu'un : Est-ce pas là la Pucelle? Comme on lui répondit affirmativement, il dit en reniant Dieu, que s'il l'avait en sa possession, elle ne serait pas long-temps vierge. Jeanne l'entendit, et retournant la tête : Ha en mon Dieu, tu le renies et se es si près de ta mort. Environ une heure après cet homme tomba dans l'eau et se noya.

A l'instant où l'on vint avertir le roi que Jeanne d'Arc approchait, il se retira à l'écart, pour voir si elle ne prendrait pas quelque autre pour lui.

Jeanne distingua le roi au milieu de la foule. Ses voix, dit-elle, le lui firent connaître. Dieu vous doint (donne) bonne vie, gentil roi, dit Jeanne d'Arc à Charles VIL Ce ne suis-je pas qui suis roi, JeJianne, répondit Charles, et lui montrant un seigneur de sa suite, il ajouta : Voici le roi; en mon pieu répliqua JearfÉe, gentil prince cestes vous et non aultre. Charles, voyant qu'il était inutile de dissi-

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muler plus long-temps , se sentit plus disposé à l'entendre. Très noble seigneur daiiphm, continua Jeanne d'Arc, je viens et suis envoyée de la part de Dieu pour porter secours à vous et à votre royaume , et vous mande le Roi des cieux par moi, que vous serez sacré et couronné en la ville de Rheims malgré vos ennemis, que sa volonté est qu'ils se retirent eîi leur pays et vous laissent paisible possesseur de votre royaume comme étant le vrai, unique et légitime héritier de France, fils de roi.

Charles VII la tira alors à part et s'entretint fort long-temps avec elle. Il paraît qu'elle lui dit des choses qui déterminèrent sa confiance. Les auteurs varient beaucoup sur le secret qui avait existé entre le roi et la Pucelle. N."' Sala, auteur du temps , rapporte que Charles. VII voyant ses affaires désespérées , entra un matin dans son oratoire , tout seul , et là , fit une prière , sans prononcer de paroles, dans laquelle il demandait dévotement à Dieu, que s'il était vrai qu'il descendît de la noble maison de France, et que le royaume lui dût justement appartenir, il plût le lui garder et défendre, ou, au pis, lui donner grâce d'échapper, sans mort ou prison , et qu'il se pût sauver en Espagne ou en Ecosse qui étaient de toute ancienneté frères d'armes, amis et alliés des rois de France. Or c'est cette prière que Jeanne d'Arc rapporta au roi pour lui prouver la réalité de sa mission. Si l'on rapproche cette circonstance de ce que Jeanne d'Arc a raconté depuis à son aumônier, qu'après avoir répondu à un grand nombre de questions que le roi lui avait adressées , elle avait ajouté : Je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France etfds de roi; et il ni envoie à toi pour te conduire à Rheims , afin que tu y reçoives ton couronnement et ton sacre si tu le veux. On jugera facilement pourquoi Charles VII et Jeanne d'Arc mettaient tant d'importance à ne laisser connaître à personne le secret qui avait été entre eux. Ce secret, s'il eût été connu , aurait confirmé les doutes que les Anglais et les Bourguignons cherchaient à répandre sur la légitimité de sa naissance, et auxquels pouvait donner lieu le désordre dans lequel avait vécu la reine Isabelle.

Le roi ayant cessé de s'entretenir avec la Pucelle, se rapprocha des assistants et leur dit que cette jeune fille venait de lui dire certaines choses secrètes , qui lui avaient fait prendre en elle la plus grande confiance.

Charles VII jugea à propos de remettre Jeanne à Guillaume Bellier , alors niait re de sa maison et lieutenant du gouverneur de Chinon , dont la femme élWt de grande dévotion et de louable renommée. Il lui fut permis de se présenter à la cour et d'assister à la messe dans la chapelle royale. Elle accompagnait

DE JEANNE DARC. 4i

le roi dans ses promenades, et le duc d'Alençon, émerveillé de la voir clievaucher avec autant de grâce que d'adresse, lui fit présent d'un cheval. Chaque jour augmentait letonnement et l'admiration qu'excitait la Pucelle, par sa conduite, ses discours et ses manières. Jamet de Tilloy et Villars avaient été envoyés à la cour par le comte de Dunois qui défendait alors Orléans avec tant d'intrépidité, afin de vérifier ce que l'on disait de cette fille extraordinaire et de s'assurer si l'on pouvait en effet compter sur le secours qu'elle promettait. Ils étaient retournés à Orléans où ils rendirent compte de tout ce dont ils avaient été témoins.

