IV. EFFETS DÉPENDANT TRÈS - PROBABLEMENT DU MAGNÉTISME SEUL
| Un enfant de vingt-huit mois, atteint comme son père, dont il sera parlé plus tard, d'attaques d’épilepsie, fut magnétisé
commissaires ; elle leur avait encore demandé implicitement une interprétation, une explication positive de ces mêmes faits. Or ici, comme en toute autre circonstance , il y avait deux manières d’interpréter les faits, ou mieux les effets vus, l’une que nous avons nommée rationnelle et l’autre magnétique. M. Husson, nous l'avons déjà remarqué, penche presque toujours vers l'interprétation magnétique ; mais il y a plus, et ceci s'applique au cas présent, lorsqu'il lui est de toute impossibilité d'admettre l'interprétation magnétique, il choisit presque toujours la moins vraisemblable des interprétations rationnelles ; nous allons en fournir la preuve.
Prenons la derniére de ces observations, nous arriverons ensuite aux autres. Un homme épileptique est magnétisé quinze fois à l’Hôtel-Dieu; comme de coutume, les séances duraient environ une heure, et les commissaires nous ont prévenu que pendant tout ce temps ils observaient le plus grand silence.
Le sommeil de cet homme était un sommeil fort vulgaire; lorsqu'on cherchait à en tirer un profit magnétique, c’est-à-dire à en soutirer des réponses extraordinaires, des intuitions, des prévisions , etc., notre homme se réveillait tout bonnement; privé d’ailleurs d'éducation, il n’aurait guère trouvé dans son cerveau de quoi s'occuper pendant quinze séances de repos et de silence. Qu’arrive-t-il donc? notre homme, à la quatrième séance, familiarisé avec les gestes magnétiques quiavaient pu d’abord lui paraître assez étranges, finit naturellement par s'endormir, sauf le respect dû aux assistants; il finit par faire ce que tous les hommes de peine finissent par faire lorsqu'ils trouvent un instant de repos; c'était donc une sorte de petite sieste que ce brave homme se donnait tous les jours. Mais, comme la situation n’était pas très-commode pendant que M. Husson le magnétisait, et que le dormeur ne jouissait pas de toutes ses aises, il en résultait que son sommeil, quoique de fort bon aloi, était assez léger ; le moindre bruit, dit le rapporteur, les questions, tout le réveillait. Cette petite habitude , très-douce du reste , une fois bien prise, on conçoit que M. Husson eut beau faire des passes , le sommeil n’en eut pas moins lieu, et c’est précisément ce qui est arrivé à la treizième séance : M. Husson s'était placé derrière lui; notre homme n’a pas pour cela interrompu l'habitude contractée depuis la quatrième séance.
On voit déjà, par ce récit simple et dénué de toute prétention scientifique, comment doit s'expliquer ce fait, et en vérité il n’était pas besoin de chercher
chez M, Bourdois, par M. Foissac, le 6 octobre 4827. Presque immédiatement après le commencement des passes, l’enfant
une explication , elle se présente à l'esprit d’elle-même, naturelle , rationnelle. Eb bien ! M. Husson va chercher à prouver qu’avec peu d'attention ‘ou ayec de la préoccupation d’espriton aurait pu se tromper, mais qu’il ne s’est pas trompé; voyez plutôt. Nous devons conclure de cette expérience, dit-il, que cet épileptique a éprouvé les mêmes effets Lor squ'il était magnétisé et lorsqu'il croyait l'être, et que par conséquent l'imagination a suffi pour produire chez lui des im qu'avec peud'attention ou avec de la préoccupation PURE « onaurait pu attribuer au magnétisme.
Mais qui donc aurait pu prendre cela pour du magnétisme ? M. Husson dit que pour cela il aurait fallu de la préoccupation d'esprit ; c’est bien plutôt pour avoir une pareille idée qu’il faut de la préoceupation !
Revenons à la première expérience : Mlle Lemaître, entrée à l'Hôtel-Dieu pour une amaurose, est donc magnétisée onze fois; que fait-elle pendant les séances? elle clignote, elle abaisse de temps en temps les paupières, elle se frotte les yeux; pauvre fille! elle croyait peut-être que M. Dupotet allait lui rendre Ja vue! elle ignorait dans la simplicité de son esprit que, si M. Dupotet fait voir quelques personnes par l’estomac, par les doigts, par l’occiput, etc., il n’en faut pas moins que ces quelques personnes aient de bons yeux; ils ont des yeux pour ne pas voir, et c’est en cela que consiste le prodige, prodige que bon nombre de personnes ont vu, et vu non par leur estomac, par leur occiput, mais par leurs propres yeux. Quoi qu’il en soit, revenons à la jeune fille de l’'Hôtel-Dieu qui n’en demandait pas tant à M. Dupotet; elle clignotait donc, elle abaissait ses paupières, elle se frottait les yeux, et peut-être aussi avalait-elle sa salive, bien que le rapporteur ne lait pas consigné ; elle soupirait bien certainement : à la fin de la quatrième séance, il y a un petit commencement de sommeil qui va en croissant jusqu’à la fin ; son immobilité n’est pas complète ; dans son impatience, elle remue la tête, les épaules et les mains ; voilà tout ce qui se passait dans ces mémorables séances. Mais ce qui doit le plus fixer votre attention, dit M. Husson, c'est ce qui advint à la neuvième séance. M. Dupotet s’assied derrière elle; il ne fait aucun geste, il n’a pas même l’intention de la magnétiser, et voilà qu’elle abaisse de temps en temps ses paupières, qu’elle clignote, qu’elle soupire, qu'elle hoche la tête, et qu’elle finit par éprouver un commencement de somnolence! donc répétition de la même conclusion de la part du rapporteur. Nous avons dû nécessairement con— clure.. qu'il ne fallait rien moins qu’une rigoureuse attention et une absence complète de toute préoccupation d'esprit pour ne pas s’y laisser prendre, c’està-dire pour ne pas attribuer cette série de phénomènes au magnétisme animal.
L’honneur devait en être rapporté à la puissance de l'imagination !... Voyons Mile Ganot,.
Mie Ganot était une hystérique ; son magnétiseur M, Dupotet ; les séances
se frotta les yeux, fléchit la tête de côté, l’appuya sur un des coussins du canapé sur lequel on l'avait assis, baïlla, s’agita,
magnétiques eurent lieu dans un des mois les plus chauds de l’année, en juillet 1826. Dans toutes les séances et dès les premières, sans progression aucune, apparition des symptômes bien connus de l’hystérie, cris plairtifs, convulsions, elc., elc.
A la septième séance, on place M. Dupotet derrière elles il fait de petits gestes, scène hystérique comme à l’ordinaire; de plus, la maladeïÏdétourne la tête en arrière, et dit sentir quelque chose qui agit derrière elle. Le lendemain, nouvelle séance : même silence, même fauteuil, mêmes préparatifs, mêmes assistants, à l'exception de M. Dupotet qui était resté chez lui; aussitôt mêmes symptômes, avec un peu moins de violence peut-être.
Les fails ne sont pas autres que ceux-ci; les voici ramenés à leur plus simple expression. Toujours, on le voit, nous sommes d'accord avec M. Husson pour ce qui est du matériel des récits ; mais pour ce qui est des causes productrices, de la raison du développement des faits, de leur apparition, etc., partout nous différons.
Tout dénotait chez celte femme, dit M. Husson, des attaques d’hystérie que l’on aurait pu croire occasionnées par l'influence magnétique. Mais pas du tout, M. Husson, on n’aurait pas pu croire cela, et par o7 nous entendons la presque totalité des médecins. Qui ne sait que lorsqu'une femme est affectée d’une hystérie bien prononcée, il suffirait de la placer solennellement dans un fauteuil en quelque sorte mystique, de réunir autour d’elle une certaine quantité de spectateurs, des hommes principalement (et ici il n’y avait que des hommes), de les réunir autour d’elle le plus près possible, en leur recommandant de ne s'occuper que d’elle, de ne pas la quitter des yeux, d'en placer un, d’un caractère actif et prononcé, comme disait Deleuze, pied à pied, genou à genou, pouce à pouce avec elle, pour développer presque immédiatement une attaque d’hystérie bien conditionnée.
Notez qu'ici toutes ces conditions se trouvaient réunies ; elles ont donc pu suffire sans l'intervention de toute autre cause extraordinaire pour amener des attaques ; M. Dupotet était à deux pieds de distance du sujet hystérique. Il n’a pas de contact avec Me Ganot, ditle rapporteur, maisil a la vive intention de produire sur elle quelques phénomènes magnétiques ; ces deux personnages se regardent mutuellement et fixement ; et aussitôt la fille hystérique pousse des soupirs profonds et entrecoupés, ses bras se roidissent, elle tombe en arrière, etc.; vous voyez qu’elle ne s’est pas amusée à avaler sa salive, à clignoter, à abaisser ses paupières , mais qu’en vraie femme hystérique, placée sur un bon fauteuil , fixée opiniâtrément par un homme, elle n’a pas tardé à roidir ses bras, à les rapprocher fortement de son sein, comme dans lesétreintes d’un fougueux embrassement,
Mais, ajoute M. Husson, nous plaçons M. Dupotet derrière elle, de sorte que
se gratta la tête et les oreilles, parut combattre le sommeil qui semblait vouloir l’envahir, et bientôt se releva, permettez-nous
l'expression , en grognant ; le besoin d’uriner le prit, et, après
le dos du fauteuil est interposé entre la magnétisée et le magnétiseur, Celui-ci fait peu de gestes, et bientôt mouvements hystériques très-violents ; la demoiselle tourne la têteen arrière et déclare à son réveil qu’illui semblait que quelquechose agissait derrière elle; qu’y a-t-il donc d’extraordinaire dans cette scène? Un homme estplacé derrière une femme hystérique, etelleavoue avoir senti quelque chose qui agissait derrière elle ; on s'en étonne ! Mais quel médecin ignore que ces sortes de malades, tout en se pelotonnant, tout en se roulant dans leurs lits, et les yeux fermés, ont un instinct admirable pour distinguer non-seulement le contact, mais encore l’approche d’un homme; qu’elles saisissent de préférence et avidement leurs mains, qu’elles se tournent vers eux, qu’en même temps elles poussent de longs et profonds soupirs, quelquefois des cris sauyages, et qu’enfin la scène finit par un sommeil de lassitude ? Tout cela est connu, tout cela dépend d'une excitation d'organes qui ne trouve que trop de causes de paroxysmes dans les manœuvres des magnétiseurs.
Il résulte de tout ce que nous venons de dire, que les commissaires déterminaient eux-mêmes et sans le savoir des attaques d’hystérie chaque jour chez la Die Ganot, puisque tous les jours ils s’établissaient autour d'elle, ou plutôt se constituaient causes d’excitation nerveuse pour celte demoiselle ; le silence qu’ils observaient, le lieu de retraite dans lequel ils manœuvraient, le grand fauteuil dans lequel ils la faisaient asseoir, tous ces préparatifs, toutes ces circonstances étaient en effet autant de causes d’attaques hystériques, et si le 28 juillet l’attaque a été moins violente et moins prompte, c’est que M. Dupotet, cause intégrante d’excitation, avait été mis aux arrêts chez lui.
Ici se termine l’examen de ces trois observations. Nous avons vu qu’il n’était pas nécessaire, pour expliquer les phénomènes insignifiants des deux premières et les convulsions de la dernière, de recourir à des causes insolites ; tout s’explique naturellement.
Les commissaires ont donc bien fait de rejeter toute influence magnétique dans les résultats de ces trois expériences; mais ils ont mal fait de remplacer la puissance magnétique par la puissance de l’imagination, et nous leur savons d'autant moins de gré d’avoir rejeté ici le magnétisme, qu’ils semblent aussitôt demander pardon à MM. les magnétiseurs de la liberté grande qu’ils ont prise. Ainsi, loin d'appuyer sur les résultats tout à fait négatifs qu'ils viennent d’observer, ils s’empressent de déclarer que si le magnétisme a été trouvé cette fois, non pas impuissant, infidèle, nul, mais superflu et en quelque sorte de luxe, et ajoutent que dans bien d’autres circonstances ils rendront hommage à sa puis sance, Citons les paroles mêmes de M. Husson : Mais nous nous empressons de déclarer (comme pour ne pas fâcher les magnétiseurs) qu'il est plusieurs autres
qu'il Peut satisfait, il parut très - éveillé; il fut encore magnétisé, mais, Comme il ne paraissait pas cette fois voisin du sommeil, on cessa Pexpérience (4).
cas aussi rigoureusement observés, dans, lesquels il nous eût été difficile de ne pas admettre le magnétisme comme cause de ces phénomènes.
Nous verrons bien !
(1} I serait impossible de ne pas se rappeler ici cette pensée de Cabanis, qu’il est des erreurs dont les hommes d’esprit seuls sont capables ; et en effet, pour tout homme pourvu d’une dose fort ordinaire de bon sens, qu'y aurait-il de remarquable dans cette histoire? qui aurait pu s’ bye d’en me des consé— quences merveilleuses ?
Un misérable ouvrier conduit son enfant, âgé de vingt-huit mois, chez un riche médecin ; il le place sur un canapé, et aussitôt un:magnétiseur se met en quatre pour produire quelque effet sur le bambin.: le canapé est moelleux, il est garni de bons coussins ; l'enfant, qui ne s’y trouve pas mal, fléchit la tête de côté et Pappuie, sans plus de façon, sur un des coussins ; puis il bâille, it se gratte la tête et les oreilles, il grogne, il pisse, e6 puis il reste très-éveillé, voilà tout. C’est bien peu de chose, allez-vous dire, et on ne peut rien en conclure si ce n’est que cet enfant était assez mal élevé ; M. Bourdois en aura été quitte pour faire brosser son canapé et essuyer son ue Vous n’y êtes pas: avec beaucoup d'attention et de perspicacité, on pourra trouver quelque chose d’important dans cette série de phénomènes. « Cette observation, va nous dire le rapporteur, a paru à la commission tout à fait digne de remarque! L’individuw qui en fait le sujet est un enfant âgé de vingt-huit mois; il ignore ce qu’on lui a fait, il n’est pas même en état de le savoir, et cependant x gsr SENSIBLE À L’AG= TION DU MAGNÉTISME, @t bien certainement on ne peutattribuer chez lui cette sensibilité à l'imagination! »
Certainement ce pauvre enfant ignorait ce que signifiait l’agitation de M. Foissac; certainement il n’était pas même en état de le savoir > mais où voyez-vous qu’il ait été sensible à l’action du magnétisme? Le sommeil, ditesvous, a semblé l’envahir; mais est-ce donc chose nouvelle et inexplicable qu’un enfant âgé de vingt-huit mois, bien placé sur un canapé, éprouve l’erivie de dormir ? :
Mais il a bâillé, il s’est gratté la tête et les oreilles! A cela nous répondrons que nous ne reconnaissons pas même ici vos premiers éléments de l’action magnétique ; car il n’y a ici ni clignotement des paupières, ni déglutition de là salive, elc., phénomènes auxquels on attache tant d'importance:
« I fut encore magnétisé, ajoute M. Husson; mais, comme il ne paraissait pas cette fois voisin du sommeil, on cessa l'expérience. » La réflexion du rapporteur est d’une rare naïveté : on n’a pas continué l’expérience parce que le petit s’est avisé de ne pas avoir ce jour-là envie de dormir! de sorte qu’on ne
Nous rapprochons de ce fait celui d’un sourd - muet, âgé de dix-huit ans, sujet depuis longtemps à des accès d’épilepsie très-fréquents, sur lequel M. Itard voulut essayer l’action du magnétisme; ce jeune homme a été magnétisé quinze fois par M. Foissac. Nous ne dirons pas ici que les accès épileptiques furent suspendus pendant les séances, et qu’ils ne revinrent qu’au bout de huit mois, retard sans exemple dans l’histoire de Sa maladie; mais nous dirons que les phénomènes appréciables que ce jeune homme éprouva pendant les expériences, furent la pesanteur des paupières, un engourdissement général, le besoin de dormir, et quelquefois même des vertiges (4).
Une action encore plus prononcée a été observée sur un membre de la commission, M. Itard, qui le 411 novembre 1826 s'était soumis comme nous lavons dit à des expériences, et qui n’en avait ressenti aucun effet. Magnétisé par M. Dupotet le 27 octobre 4827, il a éprouvé de l’appesantissement sans som meil, un agacement prononcé des nerfs de la face, des mouvements convulsifs dans les ailes du nez, dans les muscles de la face et des mâchoires, un afflux dans la bouche d’une salive d’un goût métallique, sensation analogue à celle qu’il avait éprouvée par le galvanisme. Les deux premières séances ont provoqué une céphalalgie qui a duré plusieurs heures, et en . même temps les douleurs habituelles ont beaucoup diminué. Ün an après, M. Itard, qui avait des douleurs dans la tête, fut magnétisé dix-huit fois par M. Foissac; le magnétisme a provoqué presque constamment un afflux de salive, et deux fois avec une saveur métallique ; on observait peu de mouvements
l'a pas magnétisé pour ne pas compromettre gratuitement le magnétisme, et cela n’empêche pas que cet enfant ne soit sensible au magnétisme !
(4) Cette observation a encore paru à la commission tout à fait digne de remarque: comment en effet expliquer qu'un homme, placé dans un repos . parfait et dans un profond silence pendant quinze séances, puisse finir par éprouver le besoin de dormir, si ce n’est par l'intervention si énergique du magnétisme animal ? Comment supposer que cet homme, qui voit chaque jour des mains passer devant ses yeux et pendant des heures entières, puisse éprouver de la pesanteur, de l’engourdissement, quelquefois même des éblouissements et des vertiges, si on n’admet pas qu’il y avait là une action très-manifeste du magnétisme animal ?
et de contractions musculaires, si ce n’est quelques soubresauts dans les tendons des muscles des avant-bras et des jambes.M. [tard nous a ditque sa céphalalgieavait cessé chaque fois après une séance de douze à quinze minutes, qu’elle n’existait plus à la neuvième, lorsqu'elle fut rappelée par une interruption de trois jours dans le traitement magnétique, et dissipée de nouveau par ce moyen; il a éprouvé pendant lexpérience la sensation d’un bien-être général, une disposition à un sommeil agréable, de la somnolence accompagnée de rêvasseries vagues et agréables; sa maladie subit, comme précédemment, une amélioration notable qui ne fut pas de longue durée après la cessation du magnétisme.
Ces trois observations ont paru à votre commission tout à fait dignes de remarque. Les deux individus qui font le sujet des deux premières, l’un cet enfant de vingt-huit mois, l’autre le sourd-muet, ignorent ce qu’on leur a fait : l’un d’eux même n’est pas en état de le savoir, et l’autre n’a jamais eu la moindre idée de ce qui concerne le magnétisme; tous deux sont cependant sensibles à son action, et bien certainement on ne peut attribuer chez l’un ni chez l’autre cette sensibilité à l’imagination ; elle lui est bien moins attribuable encore dans lobservation que nous avons rapportée de M. ftard.
Ce n’est point sur des hommes de notre âge, et, comme nous, toujours en garde contre les erreurs de notre esprit et de nos sens, que l’imagination, telle que nous l’envisageons ici, a de la prise : elle est, à cette époque de la vie, éclairée par la raison et dégagée de ces prestiges qui séduisent si facilement la jeunesse; c’est à cet âge qu’elle se tient en éveil, et que la défiance, plutôt que la confiance, préside aux diverses opérations de notre esprit. Ces circonstances se sont heureusement rencontrées chez notre collègue, et l'académie le connaît trop bien pour ne pas admettre que ce qu’il dit avoir éprouvé, il l’a réellement éprouvé. Sa véracité a été la même, et le 11 novembre 4826, lorsqu'il a déclaré n’avoir rien ressenti, et le 27 octobre
4827, quand il affirme devant nous avoir été sensible à l’action du magnétisme (1).
(1) M. Husson a entremélé ici deux choses, et deux choses qu’il convenait surtout de distinguer : il vient de dire 4° que M. Itard était incapable d’altérer
La somnolence observée dans les trois faits que nous venons de rapporter nous a paru être le passage de l’état de veille à celui que Pon appelle le sommeil magnétique ou somnambulisme, mots que la commission a trouvés impropres, pouvant
la vérité, 2° que son imagination n’avait pas pu le tromper. Nous nous sommes déjà expliqués sur le premier point ; nous avons dit que, ce que les commissaires disent avoir vu ou ressenti eux-mêmes, nous le croyons, parce que nous avons toute confiance en leur bonne foi, en leur honneur.
M. Husson ajoute que M. Itard était maître de son imagination, parce que sur. un homme de son âge l'imagination n’a pas de prise, ete., etc. ; nous répondrons qu’à bien considérer tout ce que M. Itard a éprouvé le rapporteur a fait dans cet article et en pure perte de très-grands frais de raisonnement. Non-seulementnous admettrons que M. Itard a été de la plus grande véracité; nous avons connu aussi bien que M. Husson toute la candeur et toute la sincérité de notre regrettable collègue ; ainsi il avait bien éprouvé ce qu’il accusait alors. Nous admettrons encore tout ce qui a trait ici à l’imagination ; car il n’est nullement besoin, suivant nous, pour rendre raison de ce qu’il avait ressenti, d’invoquer la puissance d’une imagination entourée des prestiges qui séduisent Ja jeunesse, etc. ; il n’était besoin que de connaître quelle était la constitution physique de M, Itard.
Le rapporteur nous peint ici M. Itard comme un homme sans imagination ; bien que cette opinion ne soit pas tout à fait celle des intimes de cet honorable médecin, nous l’admettrons encore; mais M. Husson n’a pas vu que sa constitution physique le plaçait dans des; conditions toutes particulières, que cette constitution, bien appréciée, suffisait pour faire tomber toute l’étrangeté des susdits phénomènes.
M. Itard était d’une physionomie très-mobile, très-vive, très-expressive ; si jamais masse musculaire fut faible et peu prononcée, c'était assurément chez lui. Le système nerveux avait acquis une prédominance remarquable; en un mot, c'était une de ces organisations délicates et travaillées par un besoin continuel de sensations. Or, qui ne sait que pour des hommes de cette trempe il n’est pas même besoin que des agents extérieurs viennent impressionner les organes pour déterminer en eux des sensations insolites? Qui ne sait que le repos, le recueillement , sont souvent une source plus féconde de - sensations variées que l’action et le travail soutenu ? Ii leur suffit quelquefois de fermer les yeux et de se reployer en quelque sorte sur eux-mêmes pour que leurs nerfs soient stimulés, pour que leurs muscles, d’ailleurs si délicats, si mobiles, soient mis en mouvement ?
Nous le demandons maintenant, est-il étrange que M. tard, ceonstitué comme nous venons de le dire, ait accusé des sensations variées? est-il besoin de recourir aux inexplicables effets d’un être inexplicable pour dire que
370 HISTOIRE ACADÉMIQUE donner de fausses idées, mais que, dans l'impossibilité de les changer, elle à été forcée d'adopter.
Quand l'individu soumis à l’action du magnétisme est en somnambulisme, les magnétiseurs nous assurent qu’il »’entend ordinairement que les personnes que l’on a mises en rapport avec lui, soit celle qui le magnétise, soit celles que le magnétiseur aurait mises en communication avec lui par le moyen de la jonction des mains ou d’un contact immédiat quelconque. Selon eux, les organes extérieurs de ses sens sont tous ou presque tous assoupis, et cependant il éprouve des sensations. Ils ajoutent que l’on dirait qu’il se réveille en lui un sens intérieur, une sorte d’instinct qui léclaire, tantôt sur sa conservation, tantôt sur celle des personnes avec lesquelles il est en rapport. Pendant tout le temps que dure ce singulier état, il est, disent-ils, soumis à l'influence de celui qui le magnétise,
M. Itard avait senti remuer les ailes du nez, qu'il avait eu un afflux de salive d’un goût particulier , que tantôt les séances provoquaient de la céphalalgie, et tantôt la dissipaient ?
Mais, répliquera M. Husson, M. Itard a éprouvé la sensation d’un bien-être général, une disposition à un sommeil agréable, de la somnolence, accompagnée de révasseries vagues et agréables! Et pourquoi ne voulez-vous pas que, sans le secours du magnétisme, sans le secours des passes de M. Foissac, un homme dont la tête était si bien meublée, un homme enfin plein de souvenirs, et qui n’était pas sans espérance, ait éprouvé, en cette circonstance comme en tant d’autres, un de ces moments heureux dans lesquels l'âme passe agréablement d’un sujet à un autre, se berce dans un heureux avenir, ou revient sur des années de joie et de bonheur? pourquoi ne voulez-vous pas admettre cela, vous qui admettez tant de choses incroyables ?
Quant aux prétendus effets thérapeutiques, il nous suflira de faire remarquer que deux séances avaient provoqué chez M. Itard une céphalalgie, qu'après deux autres séances cette céphalalgie avait diminué, et que, suivant M. Itard, elle fut rappelée par une interruption, puis dissipée, Il nous suffira, disons-nous, de faire remarquer ces circonstances, non pour prouver que le magnétisme provoque ou dissipe des céphalalgies, car nous pensons que par lui-même il ne provoque rien et ne dissipe rien, ex nihilo nihil, mais pour faire sentir la nullité de ce prétendu résultat thérapeutique. La disparition d’un mal de tête, après une séance dite magnétique, ne signifie pas plus que son développement à la
suite de la même circonstance : ce sont deux faits insignifiants, dont on ne peut tirer aucune induction thérapeutique.
DU MAGNÉTISME ANIMAL, 971 et paraît lui obéir avec une docilité sans réserve, sans même que sa volonté, fortement prononcée à l’intérieur, soit manifestée ni par un geste ni par une parole.
Ce singulier phénomène, messieurs, a paru à votre commission un objet d'autant plus digne de son attention et de ses recherches, que, bien que Bailly eût paru l’entrevoir, il n’était cependant pas connu lorsque le magnétisme fut soumis à l’examen des commissaires qui jugèrent le magnétisme en 1784, et qu'en outre c'était pour l’étudier que M. Foissac avait, pour ainsi dire, exhumé la question du magnétisme. Ce fut en effet en 1784, après la publication du rapport des commissaires, qu’il fut observé pour la première fois à Busancy, près Soissons, par un des plus zélés sectateurs et promoteurs du magnétisme animal, M. de Puységur.
Dans un sujet qui pouvait être si facilement exploité par le charlatanisme, et qui nous paraissait si éloigné de tout ce que l’on connaissait jusqu'alors, vos commissaires ont dû être trèssévères sur le genre de preuves admises pour constater ce phénomène; et en même temps ils ont dû se tenir continuellement en garde contre l'illusion et la fourberie dont ils devaient craindre d’être les dupes (1).
(4) Ce qu’il y a surtout de remarquable dans cerapport, c’est cette protestation continuelle de la part du rapporteur sur la sévérité, sur la défiance de la commission , et cela au début même d’un récit qui prouvera combien on a été indulgent , facile, confiant même dans les dits et gestes des magnétiseurs et des somnambules. M. Husson signale tout d'abord un phénomène capable de faire reculer les plus crédules, et il soutient qu’à ce titre il est digne d’attention et de recherches, sans soupçonner qu’il peut fort bien n’avoir aucune espèce de réalité; seulement il veut bien reconnaître que le sujet peut être facilement exploité par le charlatanisme, et il en conclut que la commission a dû être trèssévère, qu’elle a dû se tenir continuellement en garde contre l'illusion etla fourberie, et, content d’avouer et de reconnaître tout cela, il s'en remet à la bonne foides magnétiseurs et des somnambules. Dureste M. lerapporteur se complaît dans l’ordre qu’il a adopté pour ses narrations ; et, au nom dela commission, il réclame toute l'attention de l'académie pour les observations suivantes, observations qu'il a disposées, dit-il, de manière qu'elles offrissent toujours une progression croissante, etc. Pourquoi viser ainsi à faire de l'effet? pourquot prendre intérêt à ce point au magnétisme, quand on doit tout simplement en constater la réalité? ceci n’était pas digne de l'académie : ce corps savant ne
La commission réclame votre attention pour les observations suivantes, dans la disposition desquelles elle a eu pour but que le développement de ce singulier état et que la manifestation des phénomènes qui le caractérisent vous offrissent toujours une progression croissante, de telle sorte qu’ils fussent toujours de plus en plus évidents.
