‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 106 sur 123 · RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS

Le voilà terminé ce rapport qui fait la joie et l’orgueil des magnétiseurs, rapport tout à fait individuel, qui ne renferme que les opinions personnelles de M. Husson; car, nous l’avons dit en commencant, si les faits qu’il expose ont pour garant la sincérité bien connue des membres de la commission, si le matériel en quelque sorte de ces faits est attesté par eux, leur interprétation appartient exclusivement au rapporteur; la commission y est étrangère, et encore plus l'académie.

Croirait-on cependant qu’un magnétiseur qui depuis a publié une compilation dont les épreuves ont été soumises à M. Husson, a osé, après avoir donné ce rapport, et après avoir dit comment le rapporteur s’est refusé à toute discussion, croirait-on qu’il a osé dire en propres termes : CE RAPPORT DOIT DONC ÊTRE CONSIDÉRÉ COMME L'EXPRESSION DE L’OPINION GÉNÉRALE DE . L’ACADÉMIE ! ! ! (Foissac, op. cit.,209). Et à queltitre, M. Husson, ce rapport serait-il l'expression de l’opinion générale de l’académie? Nous nous adressons à vous, Car Vous avez revu less épreuves de M. Foissac? À quel titre, s’il vous plait ? Est-ce

DU MAGNÉTISME ANIMAL, 449 parce que Vous n'avez pas voulu le soumettre à la sanction de l'académie ? est-ce parce que vous en avez fait votre propre affaire ?

Au reste, et comme on le pense bien, les magnétiseurs ne tarissent pas en éloges sur ce rapport et sur son auteur.

Pourquoi faut-il cependant, disent-ils, avec un profond sentiment de regret, pourquoi faut-il que ce beau travail reste enfoui dans les archives de l'académie ? L’un d'eux, M. Teste, a fait à ce sujet des lamentations trop plaisantes pour ne pas les rapporter ici. Voici comme il s'exprime dans l’amertume de son Cœur : «Rédigé par M. Husson, ce rapport, vérrrAgLe cugr- D'OEUVRE de précision et de elarté, fut publiquement lu à l'académie de médecine pendant les séances des 2 et 28 juin A834. Ce rapport, dont la plupart des gens du monde et beaucoup de médecins ignorent jusqu'à l'existence, n’était N1 PLUS N1 MOINS QUE L’APOLOGIE COMPLÈTE (l’aveu est précieux), circonstanciée et surtout parfaitement raisonnée des idées que nous nous efforçons de propager au- Jourd'hui. — Eh bien! à cette éclatante manifestation de ses plus illustres membres qu'a répondu l'académie de médecine? — Rien. — Qu'a-t-elle dit de leur rapport? — Rien (Peut-on rien lire de plus bouffon ? Ce n’est pas tout). Qu'en a-t-elle fait? — Rien, absolument rien ! (Pourquoi ne pas ajouter : Que pouvait-elle en dire? Rien.Que pouvait-elleen faire? Rien, absolument rien). Elle l'aenterré vivanr dans ses archives (vivant ! M. Teste est bien bon; ce chef-d'œuvre était mort et bien mort; l'académie est tranquille sur ce point), où il git encore (style lapidaire), et oùon voudrait nous le faire oublier (pas du tout, car nous venons de le publier avecnotes et commentaires); le faitestinouï, incompréhensible (pour incompréhensible, non, c’est un décès et un enterrement qu'on comprend parfaitementbien), énqualifiable, maisilest exact ; que nos \lustres de la rue de Poitiers me démentent (Sans prétendre à l'illustration, nous n’avons pas envie de démentir M.Teste; son oraison funèbreest juste, exacte; c’estun fait inoui).

Puis arrivent des attaques non moins bouffonnes contre les deux membres réfractaires de la commission, MM. Double et Magendie : la postérité, s'écrie M. Teste, tiendra compte de leur indifférence ! (transact. magn., 413); il est étonnant que M. Teste ne les ait pas aussi menacés d’un petit compte à rendre a près leur mort. Mais en voilà assez sur M. Teste connu unique-

exciter dans son sein quelques réclamations ; que des interpellations peut-être seraient faites à M. Oudet, et c’est en effet ce qui arriva dans la séance du 24 janvier 1837.

Dans le but d'obtenir des éclaircissements, M. Capuron fit spontanément une interpellation directe à ce sujet; M. Oudet répondit avec réserve, et une discussion s’ensuivit sur la question du magnétisme animal.

Le magnétiseur qui avait opéré dans cette circonstance était un jeune médecin nommé M. Hamard, encore inconnu, Comme on le voit, dans le monde magnétique; la discussion avait été assez vive à l'académie ; des doutes s'étaient élevés de toutes parts sur les incidents de ce prétendu cas de somnambulisme ; toutefois cette discussion avait été close, lorsqu'un autre magnétiseur, également inconnu jusque-là, et qui avait nom M. Berna, ayant trouvé que l’académie avait fait preuve d'inexpérience dans les débats, prit sur lui d’écrire à M. le président, pour offrir charitablement à l'académie les moyens de l’éclairer, c’està-dire pour mettre de nouveau à sa disposition des somnambules. C’est ainsi que l'académie fut amenée à s’occuper encore une fois du magnétisme animal ; nous allons emprunter au bulletin de l'académie le récit de cette discussion et de la nomination des commissaires.

M. Capuron interpelle M. Oudet. Jai quelques renseignements, dit-il, à demander à notre collègue sur un fait qui éircule dans le public sous Pautorité de son nom ; c’est un fait de magnétisme.