Cependant on s'occupait toujours des examens auxquels-on voulait soumettre la Pucelle, et pour leur donner plus d'éclat, on décida qu'ils auraient lieu à Poitiers devant le parlement et devant une assemblée de théologiens. Le roi s'y rendit en personne. Jeanne d'Arc fut interrogée et répondit avec une présence d'esprit admirable à toutes les questions même captieuses qui lui furent faites. On lui faisait observer que si Dieu voulait, ainsi qu'elle l'annonçait, délivrer le peuple de France de la calamité où il était, les gens d'armes n'étaient pas nécessaires. Jeanne répondit sans se déconcerter : En mon Dieu les gens cV armes batailleront et Dieu donnera la victoire. Lorsqu'on la pressait de donner des signes certains de sa mission; je ne suis pas veîiue, dit-elle avec dignité, à Poitiers pour faire des signes (Miracles), mais conduisez-moi à Orléans, je vous montrerai des signes pourquoi je suis envoyée. Frère Seguin , docteur limousin , qu'une chronique appelle bien aigre homme, ayant demandé à Jeanne d'Arc quel langage parlaient ses voix , elle répondit avec vivacité meilleur que le vôtre. Croyez-vous en Dieu , lui dit ensuite le moine, mieux que vous, répondit-elle.

On lui faisait souvent des citations d'auteurs sacrés pour lui contester sa mission. Elle se contentait de répondre : Il y a es livre de Messire (Dieu) plus que es vostres. Comme les interrogations se prolongeaient, elle disait qu il était temps et besoin d'agir. Elle finit par annoncer aux assistants des événements qui se sont tous réalisés dans la suite, savoir : la destruction des Anglais et la levée du siège d'Orléans, le sacre du roi à Reims, la ville de Paris rendue à l'obéissance du roi, et le retour du duc d'Orléans d'Angleterre.

L'assemblée des docteurs, après plusieurs séances, décida enfin que le roi pouvait licitement accepter les services de la Pucelle. Il paraîtrait, d'après ce qu'avance Edmond Richer qui a écrit l'histoire de Jeanne d'Arc, que le parlement lui fut moins favorable , mais toutes les pièces originales manquent

pour établir à cet égard une opinion qui ne soit susceptible d'aucune contradiction.

Jean de Metz et Bertrand de Poulengy, qui avaient amené la Pucelle de Vaucouleurs , racontaient à tout le monde les circonstances merveilleuses de leur voyage à travers des pays occupés par l'ennemi. L'évêque de Castres ajoutait à l'enthousiasme qu'ils faisaient naître , en disant qu'il croyait que cette fdle était envoyée de Dieu et que c'était celle dont parlaient les prophéties répandues parmi le peuple à cette époque. Ces prophéties , dont on ignorait tout-à-fait l'origine , annonçaientque le royaume dé France, perdu par une femme (Isabelle de Bavière), serait sauvé par une vierge des Marches (frontières) de Lorraine.

Avant d'accorder à Jeanne une entière confiance , Charles crut, devoir la soumettre à une nouvelle épreuve. On la considérait comme inspirée, mais elle pouvait l'être par l'esprit des ténèbres. Suivant les préjugés du temps , le démon ne pouvait contracter de pacte avec une vierge. On soumit donc Jeanne d'Arc à un examen auquel présidèrent la reine de Sicile , lolande d'Arragon , et les dames de Gaucourt et de Trêves. Elle fut trouvée pure. Ce fut alors , dit-on , qu'on eut la certitude que Jeanne , âgée de dix-sept h dix-huit ans , n'avait pas encore été sujette aux incommodités du sexe ; incommodités qu'elle n'éprouva jamais , et cette disposition d'organes mérite d'être remarquée. Suivant la déposition de Jean Pasquerel , il paraîtrait qu'on avait voulu constater le sexe de Jeanne, avant de s'assurer de sa virginité, et qu'ainsi elle fut examinée à deux reprises différentes.