Mie Louise Delaplane, âgée de seize ans, demeurant rue Tirechape, n° 9; avait une suppression menstruelle, accompagnée de douleurs, de tension et de gonflement dans le basventre, lorsqu'elle entra à l’Hôtel-Dieu, le 43 juin 4826. Des sangsues appliquées à la vulve, des baïns et én général un traitement approprié ne produisant aucun soulagement, elle fut magnétisée par M. Foissac les 22, 23, 24, 95, 26, 27 et 28 juin 4826 : elle s’endormit dans la première séance, au bout de huit minutes. On lui parle, elle ne répond pas; on jette près d’elle un paravent de fer-blanc, elle reste dans une complète immobilité ; on brise avec force un flacon de verre, elle se réveille en sursaut. À la deuxième séance, elle répond par des signes de tête aïffirmatifs et négatifs aux questions qu’on lui adresse ; dans la troisième, elle donne à entendre que dans deux jours elle parlera et indiquera la nature et le siége de sa maladie. On la pince très-fortement, au point de faire naître une ecchymose, elle ne donne aucun signe de sensibilité; on lui débouche sous le nez un flacon plein d’ammoniaque, elle est insensible à une première inspiration ; à la deuxième, elle porte la main à son nez. À son réveil, elle se plaint de la douleur que lui causent la partie pincée et ecchymosée, de même que l'inspiration du flacon d’'ammoniaque, et elle retire brusquement sa tête. Les parents de cette fille résolurent de la faire sortir de l’'Hôtel-
demandait pas à être de plus en plus émerveillé, mais bien à être éclairé sur là question du magnétisme ; et puis au fond cette prétendue progression toujours croissante esi une prétention ridicule; en effet, on prétend encore démontrer rigoureusement que les premiers éléments de l’action magnétique se trouvent dans des soupirs longs et prolongés, dans le cignotement des yeux et dans l’action d’avaler sa salive; puis on prétend nous faire constater Le passage de Vétat de veille à celui de sommeil magnétique, au moyen d’un enfant qui se
gratte les oreilles et qui pisse; puis enfin on va nous donner une première ébauche du somnambulisme !
Dieu le 30 du même mois, parce qu’ils avaient appris qu’on la magnétisait. Elle y fut cependant magnétisée encore quatre fois. Dans toutes ces épreuves elle ne parla jamais, et répondit seulement par des signes aux diverses questions qu’on lui adressa. Nous ajouterons qu’insensible au chatouillement d’une plume introduite dans les narines, promenée sur ses lèvres et sur les ailes du nez, au bruit d’une planche jetée brusquement sur une table, elle se réveille au bruit d’un bassin de cuivre lancé sur le carreau, et au bruit d’un sac d’écus qu'un autre jour l’on vide de haut dans ce même bassin.
. Une autre fois, le 9 décembre 1826, M. Dupotet magnétise devant la commission le nommé Baptiste Chamet, charretier à Charonne, qu’il avait magnétisé pour la dernière fois il y avait deux ou trois ans. Au bout de huit minutes, interpellé à diverses reprises pour savoir de lui s'il dort, il fait brusquement un signe de tête affirmatif; plusieurs questions restent sans réponse. Comme il paraît souffrir, on lui demande ce qui lui fait mal, il indique avec la main la poitrine ; on lui demande encore quelle est cette partie, alors il répond : c’est le foie, et il indique toujours la poitrine. M. Guersant le pince très-fortement au poignet gauche, et il ne témoigne aucune douleur; on lui ouvre la paupière, qui cède très-difficilement à cette tentative, et on voit le globe de l’œil tourné comme convulsivement vers le haut de l'orbite, et la pupille notablement contractée.
La commission a vu, dans les deux observations qu’elle vient de rapprocher, la première ébauche du somnambulisme ; de cette faculté au moyen de laquelle les magnétiseurs disent que, dans le sommeil des organes extérieurs des sens, il se développe chez les magnétisés un sens intérieur et une espèce d’instinct capables de se manifester par des actes extérieurs raisonnés. Dans chacun des cas rapportés ci-dessus, la commission & vw en effet soit des réponses par signes ou par phrases à des questions faites, soit des promesses, à la vérité toujours déçues, d’événements qui n’arrivent pas, mais pourtant les premières traces de l'expression d’un commencement d'intelligence (1). Les
(1) Examinons en peu de mots ces deux observations ; le rapporteur y signale
trois observations suivantes vous prouveront avec quelle défiance on doit accueillir les promesses de certains prétendus somnambules. *
Me Joséphine Martineau, âgée de dix-neuf ans, demeurant
une foule de choses qui assurément auraient échappé à des gens moins sagaces et moins attentifs.
« Il est une faculté, dit-il, au moyen de laquelle il se développe, suivant les magnétiseurs , un sens intérieur chez les magnétisés, une espèce d’instinct capable de se manifester par des actes extérieurs raisonnés ; eh bien! la commission a vu une ébauche de tout cela dans les deux observations précédentes. »
On ne concoitguère d’abord ce que c’est qu’une faculté au moyen de laqueile un sens intérieur et un instinct particulier se développent. On ne conçoit pas mieux comment un instinct peut produire des actes raisonnés ; mais peu importe : ce qui est à remarquer, c'est que la commission aurait vu dans ces deux expériences la première ébauche de cette faculté, ou plutôt du sens interne, de l'instinct; et en effet, ajoute le rapporteur, « la commission a vu soit des ré— ponses par signes ou par phrases à des questions faites, soit des promesses à la vérité toujours déçues, d'événements qui #’arrivent pas , maïs pourtant Les ik mières traces d'intelligence. »
Pour tout autre quele rapporteur il n’y aurait eu ici qu’une seule chose remarquable, c'est l'espèce d’insensibilité manifestée par ces deux sujets ; insensibilité encore poussée jusqu’à un certain point, qui résiste à la chute de tel corps et ne résiste pas au bruit de tel autre, qui résiste à une première inspiration d’ammoniaque (en supposant qu’il y ait eu inspiration et non expiration) et ne tient pas à une seconde, etc. Mais pour le rapporteur il y a bien autre chose ; on demande à une jeune fille qui paraît dormir, sielle parlera : annuit, elle fait avec la tête un signe affirmatif, On lui demande si elle parlera dansun jour, ou dans deux, ou dans trois, ete., et, comme le cheval savant , elle fait plusieurs signes négatifs, puis un signe affirmatif, et vite le rapporteur consigne cela au procès-verbal.
Maintenant M. Dupotet retrouve une vieille connaissance, un charretier de Charonne qu’il avait magnétisé deux ou trois ans auparayant. On lui demande s’il dort, et il fait brusquement un signe affirmatif; on lui demande ce qui lui fait mal , il répond c’est Le foie, et il montre sa poitrine ; d’où M. Husson infère que la commission a vu des réponses par signes ou par phrases à des questions faites! et sa conclusion est rigoureuse! Il infère en outre que la commission a reconnu dans ces réponses Les premières traces d’un commencement d’intelligence. Mais, serait-on tenté de s'écrier, est-ce que ces deux sujets étaient des idiots pour qu’on ait été émerveillé de reconnaître en eux les premières lueurs d’une intelligence? Pas du tout, répondra-t-on, il ne s’agit pas ici de l’intelligence que le commun des hommes a reçue en partage, de cette intelligence vul-
rue Saint-Nicolas, n° 37, était affectée, depuis trois mois, d'une gasirite chronique lorsqu'elle entra à l’Hôtel-Dieu le 5 août 1826 : elle fut magnétisée par M. Dupotet, en présence du rapporteur, quinze jours de suite depuis le 7 jusqu’au 21 du même mois, deux fois entre quatre et cinq heures du soir, et treize fois de six à sept heures du matin. Elle a commencé à s’endormir dans la deuxième séance, et dans la quatrième à répondre aux questions qu’on lui adressait. Nous ne vous répéterons pas qu’à la fin de chaque séance Le pouls a été plus fréquent qu’au commencement, qu’elle n’a conservé aucun souvenir de ce qui s’est passé dans le sommeil, Ce sont de ces phénomènes communs qui ont précédemment été bien constatés chez d’autres magnétisés, Il s’agit ici du somnambulisme, et c’est ce phénomène que nous avons cherché à observer sur M'° Martineau. Dans son sommeil, elle dit qu’elle ne voit pas les assistants, mais qu’elle les entend, et personne ne parle. Sur l’interpellation faite à cet égard, elle répond qu’elle les entend quand on fait du bruit; elle dit qu’elle ne guérira que quand on laura purgée, Elle désigne pour ce pürgatif trois onces de manne et des pilules anglaises, prises deux heures après la manne. Le lendemain et le surlendemain, le rapporteur ne donne pas de manne, il administre quatre pilules de mie de pain en deux jours : elle a quatre garde-robes pendant ces deux jours. Elle
gaire dont la plupart des hommes se servent faute d’en connaître une autre : il s’agit d’un instinct, d’un sens nouveau et interne qui ne faisait que d’éclore sous les passes de MM. Foissac et Dupotet, et sous les yeux du rapporteur.
Mais comment prouver que c’est un instinct nouveau qui à remué la tête de la jeune fille et qui a dicté au charretier cette réponse : C’est le foie, pendant qu’il désignait sa poitrine? Oh! demandez-le à M. Husson; car pour nous, nous pensons que si la jeune fille n’a pas tenu sa promesse , c’est par l’effet d’un caprice fort naturel à son sexe, et que si le charretier a pris ses poumons pour son foie, c’est que M. Dupotet avait oublié de lui enseigner l’anatomie.
Quoi qu'il en soit, voilà comment le rapporteur à fait sa troisième découverte dans le champ du magnétisme, c’est-à-dire comment il a su démêler et apprécier la première ébauche du somnambulisme, suum cuique : Bailly, comme il est dit dans ce rapport (p. 371), avait entrevu le somnambulisme; Puységur l'avait découvert en 1784 ;M. Foissac l'avait exhumé de nos jours ; mais il était réservé à M. Husson de nous faire connaître la première ébauche de ce singulier état.
dit qu’elle se réveillera tantôt après cinq ou dix minutes de sommeil, etelle ne se réveille qu'après dix-sept et seize ; elle annonce que tel jour elle nous donnera des détails sur la na-
ture de son mal : ce jour arrive, et elle ne nous dit rien; enfin chaque fois elle à été en défaut (1).
M. de Geslin, demeurant rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 37, écrivit à la commission, le 8 juillet 4826, qu’il avait à sa disposition une somnambule, Me Couturier, âgée de trente ans, ouvrière en dentelles, demeurant dans la même maison que lui, qui, entre autres facultés, possédait celle de lire dans la pensée de son magnétiseur et d'exécuter les ordres qu’il lui transmettrait mentalement. La proposition de M. de Geslin était trop importante pour ne pas être acceptée avec empressement. M. Gueneau et le rapporteur se rendirent à son invitation; M. de Geslin leur renouvela les assurances qu’il nous avait
(4) Rien de plus étrange que le somnambulisme! rien de plus admirable que ses phénomènes! Mais ce sont précisément les hommes qui ont le plus d'esprit, le plus de jugement, qui sont les plus ineptes en fait de somnambulisme, les plus gauches et les moins aptes à en ressentir les merveilleux effets; sans doute parce que l'instruction mondaine les a déprayés, tandis que des sujets pris dans les derniers rangs de la société, des sujets simples dans toute la force du terme, des sujets enfin sans éducation, et avec lesquels par conséquent un magnétiseur ne peut pas s'entendre, comme ledira plus tard M. Husson, deviennent tout à coup des somnambules parfaits, et se montrent dans cet état adroits, intelligents, quoique un peu vains, mais au fait des plus hautes sciences, telles que l'anatomie, la physiologie, la thérapeutique, etc.
Le point essentiel ici et qui n’a pas échappé au rapporteur, c’est que certains somnambules peuvent faire les plus grandes sottises, peuvent être pris vingt fois la main dans le sac sans nuire au somnambulisme ; ils n’en sont pas moins réellement somnambules, ils ne jouent pas la comédie de connivence avec les magnéliseurs ; ils se trompent, si l’on veut, mais toujours sauf l'honneur du magnétisme et des magnétiseurs. On vient de voir ici un de ces cas fort curieux et en même temps fort instructifs. Ml Joséphine est une demoiselle très-naïve, très-franche ; il est bien vrai qu’elle a commis quelques petites erreurs, mais toujours est-il pour le rapporteur qu’elle a été somnambulisée par M. Dupotet, Parce qu’elle s'était trompée sur plusieurs points, M. Husson ne pouvait pas en inférer qu’elle avait cherché à tromper la commission par un sommeil apparent; la preuve du contraire en était pour lui que son pouls avait été plus fréquent à
la fin des séances qu’au commencement, et qu'après elle disait qu’elle n’avait aucun souvenir de ce qui s'était passé.
données dans sa lettre sur les facultés surprenantes de sa somnambule, et, après l’avoir endormie par les procédés que nous avons indiqués, il les invite à lui faire connaître à lui ce qu’ils désiraient qu’il demandât mentalement à sa somnambule.
L'un de nous, le rapporteur, se plaça sur un bureau pour écrire avec la plus grande exactitude tout ce qui se passerait, et l’autre, M. Guëneau , se chargea d'écrire sur des morceaux de papier, qu’il communiquait à son collègue, les ordres que tous deux voulaient qui fussent transmis à la magnétisée.
M. Gueneau écrivit sur un premier morceau de papier les mots suivants : Ailes vous asseoir sur un tabouret qui est en face du piano. M. de Geslin se pénétrant de cette volonté, dit à la somnambule d'exécuter ce qu’il lui demande mentalement. Elle selève desa place,et, semettantdevantla pendule :Ilest, dit-elle, neuf heures vingt minutes. M. de Geslin lui annonce que ce n’est point là ce qu’il lui a demandé, alors elle va dans la chambre voisine ; on lui fait savoir qu’elle se trompe encore, elle reprend sa place. On veut qu’elle se gratte le front, elle étend la main’ droite, et n’exécute pas le mouvement commandé ; on désire qu’elle s’asseye au piano, elle va à une croisée éloignée de six pieds du piano; le magnétiseur se plaint qu’elle ne fasse pas ce qu’il lui impose par sa pensée, elle se lève et change de chaise. Nous demandons que quand M. de Geslin lèvera la main la somnambule lève la sienne, et qu’elle la tienne suspendue jusqu’à ce que celle du magnétiseur retombe ; elle lève la main, qui reste immobile et qui ne retombe que cinq minutes après celle de M. de Geslin. On lui présente ‘le derrière d’une montre, elle dit qu’il est neuf heures trentecinq minutes, et l’aiguille marque sept heures; elle dit qu’il y a trois aiguilles, et il n’y en à que deux. On substitue une montre à trois aiguilles, et elle dit qu’il y en a deux, qu’il est neuf heures quarante minutes, et la montre marque neufheures vingt-cinq. Elle se met en rapport avec M. Gueneau, et lui dit au sujet de sa santé des choses tout à fait erronées , et en contradiction évidente avec ce que ñotre collègue avait écrit à ce sujet avant de se prêter à l'expérience. En résumé, cette dame Couturier n’a tenu aucune des promesses qui nous avaient été faites, et nous avons été autorisés à croire que M. de Geslin n'avait pas pris toutes les précautions convena-
bles pour ne pas être induit en erreur, et que telle était la cause de sa croyance aux facultés extraordinaires qu’il lui attribuait, facultés que nous n’avons nullement reconnues (1). M. Chapelain, docteur en médecine, demeurant cour Batave, n° 3, informa la commission , le 44 mars 1828, qu’une femme de vingt-quatre ans, demeurant dans sa maison, et qui lui avait été adressée par notre collègue M. Caiïlle , avait annoncé, étant endormie par suite d'expériences magnétiques,
que le lendemain 45, à onze heures du soir, elle rendrait un
iœnia de la longueur du bras. La commission avait un trop grand désir de voir le résultat de cette annonce pour négliger l’occasion qui lui était offerte : MM. Itard, Tillaye et le rapporteur, auxquels se joignirent deux membres de l’académie, MM, Caille et Virey, ainsi que le docteur Dance, actuellement médecin de l'hôpital Cochin, se rendirent le lendemain 45, à dix heures cinquante-cinq minutes du soir, au domicile de cette femme. Elle fut à l'instant magnétisée par M, Chapelain , et endormie à onze heures : elle annonce alors qu’elle voit dans son intérieur quatre morceaux de vers dont le premier est enveloppé dans une peau; que, pour les rendre, il faudrait qu’elle prit de l’émétique et de la poudre aux vers. On lui objecte qu’elle avait dit qu’elle rendrait ce premier morceau à onze heures; cette objection la contrarie, elle se lève brusquement ; le rapporteur la saisit, S’'assure qu’elle ne cache rien sous ses jupons, et l’asseoit, ses jupons levés, sur une chaise percée qu’il avait bien visitée auparavant. Au bout de dix minutes, elle dit éprouver du chatouillement à anus; elle se lève encore brusquement, et on profite de ce mouvement pour s'assurer que rien ne sort de l’anus. À onze heures quarante-deux minutes, elle est réveillée, fait des efforts pour aller à la garde-robe, et ne rend rien. M. Chapelain la magnétisa de nouveau , l’endormit, et lui donna à deux heures et demie du
(1) Voilà de rudes coups portés au magnétisme, va-t-on dire; eh bien ! nou, ce n’estpas là du moins la pensée du rapporteur ; c'est la faute de la somnambule et non du magnétisme. Cela prouve seulement, dit M. Husson, que ce bon M. de Geslin a eu trop de confiance dans le savoir-faire, dans la lucidité de sa voisine.
À une autre,
A, én
matin l’émétique, qui procura des vomissements sans morceaux de vers. Le 46, à dix heures du matin, elle rendit par l'anus des matières fécales moulées, dans lesquelles il n’y avait aucune apparence de vers (1). Voilà donc trois faits bien constatés, et nous pourrions en citer d’autres dans lesquels il y a eu bien évidemment erreur ou tentative de supercherie de la part des Somnambules , soit dans ce qu’ils disaient entendre, soit dans ce qu’ils promettaient de faire, soit dans ce qu’ils annonçaient devoir arriver.
Dans cette position, nous désirions ardemment éclaircir la question, et nous pensâmes qu’il était essentiel, autant dans l'intérêt des recherches auxquelles nous nous livrions que pour nous soustraire aux déceptions du charlatanisme, et nous assurer s’il y avait quelque signe qui pût indiquer que le som-
(1). Tellea donc été l'issue de celte expédition! Eh quoi, parce qu’un M. Chapelain vient dire à M. Husson que le 44 mars 1826, une femme de vingtquatre ans, sa voisine, lui a annoncé que le lendemain, à onze heures du soir, elle rendrait par l'anus un tœnia de la longueur du bras, que c’est dans le som meil magnétique qu’elle lui a fait cette promesse, M, Husson ne craint pas de compromettre à ce point la dignité de l'académie. El convoque la commission, il y adjoint MM. Caille, Virey et Dance, et à onze heures du soir il l’entraîne au’fond de la cour Batave pour voir cette femme rendre par l'anus un ver long comme le bras !.…. Ce n’est pas tout, il n'hésite pas, dans un rapport académique qui devait être lu publiquement, à raconter tous les incidents de cette scène inqualifiable ; il ditcomment douze ou quinze médecins se trouvaient rassemblés autour d’une femme placée sur une chaise percée; comment il se fit qu'un instant on crut que le prodige allait s’opérer, elle s'était écriée qu'elle sentait un chatouillement à l'anus! comment lui-même M. Husson s'était assuré qu’elle ne cachait rien sous ses jupons! comment il l'avait lui-même assise, ses jupons bien levés, sur cette chaise percée! et enfin comment, profitant de ce qu’elle s'était levée brusquement, on s'était assuré que rien ne sortait par l'anus de cette femme! |
Nous ne nouslivrerons ici à aucun commenlaire, nous aussi, NOUS avons fait -partie de commissions académiques, mais on n'aurait pas osé nous proposer ‘une expédition de cette nature. L'honorable M. Bouillaud nous disait un jour qu’il se sentait honteux, lui médecin, d'aller voir, rue des Fossés Saint-Germain des Prés, si une femme ne lirail pas par l'occiput; qu’aurait-il dit, bon- Dieu! si M. Husson l'avait engagé à le suivre dans la cour Bataye pour vérifier de semblables choses ?
nambulisme existait véritablement, c’est-à-dire si le magnétisé endormi était, permettez- nous l’expression, plus qu’endormi, s’il était arrivé à l’état du somnambulisme.
M. Dupotet, dont il a déjà été question plusieurs fois, proposa, le 4 novembre 18926, à la commission de la rendre témoin d'expériences dans lesquelles il mettrait dans toute son évidence la réalité du somnambulisme magnétique. Il s’engageait, et nous avons sa promesse signée par lui, à produire à volonté, et hors de la portée de la vue des individus mis par lui en somnambulisme, des mouvements convulsifs dans une partie quelconque de leur corps, par le fait seulement de la direction de son doigt vers cette partie. Il regardait ces convulsions comme le signe certain de l’existence du somnambulisme. La commission profita de la présence de Baptiste Chamet (pag. 3173), pour faire sur lui les expériences d’après lesquelles elle pourrait éclaircir cette question. En conséquence, M. Dupotet l'ayant mis en somnambulisme , dirigea un doigt en pointe vers les siens; on en approcha même une tige métallique, aucun effet convulsif ne fut produit. Un doigt du magnétiseur fut dirigé de nouveau vers ceux du magnétisé ; on vit dans les doigts index et medius des deux mains un léger mouvement semblable à la convulsion déterminée par la pile galvanique, Six minutes après, le doigt du magnétiseur dirigé vers le poignet gauche imprima à cette partie un mouvement complet de convulsion, et c’est alors que le magnétiseur annonçÇça que dans cinq minutes on ferait tout ce que l'on voudrait de cet homme. Alors M. Marc, placé derrière ce dernier, indiqua que le magnétiseur devait chercher à agir sur l’index droit : il dirigea le sien vers cette partie, et c’est le gauche et la cuisse du même côté qui entrèrent en convulsion. Plus tard, on dirigea les doigts vers les orteils, aucun effet ne fut produit. On exécuta des passes antérieures : MM. Bourdois, Guersent et Gueneau de Mussy dirigèrent successivement leurs doigts vers ceux du magnétisé, qui se contractèrent à leur approche. Plus tard, on aperçut des mouvements dans la main gauche, vers laquelle cependant aucun doigt n’était dirigé; enfin on suspendit toute expérience pour vérifier si les mouvements convulsifs n'avaient pas lieu quand on ne le magnétisait pas ; et ces mouvements se renouvelaient, mais plus faiblement.
La commission en a conclu qu’il n’était pas besoin de l’approche des doigts du magnétiseur pour produire des convulsions , bien que M. Dupotet ajoutât que lorsqu'elles ont commencé à avoir lieu, elles pouvaientse reproduire d’elles-mêmes.
M'° Lemaitre, dont nous avons déjà parlé, pag. 358, lorsqu'il s’est agi de l'influence de l’imagination sur la production des phénomènes magnétiques, a présenté aussi cette mobilité convulsive ; mais tantôt ces mouvements, assez semblables pour leur prestesse à ceux que l’on éprouve par l'approche d’une pointe électrique, avaient lieu dans une partie, par suite de l’approche des doigts, tantôt aussi sans que cette dernière condition eût été remplie; tantôt nous les avons vus arriver plus ou moins de temps après la tentative qu’on faisait pour les développer ; tantôt ce phénomène a eu lieu plusieurs fois dans une séance; tantôt il ne paraissait pas une seule fois; tantôt l’approche des doigts vers une partie était suivie de convulsions dans une autre.
Un nouvel exemple de ce phénomène est celui qui nous a été fourni par M. Chalet, consul de France à Odessa. M. Dupotet le magnétisa en notre présence, le 47 novembre 1826; il dirigea le doigt vers son oreille gauche, et aussitôt on aperçut un mouvement dans les cheveux qui sont derrière l'oreille, et que l’on atiribua à la contraction des muscles de cette région; on renouvela des passes avec une seule main, sans dirigerle doigt vers l'oreille, et on aperçut dans l'oreille un mouvement général et brusque d’ascension ; un doigt fut ensuite dirigé vers la même oreille et n’y produisit aucun effet.
C’est principalement sur M. Petit, âgé de trente-deux ans, instituteur à Athis, que les mouvements convulsifs ont été déterminés avec le plus de précision par l’approche des doigts du magnétiseur. M. Dupotet le présenta à la commission le 10 août 4826, en lui annonçant que ce M. Petit était très-susCceptible d'entrer en somnambulisme, et que dans cet état, lui M. Dupotet pouvait à sa volonté, et sans l’exprimer par la pa“ role, par la seule approche de ses doigts, déterminer dans les parlies que la commission aurait indiquées par écrit des mouvements convulsifs apparents. Il fut endormi très-promptement, et c'est alors que la commission, pour prévenir tout soupçon d'intelligence, remit à M. Dupotet une note rédigée
302 . HISTOIRE ACADÉMIQUE en silence à l’instant même, et dans laquelle elle avait indiqué par écrit les parties qu’elle désirait qui entrassent en convulsion. Muni de cette instruction, il dirigea d’abord la main vers le poignet droit, qui entra en convulsion ; il se plaça ensuite derrière le magnétisé, et dirigea son doigt en premier lieu vers la cuisse gauche, puis vers le coude gauche , et enfin vers la tête. Ces trois parties furent presque aussitôt prises de mouvements Convulsifs. M. Dupotet dirigea sa jambe gauche vers celle du magnétisé ; celui-ci s’agita de manière à ce qu’il fut sur le point de tomber. M, Dupotet dirigea ensuite son pied vers le coude droit de M. Petit, et ce coude droit s’agita ; puis il porta son pied vers le coude et la main gauche, et des mouvements convulsifs très-forts se développèrent dans tout le membre supérieur. Un des commissaires, M. Marc, dans l'intention de prévenir davantage encore toute espèce de supercherie, lui mit un bandeau sur les yeux, et les expériences précédentes furent répétées avec une légère différence dans le résultat. D’après l'indication mimique et instantanée d’un ou deux d’entre nous, M. Dupotet dirigea son doigt vers la main gauche; à son approche, les deux mains s’agitèrent. On désira que l’action se portât à la fois sur les deux membres inférieurs. D'abord les doigts furent approchés sans résultat; bientôt le somnambule remua d’abord les mains, puis se recula, puis agita les pieds. Quelques moments plus tard, le doigt approché de la main la fit retirer, et produisit une agitation générale. MM. Tillaye et Marc dirigèrent les doigts sur diverses parties du corps, et provoquèrent quelques mouvements convulsifs. Ainsi M. Petit a toujours eu, par l’approche des doigts, des mouvements convulsifs, soit qu’il ait eu ou qu’il n’ait pas eu un bandeau sur les yeux, et ces mouvements ont été plus marqués quand on a dirigé vers les parties soumises aux expériences une tige ménie telle qu’une clef ou une branche de lunettes. En résultat, la commission, quoique témoin de plusieurs cas dans lesquels cette faculté contractile a été mise en jeu par l’approche des doigts oude tiges métalliques, a besoin de nouveaux faits pour apprécier ce phénomène sur la constance et la valeur duquel elle ne se croit pas assez éclairée pour se prononcer (1).
(1) Ici il faut rengre justice à qui de droit: dans ces petites scènes, M. Du-
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 383 Réduits par conséquent à nous en rapporter à notre inquiète surveillance, nous avons poursuivi nos recherches et multi-
plié nos observations en redoublant de soins , d'attention et de méfiance (1).
potet s’est montré d’une plus grande force que son émule M. Foissac. Sans doute il s’est trompé plus d’une fois, ou plutôt ses somnambules, comme on vient de le voir, ne l’ont pas toujours bien saisi, et il a eu trop de confiance, ainsi que le disait M. Husson, dans le savoir-faire de ses sujets. Ainsi Baptiste Chamet faisait précisément le contraire de ce qu'on lui indiquait magnétiquement : le magnétiseur cherchait-il à agir sur son index droit, c'était le gauche et la cuisse du même côté qui entraient en mouvement ou en convulsion, pour nous servir des mots du rapporteur (p. 380); dirigeait-on les doigts vers ses orteils , aucun effet n’était produit; ne faisait-on rien, la main gauche de Chamet entrait sottement en mouvement ; et cependant M. Dupotet s'était engagé, dit le rapporteur (loc. cit.), par une promesse écrile et signée de sa main, à produire à volonté tous les mouvements demandés par les amateurs, soit par la simple direction de sa main, soit au moyen d’une baguette. Nous avons sa promesse signée, disait M. Husson! Bon billet qu’il avait là assurément! Mais Chamet était ce maladroit charretier de Charonne qui prétendait avoir Le foie dans la poitrine.
