III. EFFETS PRODUITS PAR L’ENNUI, LA MONOTONIE ET L’IMAGINATION
La commission à eu plusieurs occasions de remarquer que la monotonie des gestes, que le silence religieux observé dans les expériences , que l’ennui occasionné par une position constamment la même, ont produit le sommeil chez plusieurs individus qui cependant n’étaient pas soumis à l’influence magnétique, mais qui se retrouvaient dans les mêmes circonstances physiques et morales dans lesquelles précédemment on les avait endormis; dans ces cas, il nous à été impossible de ne pas reconnaitre la puissance de l’imagination, puissance en vértu de laquelle ces individus, croyant être magnétisés, éprouvaient les mêmes effets que s'ils l’avaient été. Nous citerons particulièrement les observations suivantes. |
M'e Lemaitre, âgée de vingt-cinq ans, était affectée depuis trois ans d’une amaurose, quand elle entra à l’Hôtel-Dieu. Elle a été magnétisée les 7, 43, 124, 45, 16, 17, 18, 19, 20, 21 et 22 juillet 1826. Nous ne répéterons pas ici les différents phénomènes qui ont marqué le commencement de l’action magnétique, et que nous avons détaillés dans la section précédente, tels que le clignotement, l’abaissement des paupières, le frot-
saires fort attentifs, une couple de magnétiseurs etbon nombre de spectateurs, tous les yeux fixés sur la patiente, n'est-il pas singulier de voir cette pauvre fille, assez embarrassée de sa personne, devenue comme elle l’est le point de mire de tant de personnes, n'est-il pas singulier, disons-nous, de la voir se mettre à avaler sa salive? et n’a-t-on pas dû consigner cela au procès-verbal?
Résumons-nous, et sérieusement si nous le pouvons, Ces observations sont absolument nulles, et nous disons nulles, non pas comme l’entend le rapporteur, c’est-à-dire ayant une nullité dans laquelle on reconnaît un degré peu prononcé de l’action magnétique, nous disons absolument nulles, et telles qu’elles ne méritaient certainement pasl’honneur d’une mention académique ; mais, pour se faire écouter, le rapporteur avait trouvé le moyen de revêtir de grands mots des faits en eux-mêmes ridicules et insignifiants, disant par exemple qu’il voulait appeler l'attention de l’académie sur la série des phénomènes physiologiques quise sont développés dans ces deux circonstances ; étrange série de phénomènes physiologiques!
tement des yeux comme pour se débarrasser d’une sensation incommode, linclination brusque de la tête et la déglutition de la salive; ce sont, comme nous l’avons dit, des signes que nous avons observés constamment et sur lesquels nous ne reviendrons plus. Nous dirons seulement que nous avons remarqué un commencement de somnolence à la fin de la troisième séance, que cette somnolence a été en croissant jusqu’à la onzième, qu’à dater de la quatrième des mouvements convulsifs des muscles du col et de la face, des mains, de l'épaule, se sont manifestés, et qu’à la fin de chaque séance nous avons trouvé plus d'accélération dans le pouls qu’au commencement; mais ce qui doit le plus fixer votre attention, c’est qu'après avoir été magnétisée dix fois, et avoir paru les huit dernières successivement de plus en plus sensible à l’action du magnétisme, M. Dupotet, son magnétiseur, s’assit d’après l’invitation du rapporteur à la onzième séance, le 20 juillet, derrière elle, sans faire aucun geste, sans avoir aucune intention de la magnétiser, et qu’elle éprouva une somnolence plus marquée que les jours précédents, mais moins d’agitation et de mouvements convulsifs ; du reste il ne s’est manifesté aucune amélioration dans l’état de sa vue depuis le commencement des expériences, et elle est sortie de l’'Hôtel-Dieu comme elle y était entrée. Louise Ganot, domestique, demeurant rue du Battoir, n° 19, entrée à l’Hôtel-Dieu le 48 juillet 1826, salle Saint-Roch, n° A7, pour y être traitée d’une leucorrhée, a été magnétisée par M. Dupotet les 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27 et 28 juillet 1826. Elle était, nous a-t-elle dit, sujette à des attaques de nerfs, et en effet des mouvements convulsifs de la nature de ceux qui caractérisent l’hystérie se sont constamment développés chez elle pendant toutes les séances magnétiques ; ainsi les cris plaintifs , la roideur et la torsion des membres supérieurs, la direction des mains vers l’épigastre, le renversement de tout le corps en arrière, de manière à former un arc dont la concavité était dans le dos, quelques minutes de sommeil qui terminaient cette scène, tout dénotait chez cette femme des attaques d’hystérie que l’on aurait pu croire être occasionnées par l’influence magnétique. Nous avons voulu savoir jusqu'à quel point l'imagination pouvait agir sur elle, et à la sixième séance, ie 26 juillet, M. Dupotet, qui jusqu'alors l’avait magnétisée ,
se plaça en face delle et à deux pieds de distance, sans avoir de contact avec elle, sans exercer aucune manœuvre, mais ayant la vive intention de produire sur elle quelques phénomènes magnétiques. L’agitation, les mouvements convulsifs, des soupirs longs et entrecoupés, la roideur des bras ne tardèrent pas à se manifester comme dans les séances précédentes. Le lendemain 27, nous plaçons M. Dupotet derrière elle, et elle estassise dans le grand fauteuil à joues dont elle s’est servie dans les expériences précédentes; le magnétiseur se borne à diriger l’extrémité de ses doigts en face de la partie moyenne de son dos, et par conséquent le derrière du fauteuil est interposé entre la magnétisée et le magnétiseur.