Cependant les agents envoyés à Domremy étaient de retour , et n'avaient rapporté que des témoignages favorables à Jeanne. Elle avait donc triomphé de toutes les épreuves qu'on lui avait fait subir, et on arrêta qu'elle serait envoyée dans la cité d'Orléans. Le bruit de sa mission se répandit partout. Les hommes d'armes, naguère découragés , venaient se ranger autour de la Pucelle. Les plus vieux capitaines, les princes eux-mêmes, étaient disposés à marcher sous sa bannière.

Le roi envoya le duc d'Alençon à Blois pour préparer le convoi que l'on voulait introduire dans Orléans , et il permit à la Pucelle d'aller jusqu'à Tours attendre que tout fut prêt pour l'expédition. On donna alors à Jeanne d'Arc un état de maison, c'est-à-dire des gens pour sa garde et pour son service , et tout l'équipage d'un chef de guerre. Jean d'Aulon, qui depuis fut sénéchal de Beaucaire, remplit constamment auprès d'elle les fonctions d ecuyer. Elle eut pour pages Louis de

Contes et Raymond. Elle avait en outre deux hérauts d'armes, nommés l'un Guienne et l'autre Ambleville. Elle choisit pour son aumônier Jacques Pasquerel, de'l'ordre des frères ermites de Saint- Augustin. Si l'on devait ajouter foi à ce que rapporte Charles Dulys, descendant de la famille d'Arc, dans son recueil d'inscriptions publiées en l'honneur de l'héroïne, Jeanne d'Arc aurait encore eu pour chapelain frère Nicolas Romée , dit de Vouthon , son cousin germain , religieux profès en l'abbaye de Cheminon , auquel elle aurait fait donner dispense et permission de son abbé, par commandement du roi, pour la suivre aux armées. Le roi fit faire pour la Pucelle, soit à Chinon, soit à Tours, une armure complète et propre à la forme de son corps. L'épée dont elle s'arma était marquée de cinq croix. Elle était enfouie derrière l'autel de Sainte-Catherine de Fierbois, où elle fut trouvée sur les indications que donna Jeanne elle-même. Les ecclésiastiques qu'elle avait priés de rechercher cette arme , lui firent faire un fourreau de velours vermeil tout parsemé de fleurs de lis d'or. Jeanne ne voulut la porter qu'avec un fourreau de cuir. Elle fit faire un étendard et désigna la manière dont il devait être peint. Elle en donne elle-même la description suivante : Sur un champ blanc semé de fleurs de lis était figuré le Sauveur des hommes assis sur son tribunal dans les nuées du ciel et tenant un globe dans ses mains. A droite et à gauche étaient représentés deux anges en adoration. L'un d'eux tenait une fleur de lis à la main sur laquelle Dieu semblait répandre ses bénédictions. A côté étaient écrits ces mots : Jhesus Maria. Le roi ayant fait faire à Jeanne d'Arc beaucoup de questions sur cette bannière, elle lui dit, quoique à son grand regret , que sainte Catherine et sainte Ma? guérite lui avaient dojuié V ordre de la pretidre. Autant que cela était possible , elle portait elle-même cet étendard , et elle répondait à ceux qui lui en demandaient la raison que c'est quelle ne voulait pas se servir de son épée pour répandre le saîig .

Cependant le duc d'Alençon faisait les plus grands efforts pour accélérer les préparatifs du convoi que l'on voulait introduire dans Orléans. Car c'était là tout ce que l'on se proposait de faire d'abord , tant , malgré les promesses de Jeanne d'Arc , on avait peu d'espoir de quelque succès. On parvint donc à réunir ce convoi, et mieux encore, à en payer la dépense, ce qui n'était point une médiocre difficulté dans la position critique où se trouvaient les finances de Charles VIL

Jeanne d'Arc partit alors de Tours et se rendit à Blois , suivie de toute sa

maison. Elle fit promettre à son chapelain de ne la plus quitter désormais. Le roi lui avait donné Tautorité d'un général d'armée et avait recommandé que l'on ne fît rien sans la consulter.