M. Dupotet n’a pas eu beaucoup à se louer non plus de Ml Lemaître; rien de plus désordonné que les mouvements de cette demoiselle : l'approche des doigts vers une partie , dit le rapporteur (p. 381), était suivie de convulsions dans une autre.
Tout cela n'empêche pas, nous le répétons, que M. Dupotet n’ait fait preuve d'intelligence, de zèle et d’adresse dans toutes ces représentations ; il y a eu quelques faits assez bien exécutés ; ainsi nous voyons que, le 17 novembre 1826, il dirige son doigt vers l'oreille gauche de M. Chalet, consul de France à Odessa, et aussitôt on aperçoit un mouvement dans les cheveux qui étaient derrière l'oreille du consul ; c’est surtout M. Petit qui s’est bien acquitté de ses fonctions. M. Marc s’avisa , il est vrai, de soupçonner quelque supercherie; il mit un bandeau sur les yeux de M. Petit, mais le rapporteur trouve qu’il n’y eut qu’une légère différence dans les résultats !
(4) De soins, d'attention et de méfiance ! expressions curieuses en vérité. En ne considérant encore que les faits dont nous venons de prendre connaissance, nous avons vu en effet quel soin, quelle attention il a fallu pour découvrir Les premiers éléments de l’action magnétique , puis cet état intermédiaire qui forme le passage entre la veille et le sommeil, puis enfin la première ébauche du somnambulisme, Cependant arrivés face à face du grand phénomène lui-même , c’est-à-dire du somnambulisme, les commissaires en sont encore à demander aux magnétiseurs où se trouve le caractère unique et positif propre à faire re-
Vous vous rappelez peut-être, messieurs, les expériences qui furent faites en 4820, à l'Hôtel-Dieu, en présence d'un grand nombre de médecins dont quelques-uns sont membres de cette académie (4), et sous les yeux du rapporteur, qui seul en concevait le plan, en dirigeait tous les détails, et les Consignait minute par minute sur un procès - verbal signé par Chacun des assistants. Peut-être nous nous serions abstenus de vous en parler, sans une circonstance particulière qui nous fait
connaître le véritable somnambulisme magnétique, en quoi il consiste ; car après tout il n’est pas un des phénomènes somnambuliques signalés jusqu'ici par M. Husson qui ne puisse être simulé. C'était là sans doute ce que les commissaires avaient déclaré à M. Husson , car lui-même avoue qu’on voulut enfin s'assurer s’il y avait quelque signe qui pâl indiquer que le somnambulisme exisle réellement. Ici M. Husson y met du sien, car il ajoute que quand on se demande s’il y a somnambulisme, c’est comme si l’on se demandait si l'individu endormi est plus qu’endormi ! nouvelle définition du somnambulisme.
M. Dupotet avait promis le 4 novembre 1826 à la commission de la rendre témoin d'expériences dans lesquelles il mettrait dans toute son.évidence la réalité du somnambulisme magnétique : on sait qu'il en avait donné une promesse par écrit. Mais ces expériences si décisives, se réduisirent à faire remuer des doigts quand il indiquait une jambe, ou un pied quand il indiquait une main ; les commissaires ne furent donc rien moins que satisfaits, et c’est pour cela, ainsi que le dit le rapporteur, qu’on dut poursuivre les recherches. 2
(1) Assurément nous nous rappelons ces expériences , el nous les avons consignées dans ce précishistorique ; le rapporteur dit qu’elles furent J'aites sous ses yeux; nous le savons fort bien, puisque telle est l'origine première de sa croyance. Il ajoute que seul il en concevait le plan; il ya bien de quoi s’en vanter. C’était la demoiselle Samson, somnambule très-experte, très-clairvoyante surtout, puisqu'elle distinguait dans son estomac des boutons blancs et rouges , une poche pleine de sang dans sa poitrine, et un petit fil qui remuait son cœur ; seul, M. Husson concevait les plans, et ces plans faisaient hausser les épaules à Bertrand lui-même, tout croyant qu’il était. C’était en effet d’aprèsle plan de M. Husson qu’on avait placé M. Dupotet le magnétiseur à un lit de distance avec une lampe derrière lui, pour que la demoiselle ne pût voir que sa silhouette ; enfin le plan de M. Husson avait été si bien conçu que la demoiselle, pour achever la mystification, s’écria tout haut: « C’est étonnant comme j'ai envie de dormir! » Et M. Husson s’applaudit de tout cela dans ce passage; il a soin de nous rappeler qu'il dirigeait tous les détails , et les consignait minute par minute sur un procès-verbal ; el il avait raison , il ne fallait pas perdre une minute,
un devoir de rompre le silence. On se rappelle qu’au milieu des discussions que la proposition de soumettre le magnétisme animal à un nouvel examen avait soulevées dans le sein de Vacadémie un membre, qui du reste ne niait pas la réalité des phénomènes magnétiques , avait avancé que tandis que les magnétiseurs proclamaient la guérison de M Samson (1), elle lui demandait à rentrer à l’Hôtel-Dieu, où , ajoutait-il, elle était morte par suite d’une lésion organique jugée incurable par les hommes de l’art.
Cependant cette même Me Samson reparut six ans après cette prétendue mort, et Votre commission, convoquée le 29 décembre 1826 pour faire sur elle des expériences, voulut, avant tout, s’assurer si individu que lui présentait M. Dupotet, dont d’ailleurs la bonne foi lui était parfaitement connue, était bien la même que celle qui, neuf ans auparavant, avait été magnétisée à l’Hôtel-Dieu. MM. Bricheteau et Patissier, qui avaient assisté à ces premières expériences, eurent la complaisance de se rendre à l'invitation de la commission, et, conjointement avec le rapporteur, ils constatèrent et signèrent que c'était bien la même personne qui avait été le sujet des expériences faites à l’Hôtel-Dieu en 1820, et qu’ils n’apercevaient en elle d'autre changement que celui qui annonce une amélioration notable dans sa santé (2).
(1) Mais les magnétiseurs avaient donc oublié ce que la demoiselle Samson avait dit en 4820 sur ses pelits boutonset sur sa poche de sang ? M. Husson, qui avait tout consigné de minute en minute sur un procès-verbal, aurait pu leur rappeler qu’elle avait déclaré de la manière la plus positive que la poche de sang pourrait guérir moyennant force loochs et adoucissants, mais que les petits boutons étaient incurables (Voyex M. Foissac, p. 275). M. Husson l'avait donc oublié aussi?
(2) Quand une fois un sujet mâle ou femelle a passé par les mains des magnétiseurs, on finit toujours par le retrouver tôt ou tard et mieux préparé que jamais à faire de nouvelles merveilles ; c'est ainsi que Pétronille et Braguette reparaissaient de temps à autre sur l’horizon, et que cette dernière, devenue dame Brouillard , a vécu trop d’un jour, malheureusement pour sa gloire; c’est ainsi que le charretier Chamet retombe entre les mains de M. Dupotet. Ici M. Husson retrouve aussi une vieille connaissance : MÜe Samson ; on la croyait morte, elle ne l'était pas ; loin de là, elle reparaît meilleure somnambule que jamais. Qui sait? on dit que Pétronille est morte, peut-être reparaîtra-t-elle un jour,
L'identité ainsi constatée, M!° Samson fut magnétisée par M. Dupotet en présence de la commission. À peine les passes furent-elles commencées que M Samson s’agita sur son fauteuil, se frotta les yeux, témoigna de l’impatience, se plaignit et toussa d’une voix rauque qui rappela à MM. Bricheteau, Paiissier et au rapporteur ce même timbre de voix qui les avait frappés en 1820, et qui alors, comme dans la circonstance présente, était pour nous l’indice du commencement de l’action du magnétisme. Bientôt elle frappa du pied, appuya sa tête sur sa main droiteet son fauteuil, et leur parut dormir, On lui souleva la pâupière, et on vit, comme en 1820, le globe de l'œil tourné convulsivement en haut. Plusieurs questions lui furent adressées et restèrent sans réponse ; puis lorsqu'on lui en fit de nouvelles, elle fit des gestes d’impatience, et réponditavec mauvaise humeur qu’on ne devait pas la tourmenter; enfin, sans en
à l'exemple de la veuve Brouillard. Si elle reparaît , on en sera quitte pour faire comme M. Husson , c’est-à-dire pour faire constater son identité; puis l’identité ainsi constatée, on la feramagnétiser. Disons à cette occasion que les femmes sont , toutes choses égales d’ailleurs , de bien meilleurs sujets que les hommes; presque tous les hommes qu’on dit somnambulisés sont des compères, nous le démontrerons. En effet, lorsqu'ils sont de bonne foi, lorsqu'ils n’agissent pas de connivence avec les magnétiseurs, ou bien ils restent éveillés, et ‘alors ennuyés, fatigués, ils éprouvent, comme nous l’avons vu, des phénomènes insignifiants ; ou bien ils s’'endorment tout bonnement par l’effet du repos et du silence; il peut même arriver qu'ils soient endormis par l’effet des passes, mais tout naturellement encore et comme bercés par elles. |
Mais les femmes sont en quelque sorte dans une classe particulière ; leur caractère seul , la trempe de leur esprit, la teinte de leurs idées suffisent dans beaucoup de cas pour rendre raison d'une foule d’actes en apparence bizarres, extraordinaires. Notez ensuite que les magnétiseurs recherchent particulière ment parmi les femmes malades, non celles qui sont atteintes de pneumonies, ou d’entérites, ou d'hydropisies , etc., maladies trop ignobles pour eux, mais des femmes hystériques , des femmes mélancoliques, des femmes dont lamenstruation ait été troublée, des femmes enfin qui soient malades par l'utérus, et ce choix est parfaitement motivé. Si donc le rapporteur, mieux avisé, avait cherché à démêler parmi l’inextricable chaos des effets dits magnétiques, et ce qui peut résulter de la bizarrerie de certaines idées, et ce qui peut résulter dessymptômes de l’hystérie, et ce qui peut être produit à l’aide de supercheries, en un mot s’il s'était montré attentif et sévère et surtout défiant , il n’aurait pas été trompé tant de fois, au grand scandale du corps médical,
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 307 avoir prévenu qui que ce fût, le rapporteur jeta sur le parquet une table et une bûche qu’il ayait placée sur cette table; quelques-uns des assistants jetèrent un cri d’effroi, M!° Samson seule n’entendit rien, ne fit aucune espèce de mouvements, et continua à dormir après comme avant le bruit violent et improvisé ; On la réveilla quatre minutes après, en lui frottant les yeux circulairement avec les pouces. Alors la même bûche fut jetée à l’improviste sur le parquet, le bruit fit tressaillir la magnétisée qui alors était éveillée; elle se plaignit vivement du sentiment de la peur qu’on venait de lui causer, tandis que six minutes auparavant elle avait été insensible à un bruit beau- -Coup plus fort (1).
Vous avez tous également entendu parler d’un fait qui a fixé dans le temps l’attention de la section de chirurgie, et qui lui a été communiqué dans la séance du 46 avril 4829 par M. Jules Cloquet. La commission a cru devoir le consigner ici comme
(4) I est à présumer que c’est encore M, Husson qui seul avait conçu le plan
de cette expérience, et qui en dirigeait tous les détails, consignant minute par minute, etc. Voyez en effet comment les choses se passent : la demoiselle tousse d’uve voix rauque , et ce timbre rappelle à M. Husson le timbre de 1820! Pour lui c’est l'indice d’un commencement d’action magnétique; le rapporteur n’est pas difficile en fait d'indices. Puis elle paraît dormir ; on soulève la paupière , et comme en 1820, le globe de l'œil est convulsé en haut. Ce n’est pas tout : comme elle ne répondait à aueune question , le rapporteur, qui s'entend parfaitement à concevoir des plans , avait placé d'avance une bâche sur une table ; et la demoiselle Samson n'avait sans doute rien aperçu, car une table et une bûche sont des objets peu visibles ; alors le rapporteur, sans en avoir prévenu qui que ce fût, jeta en même temps sur le parquet ei la table et la bûche; M'° Samson continua à dormir. Après l'avoir réveillée, continue lerapporteur, en lui frottant Les yeux circulairement avec les pouces (notez que tout cela n’a pas besoin d’être démontré : M. Husson raconte tout cela à l'académie avec une grande simplicité ; rien n’est plus naturel , il ne faut pas de preuves ni pour un semblable sommeil ni pour un semblable réveil), on jette la même bûche sur le parquet, et la demoiselle se plaint du sentiment de la peur (style du rapporteur).
Maintenant quelle est la conclusion que M. Husson va faire tirer à la commission, et de cette observation et de la suivante (bien qu'aucun des commissaires n'ait été témoin de celle-ci). La commission, dit-il, a vu dans ces deux obser= vations la preuve la plus évidente de labolition de la sensibilité pendant le somnambulisme !t Mais aussi M. Husson seul en avait conçu le plan et en dirigeait les détails.
une des preuves les moins équivoques de la force du sommeil magnétique. Il s’agit d’une dame P****, âgée de soixante-quatre ans, demeurant rue Saint-Denis, n° 451, qui consulta M. Cloquet, le 8 avril4829, pour un cancer ulcéré qu’elle portait au sein droit depuis plusieurs années, et qui était compliqué d’un engorgement considérable des ganglions axillaires correspondants. M. Chapelain, médecin ordinaire de cette dame, qui la magnétisait depuis quelques mois dans l’intention, disait-il, de dissoudre l’engorgement du sein, n’avait pu obtenir d'autre résultat, sinon de produire un sommeil très-profond, pendant lequel la sensibilité paraissait anéantie, les idées conservant toute leur lucidité. Il proposa à M. Cloquet de l’opérer pendant qu’elle serait plongée dans le sommeil magnétique. Cedernier, qui avait jugé l'opération indispensable, y consentit ; et le jour fut fixé pour le dimanche suivant, 12 avril. La veille et l’avant-veille, cette dame fut magnétisée plusieurs fois par M. Chapelain, qui la disposait lorsqu'elle était en somnambulisme à supporter sans crainte l'opération, qui l’avait même amenée à en causer avec sécurité, tandis qu'à son réveil elle en repoussait l’idée avec horreur.
Le jour fixé pour l'opération, M. Cloquet, en arrivant à dix heures et demie du matin, trouva la malade habillée et assise dans un fauteuil, dans l'attitude d’une personne paisiblement livrée au sommeil naturel. Il y avait à peu près une heure qu’elle était revenue de la messe qu’elle entendait habituellement à la même heure ; M. Chapelain l'avait mise dans le sommeil magnétique depuis son retour ; la malade parla avec beaucoup de calme de l'opération qu’elle allait subir. Tout étant disposé pour l’opérer, elle se déshabilla elle-même et s’assit sur une chaise.
M. Chapelain soutint le bras droit, le bras gauche fut laissé pendant sur le côté du corps. M. Pailloux, élève interne delhôpital Saint-Louis, fut chargé de présenter les instruments et de faire les ligatures, Une première incision partant du creux de Vaisselle fut dirigée au-dessus de la tumeur jusqu’à la face in- . terne de la mamelle, La deuxième, commencée au même point, cerna la tumeur par en bas, et fut conduite à la rencontre de la première : les ganglions engorgés furent disséqués avec précaution, à raison de leur voisinage de Partère'axillaire, et la
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 389 tumeur fut extirpée. La durée de lopération a été de dix à douze minutes.
Pendant tout ce temps la malade a continué à s’entretenir tranquillement avec l'opérateur, et n’a pas donné le plus léger signe de sensibilité : aucun mouvement dans les membres ou dans les traits, aucun changement dans la respiration ni dans la voix, aucune émotion, même dans le pouls, ne se sont manifestés : la malade n’a pas cessé d’être dans Pétat d'abandon et d’impassibilité automatiques où elle était quelques minutes avant l’opération. On n’a pas été obligé de la contenir, on s’est borné à la soutenir. Une ligature a été appliquée sur l'artère thoracique latérale, ouverte pendant l'extraction des ganglions : la plaie étant réunie par desemplâtres agglutinatifs, et pansée, l’opérée fut mise au lit, toujours en état de somnambulisme dans lequel on Pa laissée quarante-huit heures. Une heure après l’opération, il se manifesta une légère hémorragie qui n’eut pas de suite. Le premier appareil fut levé le mardi suivant 44, la plaie fut nettoyée et pansée de nouveau; la malade ne témoigna aucune sensibité ni douleur; le pouls conserva son rhythme habituel.
Après ce pansement, M. Chapelain réveilla la malade, dont le sommeil somnambulique durait depuis une heure avant l'opération, c’est-à-dire depuis deux jours. Cette dame ne parut avoir aucune idée, aucun sentiment de ce qui s'était passé; mais en apprenant qu’elle avait été opérée, et voyant ses enfants autour d’elle, elleen éprouva une très-vive émotion que le magnétiseur fit cesser en l’endormant aussitôt (1).
(1) Ici notre commentaire sera très-simple ; M. Husson qui paraît n’avoir qu’un seul projet en tête, celui de rendre l’académie solidaire de toutes ses croyances somnambuliques , appelle cette observation une propriété de l’académie; merci, c’est là une propriété que repousse l’académie ; que les magnétiseurs s’en émparent, qu’ils la gardent, on ne doit rien trouver de semblable dans le domaine des sciences médicales.
Que si maintenant on veut savoir ce que nous pensons au fond de’ cette histoire, nous dirons qu’il faut d’abord faire la part des magnétiseurs dans celte affaire, puis la part du chirurgien ; pour les magnétiseurs la part est considérable , la voici : la veille et l’avant-veille la dame aurait été magnétisée , jet pendant qu’elle aurait été en somnambulisme , disent les magnétiseurs, on la préparait à subir sans crainte l'opération ; elle en causait alors avec sécurité !!
La commission à vu dans ces deux observations la preuve la plus évidente de labolition de la sensibilité pendant le som nambulisme, et elle déclare que, bien qu’elle n’ait pas été témoin de la dernière, elle la trouve empreinte d’un tel caractère
Cette dame était allée à la messes à son retour, M. Chapelain la met dans un sommeil magnétique ; après l'opération elle est mise au lit, toujours en état de somnambulisme, bien entendu; elle reste encore dans cet état 48 heures. Le lendemain , après le pansement, M. Chapelain la réveille ; son sommeil somnambulique , dit M. Husson, durait depuis deux jours ! Il ajoute qu’en apprenant ce qui s’était passé elle en éprouva une -très-vive émotion ; mais vite M. Chapelain fit cesser l'émotion en l’endormant de nouveau ! Voilà la partie de l’histoire qui appartient aux magnétiseurs et même à M. Husson , pour peu qu’il ait envie de cette part de la propriété,
Maintenant voyons le contingent de l’opérateur : c’est l’honorable M. J. Cloquet. Il arrive à dix heures et demie du matin pour pratiquer une ablation du sein ; il trouve sa malade habillée et assise dans un fauteuil , malade calme et résignée , comme il s'en trouve beaucoup if est inutile de déctiré l'opération , elle n’offrit rien d’insolité , si ce f'esl l’impassibilité de la malade, qui pendañt tout le temps de l’opération s'entrétenait tranquillement avec l'opérateur! cé qui du reste était contre toutes les lois de la science somnambulique ; car, mise en somnambulisme par M. Chapelain, elle ne devait conserver de rapports qu’âvec lui, son magnétiseur ; mais peu importe, elle causait avec M. Cloquet, sans qu’on fût obligé de la contenir, seulement on lasoutenait; puis après l’opération on la met au lit, et l’opérateur se retire plein d'admiration pour le courage, pour
1 ’impassibilité de cette malade, Voilà ce qui revient au chirurgien.
Voyez maintenant de quel côté sont les invraisemblances , les suppositions , les merveilles, les contradictions, les absurdités, et de quel côté se trouve un fait intéressant , si l’on veut, mais loin d’être unique dans lés fastes de l’art. Ce qu'il y a d’incroyable, ce qu’il y a d’absurde, est raconté par les magnétiseurs, c’est leur propriété ; ils ont tout fait, tout arrangé ; avant comme après l’opération. Quant au chirurgien , ce qu’il a vu , ce qu’il a observé est un fait rare, nous le répétons, mais on en cite quelques autres non moïns remarquables; ainsi lorsque plus tard, et à l’occasion d’une dent qui, d’après M. Oudet, aurait été enlevée sans douleur, l’histoire de M. Cloquet a été mentionnée de nouveau à l’académie, plusieurs opérateurs s’empressèrent de rapporter des faits semblables ; tous s'accordèrent à dire qu’il n’était nullement besoin pour cela de recourir à l'intervention du magnétisme. M. Roux raconta qu'ayant dû lui-même pratiquer une opération extrêmement grave chez une jeune personne, c'était une énorme tumeur qui devait être extirpée , la malade, bien que d’une constitution faible et délicate, supporta l'opération avec un calme, une impassibilité admirable, Elle aussi s’entretint avec l'opérateur pendant que le bistouri
de vérité, elle lui a été attestée et répétée par un si bon observateur qui l’avait communiquée à la section de chirurgie, qu’elle n’a pas craint de vous la présenter comme le témoignage le moins contestable de cet état de torpeur et d’engourdissement provoqué par le magnétisme.
Au milieu des expériences dans lesquelles la commission avait cherché à apprécier cette faculté de mettre en mouvement sans contact la contractilité des muscles de M. Petit d’Athis, d’autres essais se faisaient sur lui pour observer la clairvoyance, c’est-à-dire la vision à travers les paupières fermées (1), dont on disait qu’il était doué pendant le somnambulisme.
à la main il faisait de profondes incisions , et cependant il n’y avait pas là de magnétiseur pour soutenir qu’elle était en somnambulisme.
À présent que nous avons fait la juste part des uns et des autres , disons que du côté des magnétiseurs il y avait encore une autre prétention : ils s'étaient imaginé qu'une fois ce faitde M. Cloquet connu, nul ne songerait désormais à se faire pratiquer une opération un peu sérieuse sans avoir préalablement pris la précaution d'appeler un magnétiseur pour se faire somnambuliser ; mais malheureusement pour eux les choses n’ont pas tourné ainsi, le public a senti que c'était là une nouvelle spéculation, et nul n’y a pris garde excepté M. Husson.
(4) Nous avons déjà dit quelque chose sur Ja différence des phénomènes offerts par les diverses espèces de somnambules. Tous les somnambuies ont un point de contact qui leur est commun, c’est de ne rien devoir à une prétendue influence du magnétisme animal ; mais il en est qui doivent être préparés, instruits, dirigés, c’est-à-dire réservés pour la fabrique du merveilleux , et ces sujets doivent être bien choisis; ce sont des hommes en général, parce que ce long manége exige une tête plus forte et plus de constance dans ce rôle. En général, l'extraordinaire chez les hommes est inculqué, étudié, acquis, tandis que les femmes sont préférables pour les séances imprévues, pour les coups de théâtre; car presque toujours il y à du dramatique, de l’étrange même dans leur jeu le plus naturel. ù
Après avoir recherché en quelque sorte les sources, les mobiles de l’extraordinaire spontané et réel, après lavoir distingué du merveilleux de fabrique, distinction que M. Husson n’a jamais cherché à établir, disons par avance que nous allons avoir à nous occuper des premiers phénomènes du merveilleux de fabrique, c'est-à-dire de la clairvoyance. Il ne faut pas oublier que les commissaires sont toujours à la recherche des caractères propres à indiquer qu'il y a
ou non somnambulisime. Onavaitdéià cru, il est vrai, trouver un premier carac-
Le magnétiseur nous avait annoncé que son somnambule reconnaîtrait entre douze pièces de monnaie celle que lui M. Dupotet aurait tenue dans sa main. Le rapporteur y plaça unécu de cinq fr. au millésime de l'an xnx, et le mêla ensuite à douze autres qu’il rangea en cercle sur une table. M. Petit désigna une de ces pièces; mais elle était au millésime de 1812. Ensuite on lui présenta une montre dont on avait dérangé les aiguilles afin qu’elles n’indiquassent pas l'heure actuelle, et deux fois de suite M. Petit fut dans l'erreur sur l'indication de leur direction. On a voulu expliquer ces mécomptes en nous disant que M. Petit perdait de sa lucidité depuis qu’il était magnétisé moins souvent (1); et pourtant, dans la même séance, le rapporteur à fait avec lui une partie de piquet ; il a souvent cherché à le tromper en annonçant une carte ou une couleur pour une autre, et la mauvaise foi durapporteur n’a pas empêché M. Petit de jouer juste, et de savoir la couleur du point de son adversaire. Nous devons ajouter que chaque fois que l’on a interposé un Corps, une feuille de papier, un carton entre les yeux et l’objet à désigner, M. Petit n'a pu rien distinguer.
Si ces épreuves eussent été les seules dans lesquelles nous eussions cherché à reconnaître cette clairvoyance, nous en au-
tère dans ce que M. Husson appelle l’état de torpeur et d’engourdissement provoqué par lemagnétisme ; mais commeil ne pouvait s'appuyer que sur deux observations , l'histoire de l’opérée de M, Cloquet (véritable propriété des magnétiseurs, tout à fait étrangère à lacommission et conséquemment nulle pour elle), et l'histoire de la bûche jetée sur le parquet, il faut croire que cette bûche n'avait en aucune manière convaincu la commission, car M. Husson est obligé de se rejeter sur la clairvoyance. Mais pour le coup si la clairvoyance est démontrée, M. Husson est sûr de son fait; écoutez-le : On peut conclure avec certitude, dit-il, que le somnambulisme existe, quand il donne lieu au développement de facultés telles que la clairvoyance , etc. Nous devons donc nous arrêter sur cette première faculté, et examiner tous lès incidents des faits qui ont donné à M. Husson cette croyance, cette conviction que par l'intervention du magnétisme des individus peuvent voir, regarder, lire, etc., ayant les yeux fermés.
(1) Voici une expérience que nous pourrions rapprocher des précédentes et placer parmiles déceptions, lesbévues somnambuliques. Mais l'explication suivait de près ces mécomptes; M. Dupotet avait toujours d'excellentes raisons à donner : sice M. Petit perdait de sa lucidité, c’est qu’il était magnétisé moins souvent que de coutume; il n°y avait rien à répondre à cela.
rions conclu que ce somnambule ne la possédait pas ; mais cette faculté parut dans tout son jour dans l’expérience suivante, et cette fois le succès répondit entièrement à ce que nous avait annoncé M. Dupotet (1).
M. Petit fut magnétisé le 15 mars 4826 par lui, à huit heures et demie du soir, et endormi à peu près en une minute, Le président de la commission, M. Bourdois, s’assura que le nombre des pulsations avait, depuis qu’il était endormi, diminué de vingt-deux par minute, et que le pouls avait même quelque chose d’irrégulier. M. Dupotet, après avoir mis un bandeau sur les yeux du somnambule, dirige sur lui à plusieurs reprises ses doigts en pointe à deux pieds environ de distance. Aussitôt il se manifeste dans les mains et dans les bras vers lesquels était dirigée l’action une contraction violente. M. Dupotet ayant également approché ses pieds de ceux de M. Petit, toujours sans contact, celui-ci les retire avec vivacité. Il se plaint d’éprouver dans les membres sur lesquels l’action s’était portée une vive douleur et une chaleur brûlante. M. Bourdois essaye de produire les mêmes effets. Il les obtient également, mais avec moins de promptitude, et à un degré plus faible.
Ge point bien établi, on s'occupe de reconnaître la clairvoyance du somnambule. Celui-ci ayant déclaré qu’il ne pouvait voir avec le bandeau, on le lui retire; mais alors toute l'attention se porte à constater que les paupières sont exactement fermées. À cet effet, on tient presque constamment pendantles expériences une lumière au-devantdes yeux de M. Petit, à la distance d’un ou deux pouces; et plusieurs personnes eurent les yeux presque continuellement fixés sur les siens.
{4} Nous assistons en quelque sorte au point de départ de M. Petit; il est encore un peu neufen matière de clairvoyance; il fait, il est vrai, sa partie de piquet avec M. Husson , mais il ne va pas au delà; M. Husson est même forcé d'ajouter, comme à regret, que si on interpose entre ses yeux qui paraissent fermés et la carte à désigner, un carton ou même une simple feuille de papier, M. Petit ne peut plus rien distinguer; c’est là ce que M. Husson ajoute à son récit, sans du reste y attacher de l’importance : c’est si peu de chose! Mais dans l'expérience suivante M. Petit va se surpasser, la clairvoyance paraîtra dans tout son jour (style de M. Husson), et le succès répondra entièrement à ce qu'avait annoncé M, Dupotet.
Aucun ne put apercevoir le moindre écartement entre les paupières. M. Ribes fit même remarquer que leurs bords étaient superposés de manière que les cils se croisaient.