Bientôt les mouvements convulsifs des jours précédents se déclarent plus violemment, et souvent elle tourne la tête en arrière. Elle nous dit à son réveil qu’elle a exécuté ce mouvement parce qu'il lui semblait qu’elle était tourmentée par quelque chose qui agissait derrière elle. Enfin, après avoir observé, les 26 et 27 juillet, le développement des phénomènes magnétiques , bien que dans un cas il n’y eût pas eu de manœuvres, mais seulement l'intention, et que dans l’autre ces manœuvres très-simples (la direction des doigts) aient eu lieu par derrière et à l'insu de ladite dame Ganot, nous avons voulu expérimenter si les mêmes phénomènes se reproduiraient en l'absence du magnétiseur ; c'est ce qui est arrivé le 98 juillet. M” Ganot a été mise dans toutes les circonstances semblables à celles des autres épreuves : même heure de la journée ( cinq heures et demie du matin), même local, même silence, même fauteuil, mêmes assistants, mêmes préparatifs, tout, en “un mot, était comme les six jours précédents; 1l ne manquait que le magnétiseur , qui était resté chez lui : les mêmes mouvements convulsifs se sont déclarés, peut-être avec moins de promptitude et de violence , mais toujours avec le même caractère.
Un homme âgé de vingt-sept ans, sujet depuis quinze à des attaques d’épilepsie, a été magnétisé quinze fois à l’Hôtel-Dieu, depuis le 27 juin jusqu’au 47 juillet 4896, par le rapporteur de la commission. Le sommeil a commencé à paraître à la quatrième séance, le 4° juillet ; il a été plus fort à la cinquième, le2 du même mois. Dans les suivantes, il a été assez léger, et
on lPinterrompait facilement , soit par du bruit, soit par des questions ; le rapporteur eut Ia précaution, dans les treizième et quatorzième, de se placer derrière le fauteuil dans lequel il était assis, et là de faire les passes; à la quinzième séance, qui eut lieu le 17 juillet, il continua à le placer , comme il l’avait fait pour la dame Ganot, dans les mêmes circonstances où il le mettait depuis le commencement des expériences; il se plaça de même derrière son fauteuil, et les mêmes phénomènes de somnolence se manifestèrent, bien qu'il ne l'ait point magnétisé. Nous avons dû nécessairement conclure de cette série d'expériences que ces deux femmes et que cet épileptique ont éprouvé les mêmes effets lorsqu'ils étaient magnétisés et lorsqu'ils croyaient l'être, que par conséquent l'imagination a suffi pour produire chez eux des phénomènes qu'avec peu d’attention ou qu'avec de la préoccupation d'esprit on aurait pu attribuer au magnétisme. |
Mais nous nous empressons de dire qu’il est plusieurs autres Cas et aussi rigoureusement observés, dans lesquels il nous eût été difficile de ne pas admettre le magnétisme comme cause de ces phénomènes ; nous les placons dans notre quatrième classe (1).
(1) Le rapporteur tient à prouver avant tout, que la puissance de l'imagination a été telle dans les cas qui viennent d’être cités, que certains individus, croyant être magnétisés, éprouvaient les mêmes effets que s'ils l’eussent été réellement.
Mais on peut donc être réellement magnétisé ? c’est donc un fait admis? voilà ce que M. Husson perd constamment de vue; il oublie toujours que le rapport doit précisément prouver cela : singulière préoccupation d'esprit, M. Husson est tellement persuadé de l'existence du magnétisme animal, qu’il a fait là un chapitre tout entier pour prouver que les effets ordinairement normalement produits par le magnétisme, peuvent aussi être produits par l'imagination ! Lorsque les autres commissaires étaient parvenus à constater que des faits dits magnétiques avaient été produits par l’imagination , l’ennui où la monotonie des passes, ils en étaient d’autant moins portés à croire au magnétisme ; mais M. Husson ne raisonne pas comme cela ; ilsemble dire : Voyez quelle est la puissance de l’imagination ! elle va parfois jusqu'à produire des effets semblables à ceux que produit le magnétisme !
Reprenons l’analyse de ces faits: il y a là trois expériences qui paraissent assez bien instituées, voyons quelle en a été l'interprétation, car après tout ce n’est pas pour avoir des faits tels quels que l’académie avait nommé des