Les maréchaux de Rayz et de Sainte-Sevère auxquels était confiée la conduite de l'expédition arrivèrent bientôt à Blois. Jeanne d'Arc séjourna dans cette ville deux ou trois jours. C'est là qu'elle revêtit pour la première fois son armure. Elle voulut qu'un certain nombre de prêtres suivissent l'expédition, et elle chargea son aumônier de faire exécuter une bannière destinée à leur servir de ralliement et sur laquelle serait peinte l'image du Sauveur sur l'arbre de la croix : ses intentions furent remplies. Réunis sous la bannière pacifique, les prêtres chantaient des antiennes et des hymnes sacrées. Prosternée au milieu d'eux, Jeanne d'Arc mêlait à ces chants de ferventes prières. Aucun guerrier ne pouvait prendre rang dans cette troupe sainte , s'il n'avait paru le jour même devant le tribunal de la pénitence. Jeanne exhortait les soldats à se rendre dignes de faire partie de ce bataillon sacré. Toutes ces dispositions étaient entièrement dans l'esprit du siècle , et ne pouvaient manquer de faire une vive impression sur les guerriers : aussi l'enthousiasme religieux que Jeanne avait su leur inspirer, leur persuadait-il qu'ils ne pouvaient manquer d'ol)tenir la victoire.

Florent d'illiers , vaillant capitaine qui commandait à Châteaudun , vint se réunir au camp avec un certain nombre de guerriers intrépides. Accompagné de Lahire, il tenta d'entrer dans Orléans, avec quatre cents combattants : ils y arrivèrent en effet le jeudi 28 avril 1429.

C'est ici le lieu de donner une idée des positions des assiégeants autour d'Orléans. Cette ville, à cette époque, était loin de s'étendre sur le vaste emplacement qu'elle occupe aujourd'hui. L'enceinte de ses murs n'avait point reçu tout le développement qu'elle a acquis sous Louis XII , et qu'elle conserve encore actuellement. Au temps de la Pucelle cette enceinte, à partir de la Loire et du côté de l'ouest, était établie un peu en arrière de la rue de Recouvrance, et parallèlement à cette rue jusque vers l'église de Saint-Paul comprise dans ses murs. De là, et en s'inclinant un peu vers le nord, elle se dirigeait d'abord à l'entrée de la rue du Tabourg oi\ se trouvait la porte Renard et ensuite au débouché de la rue de la Vieille-Poterie, maintenant rue Royale, sur la place duMartroy. A ce point commençait la face septentrionale de l'enceinte qui s'étendait presque en ligne droite de la place du Martroy jusqu'à peu de distance de la rue Saint-Euverte.

Elle passait entre le collège et l'ancienne intendance, aujourd'hui la mairie, le long de la rue des Butes maintenant supprimée, traversait le terrain occupé par l'Hôtel- Dieu, et embrassait ensuite la cathédrale et l'ancien palais épiscopal. A partir de la tour qui se trouvait presque vis-à-vis la rue Saint-Euverte , l'enceinte par un retour à angle droit se dirigeait sur la Loire un peu en arrière de la rue du Bourdon-Blanc, et parallèlement à cette rue. Cette face orientale de l'ancienne enceinte existe encore aujourd'hui presque en entier , et c'est dans son milieu que se trouvait la porte de Bourgogne maintenant reportée à l'extrémité de la ville sur la route de Lyon. Enfin le côté méridional de l'enceinte suivait à-peu-près en ligne droite les bords du fleuve, et il s'y trouvait cinq portes dont les principales étaient celles du Pont , de la Poterne , et de la Tour-Neuve.

Les Anglais s'étaient emparés de toutes les avenues de la place, suivant la coutume du temps. Ils l'avaient entourée, sur tous les points, de bastilles ou forts sur le nombre desquels les auteurs varient. Il y en a treize dont les anciennes chroniques, notamment l'histoire de Charles VII dite de la Pucelle d'Orléans, nous ont conservé les noms et les positions. Voici celles qui étaient sur la rive gauche de la Loire en remontant le fleuve de l'ouest à l'est.

La bastille de Saint-Privé située tout près de la Loire , et ainsi nommée parcequ'elle avait été élevée dans un champ dépendant de l'église de Saint-Privé.

La bastille ou le fort des Tournelles ou des Tourelles situé sur le pont même d'Orléans, dont il a déjà été fait mention, et que les Orléanais avaient été forcés d'abandonner après des prodiges de valeur. Les Anglais s'en étaient rendus maîtres le 24 octobre.

Le boulevart en avant des Tournelles.