On examine aussi l’état des yeux, on les ouvre de force sans que le somnambule s’éveille; et l’on remarque que la prunelle est portée en bas et dirigée vers le grand angle de l'œil.
Après ces observations préliminaires, on procède à vérifier les phénomènes de la vision avec les yeux fermés.
M. Ribes, membre de l’académie, présente un catalogue qu’il tire de sa poche. Le somnambule, après quelques efforts qui paraissent le fatiguer, lit très-distinctement ces mots : Lavater. Il est bien difficile de connaître les hommes. Ces derniers mots étaient imprimés en caractères très-fins. On lui met sous les yeux un passe-port; il le reconnaît, et Le désigne sous le nom de passe-homme. Quelques instants après, on substitue au passe-port un port d’armes, que l’on sait être presque en tout semblable au passe-port, et on le lui présente du côté blanc. M. Petit peut seulement reconnaître que c’est une pièce encadrée et assez semblable à la première : on le retourne. Alors, après quelques instants d'attention, il dit ce que c’est, et lit distinctement ces mots : de par le roi, et à gauche, port d'armes. On lui montre encore une lettre ouverte ; il dit ne pouvoir la lire, n’entendant pas l'anglais : c'était en effet une lettre anglaise.
M. Bourdois tire de sa poche une tabatière sur laquelle était un camée encadré en or. Le somnambule ne peut d’abord le voir distinctement ; le cadre d’or l’éblouissait, disait-il. Quand on eut couvert le cadre avec les doigts, il dit voir emblème de la fidélité. Pressé de dire quel était cet emblème, il ajoute : je vois un chien, il est comme dressé devant un autel. Cest là en effet ce qui était représenté.
On lui présente une lettre fermée, il ne peut rien découvrir du contenu ; il suit seulement la direction des lignes avec le doigt, mais il lit fort bien l’adresse, quoiqu’elle contint un nom assez difficile : à M. de Rockenstroh (4).
(1) Avant d'analyser ces expériences dans lesquelles on trouve des aveux extrêmement remarquables, nous dirons que nous aussi nous avons assisté à plusieurs expériences semblables ; nous les exposerons en temps et lieu; on verra que les incidents et les résultats étaient tout à fait analogues.
Les magnétiseurs commencent toujours par mettre leurs sujets en somnam-
Toutes ces expériences fatiguaient extrêmement M. Petit. On le laissa un instant reposer, puis, comme il aime beaucoup le jeu, on lui proposa, pour le délasser, de faire une partie de cartes. Autant les expériences dé pure curiosité semblent le Contrarier et le fatiguer, autant il faitavec aisance et dextérité ce qui
bulisme, ou du moins ils affirment qu'ils les mettent dans cet état; puis on annonce que les phénomènes de la clairvoyance vont avoir lieu, et alors chacun de vérifier si les sujets sont bien endormis, et si les paupières sont bien closes. On présente ensuite des cartes à jouer ou divers écrits à déchiffrer ; or, il est à remarquer que jamais les somnambules ne distinguent sur-le-champ les objets qu’on leur présente; ils les prennent d’abord dans leurs mains , ils les palpent en tous sens, les retournent de tous les côtés, les éloignent et les rapprochent de leurs yeux dits fermés, et enfin après bien des essais, bien des difiicultés, ils saisissent en quelque sorte à la volée ou quelques lettres, ou bien deux mots, quelquefois trois, rarement quatre ou cinq, puis il leur faut du repos; cet exercice , répètent les magnétiseurs, fatigue excessivement les somnambules. Enfin, aprèsun repos plus ou moins long, ou bien après une partie de piquet, onles remet à l'épreuve, et alors nouvelles expériences, nouvelles tentatives, et comme la première fois , essais infructueux , erreurs, puis deux ou trois oracles encore, et voilà ce qu’on appelle les phénomènes de la clairvoyance! Les adeptes, les curieux tombent dans l'admiration parce qu’un homme dont les cils paraissent croisés, arrive à saisir ou la forme ou la couleur d’un objet, ou bien deux ou trois mots dans une page! Et vous allez voir que dans les expériences rapportées par M. Husson les choses se sont passées absolument de cette manière.
M. Petit déclare tout d’abord qu'il ne peut voir à travers un bandeau, pas même à travers une mince feuille de papier (on montre mieux que cela aujourd'hui, M. Petit n’était qu’un écolier; nous sommes bien loin encore de la transposition des sens) ; on approche une lumièreau-devant des yeux de ce somnambule, on ne trouve aucun écartement appréciable entre les paupières, on ouvre les yeux, on remarque que la prunelle est tournée en bas et vers le grand angle, les cils paraissent même entre-croisés; mais il est évident que tout cela ne signifie rien, puisque tout cela a été observé, remarqué avant l'expérience, avant la manifestation de la clairvoyance. Ce qui le prouve, c'est ce que le rapporteur dit naïvement , savoir : Après ces observations préliminaires, on procède, elc. Mais ces observations ne devaient pas être préliminaires, elles devaient être concomitantes. On présente alors un catalogue, et le somnam-— bule, qui ne porte pas de bandeau comme vous le savez, distingue quelques mots, et après plusieurs efforts le passe-port et le port d'armes sont également reconnus. Notez que c’est toujours après quelques moments d'attention, après plusieurs essais. M. Bourdois tire desa poche une tabatière, et le somnambule, est-il encore dit, ne peut d’abord la voir distinctement; il fait des observations, il par-
lui fait plaisir, et ce à quoi il se porte de son propre mouvement.
Un des assistants, M. Raynal, ancien inspecteur de l’université, fit avec M. Petit un cent de piquet, et perdit. Celui-ci maniait les cartes avec la plus grande agilité, et sans jamais se
lemente, il pose des conditions ;on cache le cadre avecles doigts, et pendant ce temps il distingue le sujet encadré, |
Qui ne voit que dans toutes ces circonstances on n’a pu se mettre à l’abri de quelque subtibilité ? I faudrait avoir vu, comme nous, les somnambules tourner et retourner les objets, objecter des si et des mais, feindre pour gagner du temps une fatigue excessive, approcher l’objet de leurs yeux qu’on croit toujours exactement fermés, puis l’éloigner, etc., etc., pour bien concevoir toutes les particularités, tous les accidents de ces expériences ; et alors on serait bien convaincu que toujours il y a eu, comme dans le cas de ce M. Petit, subtilité, supercherie possible. Sans doute il faut avoir de l’adresse pour s’en tirer honorablement devant tant de personnes, pour peu surtout que ces personnes soient soupçonneuses; aussi tous les somnambules ne sont-ils pas propres à ces grandes et décisives expériences, tous ne pourraient pas faire apparaître (pour nous servir des expressions de M. Husson) la clairvoyance dans tout son jour.
Heureux le magnétiseur qui a su les former, qui les possède ! sa fortune est en bon train, Il les réserve pour les grandes occasions ; il convoque alors toutes les sommités de l’ordre social, les députés, Les aides de camp du roi des Français, comme nous le verrons plus tard.
Il faut donc, nous le répétons, des sujets bien exercés et bien subtils; mais on conçoit qu'avec de l’exercice et de l'adresse il est possible d’arriver à ces résultats, dans les conditions mentionnées plus haut, c’est-à-dire à distinguer partiellement les objets, et par une entr’ouverture des paupières, si on peut s’exprimer ainsi, tellement étroite, tellement instantanée qu’elle échappe à l’attention des assistants, surtout lorsqu’elle n’a paslieu immédiatement, mais au milieu d'essais nombreux, d’objections, de refus simulés, de sollicitations, etc., etc., c’est-àdire lorsque l’attention des spectateurs est nécessairement fatiguée ou distraite.
Revenant à notre expérience prétendue magnétique, nous dirons, pour nous résumer, qu'après en avoir bien examiné et apprécié toutes les circonstances, tous les incidents, il n’est nullement démontré pour nous que le sieur Petit ait été mis dans l’impossibilité d’user de supercherie, d'adresse, pour distinguer les objets à lui présentés ; il est évident que les faits tels qu’ils sont rapportés ne rendent pas ces suppositions impossibles. Donc le choix dont nous avons déjà parlé nesaurait encore être ici douteux pour ce qui est de l'interprétation ; en effet, ou le nommé Petit est parvenu par son adresse, par sa subtilité à tromper les observateurs dans les circonstances rapportées plus haut, c’est-à-dire dans des circonstances qui ne rendent nullement le fait impossible, ou il a lu à travers toute l’épaisseur des paupières , fait reconnu physiquement et physiologique-
tromper. On essaya plusieurs fois inutilement de le mettre en défaut, en soustrayant ou en changeant des cartes ; il comptait avec une surprenante facilité le nombre de points marqués sur la carte à marquer de son adversaire.
Pendant tout ce temps on n’avait cessé d’examiner les yeux, et de tenir auprès d’eux une lumière; on les avait toujours trouvés exactement fermés; on remarqua que le globe de l’œil semblait néanmoins se mouvoir sous la paupière, et suivre les diversmouvements des mains.Enfin M. Bourdois déclara que, selon toutes les vraisemblances humaines, et autant qu’on en pouvait juger par les sens, les paupières étaientexaciement closes.
Pendant que M. Petit faisait une deuxième partie de piquet, M. Dupotet, sur l'invitation de M. Ribes, dirigea, par derrière,
ment de toute impossibilité, et il l’aurait fait à l’aide d’un agent particulier, c'est-à-dire du magnétisme animal. Pour nous, nous venons de le dire, le choix n’est pas douteux ; nous refusons notre croyance à la dernière supposition et à son explication qui n’en est pas une, et si nous avons de l’étonnement à accorder, ce sera pour l’adresse, pour la finesse déployée en cette circonstance par le sieur Petit, mais non pour une prétendue intervention magnétique dont nous ne voyons pas même la nécessité.
Voilà donc cette merveilleuse clairvoyance réduite à sa valeur réelle ! cette clairvoyance dont on a fait tant de bruit, et que le rapporteur regarde comme un des caractères propres à prouver la réalité du somnambulisme magnétique !
Quoi! MM. Foissac, Dupotet, Chapelain, etc., n’ont pu pendant un espace desix années montrer aux commissaires qu’un ou deux exemples de cette force? qu’étaient donc devenues ces lectures si faciles par le front, par l'occiput et par le bout des doigts? qu’étaient devenues ces fameuses transpositions des sens ? et que penser des médecins qui avaient admis comme possibles ces sortes de transpositions ?
Ici, il faut le dire, le rapport de la commission est utile en ce sens que, n'ayant enregistré que des faits authentiques, bien que trop souvent mal interprétés , nous n’y retrouvons aucune de ces prétendues transpositions. Les magnétiseurs n’ont pas osé pendant six ans recourir à cette fameuse jonglerie; et cependant, avouons-le, avec un peu plus d’adresse ce grand résultat du merveilleux de fabrique aurait bien pu passer encore. Il n’y a que le premier pas qui coûte en fait de croyance au magnétisme, et lorsqu'on est constitué de manière à adopter la vision avec les yeux fermés , on est bien près de l’adopter à travers un bandeau , et enfin d'admettre le déplacement de cette vision. Ah! messieurs les magnétiseurs ! le cœur vous à manqué dans celte occasion ; jamais vous ne re -
trouverez un semblable rapporteur !
la main vers son coude; la contraction précédemment observée eu lieu de nouveau; puis, sur la proposition de M. Bourdois, il le magnétisa par derrière, et toujours à plus d’un pied de distance, dans l'intention de léveiller. L’ardeur que le somnambule portait au jeu combattait cette action, et faisait que, sans le réveiller, elle le gênait et le contrariait, Il porta plusieurs fois la main derrière la tête, comme s’il souffrait. 1] tomba enfin dans un assoupissement qui paraissait être un sommeil naturel assez léger; et, quelqu'un lui ayant parlé dans cet état, il s’éveilla comme en sursaut. Peu d’instants après, M. Dupotet, toujours placé près de lui et à quelque distance, le plongea de nouveau dans le sommeil magnétique, et les expériences recommencèrent. M. Dupotet, désirant qu’il ne restât aucune ombre de doute sur la nature d’une action physique exercée à volonté sur le somnambule, proposa de mettre à M. Petit tel nombre de bandeaux que l’on voudrait, et d'agir sur lui dans cet état. On lui couvrit en effet la figure jusqu'aux narines avec plusieurs cravates; on tamponna avec des gants la cavité formée par la proéminence du nez, et on recouvrait le iout d’une cravate noire descendant en forme de voile jusqu’au col. Alors on recommença de nouveau et de toutes les manières les essais d'action à distance, et constamment les mêmes mouvements se manifestèrent dans les parties vers lesquelles la main ou le pied étaient dirigés.
Après ces nouvelles épreuves, M. Dupotet, ayant Ôté à M. Petit ses bandeaux, fit avec lui une partie d’écarté pour le distraire. Il joua avec la même facilité qu'auparavant, et gagna encore. Il mettait tant d’ardeur (1) à son jeu, qu’ilresta insensible à l'influence de M. Bourdois, qui essaya inutilement, pendant qu'il jouait, d'agir sur lui par derrière, et de lui faire exécuter un commandement volontaire.
Après sa partie, le somnambule se leva, se promena à travers le salon, écartant les chaises qui se trouvaient sur son passage, et alla s'asseoir à l’écart pour se reposer quelque temps loin des curieux et des expérimentateurs qui l'avaient fatigué.
(1) Bienveillante interprétation ! c'était l’ardeur du jeu, et nulle autre chose, qui a permis à M. Husson d’expliquer pourquoi le sujet nesemontrait pas sensible à l’action du magnétisme,
Là M. Dupotet le réveilla à plusieurs pieds de distance; mais ce réveil ne fut pas complet, à ce qu’il parait, car quelques instants après il s’assoupit; il fallüt faire de nouveaux efforts pour le réveiller complétement.
Eveillé, il a dit ne conserver aucun souvenir de ce qui s'était passé pendant son sommeil.
À coup sûr, si, comme M. Bourdois l’a consigné à part sur le procès-verbal de cette séance, la constante immobilité des pauprières et leurs bords superposés de manière que les cils paraissaient entre-croisés sont des garanties suffisantes de la clairvoyance de ce somnambule à travers les paupières, il est impossible de refuser, sinon sa croyance, au moins son étonnement à tout ce qui s'est passé dans cette séance, et de ne pas désirer être témoin de nouvelles expériences, pour pouvoir fixer son opinion sur l existence et la valeur du magnétisme animal.
Le vœu exprimé à cet égard par notre président n’a pas tardé à recevoir son exécution chez trois somnambules qui, outre cette clairvoyance observée sur le précédent, ont présenté des preuves d’une intuition et d’une prévision très-remarquables, soit pour eux, soit pour d’autres.
Iei la sphère paraît s’agrandir; il ne s’agit plus de satisfaire une simple curiosité, de chercher à s'assurer s’il existe un signe qui puisse faire prononcer que le somnambulisme à ou n’a pas lieu, si un somnambule peutlire les yeux fermés, se livrer, pendant son sommeil, à des combinaisons de jeux plus ou . moins. compliquées, questions curieuses, intéressantes, dont la solution, celle de la dernière surtout, est, comme spectacle, un phénomène très extraordinaire, mais qui, en véritable intérêt, et surtout en espérances sur le parti qu'en peut tirer la médecine, sont infiniment au-dessous de celles dont la commission va vous donner connaissance (1).
(4) M. le rapporteur semble ici emboucher la trompette épique en l'honneur du magnétisme, et vouloir en quelque sorte nous émerveiller par l'annonce des hauts faits somnambuliques qu’il va nous exposer, Quoi ! dit-il, vous en êtes encore à demander si le magnétisme animal existe! il s’agit bien de cela vraiment! ce sont-là des questions oiseuses, de pure curiosité; il s’agit maintenant des effets merveilleux compris sous les noms d’intuition et de prévision. Vous venez de l’entendre : Zci la sphère paraît s’agrandir ; il ne s'agit plus de satis-
Il n’est personne parmi vous, messieurs, qui, dans tout ce qu'on à pu lui citer du magnétisme, n’ait entendu parler de cette facilité qu’ont certains somnambules, non-seulement de préciser le genre de maladies dont ils sont affectés, la durée, l'issue de ces maladies, mais encore le genre, la durée et l’issue des maladies des personnes avec lesquelles on les met en rapport. Les trois observations suivantes nous ont paru tellement importantes, que nous avons cru devoir vous les faire connaître dans leur entier, comme présentant des exemples fort remarquables de cette intuition et de cette prévision; vous y trouverez en même temps la réunion de divers phénomènes qui n’ont pas été observés chez les autres magnétisés (1).
Jaire une vaine curiosité, de chercher à s'assurer s’il existe un signe qui puisse Jaire prononcer si le somnambulisme a ou n’a pas lieu. La belle question en effet! N'est-ce pas chose convenue, décidée, arrêtée, que le somnambulisme a lieu ? IL est bien vrai qu’on avoue n’avoir pas trouvé de caractère propre à faire connaître si cet état est simulé ou s’il est réel, mais peu importe.
Donc, demander, maintenant que nous sommes si avancés dans nos travaux, demander, disons-nous, où est le véritable signe du somrambulisme, c’est, comme le dit fort bien M. le rapporteur, une question oiseuse. Reprenons son préambule : Zl ne s’agit plus de satisfaire une vaine curiosité, c'est-à-dire de chercher à s'assurer si un somnambule peut lire Les yeux fermés.
Effectivement, ceci est encore unebagatelle en comparaison des belles choses que M. Husson va nous exposer; aussi trouvons-nous que c’est avec raison qu’il poursuit en ces termes : Question curieuse comme spectacle, mais qui, en vérilable intérêt, et surtout en espérances sur le parti qu’en peut tirer la médecine, est infiniment au-dessous de celles dont la commission va vous donner connaissance. - Le magnétisme en effet peut fort bien faire distinguer des objets, lire des passe-ports, etc., à travers toute l’épaisseur des paupières; mais, comme il ne pourrait en faire autant pour ceux dont la cornée est rendue opaque par un simple albugo, un simple nuage, il n’y a aucune espérance à concevoir sur le parti qu’en pourrait tirer la médecine. C’est affaire de spectacle, puisque dans tous les cas il faut avoir de bons et beaux yeux. :
Ainsi laissons là la clairvoyance méprisée à juste titre par M. Husson, et revenons à ses promesses , c'est-à-dire aux expériences infiniment au-dessus de tout ce que nous avons vu jusqu'ici.
(1) Voilà donc qui est déjà tout avoué, accordé, admis; le rapporteur, avant même d’avoir rapporté une seule observation, déclare qu’il croit à l'intuition el à la prévision ; lui médecin, lui qui se croit observateur plus sévère et plus défiant que qui que ce soit, admet que certains somnambules , sans études préa-
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 401 Paul Villagrand, étudiant en droit, né à Magnac-Laval (Haute- Vienne) le 48 mai 4803, fut frappé, le 25 décembre 1895, d’une attaque d'apoplexie qui fut suivie de la paralysie de tout le côté gauche du corps. Après dix-sept mois de divers traitements par l’acupuncture, un séton à la nuque, douze moxas le long de la colonne vertébrale, traitements qu'il suivit, soit chez lui, soit à la maison de santé, soit à l’hospice de perfectionnement, et dans le cours desquels il eut deux nouvelles attaques, fut admis le 8 avril 1827 dans Phôpital de la Charité. Bien qu'il eût éprouvé un soulagement notable des moyens mis en usage avant son entrée dans cet hôpital, 4 marchait avec des béquilles, sans pouvoir s'appuyer sur le pied gauche; le bras du même côté exécutait bien divers mouvements, mais Paul ne pouvait lever le bras vers la tête. I! y voyait à peine de l’œil droit, et avait l’ouie très-dure des deux oreilles. C’est dans cet
lables, et par la seule puissance de l'agent magnétique, peuvent diagnostiquer, non-seulement leurs propres maladies, mais encore celles d’autres personnes, et qu’ils peuvent, toujours à l’aide du magnétisme, pronostiquer la durée et l’issue de ces maladies! Et où a-t-il trouvé les fondements de cette étrange croyance ? dans les incidents de trois observations, de quatre tout au plus, si l’on veut y comprendre cette demoiselle Samson qui lui avait décrit les boutons rouges et blancs de son estomac, et le petit fil qui remuait son cœur. La rougeur monte au visage quand on songe aux jongleries qui ont pu tromper à ce point un médecin, un membre de l'académie investi de la confiance de ses collègues !
Dans les trois observations que nous allons analyser, et qui sont, de l’aveu du rapporteur, les plus longues, les plus belles et Les plus curieuses de son rapport, l'intuition et la prévision ont tellement confondu et inextricablement mêlé leurs eflets, qu’il est impossible d’en faire la juste part; nous les examinerons donc à la fois, en commençant par l’histoire inouïe du paralytique, et nous gardant bien de rien omettre qui soit relatif à l'intuition et à la prévision.
La première observation , celle qui va suivre immédiatement, nous pouvons le dire ici, n’est pas seulement un récit, c’est l’aveu perpétuel d’une longue et profonde mystification, d’une mystification portée au plus haut degré : si donc nous voulions faire à la fois toutes nos remarques, et sans interruption, il en résulterait d’une part que, arrivés à la fin delhistoire, les lecteurs auraient perdu de vue la moitié des incidents, et d’autre part que les réflexions que nous ayons à faire perdraient tout l'intérêt de l’à-propos. Gette observation sera donc coupée de temps à autre , pour nous donner le rue Een bien apprécier la DES phique conception, pour nous permettre des bien saisir les résultats successifs, et enfin pour réfléchir sur la haute sagacité du rapporteur.
état qu'il fut confié aux soins de notre collègue, M. Fouquier, qui, outre la paralysie bien évidente, lui reconnut des symptômes d’'hypertrophie du cœur (1).
Pendant cinq mois il lui administra l'extrait alcoolique de noix vomique, le fit saigner de temps en temps, le purgea, et lui fit appliquer des vésicatoires. Le bras gauche reprit un peu de force, les maux de tête auxquels il était sujet s’éloignérent, et son état resta stationnaire jusqu’au 29 août 1827, époque à la= quelle il fut magnétisé pour la première fois par M. Foissac, d’après l’ordre et sous la direction de M. Fouquier. Dans cette première séance il éprouva une sensation de chaleur générale, puis des soubresauts dans les tendons; il s’étonna d'être envahi pour ainsi dire par une envie de dormir, se frotta les yeux pour la dissiper, fit des efforts visibles et infructueux pour tenir ses paupières ouvertes; enfin sa tête tomba sur la poitrine, et il s'endormit. À dater de ce moment, la surdité et le mal de tête ont cessé. Ce n’est qu’à la neuvième séance que le sommeil devint profond, et c’est à la dixième qu’il répondit par des sons inarticulés aux questions qu’on lui adressa; plus tard il annonça qu’il ne pourrait guérir qu’à l’aide du magnétisme, et il se prescrivit la continuation des pilules d'extrait de noix vomique, des synapismes et des bains de Baréges (2).
(1) N'oublions pas surtout dans la suite de cette observation, et lorsque nous en viendrons aux conclusions, n’oublions pas, disons-nous, ce qui vient d’être formellement avoué, savoir que Paul , même avant son entrée à la Charité, avait éprouvé un soulagement notable, qu’il était en voie de guérison, qu’il marchait avec des béquilles, que le bras du côté paralysé exécutait déjà des mouvements; n'oublions pas que ce malade, jeune encore, puisqu'il n'avait guère que vingt-trois ans, traité méthodiquement par M. Fouquier, continua d'aller mieux, que son bras gauche reprit plus de force, et que ses maux de tête s'étaient éloignés. Son état, dit le rapporteur, restait stationnaire: voulez-vous savoir ce que cela veut dire? cela signifie que son état élait alors celui des malades qui ne sont pas bien pressés de quitter l’hôpital ; de ces malades qui ont bon appétit, qui font une petite promenade le matin, une petite promenade le soir, et qui passent de fort bonnes nuits. Aussi P’épithète de stationnaire est-elle l’épithète reçue pour désigner ces sortes de malades équivoques. Cest une affaire entendue; poursuivons.
(2) L'éducation magnétique de Paul demanda, comme on le voit, un assez
Le 25 septembre la commission se rendit à l’hôpital de la Charité, fit déshabiller le malade, et constata que le membre inférieur gauche était manifestement plus maigre que le droit, que la main droite serrait beaucoup plus fort que la gauche; que la langue, tirée hors la bouche, était portée vers la commissure droite, et que, dans la buccination, la joue droite était plus bombée que la gauche.
On magnétisa alors Paul, qui ne tarda pas à entrer en somnambulisme. Il récapitula ce qui était relatif à son traitement, et prescrivit que dans Le jour même on lui appliquât un synapisme à chaque jambe pendant une heure et demie; que le lendemain on lui fit prendre un bain de Baréges, et, qu’en sortant du bain, on lui mit des synapismes pendant douze heures sans interruption, tantôt à une place, tantôt à une autre ; que le surlendemain, après avoir pris un second bain de Baréges,
“on lui tirât une palette et demie de sang par le bras droit. En- {in il ajouta qu’en suivant ce traitement, le 28, c’est-à-dire trois Jours après, il marcherait sans béquilles en sortant de la séance, où il dit qu’il faudrait encore le magnétiser (4). On
bon nombre de séances ; à la dixième il ne proférait encore que des sons inarticulés !
Nous l’avons dit plus haut : pour le merveilleux de fabrique il faut de bonnes préparalions : il ne s’agissait pas ici de produire des convulsions hystériques, de placer le foie dans la poitrine, de faire avaler coup sur coup la salive, oa clignoter des yeux ; il s'agissait de former un: sujet distingué, et Paul répondit aux soins qu’on prit de lui, ainsi que va nous le prouver le rapporteur.
IL annonce qu’il ne pourra guérir qu’à l’aide du magnétisme ; néanmoins il se prescrit la continuation des moyens qui l’avaient déjà notablement soulagé! . Paul était un garçon prudent: il ne va pas se berner, comme la première somnambule de M. Husson, aux loochs et aux adoucissants ; il préfère continuer l’usage des pilules d’extrait alcoolique de noix vomique ; ce n’était pas là un mauvais auxiliaire pour le magnétisme , vers la fin d’une paralysie et chez un jeune sujet!
(4) M. le rapporteur n’a pas manqué, avec l'exactitude, la rigueur que nous lui connaissons, de prendre acte de cette promesse, et probablement il se sera dit : nous verrons bien si Paul marche le 28 sans béquilles. Oh !'pour le coup force sera bien et à la commission et à l'académie de croire à la prévision : et bien qu’il eût promis positivement dans son rapport de se montrer sévère et défiant, de se garder de toute supercherie , l’idée ne lui vint pas de suspecter la sincérité de Paul ; il n’alla pas jusqu'à supposer que Paul était peut-être déjà en
suivit le traitement qu’il avait indiqué, et, au jour dit, le 28 septembre, la commission vint à l'hôpital de la Charité. Paul se rendit, appuyé (1) sur ses béquilles, à la salle des conférences, Où 1l fut magnétisé comme de coutume et mis en somnambulisme. Dans cet état, il assura qu’il retournerait à son lit sans béquilles, sans soutien. A son réveil il demanda ses béquilles, on lui répondit qu’il n’en avait plus besoin. En effet il se leva, se soutint sur la jambe paralysée, traversa la foule qui le suivait, descendit la marche de la chambre d’expériences, traversa la deuxième cour de la Charité, monta deux marches; et, arrivé au bas de l’escalier, il s’assit. Après s'être reposé deux minutes, il monta à l’aide d’un bras et de la rampe les vingt-quatre marches de l'escalier qui conduit à la salle où il couche; il alla à son lit sans appui, s’assit encore un moment, et fit ensuite une nouvelle promenade dans la salle, au grand étonnement de tous les malades, qui jusqu’alors l'avaient toujours vu cloué dans son lit. À dater de ce jour Paul ne reprit plus ses béquilles (2).
La commission se réunit encore le 41 octobre suivant, à l’hôpital de la Charité. On le magnétisa, et il annonça qu’il serait complétement guéri à la fin de l’année, si on lui établissait un. séton deux pouces au-dessous de la région du cœur. Dans cette séance on Île pinça à plusieurs reprises, on lui enfonça une
état de marcher sans béquilles; que cet ancien pensionnaire de la Charité, qui avait su si bien se prescrire des pilules d’extrait alcoolique de noix vomique, ne gardait peut-être plus ses béquilles que pour mettre la prévision dans tout son jour. Le rapporteur, loin d’avoir toutes ces mauvaises pensées, fitconvequer la commission pour le 28, afin de voir comment Paul se tirerait de sa fameuse promesse,
(1) Il jouait bien son rôle, ce M. Paul! te
(2) N’y avait-il pas là de quoi convaincre les plus incrédules? Le voyez-vous fendre les flots des spectateurs? le voyez-vous s'avancer ensuite suivi de Ja foule (magna comitante catervä)? Tout le monde est dans l'admiration, M. Husson lescorte et ne le perd pas de vue. Enfin les pauvres malades eux-mêmes voisins du paralytique étaient dans la stupeur; car le rapporteur, qui nous a dit que Paul, même avant son entrée à la Charité, marchait avec des béquilles , et que depuis il alla de mieux en mieux, nous assure ici que ses voisins l'avaient toujours vu cloué dans son lit; ce qui prouve que tout le monde avait perdu la tête, mais cela est bien pardonnable en pareille circonstance,
épingle à une ligne de profondeur dans le sourcil et dans le poignet sans qu’il donnât aucun signe de sensibilité.
Le 16 octobre M. Fouquier reçut du conseil général des hospices une lettre qui l’invitait à suspendre les expériences magnétiques qu’il avait commencées à l'hôpital de la Charité. On fut donc obligé d'interrompre ce traitement magnétique, dont ce paralysé ne pouvait, disait-il, assez louer l'efficacité. M. Foissac le fit sortir de l'hôpital, et le plaça rue des Petits- Augustins, n° 18, dans une chambre particulière où il continua son traitement (1).
Le 29 du même mois, la commission se rendit chez le ma- Jade pour examiner les progrès de sa guérison; mais, avant de le magnétiser, elle constata que la marche avait lieu sans béquilles, et qu’elle paraissait plus assurée que dans la précédente séance. Ensuite on lui fit essayer ses forces au dynamomètre. Pressée par la main droite, aiguille marquaït trente kilogrammes, et de la main gauche douze. Les deux mains réunies la firent monter à trente et un. On le magnétisa : en quatre minutes le somnambulisme se déclara, et Paul assura qu’il serait totalement guéri le 4° janvier. On essaya ses forces : la main droite fait monter l'aiguille du dynamomètre à vingtneuf kilogrammes (un de moins qu'avant le sommeil), la main gauche (la paralysée) à vingt-six, quatorze de plus qu'avant le sommeil, et les deux mains réunies à quarante-cinq, quatorze de plus qu'avant.
Toujours dans le somnambulisme il se lève pour marcher et franchit vivement l’espace; il saute à cloche pied sur le pied gauche. Il se met à genou sur le genou droit; il se relève en se soutenant par la main gauche sur un assistant, et en faisant
(1) Quel vandalisme dans le conseil général des hôpitaux! et que notre âge est tiède pour les hauts faits magnétiques! Un paralytique donne une scène inouïe ; il doit être guéri à jour fixe (on ne dit pas précisément à quelle heure), et ce malheureux conseil arrête un traitement dont le paralytique, comme dit M. Husson, ne pouvait assez louer l'efficacité! Heureusement pour l’humanité et pour la science magnétique, M. Foissacse chargea généreusement d’entretenir à la brochette ce précieux somnambule; ille choya, l’hébergea, le mit en chambre à ses propres frais, et en prit soin comme de la prunelle de ses yeux : les
somnambules de cette trempe sont si rares !
porter sur le genou gauche tout le poids de son corps. Il prend et soulève M, Thillaye, le fait tourner sur lui-même et se rasseoit l’ayant sur ses genoux. Il tire de toute sa force le dynamomètre et fait monter l’échelle de traction à seize myriagrammes. Sur l'invitation qu’on lui fait de descendre l’escalier, il quitte brusquement son fauteuil, prend le bras de M. Foissac qu’il quitte à la porte, descend et remonte les marches deux à deux, trois à trois, avec une rapidité convulsive, qu’il modère cependant quand on lui dit de les franchir une à une. Aussitôt qu’il est réveillé, il perd cette augmentation étonnante de ses forces ; alors, en effet, le dynamomètre ne marque plus que trois myriagrammes trois quarts, c’est-à-dire douze un quart moins qu'avant le réveil. Sa démarche est lente, mais assurée; il ne peut soutenir le poids de son corps sur la jambe gauche (la paralysée), et il essaie inutilement de soulever M. Foissac.
Nous devons noter, messieurs, que peu de jours avant cette dernière expérience, ce malade avait perdu deux livres et demie de sang, qu'il avait encore deux vésicatoires aux jambes, un séton à la nuque, un autre à la poitrine ; vous reconnaîtrez par conséquent avec nous quelle prodigieuse augmentation de forces lemagnétisme avait développée dansles organes malades, celle des organes sains restant la même, puisque pendant tout le temps qu’a duré le somnambulisme la force totale du corps avait été plus que quadruplée (1).
(1) Nous n’insisterons pas sur toutes les excursions de MM. Foissac et Paul hors de l’hôpital ; on voit qu’il ne s’agit plus dans leurs représentations ni de prévision, ni d’intuition , merveilleuses facultés que nous devons examiner ici; cependant on doit remarquer que Paul n’est pas inactif, il fait plusieurs tours de force très-surprenants sur le dynanomètre. M. le rapporteur nous le montre dansant à cloche pied sur le pied gauche, pendant le somnambulisme; il nous dit comment il prit et souleva M. Thillaye, comme il le fit tourner sur luimême ; singuliers détails pour la compagnie savante qui devait en entendre la lecture; puis enfin comment it se fit que Paul qui avait soulevé si aisément M. Thillaye pendant le somnambulisme, déclara (il fallait bien l'en croire) une fois éveillé qu'il ne pouvait plus même soulever M. Foissac ; preuve évidente, s’écrie le rapporteur, que pendant Le somnambulisme la force totale du corps est presque quadruplée.
Cependant le 1°* janvier 14828 approchait, c'était Le terme magnétiquement ,
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 407 Paul renonça par la suite à tout traitement médical. Il voulut seulement qu’on se bornât à le magnétiser ; et, vers la fin de l’année, comme il témoignait le désir d’être mis et maintenu pendant huit jours en somnambulisme, pour quesa guérison fût complète le4°”" janvier, il fut magnétiséle 25 décembre, et à dater de ce jour il resta en somnambuiisme jusqu’au 4° janvier (4). Pendant ce temps, il fut à des intervalles inégaux éveillé environ douze heures ; et dans ces courts moments de réveil on lui laissait croire qu’il n’était endormi que depuis quelques heures. Pendant tout son sommeil ses fonctions digestives se firent avec un surcroît d'activité.
annoncé pour la guérison complète de Paul ; or, Paul tenaità guérir ce jour-là, son honneur y était intéressé. Ce terme était bien rapproché ; comment faire? le voici : c’est par des séances magnétiques que Paul doit guérir; eh bien ! sil se faisait administrer le magnétisme à haute dose? c’est là , en effet, comme nous l’apprend le rapporteur, ce que fit Paul : il pria ce bon M. Foissac de le tenir endormi, somnambulisé, seulement pendant huit jours consécutifs. Huit jours de sommeil ! vont s’écrier ceux qui n’ont pas lu l'histoire du petit garçon de M. de Puységur. Oui, messieurs, huit jours. Lisez ce qui suit dans ce rapport, et vous allez voir comment les choses se sont passées,
(4) Est-il possible! vont ajouter nos pauvres ignorants en fait de magnétisme; quoi huit jours de sommeil sans interruption? Pardon, messieurs, dirons-nous, vous allez voir qu’il a été éveillé une douxaine d'heures, comme pour lui faire reprendre haleine ; et M. Husson va vous dire, que duns les courts moments de réveil, on lui laissait croire qu'il n’était endormi que depuis quelques heures!
- Mais mangeait-il pendant tout ce temps-là ? Assurément ; et M. lerapporteur nous dit encore ici, quependant tout Le temps de son sommeil ses fonctions digestives se firent avec un surcroît d'activité; ce qui signifie en langage ordinaire qu’il n’en eut que meilleur appétit.
Absolument comme le petit garçon amené de Busancy par M. de Puységur, et à qui celui-ci fit manger des gâteaux, lorsqu'il le mena se promener pendant son sommeil aux Champs-Elysées.
Mais on ira peut-être jusqu’à nous demander si pendant ces huit jours de sommeil magnétique, et lorsque la nuit arrivait, ilne s’'endormait pas d’un sommeil vulgaire par-dessus son sommeil somnambulique ? Ma foi, pour le coup,
c'est nous en demander trop; le rapporteur ne l’a pas consigné dans son rapport; peut-être n’a-t-il pas jugé le fait assez remarquable. Quant à nous, nous aurions été curieux de vérifier si unsommeil ordinaire pourrait être enté sur un sommeil magnétique,
Il était endormi depuis trois jours lorsque, accompagné de M. Foissac, il partit à pied le 28 décembre de la rue Mondovi, et alla trouver M. Fouquier, à l'hôpital de la Charité, où il arriva à neuf heures. Il y reconnut les malades auprès desquels il était couché avant sa sortie, les élèves qui faisaient le service dans la salle, et il lut les yeux fermés, un doigt étant appliqué sur Chaque paupière, quelques mots qui lui furent présentés par M. Fouquier. Tout ce dont nous étions les témoins nous parut Si étonnant, que la commission voulant suivre jusqu’à la fin l’histoire de ce somnambule, se réunit de nouveau le 4 janvier chez M. Foissac, où elle trouva Paul endormi depuis le 25 décembre. 11 avait supprimé quinze jours auparavant lés sétons de la nuque et de la poitrine, et s'était fait établir au bras gauche un cautère qu’il devait conserver toute la vie. Il déclarait, du reste, qu’il était guéri; qu’en ne commettant aucune imprudence, il arriverait à un âge avancé, et qu’il succomberait à une attaque d'apoplexie. (Toujours endormi), il sort de chez M. Foissac,: il marche et court dans la rue d’un pas ferme et assuré. À son retour, il porte avec la plus grande facilité une personne présente qu’il n'avait pu qu'avec peine soulever avant d’être endormi.
Le 12 janvier, la commission se rassembla de nouveau chez M. Foissac, où se trouvaient M. Las Cases, député, M. D***, aide de camp du roi, et M. Ségalas, membre de l'académie. M. Fois- Sac nous annonça qu'il allait endormir Paul ; que dans cet état de somnambulisme on lui appliquerait un doigt sur chaque œil fermé, et que malgré cette occlusion complète des paupières il distinguerait la couleur des cartes, qu’il lirait le titre d’un Ouvrage et quelques mots ou lignes indiqués au hasard dans le Corps même de louvrage. Au bout de deux minutes de manœuvres magnétiques Paul est endormi. Les paupières étant tenues fermées constamment et alternativement par MM. Fouquier, Itard, Marc et le rapporteur, on lui présente un jeu de cartes neuves, dont on brise la bande de papier portant le timbre de la régie; on les mêle, et Paul reconnait facilement et successivement les roi de pique, as de trèfle, dame de pique, neuf de trèfle, Sept de carreau, dame de carreau et huit de carreau.
On lui présente, ayant les paupières tenues fermées par M. Ségalas, un volume que le rapporteur avait apporté. E lit
DU MAGNÉTISME ANIMAL, 409 sur le titre : Histoire de France. 1 ne peut lire les deux lignes intermédiaires et lit sur la cinquième le nom seul : Anquetil, qui y est précédé de la préposition par. On ouvre le livre à la page 89, et il lit à la première ligne 14, le nombre de ses... il passe le mot troupes, el Continue : Au moment où on le croiait le plus occupé des plaisirs du carnaval... ; il lit également le titre courant Louis, mais il ne peut lire le chiffre romain qui le suit. On lui présente un papier sur lequel on a écrit les mots agglutination et magnétisme animal. 1 épèle Ie premier et prononce les deux autres. Enfin on lui a présenté le procèsverbal de cette séance, il en a lu assez distinctement la date et quelques mots plus lisiblement écrits que d’autres. Dans toutes ces expériences les doigts ont été appliqués sur la totalité de la commissure de chaque œil, en pressant de haut en bas la paupière supérieure sur l’inférieure, et nous avons remarqué que le globe de l’œil avait été dans un mouvement constant de rotation et paraissait se diriger vers l’objetsoumis à la vision.
Le 2 février, Paul fut mis en somnambulismechez MM. Scribe et Brémard, négociants, rue Saint-Honoré. Le rapporteur de la commission était le seul membre présent à l'expérience (1). On ferma les paupières comme dans la précédente, et Paul lut dans l’ouvrage intitulé : Les mille et une nuits, le titre, le mot préface et la première ligne de cette préface moins le mot peu. On lui présenta aussi un volume intitulé : Lettres de deux amies, par M°° Campan. Il distingua sur une estampe la figure de Napoléon, il en montra les bottes, etdit qu’il y voyait deux femmes. Ensuite il fut couramment les quatre premières lignes de la page 3, à l'exception du mot raviver. Enfin, il reconnut sans les toucher quatre cartes qu’on lui présenta successivement deux à deux; ce sont le roi de pique et le huit de cœur, la dame et le roi de trèfle.
Dans une autre séance qui eut lieu le 43 mars suivant, Paul essaya inutilement de distinguer différentes cartes qu’on lui appliqua sur lPépigasire; mais il lut encore les yeux fermés dans un livre ouvert au hasard, et cette fois ce fut M. Jules
(1) Et M. Husson qui assiste seul aux expériences et qui seul en rend compte, a reproché aigrement aux commissaires de l’ancienne académie des sciences de s’être bornés à envoyer l’un d’eux aux séances publiques de Mesmer !
Cloquet qui lui boucha les paupières. Le rapporteur écrivit aussi sur un morceau de papier les mots Maximilien Robespierre, qu’il lut également bien.
Les conclusions à tirer de cette longue et curieuse observation sont faciles. Elles découlent naturellement de la simple exposition des faits que nous avons rapportés, et nous les établissons de la manière suivante : 1° Un malade qu’une médecine rationnelle faite par un des praticiens les plus distingués de la capitale n’a pu guérir de la paralysie, trouve sa guérison dans l'emploi du magnétisme, et dans l’exactitude avec laquelle on suit le traitement qu’il se prescrit lui-même quand il est en somnambulisme ; 2° Dans cet état, ses forces sont notablement augmentées; 3° Il nous donne la preuve la plus irrécusable qu'il lit ayant les yeux fermés ; 4° Enfin il prévoit l’époque de sa guérison, et cette guérison arrive (4).
(1) Arrivés à la fin de cette longue et ridicule histoire et après lavoir commentée comme le sujet l’exigeait, nous allons passer sérieusement à son explication ; ici encore se présentent deux espèces toutes différentes d’interprétations , et partant des conclusions toutes différentes aussi à tirer. Quant à nous, rien ne nous empêche assurément de donner une interprétation rationnelle et vraiment médicale à toutes les circonstances de l’histoire de Paul, et cela sans sortir du texte de M. Husson.
Et d'abord le malade est en voie de guérison lorsqu'il entre à la Charité; la preuve en est, que depuis longtemps il se soutenait sur ses béquilles, que le bras du côté affecté exécutait des mouvements, etc., etc. Àl est jeune ; soumis à un traitement convenable, sa guérison ne pouvait tarder. Mais au lieu de quitter ses béquilles tout simplement, il se prépare à donner un coup de théätre après six mois de séjour à l’hôpital.
Comme il s’était très-bien trouvé du traitement mis en usage par M, Fouquier, il a le bon esprit dele continuer, tout en affirmant aux commissaires qu’il doit et devra tout à l’action du magnétisme.
Puis, après avoir réfléchi sur l'état présent de ses forces, après avoir calculé en quelque sorte, et comme le font tous les malades, les progrès de leur retour, il prévoit tout naturellement qu’au bout de trois mois environ il pourra se donner comme un homme guéri à terme fixe.
En effet , il paraît aller de mieux en mieux, lorsque pour hâter sa guérison . il a besoin d'être endormi pendant huit jours! M. Foissac, son magnéliseur, n’a garde de s’y refuser,
Pendant tout le temps de son prétendu sommeil , il boit, il mange, il se promène bras dessus bras dessous avec M. Foissac; il court, il saute, il lutte, il de-
à DU MAGNÉTISME ANIMAL. 414
L'observation suivante nous montrera cette prévision encore plus développée chez un homme du peuple tout à fait ignorant, et qui à Coup sûr n'avait jamais entendu parler du magnÉtisme (1).
Pierre Cazot, âgé de vingt ans, ouvrier chapelier, né d’une mère épileptique, était sujet depuis dix ans à des attaques d’épilepsie qui se renouvelaient cinq ou six fois par semaine, lorsqu'il entra à l’hôpital de la Charité dans les premiers jours du mois d'août 1827. Il fut soumis de suite au traitement du
vise, etc.,etc.; il reconnaît tous ses anciens amis, c’est-à-dire que son sommeil n’a de réalité que dans la tête de M. Husson.
Voilà assurément une version toute simple des phénomènes offerts par Paul et qui se présente naturellement à lesprit; voyons maintenant la version du rapporteur, on pourra choisir,
« Les conclusions à tirer de cette longue et curieuse observation, dit le rapporteur, sont faciles’; elles découlent naturellement de la simple exposition des faits que nous avons rapportés, et nous Les établissons de la manière suivante : 19 Un malade qu'une médication rationnelle, faite par un des praticiens Les plus distingués de la capitale, n'a pu guérir de la paralysie (Cette assertion est inexacte , la médication rationnelle avait remis Paul sur ses jambes; après trois attaques successives, il marchait à l’aide de béquilles, page 401, il se servait de son bras gauche, page ibid., etil voyait des deux yeux, page ibid. M. Fouquier aurait donc fait preuve de beaucoup d’abnégation, en permettant qu’on lui enlevât le mérite de cette guérison pour l'attribuer au magnétisme). Le malade trouve sa guérison dans l'emploi du magnétisme et dans l'exactitude avec laquelle on suit le traitement qu'il se prescrit lui-même quand il est en somnambulisme (c’est-à-dire qu’il acheva de guérir en persévérant dans la médication rationnelle). 2° Dans cet état ses forces sont notablement augmentées (il s’agit de tours de force faits dans la séance du 29 octobre). 30 Z{nous donne la preuve la plus irrécusable qu’il lit ayant Les yeux fermés (Cette preuve irrécusable est fondée sur la condition que nous avons déjà examinée, c’est-à-dire sur l’occlusion prétendue complète des paupières). 4° Enfin il prévoit l'époque précise de sa guérison, et cette guérison arrive (Et c’est un médecin qui a écrit ces dernières lignes!!).
(1) Nous allons avoir très-probablement un rare exemple de prévision à analyser ; nous n'aurions jamais cru qu’on pût aller au delà de Paul en fait de prévision ; mais M. le rapporteur nous assure qu'ici la prévision sera encore plus développée; qu’allons-nous donc apprendre? Et pour augmenter, pour irriter nos désirs, M. Husson nous prévient que ceci aura lieu chez un homme du peuple, tout à fait ignorant! Voyons donc cette observation.
magnétisme, s’endormit à la troisième séance, et devint somnambule à la dixième qui eut lieu le 49 août. Ge fut alors à neuf heures du matin qu’il annonça que le jour même à quatre heures après midi il aurait une attaque d’épilepsie, mais qu’on pouvait la prévenir si on le magnétisait un peu auparavant. On préféra vérifier l’exactitude de sa prévision, et aucune précaution ne fut prise pour s’y opposer. On se contenta de l’observer sans qu’ils’en doutât. À une heure, il fut saisi d’une violente céphalalgie; à trois heures, il fut forcé de se mettre au lit; et à quatre heures précises l’accès éclata. Sa durée fut de cinq minutes. Le surlendemain, Cazot étant en somnambulisme, M. Fouquier lui enfonça à l’improviste une épingle d’un pouce de long entre l'index et le pouce de la main droite; il lui perça avec la même épingle le lobe de l'oreille : on lui écarta les paupières et on frappa plusieurs fois la conjonctive avec la tête d’une épingle sans qu’il donnât le moindre signe de sensibilité.
La commission se rendit à l’hôpital de la Charité le 24 août à neuf heures du matin, pour suivre les expériences que M. Fouquier, l’un de ses membres, avait le projet de continuer sur lui.
M. Foissac qui l'avait déjà magnétisé se plaça en face et à six pieds de distance de Cazot; il le fixa, ne fit aucun geste avec les mains, garda le silence le plus absolu, et Cazot s’endormit en huit minutes. Trois fois on lui plaça sous le nez un flacon plein d’'ammoniaque : sa figure se colora, la respiration s’accéléra ; mais il ne se réveilla pas. M. Fouquier lui enfonça dans l’avant-bras une épingle d’un pouce. On lui en introduisit une autre à une profondeur de deux lignes obliquement sous le Sternum, une troisième obliquement à l’épigastre, une quairième perpendiculairement dans la plante du pied. M. Guersent le pinça à l’avant-bras de manière à y laisser une ecchymose ; M. Itard s’appuya sur sa cuisse de tout le poids de son corps. On chercha à provoquer le chatouillement en promenant sous le nez, sur les lèvres, sur les sourcils, les cils, le col et la plante du pied, un petit morceau de papier : rien ne put le réveiller. Nous le pressâmes de questions... Combien aurez-vous encore d'accès ? Pendant un an. Savez-vous s'ils seront rapprochés les uns des autres? Non. En aurez-vous un ce mois-ei ?
DU MAGNÉTISME ANIMAL. A13 J'en aurai un lundi 27 à trois heures moins vingt minutes. Sera-t-il fort ? 11 ne le sera pas la moitié de celui qui m'a pris dernièrement. Quel autre jour aurez-vous un autre accès ? Après un mouvement d’impatience, il répond: D'aujourd’hui en quinze, c’est-à-dire le 7 septembre. À quelle heure ? A six heu res moins dix minutes du matin. La maladie d’un des enfants de Cazot le força de sortir, ce jour-1à même 24 août, de la Charité. Mais on convint de l’y faire revenir le lundi 27 au matin, pour observer l’accès qu’il avait annoncé devoir arriver le même jour, à trois heures moins vingt minutes. Le concierge ayant refusé de le recevoir lorsqu'il s’y présenta, Cazot se rendit Chez M. Foissac pour se plaindre de ce refus. Ce dernier préféra, nous a-t-1l dit, dissiper cet accès par le magnétisme que d'en être seul témoin : nous n’avons pu par conséquent constater l’exactitude de cette prévision. Mais il nous restait encore à observer l’accès annoncé pour le 7 septembre, et M. Fouquier, qui fit entrer Cazot le 6 à l’hôpital sous prétexte de lui donner des soins qu’il ne pouvait recevoir hors de l’établissement, le fit magnétiser dans le courant de cette journée du 6, par M. Foiïssac, qui l’endormit par Ia force seule de sa volonté et la fixité de son regard. Dans ce sommeil, Cazot répéta que le lendemain il aurait une attaque à six heures moins dix minutes, et qu’on pourrait la prévenir s’il était magnétisé un peu auparavant.
À un signal convenu, et donné par M. Fouquier, M. Foissac, dont Cazot ignorait la présence, le réveilla comme il l'avait endormi, par la force seule de sa volonté, malgré les questions qu’on adressait à ce somnambule, et qui n'avaient pas d’autre but que de lui cacher le moment où il devait être réveillé. Pour être témoin du second accès, la commission se réunit le 7 septembre, à six heures moins un quart du matin, dans la salle Saint-Michel de l'hôpital de la Charité. Là elle apprit que la veille, à huit heures du matin, Cazot avait été saisi d’une douleur de tête qui l'avait tourmenté toute la nuit; que cette douleur lui avait procuré la sensation d’un carillon, et qu’il avait eu des élancements dans les oreilles. À six heures moins dix minutes nous fàmes témoins de accès épileptique caractérisé par la roideur et la contraction des membres, la projection répétée et saccadée de la tête en arrière, la courbure ar-
quée du corps en arrière, la clôture convulsive des paupières, la rétraction du globe de l’œil vers le haut de l'orbite, les soupirs, les cris, Pinsensibilité au pincement, le serrement de la langue entre les dents. Tout cet appareil de symptômes a duré cinq minutes, pendant lesquelles il y a eu deux rémissions de quelques secondes chacune, et, ensuite, il y a eu un brisement des membres et une lassitude générale (1).
Le 10 septembre, à sept heures du soir, la commission se réunit Chez M. Itard pour continuer ses expériences sur Cazot. Ce dernier était dans le cabinet, où la conversation s’est engagée et a été entretenue avec lui jusqu’à sept heures et demie, moment auquel M. Foissac, arrivé depuis lui, et resté dans l’antichambre séparé de lui par deux portes fermées et à une distance de douze pieds, commença à le magnétiser. Trois minutes après Cazot dit: Je crois que M. Foïssac est là, car je me sens abasourdi. Au bout de huit minutes il était complétement endormi. On le questionne, et il assure de nouveau que de ce jour en trois semaines, le 4° octobre, il aura un accès épileptique à midi moins deux minutes (2).
(4) L'histoire de ce Cazot étant rapportée par M. Husson dans le but surtout de nous faire partager sa croyance, en ce qui concerne la réalité de la prévision, nous nous réservons d'examiner plus loin sur quels fondements repose cette croyance ; pour le moment nous voulons appeler l'attention de nos lecteurs sur deux incidents particuliers et assez remarquables, puisqu'ils ont suffi au rapporteur pour qu’il en tirât une des conclusions les plus curieuses de son rapport.
(2) Tel est le premier incident dont nous voulions parier; le second est un peu plus loin, nous allons y arriver (p. 418). Mais disons d’abord quelle est la conclusion que le rapporteur a tirée de ces faits ; la voici : « Les moyens qui sont extérieurs et visibles ne sont pas toujours nécessaires pour transmettre l'action magnétique , puisque dans plusieurs occasions (et pour indiquer quelles ont été ces occasions , M. Husson renvoie précisément à ce passage) La volonté, La fixité du regard onr surri pour produire les phénomènes magnétiques , mème A L’insu desmagnétisés (Voyez les conclusions de ce rapport).
M. Husson n’a pas voulu soumettre son rapport à la discussion, il a dit que les faits par lui exposés ne pouvaient pas être mis en question. Entendonsnous : oui, il est des points qui ne souffrent pas de discussion ; ainsi, que le 40 septembre la commission se soit réunie chez M. Itard, où se trouvait Cazot; que M. Foissac arrivé après ce dernier soit resté dans l'antichambre, séparé de lui par deux portes fermées ; que trois minutes après le commencement de ses
IL s'agissait d'observer avec autant de soin que nous l’avions fait le 7 septembre, l'accès épileptique qui avait été prédit pour le 1° octobre. A cet effet la commission se rendit ce même jour, à onze heures et demie, chez M. Georges, fabricant de cha-
manœuvres, Cazot ait dit : Je crois que M. Foissac est là, je me sens abasourdi, et qu’au boat de huit minutes il ait paru s'endormir ; voilà qui n’admet aucune discussion. Des hommes d'honneur nous affirment avoir fait cela , avoir vu cela ; il faut bien les croire, et d’ailleurs rien en cela ne répugne à la raison. Que le 6 octobre la même scène se soit répétée, cela n’est pas plus susceptible de discussion : les commissaires disent l’avoir vue; voilà qui est fort bien. Mais certes ce qui souffre discussion , ce qui appelle, exige cette discussion, c’est le prétendu rapport de cause à effet trouvé par M. Husson entre la fixité du regard ou les gestes de M. Foissac et le sommeil insolite de Cazot. Et d’abord comment a-t-on pu vérifier là réalité du sommeil de M. Cazot ? quels sont les signes incontestables du sommeil magnétique? il n’en existe pas un seul; et M. Husson lui-même sera obligé de convenir de cela dans une de ses conclusions. Donc, avant de tirer des deux incidents que nous venons de mentionner une interprétation aussi grave, avant de la donner comme la conséquence de ces faits, il aurait fallu prouver qu’on s’était mis à l’abri de toute supercherie; il aurait fallu indiquer par quel concours de circonstances on avait mis MM. Foissac et Cazot dans l'impossibilité matérielle de s'entendre. Est-il donc si difficile à deux hommes de prendre des mesures telles, qu’ils soient réciproquement avertis de leurs démarches? Les commissaires eux-mêmes ont senti qu’une connivence semblable n’était pas impossible ; mais M. Husson a préféré qu’on s’en rapportâtà la bonne foi des intéressés, c’est-à-dire du magnétiseur et du magnétisé.