La bastille des Amjustitis élevée par les Anglais du 17 au 20 octobre sur les débris de la maison des Augustins. Elle couvrait le boulevart et le fort des Tournelles.

La bastille de Saint-Jean-le-Blanc élevée le 20 avril à l'orient du fort des Tournelles dans l'endroit où se trouve aujourd'hui l'église de ce nom.

Les bastilles de la rive droite de la Loire venaient à la suite dans l'ordre que nous allons indiquer, en allant de l'est au nord-ouest et de là au sud-ouest, savoir :

La bastille de Saint-Loup ou Saint-Laud construite par l'ennemi le 10 mars dans l'emplacement du monastère de Saint-Loup situé à l'est de la ville.

La bastille de Saint- Pouair dite de Paris, sise sur l'ancien chemin de Paris,

dans la direction de la porte actuelle de Saint-Vincent. Elle fut achevée le i5 avril.

La bastille Aro ou de Rouen , non loin et dans la direction de la porte Bannier ^A d'aujourd'hui.

La bastille des douze Pairs ou Londres.

Le boulevart du Colombier, ainsi nommé prohablement du Colombier Turpin qui a donné son nom h une rue aujourd'hui renfermée dans l'enceinte de la ville.

Le boulevart de la Croix'-Morin, situé vraisemblablement à l'endroit qu'on appelle encore aujourd'hui la Croix.

Le boulevart ou la redoute de la Croix-Boissée , situé suivant toutes les probabilités à l'endroit où se trouve aujourd'hui le carrefour formé par les rues Rose, Saint-Laurent , du Four-à-Chaux et de la Croix-de-Bois.

La bastille de Saint - Laurent commencée dès le 3o décembre au bord de la Loire, à l'endroit où se trouve l'église de ce nom.

Entre cette dernière bastille et celle de Saint-Privé , il y en avait une autre élevée dans une île située au milieu de la Loire. Un pont volant , jeté de cette île sur l'une et l'autre rive , établissait la communication de toutes les redoutes ennemies , et interceptait la navigation du fleuve.

Il paraît que pour aller à couvert de l'une à l'autre , les Anglais avaient creusé en quelques endroits des tranchées au jnoyen desquelles ils essayaient d'enfermer totalement la ville.

Pour achever de donner une idée complète des localités , il est nécessaire de rappeler ici que les Orléanais occupaient sur le pont d'Orléans le boulevart de la Belle-Croix où ils s'étaient retirés , en abandonnant , après une vigoureuse et héroïque résistance, le fort des Tournelles. Le boulevart de la Belle-Croix était situé h l'endroit où le pont s'appiiyait sur une île , sise à-peu-près au milieu du fleuve, qui portait le nom de Motte-des-Poissonniers, et qui conserve encore aujourd'hui celui d'Ile-Lamotte.

Une autre île se trouvait dans la Loire au-dessus du pont. Les variations que le 'lit du fleuve a éprouvées ne permettent plus d'en apercevoir aujourd'hui de vestiges. Cette île facilitait les attaques des Orléanais contre les forteresses ennemies situées du côté de la Sologne.

La ville d'Orléans était enfermée de murailles flanquées de tours , et chacune de ses portes était défendue par des boulevarts.

Les généraux anglais avaient divisé leur armée en deux parties destinées à agir , Tune sur la rive droite , l'autre sur la rive gauche du fleuve ; celles des troupes qui n'étaient pas placées dans les bastilles et les boulevarts , bivouaquaient dans trois camps ou parcs, sous des baraques construites avec déjeunes troncs d'arbres, et couvertes en chaume. L'un de ces camps était établi près de la bastille des Augustins ; le second près de celle de Saint-Laurent, et le troisième près de la bastille de Paris.

Il paraît que ceux des généraux anglais qui commandaient au nord de la place, étaient Suffolck , Talbot , Pôle et le seigneur de Scalles ; que Suffolck avait en particulier sous soa commandement la bastille de Saint-Laurent, le boulevart de la Croix-Boissée et le boulevart élevé dans l'île dont il a été fait mention ; que Pôle et Scalles s'étaient partagé les bastilles de Londres et de Piouen , desquelles dépendaient les boulevarts du Colombier et de la Croix-Morin , et que Talbot avait le commandement de la bastille de Paris. Un certain Thomas Guerrat était capitaine de la bastille de Saint-Loup. Glacidas, homme d'une naissance obscure, mais d'un mérite consommé et d'une valeur brillante, gouvernant toute la partie du siège au sud de la ville , commandait particulièrement dans le fort des Tournelles. Les sires de Moulins et de Pomus s'étaient partagé les Augustins et Saint- Jean-le-Blanc.