Croirait-on, si cela n’était écrit en toutes lettres dans le rapport de M. Husson (voyez p. 418), croirait-on que le rapporteur d’une commission nommée par l'académie de médecine pour vérifier la réalité de certains prodiges afin de lui en rendre compte ; croirait-on enfin qu’un rapporteur qui proteste sans cesse de sa sévérité et de sa défiance, soit venu dire à cette académie, après avoir exposé cesmerveilles : « Nous nous sommes mis à l'abri de toute espèce de coninivence, À MOINS QU'oN ne suppose qu'un homme que nous avons toujours vu probe et loyal voulût s'entendre avec ur homme sans éducation, sans intelligence, pour nous tromper !!1»
Attendez, ce n’est pas tout; M. Husson poursuit: « Vous avouons que nous n'avons fait ni à l’un ni à l’autre cette injure , et nous rendons la même justice à M. Dupotet et à M. Cliapeluin dont nous avons eu plusieurs fois occasion de vous parler. » (loc. cit.)
Eh! bon Dieu , il ne s'agit pas ici de faire ou de ne pas faire injure à MM. tels ou tels; d’ailleurs les commissaires de l’ancienne académie des sciences , qui,
peaux, rue des Ménestriers n° 17, où Cazot demeurait et travaillait. Nous apprîimes de ce M. Georges, 1° que Cazot est un ouvrier très-rangé, d’une excellente conduite, et incapable soit par la simplicité de son esprit, soit par sa moralité, de se prêter à une superCherie quelconque; que Cazot ne se sentant pas bien portant, était resté dans sa chambre, et qu’il ne travaillait pas ; qu'il n’avait pas eu d'accès d’épilepsie depuis celui dont la commission avait été témoin à l'hôpital de la Charité; qu'il y avait dans ce moment auprès de Cazot un homme intelligent sur la véracité et la discrétion duquel on pouvait Compter ; que cet homme n’a pointannoncé à Cazot qu’il avait prédit une attaque pour aujourd’hui; qu’il paraît prouvé que M. Foissac a eu depuis le 40 septembre des relations avec ledit Cazot, sans qu’on puisse en inférer qu’il lui ait rappelé sa prédiction, et qu’au contraire ledit M. Foissac a paru attacher une
dites-vous, ne savaient pas observer comme on observe à présent, vous avaient dit avec raison par l'organe de Bailly, qu’en prenant des mesures sévères pour se mettre véritablement à l'abri des supercheries, on ne fait d’offense à personne , Car C'est la vérité qu’on cherche, et on fait abstraction des personnes.
Assurément nous ne doutons pas de la probité de ces messieurs , mais ici nous Îles considérons comme ayant eu un intérêt direct à vous induire en erreur; et nous disons que vos expériences auraient dû être faites de manière à ne permettre aucune supposition, de manière enfin à ne pas être forcé d’ajouter après le récit d’une merveille : il faut croire cela; il n’y a eu aucune connivence entre les acteurs, à moins qu'on ne suppose...
Voyez l’alternative que vous nous offrez à nous qui rie connaissons pas ces messieurs ; il nous faut choisir entre un fait inouï, prodigieux, miraculeux, etune injure (ce terme vient de vous) à faire à un magnétiseur et à un magnétisé ; nous nous trouvons obligés d'admettre ou que la volonté humaine traverse à heure fixe distance, cloisons, portes, etc., et prive à son insu un autre homme de toutes les fonctions qui le mettent en rapport avec le monde extérieur, ou bien que M. Foissac s’est entendu avec M. Cazot pour tromper la commission.
Vous nous obligez enfin à nous demander et à demander à tous ceux qui nous liront laquelle de ces deux suppositions est la plus vraisemblable,
Nous avons abandonné, comme on le voit, pour un moment, fa question de la prévision pour une question incidente, c’est-à-dire pour examiner comment et par l’effet de quelles circonstances le rapporteur avait pu admettre la magnétisation à distance, à travers les cloisons et à l’insu des sujets; nous allons re-
venir à la prévision lorsqu'on aura pris connaissance de tous les faits mentionnés par M. Husson,
très-grande importance à ce que personne ne rappelât audit Gazot sa prédiction. M. Georges monte à midi moins cinq minutes dans une pièce située au-dessous de celle où habite Cazot ; et une minute après, il est venu nous prévenir que l’accès avait lieu. Noussommes tous montés à la hâte, MM. Guersant, Thillaye, Marc, Gueneau de Mussy, Itard et le rapporteur, au sixième étage, où étant arrivés, la montre d’un des commissaires marquait midi moins une minute au temps vrai. Réunis autour du lit de Cazot, nous avons trouvé l'accès épileptique caractérisé par les symptômes suivants. Roideur tétanique du tronc et des membres, renversement de la tête et parfois du tronc en arrière, rétraction convulsive par en haut du globe des yeux dont on ne voit que le blanc, injection trèsprononcée de la face et du col, contraction des mâchoires, convulsions fibrillaires partielles des muscles de l’avant-bras et du bras droit; bientôt après, opisthotonos tellement prononcé que le tronc était soulevé en arc de cercle, et que le corps n’avait d'autre appui que la tête et les pieds, lesquels mouvements se sont terminés par une brusque détente. Peu de moments après cette attaque, c’est-à-dire après une minute de relâche, un nouvel accès semblable au précédent s’est déclaré. II y a eu des sons inarticulés, la respiration était haletante, par secousses, le larynx s’abaissant et s’élevantrapidement, et le pouls battant de cent trente-deux à cent soixante fois. Il n’y a pas eu d’écume à la bouche, ni de contraction du pouce vers la face palmaire. Au bout de six minutes, l’accès s’est terminé par des soupirs, l’affaissement des membres, l’ouverture des paupières qui lui à permis de fixer les assistants d’un air étonné, et il nous a dit être courbaturé, surtout dans le bras droit (1). Quoique la commission ne pût douter de l’action bien réelle que le magnétisme produisait sur Cazot, même à son insu et à une certaine distance, elle voulut encore en acquérir une preuve nouvelle. Et comme il avait été prouvé dans la dernière séance que M. Foissac avait eu avec lui des relations dans lesquelles il aurait pu lui dire qu’il avait annoncé une atiaque qui devait arriver le 4% octobre, la commission voulut aussi,
(4) Faisons remarquer, avant d’aller plus loin, que ce ne sont pas là les vrais caractères d’une attaque d’épilepsie,
AAS HISTOIRE ACADÉMIQUE
en provoquant de nouvelles expériences sur Cazot, induire M. Foissac en erreur sur le jour où son épileptique aurait l’attaque qu'il aurait annoncée d’avance. Par ce moyen nous nous mettions à l'abri de toute espèce de connivence, À moins qu’on NE SUPPOSE qu’un homme que nous avons toujours vu probe et loyal voulût s'entendre avec un homme sans éducation, sans intelligence, pour nous tromper. Nous avouons que nous n’avons fait ni à l’un ni à l’autre cette injure, et nous rendons la même justice à MM. Dupotet et Chapelain, dont nous avons eu plusieurs fois occasion de vous parler (4).
La commission se réunit donc dans le cabinet de M. Bourdois, le 6 octobre, à midi, heure à laquelle Cazot y arriva avec son enfant. M. Foissac avait été invité à s’y rendre à midi et demi ; il arriva à l’heure dite, à l’insu de Cazot, et resta dans le salon, sans aucune communication avec nous. On alla cependant lui dire par une porte dérobée que Cazot était assis sur un canapé éloigné de dix pieds d’une porte fermée, et que la commission désirait qu’il l’endormiît et l’éveillât à cette distance, lui restant dans le salon, et Cazot dans le cabinet.
À midi irente-sept minutes, pendant que Cazot est oceupé à la conversation à laquelle nous nous livrions, et qu’il examine les tableaux qui ornent le cabinet, M. Foissac placé dans la pièce voisine commence ses manœuvres magnétiques, et nous remarquons qu’au bout de quatre minutes Cazot clignote légèrement les yeux, qu’il a un air inquiet, et qu’enfin il s’endort en neuf minutes. M. Guersant, qui lui avait donné des soins à l’hôpital des enfants pour ses attaques d’épilepsie, lui demande sil le reconnaît ? Réponse affirmative. M. Itard lui demande quand il aura un autre accès? Il répond que ce sera d'aujourd'hui en quatre semaines (le 3 novembre), à quatre heures cinq minutes du soir. On lui demande ensuite quand il en aura un autre ? Il répond, après s’être recueilli et avoir hésité, que ce sera cinq semaines après le précédent qu’il vient d'indiquer, le 9 décembre , à neuf heures et demie du matin.
(1) Voilà comme on observe à présent! M. Husson n’avait-il pas raison de s'élever contre la négligence, l’incurie des anciens commissaires? On voit quelle est sa rigueur, à lui, sa sévérité ; il est à l'abri de toute espèce de connivence, à moins qu'on ne suppose...
Le procès-verbal de cette séance ayant été lu en présence de M. Foissac, pour qu’il le signât avec nous, nous avions voulu, comme il a été dit ci-dessus l’induire en erreur ; et en le lui li- Sant avant de le faire signer aux membres de la commission, le rapporteur lut que le premier accès de Cazot aurait lieu le dimanche 4 novembre, tandis que le malade avait annoncé qu’il aurait lieu le samedi 3. Il le trompa également sur le second, et M. Foissac prit note de ces fausses indications comme si elles étaient exactes ; mais ayant, quelques jours après, mis Cazot en somnambulisme ainsi qu'il avait coutume de le faire pour dissiper ses maux de tête, il apprit de lui que c'était le 3 et non le 4 qu'il devait avoir son accès, et il en avertit M. Itard le 4° novembre, croyant qu’il y avait eu erreur dans la rédaction de notre procès-verbal.
La commission prit, pour observer l'accès du 3 novembre, les précautions qu’elle avait prises pour examiner celui du 1° octobre; elle se rendit à 4 heures du soir chez M. Georges; elle apprit de lui, de sa femme et d’un de ses ouvriers que Cazot avait travaillé comme de coutume toute la matinée jusqu’à deux heures, et qu’en dinant il avait ressenti du mal de tête ; que cependant il était descendu pour reprendre son travail; mais que le mal de tête augmentant, et qu'ayant eu un étourdissement , il était remonté chez lui, et s'était étendu sur son lit où 1l S’estendormi. Alors MM. Bourdois, Fouquier et le rapporteur montèrent, précédés de M. Georges, vers la chambre de Cazot. M. Georges y entra seul et le trouva profondément endormi, ce qu’il nous fit remarquer par la porte qui était entr'ouverte sur l'escalier. M. Georges lui parla haut, le remua, le Secoua par le bras sans pouvoir le réveiller, et à quatre heures six minutes, au milieu des tentatives faites par M. Georges pour le réveiller, Cazot a été saisi des principaux symptômes qui caractérisent un accès d’épilepsie, et semblables en tout à ce que nous avions observé sur lui précédemment.
Le second accès annoncé dans la séance du 6 octobre, pour le9 décembre, c’est-à-dire deux mois auparavant, a eu lieu à neuf heures trois quarts, au lieu deneuf heures et demie, un quart d'heure plus 1ard qu’il n’avait été prédit, et fut caractérisé par les mêmes phénomènes précurseurs et par les mêmes symp= tômes que ceux des 7 septembre, 4 octobre et 3 novembre.
Enfin le 41 février , Cazot fixa l’époque d’un nouvel accès au dimanche 22 avril, à midi cinq minutes; et cette annonce se vérifia comme les précédentes, à cinq minutes près, c’est-àdire l'accès arriva à midi dix minutes. Cet accès, remarquable par sa violence, par l’espèce de fureur avec laquelle Cazot se mordit la main et lavant-bras, par les secousses brusques et répétées qui le soulevaient, durait depuis trente-cinq minutes lorsque M. Foissac qui était présent le magnétisa. Bientôt l'état convulsif cessa pour faire place à un état de somnambulisme magnétique pendant lequel Cazot se leva, se mit sur une chaise et dit qu’il était très-fatigué ; qu’il aurait encore deux accès : l’un de demain en neuf semaines, à six heures trois minutes (25 juin). Il ne veut pas penser au deuxième accès, parce qu’il faut songer à ce qui arrivera auparavant (à Ce moment il renvoie sa femme qui était présente), et il ajoute qu’environ trois semaines après l’accès du 25 juin il deviendra fou; que sa folie durera trois jours, pendant lesquels il sera si méchant qu’il se battra avec tout le monde, qu’il maltraitera même sa femme, son enfant; qu’on ne devra pas le laisser avec eux, et qu’il ne sait pas s’il ne tuerait pas une personne qu’il ne désigne pas. Il faudra alors le saigner de suite des deux pieds. Enfin, ajoute-t-il, je serai guéri pourle mois d'août; et une fois guéri la maladie ne me reprendra plus, quelles que soient les circonstances qui arrivent (1).
(1) Revenons maintenant sur les détails de cette observation. Les commissaires n’ignoraient pas que l’épilepsie est une de ces maladies qu’il est an pouvoir de L'homme de simuler, et de simuler au point de tromper les médecins les plus experts. Pendant les dernières années de l'empire, plus d’un conscrit peu soucieux de moissonner des lauriers dans les rangs de la grande armée, a usé dé ce moyen pour ne pas quitter le toit paternel : et si on était curieux de connaître jusqu’à quel point une volonté forte peut simuler toutes les apparences de linsensibilité la plus complète, on en trouverait plus d'exemples dans les épreuves auxquelles on soumettrait ces prétendus épileptiques que dans toutes les scènes somnambuliques connues. Là aussi on enfonçait des épingles dans les chairs ; là aussi on trouvait que les forces étaient quadruplées ; là aussi enfin on allait jusqu’au cautère ardent; eh bien ! qu’en est-ilrésulté ? c’est qu’aprèsle changement de gouvernement ces même hommes n'ont plus eu d'accès, et sesont applaudis d’avoir mystifié etles conseils derecrutement et les conseils de révision.
L'épilepsie peut donc être simulée, et dès lors tout l’échafaudage de l’expé-
C’est le 22 avril que toutes ces prévisions nous sont annoncées ; et deux jours après, le 24, Cazot, voulant arrêter un cheval fougueux qui avait pris le mors aux dents fut précipité contre la roue d’un cabriolet qui lui fracassa l’arcade orbitaire gauche, et le meurtrit horriblement, Transporté à l’hôpital Beaujon, il y mourut le 45 mai: On trouva à l'ouverture du crâne une méningite récente, des collections purulentes dans les téguments du crâne, et à l’extrémité du plexus choroïde une substance jaunâtre intérieurement,
rience précédente tombe de lui-même ; en d’autres termes {a prévision si bien développée, au dire de M. Husson, s’explique naturellement. Voyons cependant ce que le rapporteur nous a d'avance objecté dans le récit de ces observations, et pourquoi il n’a pas hésité à expliquer ces prétendues prévisions par l’intervention du magnétisme. ;
D'abord, dit le rapporteur, Caxot était un homme du peuple tout à fait ignorant, et qui, à coup sûr, n’ avait jamais entendu parler, du magnétisme. Nous le voulons bien ; mais, pour feindre des attaques d’épilepsie, il n’est pas nécessaire d’avoir reçu une éducation ‘très-brillante , et puis ensuite Cazot ne devint somnambule qu'après avoir pasgé dix fois par les mains de M. Foissac.
Mais , reprend le rapporteur, nous avons causé avec le patron de Cazot, avec M. Georges, fabricant de chapeaux, rue des Ménétriers, n° 47, où Cazot demeurait et travaillait , et nous avons appris de ce M. Georges « que Cazot était un ouvrier très-rangé, d'une excellente conduite, et incapable, soit par la simplicité de son esprit, soit par sa moralité, de se prêter à aucune supercherie quelconque. » Vous sentez dès lors que nous médecins, appuyés sur des raisons aussi péremptoires , nous avons dû ajouter foi à la réalité des prévisions de Cazot. M. Georges nous a dit que Cazot était incapable de se prêter à aucune supercherie, donc il prévoyait magnétiquement le jour, l’heure et la minute (au temps vrai) de tous ses accès d’épilepsie; car sa moralité était plus difficile à pervertir que toutes les lois physiologiques connues.
Prévoir un accès d’épilepsie deux ou trois mois d'avance, prévoir qu’on battra sa femme, qu’on tuera une autre personne, c'est assurément chose extraordinaire et merveilleuse même ; mais cela nous a paru , à nous médecins, plus vraisemblable qu’une simple déviation dans la moralité de Cazot.
Eh bien! nous qui ne sommes pas d’aussi bonne composition, nous finirons par un petit conseil à l’usage de ceux qui voudront vérifier la réalité de prévisions semblables : quand des somnambules riches ou pauvres, éclairés ou ignorants, doués de la prévision et de l'intuition, se feront fort de vous indiquer d'avance la nature des maladies dont ils devront être attaqués, la durée, l'issue de ces mêmes maladies, etc., ete., et cela à l'heure, à la minute et au temps vrai, rejetez tous ceux qui vous annonceront des maladies du genre de celles
blanche à l'extérieur, et renfermant de petites hydatides (4).
Nous voyons dans cette observation un jeune homme sujet depuis dix ans à des attaques d’épilepsie pour lesquelles il a été successivement traité à l’hôpital des enfants, à Saint-
qu’on peut simuler; mais accueillez et observez soigneusement ceux qui vous diront : Tel jour, à telle heure j’éprouverai les symptômes d'une péritonite ou d'une entérite, à tel jour j'aurai une pneumonie, et si vous m’auscultez vous trouverez de la crépitation dans tel point de mon poumon gauche, et de la bronchophonie dans tel autre, etc., etc. À
(1) La fin tragique de ce malheureux ne peut inspirer que des réflexions sérieuses ; le 22 avril il annonce aux commissaires une foule d'événements, puis sa guérison pour le mois d'août, guérison qui ne se démentira pas, quelles que soient les circonstances qui arrivent, et deux jours après il est écrasé sous les pieds du cheval de son propre magnétiseur, du cheval de M. Foissac!
M. Husson à bien senti qu’à là lecture de son observation tout le monde se demanderait comment il se fait quece malheureux qui avait prédit tant de choses à l'heure, à la minute, n’avait pas su prévoir que le lendemain le cheval de M. Foissac le blesserait mortellement. M, Husson répond à cela par une comparaison qu’il croit sans doute très-ingénieuse. C’est l’aiguille d’une montre, dit-il, qui dans un temps donné doit parcourir une certaine portion du cercle d’un cadran, et qui ne la décrit pas , parce que la montre vient à être brisée.
Mais M. Foissac n’est pas de son avis; les prévisions de Cazot n’étaient pas aussi limitées que le croit M. Husson; elles n'étaient pas seulement organiques (expression du rapporteur). Dans le même passage, M. Husson dit : nous concevons pourquoi Caxot n’a pas prévu un événement tout extérieur ; c’est là une opinion qui lui est personnelle; mais M. Foissac a publié depuis, que sa réserve à magnétiser Caxot a peut-être été la cause de sa mort! (Op. cit., 454.) Gaxot, ajoute-t-il , avait beaucoup de tendance à étendre ses prévisions aux événements ordinaires de La vie; mais, convaincu par un grand nombre d'exemples du danger de laisser sortir un somnambule du domaine des maladies, javais réprimé l'essor de cette faculté !1 (Loc. cit.) Que devient la montre de M. Husson ?
Quoi qu’il en soit, ce malheureux ayant eu la tête ainsi fracassée sous les pieds du cheval de M. Foissac, celui-ci l’envoya à l’hôpital!! Croirait-on que ce magnétiseur ouvrit encore la proposition de mettre Cazot en somnambulisme ? M. Marjolin l’invita à se tenir tranquille : il essaya néanmoins, mais, dit-il, le somnambulisme était désordonné et se dissipait tout à coup (op. cit., 435). Enfin l'infortuné Cazot expira au milieu d’atroces douleurs!
La seule conclusion à tirer de tout ceci, suivant nous, c’est que si on avait laissé ce pauvre ouvrier, ce Cazot chez son patron , M. Georges, rue des Ménétriers, n° 17, occupé à faire ses chapeaux, il n’aurait sans doute pas fini par avoir la tête fracassée sous Les pieds du cheval d’un magnétiseur.
DU MAGNÉTISME ANIMAL, 4923 Louis, et exempté du service militaire. Le magnétisme agit sur lui, quoiqu'il ignore complétement ce qu'on lui fait. Il devient somnambule, Les symptômes de sa maladie s’améliorent ; les accès diminuent de fréquence ; les maux de tête > Son oppression disparaissent sous l'influence du magnétisme; il se prescrit un traitement approprié à la nature de son mal , et dont il se promet la guérison. Magnétisé à son insu et de loin, il tombe en somnambulisme, et en est retiré avec la même promptitude que lorsqu'il était magnétisé de près. Enfin il indique avec une rare précision, un et deux mois d'avance, le jour et l'heure où il doit avoir un accès d’épilepsie. Cependant, doué de sa prévision pour des accès aussi éloignés, bien plus pour des accès qui ne doivent jamais avoir lieu, il ne peut pas prévoir que dans deux jours il sera frappé d’un accident mortel.
Sans chercher à concilier tout ce qu’une pareille observation peut, au premier coup d'œil, offrir de contradictoire, la commission vous fera remarquer que les prévisions de Cazot ne sont relatives qu’à ses accès; qu’elles se réduisent à la conscience de modifications organiques qui se préparent et arrivent en lui comme le résultat nécessaire des fonctions intérieures ; que ces prévisions, quoique plus étendues, sont tout à fait semblables à celles de certains épileptiques qui reconnaissent à Certains symptômes précurseurs, comme la céphalalgie, les vertiges , la morosité, l'aura epileptica, qu’ils auront bientôt un accès. Serait-il étonnant que les somnambules dont, comme vous l’avez vu, les sensations sont extrêmement vives, puissent prévoir leurs accès longtemps d'avance, d’après quelques symptômes ou impressions intérieures qui échappent à l’homme éveillé ? C’est de cette manière, messieurs, que l’on pourrait entendre la prévision attestée par Arétée dans deux endroits de ses immortels ouvrages, par Sauvages qui en rapporte un exemple, et par Cabanis. Ajoutons que la prévision de Cazot n’est pas rigoureuse , absolue; qu’elle est conditionnelle, puisque en prédisant un accès il annonce qu’il n’aura pas lieu si on le magnétise, et qu’effectivement il n’a pas lieu; elle est tout organique, tout intérieure. Ainsi nous concevons pourquoi il n’a pas prévu un événement tout extérieur, savoir que le hasard lui ferait rencontrer un cheval fougueux qu'il
aurait l’imprudence de vouloir l’arrêter, et qu’il recevrait une blessure mortelle. Il a donc pu prévoir un accès qui n’a dû jamais arriver. C’est l'aiguille d’une montre qui dans un temps donné doit parcourir une certaine portion du cercle d’un cadran, et qui ne la décrit pas, parce que la montre vient à être brisée.
Nous venons de vous offrir dans les deux observations précédentes deux exemples très-remarquables de l'intuition, de cette faculté développée pendant le somnambulisme, et en vertu de laquelle deux individus magnétisés voyaient la maladie dont ils étaient atteints, indiquaient le traitement par lequel on devait les combattre, en annonçaient le terme, en prévoyaient les attaques. Le fait dont nous allons vous présenter l’analyse nous a offert un nouveau genre d'intérêt. Ici la magnétisée plongée dans le somnambulisme juge la maladie des personnes avec lesquelles elle se met en rapport; elle en détermine la nature, et en indique le remède (1). |
(1) À mesure que nous avançons dans l’examen des faits qui se sont passés sous les yeux des commissaires de l'académie, l'intérêt augmente ; et on le doit surtout au rapporteur ; le merveilleux s’accroît, l'esprit est à la fois confondu par tant de prodiges et écrasé sous le poids des preuves irrécusables administrées par M. Husson. |
Sans doute l'intuition et la prévision étaient déjà bien évidentes et même portées au plus haut degré dans les deux histoires précédentes ; puisque M. Husson nous assure que les deux individus qui en font le sujet voyaient les maladies dont ils étaient atteints (ainsi Paul voyait sa paralysie et Cazot son épilepsie), indiquaient Le traitement par lequel on devait Le scombattre, en annonçaient le lerme et en j'révoyaient les attaques. Ce qui est prouvé, comme on le sait, et tout à fait hors de doute, à raison des précautions rigoureuses prises par M. Husson pour se mettre à l’abri de toute supercherie.
Mais avec tout cela ces deuxindividus étaient des égoïstes, tout se rapportait àeux; à ce point que M. Husson a judicieusement comparé le second à une montre : diagnostic, pronostic, traitement, tout était pour eux, rien pour lesautres; el alors, nous le demandons, à quoi bon tant de finesse dans l'intuition À tant de perspicacité dans la prévision ? La nature interrompait ses lois ordinaires pour bien peu de chose! Ici les faits sont d’un intérêt général, la question est vraiment médicale, elle embrasse l'humanité entière. La somnambule pourra dire : Nil humani a me alienum puto, et les hommes vraiment philanthropes n'auront plus à gémir sur l’exiguité des résultats. Lisez de nouveau ces paroles du rapporteur : Jci la magnétisée, plongée dans le somnarebülisme (plongée
nes). D or - à
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D Sat dut Li
M°° Céline Sauvage a été mise en somnambulisme en présence de la commission les 48 et 21 avril, 47 juin, 9 août, 23 décembre 1826, 13 et 17 janvier et 21 février 4897.
En passant de l’état de veille à celui de somnambulisme, elle éprouve un refroidissement de plusieurs degrés appréciable au thermomètre; sa langue devient sèche et rugueuse de souple et humide qu’elle était auparavant; son haleine, jusqu’alors douce, est fétide et repoussante.
La sensibilité est presque abolie pendant la durée de son sommeil; Car elle faitsix inspirations, ayant sous les narines un flacon rempli d'acide hydrochlorique, et elle n’en témoigne aucune émotion. M. Marc la pince au poignet, une aiguille à acupuncture est enfoncée de trois lignes dans la cuisse gauche, une autre de deux lignes dans le poignet gauche. On réunit ces deux aiguilles par un conducteur galvanique ; des mouvements convulsifs très-marqués se développent dans la main, et M'° Céline paraît étrangère à tout ce qu’on lui fait. Elle entend les personnes qui lui parlent de près et en la touchant, et elle n'entend pas le bruit de deux assiettes que l’on brise à côté d'elle.
C’est lorsqu'elle est plongée dans cet état de somnambulisme que la commission a reconnu trois fois chez elle la faculté de discourir sur les maladies des personnes qu’elle touche, et d'indiquer les remèdes qu'il convient de leur opposer (1).
La commission trouva parmi ses membres quelqu’un qui
est ici le mot convenable), juge la maladie des personnes avec lesquelles elle se met en rapport; elle en détermine la nature et en indique le remède.
Vous allez en avoir les preuves; mais sachez d’abord que la Me Céline dont il va être question est une personne qui a naturellement l’haleïne fort douce, c’est M. le rapporteur qui nous l’apprend, tandis que pendant le somnambulisme cette haleine est fétide et repoussante. Quant au reste, suivez le texte de M. Husson.
(1) Discourir sur les maladies ! En vérité, nous sommes impatients d’entendre Mie Céline : M. le rapporteur nous en fait venir l’eau à la bouche. Trois fois, dit-il, elle a discouru par-devant la commission, et fort heureusement'lui rapporteur (qui sait observer comme on observe à présent, et non comme observaient les commissaires de l’ancienne académie des sciences) élait là pour recueillir minute par minute les discours proférés par la demoiselle. Voyons donc ces discours.
voulut bien se soumettre aux indagations (1) de cette somnambule : ce fut M. Marc. M!!° Céline fut priée d'examiner avec attention l’état de la santé de notre collègue. Elle appliqua la main sur.le front et la région du cœur, et au bout de trois minutes elle dit : que le sang se portait à la tête; qu’actuellement M. Marc avait mal dans le côté gauche de cette cavité, qu’il avait souventde Poppression, surtout après avoir mangé, qu’il devait avoir souvent une petite toux; que la partie inférieure de la poitrine était gorgée de sang ; que quelque chose gênait le passage des aliments, que cette partie (et elle désignait la région de l’appendice xiphoïde) était rétrécie; que pour guérir M. Marc il fallait qu’on le saignât largement, que l’on appliquât des cataplasmes de ciguë, et que l’on fit des frictions avec du laudanum sur la partie inférieure de la poitrine; qu’il bût de la limonade gommée, qu’il mangeât peu et souvent, et qu’il ne se promenât pas immédiatement après le repas (2).
Il nous tardait d'apprendre de M. Marc sil éprouvait tout ce que cette somnambule avait annoncé (3). Il nous dit qu’en effet
(1) Nous en faisons nos compliments à M. Husson, le mot indagations est parfaitement trouvé. f
(2) O Laënnec ! Corvisart, Avenbrugger! et vous tous médecins auscultateurs, percutateurs, elc., que vous êtes petits près de Mlle Céline! Que de temps, que de labeur ne nous faut-il pas pour découvrir de larges hépatisations des poumons, de vastes cavernes, etc. ? Que vos indagations, comme dit le rapporteur, sont pénibles, étroites et mesquines ! Voyez Mlle Céline ; trois minutes lui ont suffi pour l'exploration de toutes les cavités de M. Marc; elle voit sa tête, elle suit ses bronches, elle pénètre dans son estomac; enfin, pour nous servir encore des expressions du rapporteur, elle détermine la nature de ses maladies! N'est-ce pas en effet déterminer la nature des maladies que de dire : Ce monsieur a mal à la tête? ou bien, il a une petite toux? ou bien, il a quelque chose qui gène le passage des aliments ? |
Il est vrai qu’il ne fallait pas beaucoup de temps pour remarquer que M. Marc était chargé d'embonpoint, qu’il avaitle teint comme plombé et le cou extrêmement court ; d’où on pouvait présumer qu’il éprouvait quelque difficullé à respirer, surtout lorsqu'il avait l'estomac chargé. Mais Me Céline avait trouvé tout cela par une indagation particulière. Ce n’était pas non plus M. Foissac qui lui avait indiqué les noms et les usages de la ciguë et du laudanum, etc., etc. Son indagation l'avait encore mis au fait de tout cela.
(3) Cette impatience était bien naturelle, après un diagnostic aussi précis, aussi bien posé; il fallait bien vite avoir l'opinion de M. Marc.
il avait de l’oppression lorsqu'il marchait en sortant de table; que souvent, comme elle lannonçait, il avait de la toux, et qu'avant lexpérience il avait mal dans le côté gauche de la tête, mais qu’il ne ressentait aucune gêne dans le passage des aliments (1).
Nous avons été frappés de cette analogie entre ce qu’éprouve M. Marc et ce qu’annonce la somnambule; nous l'avons soigneusement annoté (2), et nous avons attendu une autre occasion pour constater de nouveau cette singulière faculté, Cette occasion fut offerte au rapporteur, sans qu’il l’eût provoquée, par la mère d’une jeune demoiselle à laquelle il donnait des soins depuis fort peu de temps (3).
(1) Tout ne s'est-il pas vérifié? N’est-il pas merveilleux que cette demoiselle ait deviné que M. Marc était, comme elle l’a dit, essoufflé et qu’il avait une petite toux? Quant à la chose qui devait gêner le passage des aliments, c'était peut-être un diagnostic hasardé, mais nous sommes presque sûrs qu’il ne faut pas faire un reproche à M'e Céline de lavoir posé inconsidéréments quelque demi-savant sans doute lui aura fait commettre cette bévue ; le demi-savant aura pris sur lui de faire entendre que chez M. Marc il y avait quelque affection squirrheuse dans le voisinage du pylore et de là nécessité de la ciguë.
Quoi qu’il en soit, la consultation de cette demoiselle n’en était pas moins effrayante de vérité, et M. Husson en a été frappé; il y avait bien de quoi!
(2) L’annotation vaut l’indagation ! Oh! certainement on n’observait pas ainsi du temps de M, Bailly, et M. Husson prouve qu’à présent on observe d’une manière toute différente.
Cependant il paraît que la commission n’était pas satisfaite , elledésirait constater de nouveau cette singulière faculté de discourir sur les maladies et d’indiquer lesremèdes, Une nouvelle occasion va s'offrir et on va voir de quellemanière.
(5) Remarquez bien ce préambule; les amateurs du merveilleux n’y trouveront rien de bien remarquable, mais les hommes soupçonneux et défiants , les hommes qui veulent à toute force une interprétation naturelle, n’auront garde d’oublier ces premières déclarations, savoir que l’idée de recourir au magnétisme pour la malade en question n’est venue à aucun membre de la commission ; qu'aucun d’eux n’a provoqué ce fait, ou plutôt cette expérience. Le rapporteur traitait depuis fort peu de temps cette malade, et c’est la mère, poussée par on ne sait qui, ni comment, qui s’en vint demander le magnétisme pour sa fille.
Dans l'intérêt bien entendu da magnétisme, il eût mieux valu que la provocation fût venue de la part des membres de la commission, parce que leur caractère bien connu inspire de la confiance ; mais les choses, sans doute, n’auraient pas pu s'arranger ainsi ; la provocation devait venir d’ailleurs, Ge qu'il y
La malade était âgée de vingt-trois à vingt-cinq ans, atteinte depuis deux ans environ d'une hydropisie ascite accompagnée d’obstructions nombreuses, les unes du volume d’un œuf, d’autres du volume du poing, quelques-unes du volume d’une tête d'enfant, et dont les principales avaient leur siége dans le côté gauche du ventre. L’extérieur du ventre était inégal, bosselé; et ces inégalités correspondaient aux obstructions dont la capacité abdominale était le siége. M. Dupuytren avait déjà pratiqué dix ou douze fois la ponction à cette malade, et avait toujours retiré une grande quantité d’albumine claire, limpide, sans odeur, sans aucun mélange. Le soulagement suivait toujours l’emploi de ce moyen.
Le rapporteur a été présent trois fois à cette opération, et il fut facile à M. Dupuytren et à lui de s’assurer du volume et de la dureté de ces tumeurs, par conséquent de reconnaître leur impuissance pour la guérison de cette malade. Ils prescrivirent néanmoins différents remèdes, et ils attachèrent quelque importance à ce que Mademoiselle... fût mise à l'usage du lait d'une chèvre à laquelle on ferait des frictions mercurielles (1).
a de singulier, c’est que le rapporteur, qui s’était constitué la cheville ouvrière de toutes les opérations, ne se soit nullement inquiété de remonter à la source de cette prétendue fantaisie chez la mère, car à coup sûr cette proposition n’était rien moins que spontanée.
(1) Ainsi voilà une jeune personne malade depuis au moins deux ans à Paris malade d’une affection connue , atteinte de lésions bien évidentes, bien matérielles, traitée par un chirurgien qui dans ses leçons cliniques citait souvent des cas de sa pratique particulière, malade enfin pour laquelle on avait déjà appelé plusieurs médecins , et M. le rapporteur s’applaudit d’avoir trouvé une occasion unique pour mettre les magnétiseurs à l'épreuve ! Il semble, à l’entendre, que cette malade lui était tombée du ciel, qu’elle devait être aussi inconnue à MM. les magnétiseurs que si elle luiétaitarrivée directement de la Chine! Et notez que ce n’est pas à lui, comme il l’a dit plus haut, que l’idée est venue de la mettre en rapport avec une somnambule de profession ; que cette idée était venue à la famille, à l’instigation de personnes qu’il neconnaît pas! Eh bien, que fait M. Husson? Sans se douter qu’il est peut-être le jouet d’une intrigue, le 21 février 1827, il va chercher M. Foissac etla somnambule, et il les conduit mystérieusement dans une maison rue du Faubourg du Roule, sans leur indiquer, dit-il, ni le nom, nila demeure, ni la nature de la maladie de la personne qu'il allait soumettre à l’indagation de la somnambule.
Voyez la grosse malice ! il ne dit ni telle chose, ni telle autre chose, ni telle
Le 21 février 1827, le rapporteur alla chercher M. Foissac et : Mie Céline, et il les conduisit dans une maison rue du Faubourg du Roule, sans leur indiquer ni le nom, ni la demeure, ni la nature de la maladie de la personne qu’il voulait soumettre à l’examen de la somnambule.
La malade ne parut dans la chambre où se fit l'expérience que quand M. Foissac eut endormi M'° Céline; et alors, après avoir mis une de ses mains dans la sienne, elle l’examina pendant huit minutes, non pas comme le ferait un médecin, en pressant l’abdomen, en le percutant, en le scrutant dans tous les sens ; mais seulement en appliquant la main à plusieurs reprises sur le ventre, la poitrine, le dos et la tête.
Interrogée pour savoir d’elle ce qu’elle avait observé chez Mademoiselle... elle répondit que tout le ventre était malade, qu'il y avait un squirrhe et une grande quantité d’eau du côté de la rate, que les intestins étaient très-gonflés, qu’il y avait des poches où des vers étaient renfermés, qu’il y avait des grosseurs du volume d’un œuf dans lesquelles étaient contenues des matières puriformes, et que ces grosseurs devaient être douloureuses; qu’il y avait au bas de l'estomac une glande engorgée de la grosseur de trois de ses doigts, que cette glande était dans l’intérieur de l'estomac et devaitnuire à la digestion; quelamaladie'était ancienne, et qu’enfin Mademoiselle. devait avoir des maux de tête (4). Elle conseilla l'usage d’une tisane de bourrache et de chiendent nitrée, de cinq onces de suc de pa-
autre, et il ne lui vient pas le plus petit soupçon qu’on en sait peut-être bien tout autant que lui!
Nous allons voir maintenant si ce qui s’est passé dans cette consultation était ou non de nature à confirmer ou du moins à éveiller des soupçons semblables’, c’est-à-dire si, comme dans le cas deM. Mare, la somnambule se bornera à quelques indications vagues et insignifiantes , ou bien si elle mettra effrontément le doigt , non-seulement sur ce qui existe matériellement, mais aussi sur les prescriptions déjà suivies par la malade.
(1) Une précision aussi remarquable et aussi frappaute sous certains rapports aura-t-elle pour effet de faire ouvrir les yeux à M. Husson ? en aucune manière ; elle paraîtra merveilleuse, si vous le voulez, prodigieuse ; mais elle ne fera qu’ajouter encore à son aveuglement pour le magnétisme animal. Poursuivez son récit : on interroge la somnambule, on la consulte sur le traitement
à faire suivre à la malade; que répond-elle ?
riétaire pris chaque matin, de très-peu de mercure pris dans du lait. Elle ajouta que le lait d'une chévre que l’on frotterait d'onguent mercuriel une demi-heure avant de la traire conviendrait mieux (1). En outre, elle prescrivit des cataplasmes de
(4) Nous le demandons maintenant : n’était-ce pas une grande imprudence, une maladresse insigne de la part de la somnanbule que d’aller jusqu’à indiquer ce moyen thérapeutique? N’était-ce pas aller trop loin et compromettre ainsi tout le succès de l'intrigue? Eh bien! il paraît que non; on a voulu frapper le grand coup aux yeux des commissaires, et on a réussi; le rapporteur s’est empressé d’annoter soigneusement cette circonstance précieuse, au grand contentement des magnétiseurs.
Nous devons ici rapporter un incident qui se rattache à ce fait, Ce rapport, nous l'avons déjà dit, n’a pas été soumis à la discussion ; mais il a été lu par M. Husson dans le sein de l’académie : cette lecture a été écoutée avec attention; mais, lorsque le rapporteur est arrivé à ce passage, une explosion générale de marques d’incrédulité a eu lieu dans l’assemblée, au point même de troubler le lecteur ; aussi M. Husson a-t-il depuis ajouté une note à cet endroit de son texte; la voici :
« Sans attacher une grande importance à cette singulière rencontre de la prescription faite par la somnambule de l’usage du lait d’une chèvre frictionnée d’onguent mercuriel avec cette même prescription recommandée à la malade par M. Dupuytren , la commission a dû consigner dans son travail cette coïncidence. Elle la présente comme un fait dont le rapporteur garantit l'authenticité, mais dont ni {ui ni elle ne peuvent donner aucune explication. »
M. le rapporteur répond ici comme il l’entend et tout à fait à son aise ; mais si la discussion s'était entamée, il se serait tiré bien difficilement d’un aussi mauvais pas.
Et d’abord M. Husson paraît être du nombre des médecins qui pensent avoir répondu à tout, lorsqu'ils vous ont dit avec suffisance, ceci est un fait; mais savez-vous ce qui établit le titre et la valeur d’un fait? c’est la connaissance des rapports de causalité qu’il a avec telles ou telles circonstances ; ainsi, pour ne pas sortir du fait qui nous occupe, supposez que la somnambule ait été informée d’abord, comme tout l'indique , de la prescription de Dupuytren ; que devient votre fait ? rien autre chose qu’un grossier moyen d’intrigue. Supposez au contraire qu’elle ait découvert l’urgence de ce moyen par un sens nouveau développé en elle; votre fait a une valeur immense, une valeur qui frappe d’étonnement, puisqu'il établit formellement qu’une femme privée de toute instruction médicale a pu être mise dans un état tel, qu’elle s’est élevée au niveau d’un des maîtres de l’art, qu’elle en a su tout autant que Dupuytren! d’où il résulte que lesétudes médicales sont d’une complète inutilité ; et quele gouvernement, au lieu d’entretenir à grands frais des institutions scientifiques, devrait
fleurs de sureau constamment appliqués sur je ventre, des frictions sur cette cavité avec de l'huile de laurier, et à son défaut avec le suc de cet arbuste uni à l'huile d'amandes douces, un lavement de décoction de kina coupé avec une décoction émolliente. La nourriture devait consister en viandes blanches, laitage, farineux; point de citron. Elle permettait très-peu de vin, un peu de rhum à la fleur d'orange, ou de la liqueur de menthe poivrée.Ce traitement n’a pas été suivi, et l’eûüt-il été, il n'aurait pas empêché la malade de succomber. Ellemourut unan après. L'ouverture du cadavre n’ayant pas été faite, on ne put vérifier ce qu'avait dit la somnambule.
Dans une circonstance délicate où des médecins fort habiles, dont plusieurs membres de l’académie, avaient prescrit un traitement mercuriel pour un engorgement des glandes cervicales qu'ils attribuaient à un vice vénérien, la famille de la malade qui était soumise à ce traitement, voyant survenir de graves accidents, voulut avoir l'avis d’une somnambule. Le rapporteur fut appelé pour assister à cette consultation, et il ne négligea pas de profiter de cette nouvelle occasion d'ajouter
bien vite les fermer et s’en rapporter à lascience médicale infuse des somnambules.
M. le rapporteur ajoute que c’est un fait dont il garantit l’authenticité. Mais qui doute que isa somnanbule ait dif cela? M. Husson ne pourra donc jamais sortir de cette étroitesse d’idées? il ne peut pas concevoir que l’authenticité ne donne aucune valeur à un fait de cette nature, et que c’est le quo modo seul qui nous importe, « Nous garantissons l’authenticité de ce fait, dit-il, mais ni la commission ni moi ne pouvons en donner aucune explication. » Il se trompe, il s’abuse lui-même, il a par devers lui une explication, et la preuve en est qu’il l’a donnée lorsqu'il a dit (p. 424) que cette demoiselle Céline devait au somnambulisme la faculté d'indiquer les remèdes qu’il convient d’opposer aux maladies, et lorsqu'il en a déduit sa vingt-neuvième conclusion, savoir que le magnétisme, comme moyen thérapeutique, devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales.
Ainsi, indépendamment de l'authenticité sur laquelle nous sommes d’accord , M. le rapporteur a, comme nous, une explication à donner sur ce fait : il l'explique par l'intuition et la prévision, facultés qu’il croit développées chez Mie Céline quand elle est plongée dans le somnambulisme,
Nous, nous trouvons qu'on peut l’expliquer par une supposition que nonseulement rien ne rend impossible, mais que tout rend vraisemblable, savoir qu’une information préalable avait tout bonnement été donnée à la demoiselle Céline; c’est au lecteur à choisir icicomme dans toutesles autres expériences.
encore à ce que la commission avait vu. Il trouva une jeune femme, M°° la C°, ayant tout le côté droit du col profondément engorgé par une grande quantité de glandes rapprochées les unes des autres. Une était ouverte et donnait issue à une matière purulente jaunâtre.
M1 Céline, que M. Foissac magnétisa en présence du rapporteur, se mit en rapport avec elle, et affirma que l’estomac avait été attaqué par une substance comme du poison, qu’il y avait une légère inflammation des intestins, qu’il y avait à la partie supérieure droite du col une maladie scrofuleuse qui avait dû être plus considérable qu’elle ne l'était à présent; qu’en suivant un traitement adoucissant qu’elle prescrit, il y aurait de l’amélioration dans quinze jours ou trois semaines. Ce traitement consistait en quelques grains de magnésie, huit sangsues au creux de l'estomac, des décoctions de gruau, un purgatif salin toutes les semaines, deux lavements chaque jour, l’un de décoction de kina, et immédiatement après un autre de racines de guimauve, des frictions d’éther sur les membres, un bain toutes les semaines ; et pour nourriture du laitage, des viandes légères et l’abstinence du vin. On suivit ce traitement pendant quelque temps, et il y eut une amélioration notable. Mais l’impatience de la malade, qui trouvait que le retour vers la santé n’était pas assez rapide, détermina la famille à convoquer une nouvelle réunion de médecins. Il y fut décidé que Ja malade serait soumise à un nouveau traitement mercuriel. Le rapporteur cessa alors de voir la malade, et apprit qu’à la suite de l'administration du mercure elle avait eu du côté de l’estomac des accidents très-graves qui la conduisirent au tombeau après deux mois de vives souffrances. Un procès-verbal d’autopsie signé par MM. Fouquier, Marjolin, Cruveilhier et Foissac constata qu’il existait un engorgement scrofuleux ou tuberculeux des glandes du col, deux légères cavernes remplies de pus résultant de la fonte des tubercules au sommet de chaque poumon ; la membrane muqueuse du grand cul-de-sac de l’estomac était presque entièrement détruite. Ces messieurs constatèrent en outre que rien n’indiquait la présence d’une maladie vénérienne soit récente, soit ancienne (1).
(1) Ainsi la Dile Céline a été consultée trois fois sous les yeux de la commis-
DU MAGNÉTISME ANIMAL,. 433 Il résulte de ces observations : 4° que dans l’état de somnambulisme, Mie Céline a indiqué les maladies de trois personnes que lesquelles on l’a mise en rapport; 2° que la déclaration de l’une, l'examen que l’on a fait de l’autre après {rois poncons, et l’autopsie de la troisième, se sont trouvés d'accord Avec ce que cette somnambule avait avancé ; 3° que les divers traitements qu’elle à prescrits ne sortent pas du cercle des remèdes qu’elle pouvait connaître, ni de l’ordre des choses qu’elle pouvait raisonnablement recommander ; 4° qu'elle les a appliqués avec une sorte de discernement.
À tous ces faits que nous avons si péniblement recueillis, que nous avons observés avec tant de défiance et d'attention : que nous avons cherché à classer de la manière qui püt le mieux vous faire suivre le développement des phénomènes dont nous avions été les témoins, que nous nous sommes surtout eflorcés de vous présenter dégagés de toutes les circonstances accessoires qui en auraient embarrassé et embrouillé l’exposition, nous pourrions ajouter ceux que l’histoire ancienne et même l’histoire moderne nous rapportent sur les prévisions qui se sont souvent réalisées, sur les guérisons obtenues par l’imposition des mains, sur les extases, sur les convulsionnaires, sur les oracles, sur les hallucinations, enfin sur tout ce qui, s’éloignant des phénomènes physiques explicables par l’action d’un
sion ; nous avons discuté avec quelques détails les incidents des deux premières observations, pour en faire apprécier la valeur ; quant à cette troisième, nous nous bornerons à faire remarquer qu’elle est tout à fait analogue à la seconde, et conséquemment qu’elle n'a pas plus de valeur. Il s’agit encore d’une maladie fort ancienne et matériellement déterminée (engorgement des glandes cervicales).
C’est encore la famille de la malade qui voulut avoir l’avis de la somnambule de M. Foissac ; cette fois le rapporteur n’eut pas même la peine de conduire le magnétiseur et sa somnambule chez la malade; car il fut simplement appelé pour assister à cette consultation magnétique.
On voit que la somnambule n’a pas manqué encore de deviner qu’il y avait, à la partie supérieure droite du cou, une maladie scrofuleuse.
, Le rapporteur a attribué, Comme de juste, à l'intervention du magnétisme cette nouvelle preuve de la perspicacité de la DÜe Céline, et il pensa qu'il n’y avait pas jusqu’à l'expression technique scrofuleuse qui ne lui eût été révélée par l'agent magnétique,
corps sur un autre, rentre dans le domaine de la physiologie, et peut être considéré comme uneffet dépendant d’une influence morale non appréciable par nos sens. Mais la commission était instituée pour examiner le somnambulisme, pour faire des expériences sur ce phénomène qui n'avait pas été étudié par les commissaires de 4784, et pour vous en rendre compte; elle serait donc sortie du cercle dans lequel vous l'aviez circonscrite, si, cherchant à appuyer ce qu’elle avait vu sur des autorités qui auraient observé des faits analogues, elle eût grossi son travail de faits qui lui auraient été étrangers. Elle a raconté avec impartialité ce qu’elle a vu avec défiance, elle a exposé avec ordre ce qu’elle a observé en-diverses circonstances, ce qu'elle a suivi avec une attention autant minutieuse que continue. Elle a la conscience que le travail qu’elle vous présente est lexpression fidèle de tout ce qu’elle a observé. Les obstacles qu’elle a rencontrés vous sont connus, ils sont en partie cause du retard qu’elle a mis à vous présenter son rapport, quoique depuis longtemps les matériaux en fussent entre ses mains. Toutefois, nous sommes loin de nous excuser et de nous plaindre de ce retard, puisqu'il donne à nos observations un caractère de maturité et de réserve qui doit appeler votre confiance sur des faits que nous vous racontons, loin de la prévention et de l’enthousiasme que vous pourriez nous reprocher, si nous les avions recueillis la veille. Nous ajoutons qu’il est loin de notre pensée de croire avoir tout vu; aussi nous n’avons pas la prétention de vous faire admettre comme axiome qu’il n’y a de positif dans le magnétisme que ce que nous mentionnons dans notre rapport. Loin de poser des limites à cette partie de la science physiologique, nous avons au contraire l’espoir qu'un nouveau champ lui est ouvert; et garants de nos propres observations, les présentant avec confiance à Ceux qui après nous voudront s'occuper du magnétisme, nous nous bornons à en tirer les conclusions suivantes (1) :
(4) Nous allons revenir sur quelques-unes de ces assertions; car le rapporteur a placé, après ses conclusions, de nouveaux développements sur l’ensemble de ce travail. Il était impossible en effet de terminer un travail aussi sérieux et aussi important sans le clore par une péroraison tant soit peu pathétique; il convenait en effet de jeter un coup d'œil de satisfaction sur tout ce qu’on avait
Les conclusions du rapport sont la conséquence des observations dont il se compose (4).
4° Le contact des pouces ou des mains; des frictions, ou certains gestes que l’on fait à peu de distance du COrps, et appelés passes, sont les moyens employés pour se mettre en rapport, ou en d’autres termes, pour transmettre l’action du magnétiseur au magnétisé (2).
2° Les moyens qui sont extérieurs et visibles ne sont pas toujours nécessaires, puisque dans plusieurs occasions la volonté, la fixité du regard ont suffi pour produire les phénomènes magnétiques même à l’insu des magnétisés (3).
fait, sur la marche philosophique qu’on avait suivie; le tout pour'rendre Pacadémie solidaire de sa croyance à tous ces hauts faits, magnétiques: mais Y » Masnetiques; comme une adoption ne pouvait avoir lieu qu’après une discussion , Pacadé- P P qu ap > mie est restée complétement étrangère aux idées du ra orteur, et sa péroraison P PP P a élé de nul effet. Au reste nous y reviendrons, après avoir posé de notre côté nos propres conclusions.
(1) Et la conséquence &e leur interprétation ; voilà l'erreur de M. Husson ; il croit qu’il suftit de narrer les faits et que les conséquences vont en découler, Mais reste l’interprétation ; en voici la preuve patente dans ces dernières pages ; nous avons admis, nous, ces observations, telles que les aexposées le rapporteur ; nous n'avons révoqué en doute aucun incident; mais la question de causalité s les rapports de cause à effet, voilà ce que M. Husson a toujours interprété
PP J pr magnétiquement, et nous rationnellement. K en résulte qu'avec un exposé de faits exacts toutes ses conclusions seront fausses, et ces conclusions sont précisément son œuvre à lui; il est le raisonneur de la commission ; ses collègues n’ont été là que pour donner de l’authenticité aux faits, pour affirmer que matériellement ils se sont passés comme M. Husson l’a rapporté, En ce sens c’est un excellent rapporteur; mais, quant à l’interprétation, il en a seul la responsabilité; la commission reste étrangère à cette partie de son travail, et bien plus encore l'académie , de sorte que, scientifiquement parlant, il n’a compromis que sa seule personne. Mais voyons ses conclusions.
(2) Voilà ce que les magnétiseurs vous ont dit, et vous l’avez cru ; quant à votre renvoi, il indique non les preuves de votre assertion, mais votre description pittoresque des passes,
(5) Nous avons examiné les fondements de cette conclusion, et nous savons qu’elle est établie sur un pourvu que, c’est-à-dire qu’il faut la regarder comme vraie, à moins que. .... (VOY. pag. 418)
3° Le magnétisme à agi sur des personnes de sexe et d'âge différents (1).
4° Le temps nécessaire pour transmettre et faire éprouver l’action magnétique à varié depuis une demi-heure jusqu’à une minute (2).
5° Le magnétisme n’agit pas en général sur les personnes bien portantes (3).
6° Il n’agit pas non plus sur tous les malades (4).
1° Il se déclare quelquefois pendant qu’on magnétise des effets insignifiants et fugaces que nous n’attribuons pas au magnétisme seul (5), tels qu’un peu d’oppression, de chaleur ou de froid, et quelques autres phénomènes nerveux dont on peut se rendre compte sans l’intervention d’un agent particulier, savoir par l'espérance ou la crainte, la prévention et l'attente d’une chose inconnue et nouvelle, l'ennui qui résulte de la monotonie des gestes, le silence et le repos observés dans ies expériences, enfin par l'imagination qui exerce un si grand empire sur certains esprits et sur certaines organisations (6).
8° Un certain nombre des effets observés nous ont paru dépendre du magnétisme seul et ne se sont pas reproduits sans lui. Ce sont des phénomènes physiologiques et thérapeutiques bien constatés (7).
(1) Assertion dénuée de preuves.
(2) C'est-à-dire que, dans les scènes arrangées entre les magnétiseurs et les sujets, c’est à partir d’une minute jusqu’à une demi-heure que se sont manifestés les effets appelés par vous magnétiques.
(3) Les personnes bien portantes élaienten général des membres de la commission ; de là nullité des prétendus effets. Quant aux malades, c’étaient les sujets de MM. les magnétiseurs; donc il devait y avoir de prétendus effets.
(4) Ce qui signifie que tous les sujets ne sont pas de la même force.
(5) Ainsi même, dansla production des effets insignifiants et fugaces, il faut, suivant le rapporteur, que le magnétisme ait une part. Tout ce qu’il veut bien accorder, c’est qu’ils ne sont pas produits par le magnétisme seul!
(6) Pourquoi alors vouloir accorder une part au magnétisme, si on peut se rendre compte de ces faits insignifiants et fugaces sans l'intervention d'un agent particulier ?
(7) Et ne se sont pas reproduits sans lui! Tout simplement parce qu’on n’a pas essayé de les reproduiresans lui ; quels sont donc ces phénomènes physiologiques el thérapeutiques bien constatés? Pour les phénomènes physiologiques, le
9° Les effets réels produits par lemagnétisme sont très-variés. Il agite les uns, calme les autres. Le plus ordinairement il cause l’accélération momentanée de la respiration et de la circulation, des mouvements convulsifs fibrillaires passagers ressemblant à des secousses électriques, un engourdissement plus ou moins profond, de l’assoupissement, de la somnolence, et dans un petit nombre de cas ce que les magnétiseurs appellent somnambulisme (1).
10° L'existence d’un caractère unique propre à faire reconnaître dans tous les cas la réalité de l’état de somnambulisme n’a pas été constatée (2).
11° Cependant on peut conclure avec certitude que cet état existe quand il donne lieu au développement des facultés nouvelles qui ont été désignées sous les noms de clairvoyance, d’intuition, de prévision intérieure, ou qu’il produit de grands changements dans l’état physiologique, comme l’insensibilité, un accroissement subit et considérable de forces, et que cet effet ne peut être rapporté à une autre cause (3).
rapporteur renvoie à l’histoire du petit garçon qui s’est gratté les oreilles, qui a grogné etpissé chez M. Bourdois ; pour les phénomènes thérapeutiques, il renvoie à l’histoire de Paul, le paralytique qui jeta ses béquilles et se mit à courir!
(1) C'est-à-dire, tous phénomènes ou insignifiants encore, tels que ceux qui appartiennent à la respiration et à la circulation, ou qui pouvaient être simulés ; voilà les effets variés du magnétisme.