Les Orléanais étaient réduits à une telle extrémité , qu'ils ne voyaient plus , comme nous l'avons dit , de secours pour eux qu'en Dieu seul. Aussi l'arrivée de Jeanne d'Arc, annoncée comme envoyée de Dieu , était-elle ardemment désirée. Celle-ci hâtait de tout son pouvoir l'expédition préparée à Blois. Elle somma d'abord les Anglais d'abandonner le siège d'Orléans , et elle chargea un de ses hérauts d'armes de porter la lettre suivante aux chefs de guerre ennemis.

^ J/iesiis Maria. ^

« Roy d'Angleterre, et vous, duc de Bedford, qui vous dictes régent le royaume «de France; vous Guillaume de la Poule (Pôle) , conte de Sulford (Suffolck) , «Jehan, sire de Talebot (Talbot), et vous, Thomas, sire de Scales , qui vous «dictes lieutenant dudit duc de Bedford, faictes raison au Roy du ciel ; rendez à

(( la Pucelle " , qui est cy envoyée de par Dieu le Roy du ciel , les clefs de toutes «les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. Elle est cy venue de «par Dieu pour reclamer le sanc royal. Elle est toute preste de faire paix, si vous «luy voulez faire raison , par ainsi que France vous mectrez jus, et paierez ce «que vous l'avez tenu. Et entre vous, arcliiers , compaignons de guerre, gentilz (( et autres , qui estes devant la ville d'Orléans , alez vous en vostre pais de par «Dieu ; et se ainsi ne le faictes, attendez les nouvelles de la Pucelle, qui vous ira « veoir briefvement à vos bien grans dommaiges. Roy d'Angleterre, se ainsi ne le «faictes, je suis cliief de guerre % et en quelque lieu que je attaindrai voz gens «en France, je les en feray aler, veuillent ou non veuilleM#. Et si ne veullent « obéir , je les feray tous occire. Je suis cy envoyée de par Dieu , le Roy du ciel , «pour vous bouter hors de toute France. Et si veullent obéir, je les prendray à «niercy. Et n'ayez point en vostre oppinion, quar vous ne tendrez (tiendrez) « point le royaume de Dieu , le Roy du ciel , filz de saincte Marie : ains le tendra « le roy Charles , vray héritier ; car Dieu , le Roy du ciel , le veult , et lui est re- « vêlé par la Pucelle : lequel entrera à Paris à bonne compaignie. Se ne le voulez « croire les nouvelles de par Dieu et la Pucelle , en quelque lieu que vous trou- «verons, nous ferrons dedens , et y ferons un si grant hahay que encore a il «mil ans que en France ne fu si grant, si vous ne faictes raison. Et croiez ferme- «ment que le Roy du ciel envoiera plus de force à la Pucelle, que vous ne lui « sariez mener de tous assaulz , à elle et à ses bonnes gens d'armes ; et aux lio- « rions verra on qui ara meilleur droit de Dieu du ciel. Vous, duc de Bedford, la «Pucelle vous prie et vous requiert que vous ne vous faictes mie destruire. Se «vous lui faictes raison, encore pourrez vous venir en sa compaignie, l'où que « les Franchois feront le plus bel fait que oncques fu fait pour la xhrestpienté. « Et faictes response se vous voulez faire paix , en la cité d'Orléans. Et se ainsi ne «le faictes, de vos bien grans dommages vous souviegne briefvement. Escrit ce «samedi, sepmaine sainte. » (26 mars 1428, vieux style^.)

(i) Jeanne a soutenu, lors de ses interrogatoires, qu'il y avait rendez au roi dans sa lettre originale, et que les Anglais avaient falsifié cet endroit.

(2) Lors de son procès, Jeanne d'Arc a dit que ces mots. Je suis chef de guerre, avaient été ajoutés.

(3) C'est-à-dire en commençant l'année à Pâques, ou 1429 en la commançant au i" janvier.

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