(2) Voilà la seule conclusion exacte dans ce rapport; aveu précieux assuré ment, car il fait écrouler tout ce que le rapporteur a établi sur la réalité du somnambulisme : si en effet il n’y a pas de caractère propre à faire reconnaître la réalité du somnambulisme , il est évident que cet état peut être simulé dans tous les cas; et alors que deviennent toutes les assertions du rapporteur sur la singularité de cet état? Au reste n’oublions pas cette conclusion.
(5) Tout aussitôt voici une conclusion restrictive de la conclusion précédente, il semble que le rapporteur se repent d’avoir fait un semblable aveu; toutefois l’état de somnambulisme ne sera prouvé qu’autant qu'il donnera lieu à certaines facultés, et ces facultés M.Husson annonce qu’il les a reconnues; d’abord c’est Ja clairvoyance, pour celail renvoie à l’histoire de M. Petit, quiavecles paupières en apparence rapprochées, saisissait à la volée un ou deux mots ou la couleur des cartes; puis c'est l'intuition, et M. le rapporteur renvoie de nouveau à l’histoire du paralytique qui se mità courir ; puis c’est laprévision, pour laquelle il renvoie au malheureux Cazot, écrasé par un cheval après avoir annoncé sa guérison prochaine ; ce sont de grands changements dans l’état physiologique, comme
42° Comme parmi les effets attribués au somnambulisme il en est qui peuvent être simulés, le somnambulisme lui-même peut quelquefois être simulé et fournir au charlatanisme dés moyens de déception (1).
Aussi dans l’observation de ces phénomènes qui ne se présentent encore que comme des faits isolés qu’on ne peut ratta- Cher à aucüné théorie, ce n’estque par l'examen le plus attentif, les précautions les plus sévères, et par des épreuves nombreuses et variées qu’on peut échapper à l'illusion (2).
43° Le sommeil provoquéavec plus ou moins de promptitude, et établi à un degré plus ou moins profond, est un effet réel mais non Constant du magnétisme (3).
44° 11 nous est démontré qu’il à été provoqué dans des circonstances où les magnétisés n’ont pu voir et ont ignoré les moyens employés pour le déterminer (4). |
linsensibilité, et M. Husson renvoie à l’histoire de sa bûche jetée par terre; enfin c’est un accroissement subit et considérable de forces prouvé, suivant le rapporteur, par Paul, qui, en somnambulisme, s’amusait à porter M. Thillaye, et qui affirmait en d’autres temps né pouvoir soulever M. Foissac, C’est ainsi que M. Husson conclut avec certitude que le somnambulisme a existé pour lui.
(4) C’est là sans contredit une conclusion très-naïve : d’abord il n’y a aucun caractère propreà faire reconnaître que lesomnambulisme existe ; puis certaines facultés merveilleuses peuvent donner la certitude qu’il existe; puis ce même somnambulisme peut quelquefois être simulé et fournir au charlatanisme des moyens de déception! accordez tout cela. T1 faudra donc, en l'absence de tout caractère, de tout critérium, il faudra donc attendre l'effet des prévisions, des intuitions, pour avoir la certitude qu’on n’a pas été le jouet du charlatanisme ? La vérité dans tout cela, c’est qu’il n’y a en effet aucun caractère, aucune preuve de l’existence de ce prétendu état; qu’il a toujours pu être simulé dans les histoires de M. Husson, et que partant c’est un moyen de Di tout trouvé pour le charlatanisme.
(2) Voilà sans contredit des préceptes fort sages ; mais les exemples, tu s’est chargé deles donner? Est-ce M. Husson qui s’est entouré deprécautions sévères, lui quinousa donné des merveilles comme prouvées,àmoins que? Est-ce lui qui, par des épreuves nombreuses et variées, a dû échapper à l'illusion , lui qui nous affirme qu’on doit eroire à tout ce qu’il avance, à moins que. (voyez p.418)?
(3) À l'égard du sommeil, M. Husson n’a oublié qu'une chose, c’est de nous prouver que ce sommeil était réel et non simulé.
(4) IL nous est démontré... Savez-vous comment cela est démontré à M. Husson? par la simple affirmation des intéressés, et rien de plus (voyez
45° Lorsqu'on fait tomber une fois une personne dans le sommeil magnétique, on n’a pas toujours besoin derecourir au contact et aux passes pour la magnétiser de nouveau. Le regard du magnétiseur, sa volonté seuleontsur elle la même influence. On peut non-seulement agir sur le magnétisé, mais encore le mettre complétement en somnambulisme, et l'en faire sortir à son insu, hors de sa vue, à une certaine distance et au travers des portes (1).
46° Il s'opère ordinairement des changements plus ou moins remarquables dans les perceptions et les facultés des individus qui tombent en somnambulisme par l'effet du magnétisme.
a. Quelques-uns au milieu du bruit de conversations confuses n’entendent que la voix de leur magnétiseur; plusieurs répondent d’une manière précise aux questions de celui-ci ou que les personnes avec lesquelles on les à mis en rapport leur adressent ; d’autres entretiennent des conversations avec toutes les personnes qui les entourent (2).
Toutefois il est rare qu’ils entendent ce qui se passe autour d'eux. La plupart du temps ils sont complétement étrangers au bruit extérieur et inopiné fait à leur oreille, tel que te retentissement de vases de cuivre vivement frappés près d'eux, la chute d’un meuble, etc. (3).
b. Les yeux sont fermés : les paupières cèdent difficilement aux efforts qu’on fait avec la main pour les ouvrir; cette opération qui n’est pas sans douleur laisse voir le globe de l'œil
p. 418). Car il fait ici allusion précisément à l’histoire fondée sur le à moins que.
(1) Voilà bien certainement qui est merveilleux : la volonté humaine traverse portes et cloisons, met un homme en somnambulisme à son insu , etc.; eh bien! tout cela tombe si un magnétiseur a pu s'entendre avec un homme sans éducation ; mais, comme il est absolument impossible qu’un magnétiseur s’entende avec un homme sans éducation , il reste démontré pour M. Husson que la volonté, le regard ne sont arrêtés ni par les portes ni par les cloisons.
(2) Pour rester dans le vrai, il fallait dire : tantôt les sujets ne s’entretiennent qu'avec leurs magnétiseurs, tantôt avec toutes les personnes qui les entourent, ce qui est en opposition avec la théorie des magnétiseurs sur leurs prétendus rapports.
(5) M. Husson a voulu ici mettre un certain choix dans les termes, ennoblir ses détails; mais le fait est qu’il s’agit tout simplement d’une bûche qu'il a jetée par terre.
440 HISTOIRE ACADÉMIQUE convulsé, et porté vers le haut et quelquefois vers Le bas de l'orbite (1).
c. Quelquefois l’odorat est comme anéanti. On peut leur faire respirer l'acide muriatique ou l’'ammoniaque sans qu’ils en soient incommodés, sans même qu’ils s’en doutent. Le contraire a lieu dans certains cas, et ils sont sensibles aux odeurs (2).
d. La plupart des somnambules que nous avons vus étaient complétement insensibles. On a pu leur chatouiller les pieds, les narines et l’angle des yeux par l'approche d’une plume, leur pincer la peau de manière à l’ecchymoser, la piquer sous ongle avec des épingles enfoncées à l’improviste à une assez grande profondeur, sans qu’ils aient témoigné de la douleur, sans qu'ils s’en soient aperçus (3). Enfin on en a vu une qui a été insensible à une des opérations les plus douloureuses de la chirurgie, et dont ni la figure, ni le pouls, ni la respiration n’ont pas dénoté la plus légère émotion (4).
17° Le magnétisme a la mêmeintensité, il est aussi promptement ressenti à une distance de six pieds que de six pouces ;
(1) Toutes conditions qu’il est très-facile de simuler; mais M. Husson n'y a pas même songé.
(2) De sorte que rien n’est plus commode. Si les sujets ne font aucun mouvement d'inspiration, c’est que l’odorat est anéanti ; S'ils font un mou-
vement d'inspiration , s'ils ne peuvent résister aux effets de l’ammoniaque;/” c’est que l’odorat n’est pas anéanti pour le moment , ce qui n A rs id
qu'ils ne soient en somnambulisme. F:4328- (8) (3) Nous en demandons bien pardon au rapporteur , mais ici V s’écarte dë
se
faits ; nous nous sommes empressés de remonter aux observations par lui fndi:
quées, et nousn’avons pas vu qu’on ait fait ce qu’il dit ici. On n’apasenfoncéd’é: v v
pingles sous les ongles, on a fait une simple piqûre à Cazot entre le: poucetét
l'index de la main droite, on lui a piqué le lobe de l'oreille} ce qui est bien différent, M. Husson devrait bien ne pas faire dire à ses observations plus.e qu'elles ne disent ; ses conclusions ne sont plus des conclusions, ce sont des’
résumés, mais au ae que ces résumés soient exacts.
(4) Conclusion déduite d’une observation complétement étrangère à né commission ; pas un membre de la commission n’en a été témoin. Il est bien wrai que Vos le rapporteur cette observation serait une propriété de l’académie ; mais nous renvoyons cette propriété à qui de droit, c'est-à-dire aux magnétiseurs,.
et les phénomènes qu’il développe sont les mêmes dans les deux cas (1).
18° L'action à distance ne paraît pouvoir s'exercer avec succès que sur des individus qui ont été déjà soumis au magnétisme (2).
19° Nous n'avons pas vu qu’une personne magnétisée pour la première fois tombât en somnambulisme. Ce n'a été quelquefois qu’à la huitième ou dixième séance que ie somnambulisme s’est déclaré (3).
20° Nous avons constamment vu le sommeil ordinaire, qui est le repos des organes des sens, des facultés intellectuelles et des mouvements volontaires, précéder et terminer l’état desomnambulisme (4).
21° Pendant qu’ils sont en somnambulisme, les magnétisés que nous avons observés conservent l'exercice des facultés qu’ils ont pendant la veille, Leur mémoire même paraît plus fidèle et plus étendue, puisqu'ils se souviennent de ce qui s’est passé pendant tout le temps et toutes les fois qu'ils ont été en somnambulisme (5).
22° A leur réveil, ils disent avoir oublié totalement toutes les circonstances de l’état de somnambulisme, et ne s’en ressou-
(1). Pour vérifier l’exactitude de cette conclusion, nous nous reporions bien vite aux renvois de M. Husson ; mais quel n’est pas notre désappointement en retrouyant.encore l’incident de Cazot, incident dont la réalité est incontestable, à moins que. ce qui nous ferme Ja bouche.
(2) Répétition de ce qui a été dit dans Ja quinzième conclusion.
(5) Par une cause-toute simple, c’est que le somnambulisme demande une certaine éducation; quant au sommeil, il ne peut guère se déclarer qu'après quelques séances d’ennui et de lassitude.
(4) Ceci n’est pas du tout mentionné dans les observations ; les sujets ont souvent été interpellés dès qu’ils ont paru dormir ; les uns ont alors répondu ou parsignes ou par phrases (style du rapporteur). Quant à la terminaison, on les à souvent réveillés au beau milieu des colloques , en leur frottant circulairement les yeux.
(5) 11 n’y avait rien de bien difficile à se rappeler ce qui s’était fait à peu de jours de distance, et ce qui s’était passé pendant une heure ou deux ; cependant il y aurait une exception pour Paul, qui fut pendant huit jours un dormeur éveillé, et qui ne sortit de cet état que le 1‘ janvier pour rendre ses devoirs à ses amis.
venir jamais. Nous ne pouvons avoir à cet égard d’autre garantie que leurs déclarations (4).
23° Les forces musculaires des somnambules sont quelquefois engourdies et paralysées. D’autres fois les mouvements ne sont que gênés, etles somnambules marchent ou chancellent à la manière des hommes ivres, et sans éviter, quelquefois aussi en évitant les obstacles qu’ils rencontrent sur leur passage. Il y a des somnambules qui conservent intact l'exercice de leurs mouvements; on en voit même qui sont plus forts et plus agiles que dans l’état de veille (2). |
24° Nous avons vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, les objets que l’on a placés devant eux; ils ont désigné sans les toucher la couleur et la valeur des cartes, ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelques lignes de livres que l’on a ouverts au hasard. Ce phénomène a eu lieu alors même qu'avec les doigts on fermait exactement l’ouverture des paupières (3).
95° Nous avons rencontré chez deux somnambules la faculté de prévoir desactes del’organisme plus ou moins éloignés, plus
(4) A la bonne heure! pourquoi M. Husson n’a-t-il pas toujours raisonné et conclu de cette manière, nous aurions toujours été d’accord. S’il avait fait partout une part aussi judicieuse aux déclarations des magnétisés et des magnétiseurs, son rapport eût été parfait. Après tout il faut être juste, il a toujours indiqué ses garanties; même lorsque n’ayant pas osé faire ce qu’il appelle injure aux magnétiseurs, il nous a dit : « Vous devez me croire, à moins que...» c'était indiquer sa garantie.
(2) Répétition de ce qui a été dit plus haut; il paraît que M. le rapporteur tient à multiplier ses conclusions ; quoi qu'il en soit, ily a plusieurs sortes de somnambules : les uns, et ce sont ceux qui tiennent les yeux à peu près fermés , marchent, chancellent, évitent ou n’évitent pas les obstacles qu'ils rencontrent sur leur passage, ce qui se conçoit parfaitement; ils jouent au colinmaillard ; les autres, et ce sont ceux qui ont les yeux tout grands ouverts , ceux qui comme Paul doivent rester une douzaine de jours endormis ; oh! ceux-ci
conservent en effet l'exercice de tous leurs mouvements, ils sont forts et agiles, ils :
ont bon appétit; témoin le petit garçon de M. de Puységur qui se régalait de gâteaux aux Champs-Elysées et qui jouait avec les enfants de la portière ; témoin Paul, qui se promenait avec M. Foissac, reconnaissait ses voisins à l'hôpital, faisait pirouetter M. Thillaye sur lui-même, etc., eic.
(5) Répétition de ce qui a été dit dans la conclusion 411, sous le titre de clairvoyance.
a CT
ou moins compliqués. L'un d'eux a annoncé plusieurs jours, plusieurs mois d'avance, le jour, l'heure et la minute de l’invasion et du retour d'accès épileptiques. L'autre à indiqué l’époque de sa guérison. Leurs prévisions se sont réalisées avec une exactitude remarquable. Elles ne nous ont paru s'appliquer qu'à des actes ou des lésions dé leur organisme (1).
26° Nous n'avons rencontré qu’une seule somnambule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles on l'avait mise en rapport. Nous avions cependant fait des recherches sur un assez grand nombre (2).
21° Pour établir avec quelque justesse les rapports du magnétisme avec la thérapeutique, il faudrait en avoir observé les effets sur un grand nombre d'individus, etavoir fait longtemps et tous les jours des expériences sur les mêmes malades. Cela n'ayant pas eu lieu, la commission a dû se borner à dire ce qu’elle à vu dans un trop petit nombre de cas pour oser rien prononcer (3).
28° Quelques-uns des malades magnétisés n’ont ressenti aucun bien. D’autres Ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué, savoir : l’un, la suspension de douleurs habituelles (4);
(4) I nemanque que peu de mots à cette conclusion ; il fallait ajouter : Elles ne nous on! paru s'appliquer qu'à des actes qui pouvaient être simulés.
(2) Cest bien fâcheux, car des trois personnes dont les maladies ont été indiquées, deux pouvaient avoir eu antérieurement des rapports avec les intéressés; la troisième, c’est-à-dire M. Marc, avait été déclarée atteinte d'une petite toux et d’une chose qui gênait le passage des aliments ! ce qui est très-précis et très-concluant.
(3) Comment! mais M. Husson a été ici d’une réserve inconcevable ; une somnambule, M°° Céline, s’est montrée aussi forte que Dupuytren en thérapeutiqueselle s’estrencontréeavecce grand chirurgien d’une manière surprenante. Dupuytren avait prescrit l’usage du lait d’une chèvre frictionnée avec l’onguent mercuriel ; Me Céline, après huit minutes d'indagation, prescrit positive- . ment le même agent thérapeutique ; elle prescrit, comme Dupuytren, le lait d’une chèvre qu’on aura frictionnée avec l'onguent mereuriel, et M. Husson dit qu’il n’ose rien prononcer ! D’où vient cela ? est-ce à cause des marques d’incrédulité de l'académie ?
(4) Pour l’un, le rapporteur renvoie à l’observation de M. Itard; mais il y a ici une inexactitude ; chez M. Itard, il y a cu tantôt disparition des douleurs et tantôt apparition de ces mêmes douleurs,
l’autre, le retour des forces ; un troisième, un retard de plusieurs mois dans l’apparition des accès épileptiques (1), et un quatrième, la guérison complète d’une paralysie grave et ancienne (2).
29° Considéré comme agent de phénomènes physiologiques ou comme moyen thérapeutique, le magnétisme devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales (3); et par conséquent, les médecins seuls devraient en faire ou surveiller l'emploi, ainsi que cela se pratique dans les pays du Nord (4).
30° La commission n’a pas pu vérifier, parce qu'elle n’en a a pas eu l’occasion, d’autres facultés que les magnétiseurs avaient annoncé exister chez les somnambules (5), mais elle
(4) Pour l’autre, le rapporteur renvoie à l’histoire du premier épileptique; or dans le récit de cette histoire le rapporteur n’avait pas voulu tenir compte du retard dans les crises, il s’est même servi de ces expressions : Nous ne dirons pas, etc. Ici il se ravise, il lui semble que le fait mérite une conclusion.
(2) Quant à cette guérison unique, nous sayons, nous, à quoi nousen tenir, puisqu'il s’agit de Paul , jeune homme admis à la Charité, déjà à peu près guéri et qui par prudence, outre le magnétisme, se faisait continuer l’usage dela noix vomique pour dissiper le reste de son mal.
(5) Dans le cadre des connaissances médicales ! Mais M. Husson fait tort au magnétisme, puisque, suivant ses expressions, les magnétisés voient leur mal, contemplent à loisir et l’intérieur de leurs propres organes, et l’intérieur des organes de ceux qui les consultent, en huit minutes (voyez l’histoire de Mie Céline). Il ne fallait pas dire dans Le cadre, car vraiment il n’y a plus de cadre, le magnétisme dispense de tout cela. Un cadre! M. Husson n’y pense pas ; il n°y a plus d'anatomie, il n’y a plus de pharmacologie; à quoi bon toutes ces connaissances avec des somnambules aussi parfaites. Donc il ne fallait pas dire : Le magnétisme doit trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales ; mais tout simplement : Le magnétisme doit tenir place, doit tenir lieu de toutes Les connaissances médicales.
(4) Mais pourquoi les médecins seuls ? pourquoi ce monopole que rien ne justifie? le magnétisme nedispense-t-il pas de toutesles connaissances médicales ? n’en démontre-t-il pas la complète inutilité? et alors qu’est-il besoin de médecins? Voyez les maîtres de l’art, les de Puységur, les Deleuze ; étaient-ils des médecins? non assurément. Et Mesmer, n'était-ce pas un médecin fort ignorant ? eh bien! e’est pour cela qu'il s’est élevé si haut en fait de magnétisme.
(5) M. Husson est modeste; son contingent est déjà assez respectable : un regard, une volonté qui franchit les espaces, qui passe à travers les portes et
communique des faits assez importants dans son rapport pour qu'elle pense que l'académie devrait encourager les recherches sur le magnétisme, comme une branche très - Curieuse de psychologie et d'histoire naturelle (1).
Arrivée au terme de ses travaux, avant de clore ce rapport, la commission s’est demandé si dans les précautions qu’elle a Mmultipliées autour d’elle pour éviter toute surprise, si dans le sentiment de constante défiance avec lequel elle a toujours procédé, si dans l’examen des phénomènes qu’elle a observés elle a rempli scrupuleusement son mandat. Quelle autre mar che, nous sommes-nous dit, aurions-nous pu suivre ? quels moyens plus certains aurions-nous pu prendre ? de quelle méfiance plus marquée et plus discrète aurions-nous pu nous pénétrer ? Notre conscience, messieurs, nous a répondu hautement que vous ne pouviez rien attendre de nous que nous n’ayons fait. Ensuite avons-nous été des observateurs probes, exacts, fidèles ? C’est à vous qui nous connaissez depuis longues années, C’est à vous qui nous voyez constamment près de vous, soit dans le monde, soit dans nos fréquentes assemblées, de répondre à cette question ? Votre réponse, messieurs, nous l’attendons de la vieille amitié de quelques-uns d’entre vous, et de l’estime de tous (2).
les cloisons, une indagation (c’est son mot) qui a lieu jusque dans l’estomac de M. Marc ! une prévision à l’heure , à la minute (temps vrai), une thérapeutique infaillible , une lecture sans le secours des yeux, etc., etc, Quelles autres facultés aurait donc pu vérifier la commission ?
(1) Toujours la même inadvertance de la part de M. Husson ; encore un coup, le magnétisme, tel qu’il le comprend lui-même, ne saurait être consi— déré comme une branche ; c’est le tronc, c’est la souche de toutes les connaissances humaines. Qu'est-ce que M. Husson vient ici nous parler de psychologie et d'histoire naturelle ? Nous l'avons dit, le magnétisme dispense de tout cela ; la preuve en est, et on l’a vu plus d’une fois dans ce rapport, que ce sont les hommes les plus ignorants, les hommes privés de toute éducation (ceux avec lesquels par conséquent les magnétiseurs ne peuvent s'entendre) qui excellent en psychologie et en histoire naturelle dès qu’ils tombent en somnambulisme.
(2) Voilà la péroraison dont nous avons parlé ; elle mérite un examen définitif, Disons d’abord que des médecins, des savants investis de la confiance de leurs collègues et chargés de procéder à la vérification de certains faits, ne doi
Certes, nous n’osons nous flatter de vous faire partager entièrement notre conviction sur la réalité des phénomènes que nous avons observés, et que vous n’ayez ni vus, ni suivis, ni étudiés avec et comme nous. | vent pas, quand est venu le jour de rendre leurs comptes , faire de leur mission une affaire de sentiment, mais bien une affaire de logique, une affaire de raisonnement, telle enfin que de savants à savants; donc, quand Ie rapporteur donne lecture du fruit de ses élucubrations, il ne doit pas en appeler à l’amitié de tels ou tels de ses collègues, mais bien à la sagacité de l’assemblée entière. Malheureusement , M. Husson ne paraît pas avoir compris cela , et ici comme dans le corps de son travail, de son rapport, il a pris plaisir à confondre la question de probité et d'honneur avec Ja question de raisonnement et de sagacité. Ce qui le prouve, c’est la nature des questions que le rapporteur finit par poser ici à l'académie, au nom de la commission ; non pas qu'il s’identifie avec cette commission, mais bien parce qu’il l’identifie avec lui-même, parce qu’à toute force il veut la rendre solidaire de toutes ses croyances. Ainsi aurait-il voulu faire pour l’académie. Mais l’entreprise était au-dessus de ses forces ; la meilleure preuve, c’est qu’il a refusé la discussion,
Mais revenons ici aux questions posées par le rapporteur; ces questions sont importantes, Si la discussion avait eu lieu, on y aurait répondu assurément; mais nous allons nous en charger, ce sera la clôture de notre discussion avec le rapporteur, sur ce sujet du moins, car bientôt nous en aurons une autre.
Nous ferons succéder nos réponses à chacune des questions faites par M. Husson, et elles seront catégoriques.
D. La commission a-t-elle scrupuleusement rempli son ant sous le triple rapport des précautions à prendre, des sentiments de défiance nécessaires el de l'examen des phénomènes ?
R. Oui, la commission a scrupuleusement rempli son mandat sous le rapport de l'examen des phénomènes. Non, elle ne la pas rempli sous le rapport des précautions à prendre et des sentiments de défiance dont elle aurait dû se pénétrer, puisque, sous ces rapports, elle a été arrêtée par la crainte de faire injure aux magnétiseurs et aux magnétisés (voyez p. 418), et qu’elle a préféré s’en rapporter à leur bonne foi.
D. Quelle autre marche aurait pu suivre la commission ?
R. Elle aurait dû rechercher, dans l'appréciation des faits, 1° ceux qui rentrent dans la classe des phénomènes physiologiques dont la cause est connue; 20 ceux qui résultent de certains états morbides ; 5° se demander, pour les autres, si toute supercherie avait été physiquement impossible.
D. La commission aurait-elle pu prendre des moyens plus certains que ceux qu'elle a pris?
R. Oui, car tous les moyens qu’elle a pris étaient fondés sur la bonne foi
Nous ne réclamons donc pas de vous une croyance aveugle à tout ce que nous vous avons rapporté, Nous concevons qu’une
supposée des intéressés, c’est-à-dire des magnétiseurs et des magnétisés.
D. La commission aurait-elle pu se pénétrer d’une méfiance plus marquée et plus discrète?
R. Non, car l’une de ces conditions exelut l’autre; toute méfiance qui devient marquée est indiscréte; il en résulte que la discrétion que les commissaires ont accordée aux magnétiseurs et aux magnélisés les a ermpêchés de marquer de la défiance , c’est-à-dire de prendre des mesures efficaces , puisque celles-ci auraient été indiscrètes,
Comme, dans la forme du moins, le rapporteur n'avait pas adressé ces questions à l’académie, mais bien à lui-même, voici ce que sa conscience, dit-il, a répondu hautement : Tout ce que l'académie pouvait attendre des commissaires ils l'ont fait ! Maïs d’abord ce n’est pas sa conscience qui aurait dû faire les ré ponses, il ne s'agissait pas d’un cas de conscience, mais bien d’un cas de judiciaire, donc c’est le jugement qui aurait dû faire les réponses; quant à nous, n’hésitons pas à le dire, les commissaires ont fait, consciencieusement parlant , tout ce qu'on pouvait attendre d'hommes probes et honorables; mais logiquement parlant , ils n’ont pas rempli le mandat que l’académie leur avait imposé , ils n'ont pas fait ce qu’on devait attendre d’hommes défiants, sévères etrigoureux.
Si l'académie s'était prononcée, nous ne parlerions pas ainsi; mais nous sommes en droit de dire cela à la commission, car la discussion sur son rapport restera libre et ouverte, jusqu’à ce que l’académie l’ait fermée par un vote; et c’est ce que ne veut pas M. Husson!
Passons maintenant aux dernières questions adressées par le rapporteur à l’académie, et répétons que nous sommes dans notre droiten y répondant; caren ne souffrant pas quel’académie y réponde, le rapporteur a donné cedroit à toutle monde.
D. Les commissaires ont-ils été probes, exacts , fidèles ?
R. Probes; oui. C’est ce que répondront ceux qui les connaissent depuis longues années (style du rapporteur), et ceux qui les voient constamment près d'eux, soit dans le monde, soit dans les fréquentes assemblées de l’académie : celle réponse, ils doivent l’attendre de la vieille amitié de quelques-uns et de l'estime de tous.
Fidèles ; à quoi? diront ceux qui les connaissent et ceux qui ne les connaissent pas : si c’est à l’honneur, oui, ajouteront ceux qui les connaissent ; si c’est au raisonnement, non, ajouteront ceux qui ont lu le rapport de M. Husson. Exacts; non, répondront ceux qui les connaissent et ceux qui ne les con-
naissent pas, ceux qui les voient dans le monde et ceux qui ne les voient qu’à l'académie, ceux qui les aiment et ceux qui les estiment, c’est-à-dire tous : car on n’est pas exact, quand on se borne à constater l'authenticité de tels ou tels effets, et quand on s’en rapporle aux magnétiseurs et aux magnélisés pour out ce qui tient à l'explication de ces mêmes effets,
grande partie de ces faits sont si extraordinaires que vous ne pouvez pas nous l’accorder. Peut-être nous-mêmes oserionsnous vous refuser la nôtre, si changeant de rôle vous veniez les annoncer à cette tribune, à nous qui, comme vous aujourd'hui, n’aurions rien vu, rien observé, rien étudié, rien Suivi.
Nous demandons seulement que vous nous jugiez comme nous vous jugerions, c’est-à-dire que vous demeuriez bien convaincus que ni l'amour du merveilleux, ni le désir de la célébrité, ni un intérêt quelconque ne nous ont guidés dans nos travaux. Nous étions animés par des motifs plus élevés, plus dignes de vous, par l’amour de la science et par le besoin de justifier les espérances que vous aviez conçues de notre zèle et de notre dévouement.
Signé : Bourpois DE LA MOTTE, président; FOUQUIER, GUENEAU DE Mussy, GuERsANT, HussoN, IrARD, J.-J. LEROUX, MaARC, THILLAYE.
Séances des 21 et 28 juin 1854.