M. Oudet : Je sais ce que veut dire M. Capuron; ma première pensée a été de faire cette communication à l'académie; en y réfléchissant, j'ai changé de sentiment; j'ai craint d'engager la compagnie dans une discussion sans terme el Sans résultat ; Car les faits nese discutent pas, on les accepte ou on lesrejette, iln’y a pas de troisième parti à prendre; mais enfin, puisque l’académie paraît désirer que je parle, je vais la satisfaire, en lavertissant toutefois que je me place en dehors de toute discussion magnétique, et que j'entends me renfermer uniquement dans le rôle d’historien.

(Avant d'aller plus loin dans l’exposé de cette discussion qui est emprunté au bulletin de l'académie, nous avons ici une remarque à faire : on voit que M. Oudet entend se borner au rôle dhistorien, qu'il va satisfaire l'académie ; eh bien! ce n’est pas lui qui va parler dans le bulletin de l'académie, c’est un magnétiseur, C’est M. Hamard qui va parler pour lui! Nous sommes encore à nous demander pourquoi les propres paroles de notre collègue n’ont pas été rapportées dans la publication officielle de l'académie ; et comment, après avoir fait dire que M. Oudet va satisfaire l'académie, on ajoute immédiatement : « Voici ce fait tel que l’a raconté le magnétiseur avec l'approbation de M. Oudet.» Mais raconté à qui ? et que signitie cette approbation de M. Oudet? Notre confrère assumait-il la responsabilité de tout ce qu’allait dire le magnétiseur ? Cela n’est pas probable, puisqu'il venait de faire ses réserves. Quant à nous, nous aurions préféré trouver ici la communication de M. Oudet; d'abord elle aurait mérité toute notre confiance, et c’eût été plus rationnel, puisque nous allons avoir des répliques, après cetie interpolation. Quoi qu’il en soit, et pour ne pas nous écarter de ce qu'il ÿ a dans le bulletin, voyons comment le magnétiseur va parler en place de M. Oudet.)

Voici ce fait tel que l’a raconté le magnétiseur avec l’approbation de M. Oudet.

« Madame B... à vingt-cinq ans et un caractère très-impressionnable (1); elle appréhende vivement la moindre douleur et souffre de l’action de causes à peine appréciables pour d’autres ; C’est ainsi qu'elle ne peut pas entendre craquer les doigts de quelqu'un sans éprouver des palpitations et une sorte de défaillance (2).

» Plusieurs fois j'avais produit en elle le somnambulisme et constaté son insensibilité dans cet état, quand le 7 dernier elle se plaignit à moi d’un mal de dents, qui, disait-elle, la torturait depuis quelques jours. L’extraction de la dent malade était l'unique remède à ses souffrances; mais l’idée d’une opération la tourmentait au point qu’elle en éprouvait presque des con-

(1) Singulière association : vingt-cinq ans et un caractère! (2) Tout cela est dit pour faire apprécier tout le mérite de l’insensibilité

dont on finira par la gratifier.

vulsions. Je la conduisis à M. le docteur Oudet, qui, étant prévenu de Pétat particulier de cette dame, la rassura sur la nécessité qu’elle reédoutait, et je convins secrètement avec mon estimable confrère qu’il la trouverait chez moi en somnambulisme (1).

» Le 44 novembre, à l'heure indiquée, M. Oudet la vit paisiblement assise dans un fauteuil, et livrée depuis une heure au sommeil magnétique (2). Pour explorer la sensibilité, je la piquai fortement et à plusieurs reprises avec une épingle; je lui plongeai un doigt pendant quelques secondes dans la flamme d’une chandelle, elle ne donna absolument aucun signe de douleur; durant ces épreuves M°° B... répondait à mes questions avec l’indolence ordinaire à son état. M. Oudet déploya sa trousse, le cliquetis de ses instruments ne parut causer aucune sensation; ma somnambule se croyait seule avec moi (3). Je la priai de me laisser voir sa dent malade (c'était une grosse molaire), elle ouvrit la bouche sans défiance en disant : elle ne me fait plus de mal; M. Oudet plaÇça son instrument; au moment de l’avuision, la tête sembla fuir un peu la main de l’opérateur, et nous éntendîimes un léger cri. Ces deux signes de douleur eurent la rapidité de l’éclair; le pouls de la patiente était calme (4). Son visage n’indiquait pas la moindre émotion; ses mains étaient demeurées immobiles sur ses genoux. Je mé hâtai de lui adresser cette question : « Avez-vous souffert? » Elle mé répondit tranquillement : Pourquoi souffrir? Elle ignorait ce qu’on venait de faire (5). Je lui offris un verre d’eau en l’engageant à se laver la bou-

(4) Ceci est dit en lieu et place de M. Oudet; mais si M. Oudet voulait se borner au rôle d’historien , d’où vient qu'ici on lui fait accepter qu’on peut mettre les gens en somnambulisme pour leur enlever les dents sans douleur ?

(2) Ici encore nous regrettons qu’on nait pas laissé parler notre collègue; assurément il aurait dit qu’il avait trouvé la dame paisiblement assise dans un fauteuil, mais aurait-il ajouté qu’elle était livrée au sommeil magnétique ?

(3) M. Oudet aurait-il dit qu’elle se croyait seule avec M. Hamard? il n’y a que les magnétiseurs qui savent ces choses-là. L

(4) Le pouls était calme : voilà ce que M. Oudet n’a jamais pu constater ; car, pendant qu’il arrachait la dent, il ne pouvait tâter le pouls de la dame, et on fait dire cela au magnétiseur avec l'approbation de M. Oudet!

(5) Ceci ne peut être qu’une réflexion du magnétiseur,

DU MAGNÉTISME ANIMAL. A55 che; elle ne comprit pas ma recommandation, ne but ni ne cracha.

» Pendant une demi-heure que je prolongeai encere son sommeil, jela fis beaucoup parler, mais je ne pus découvrir en elle aucune marque de douleur. Eveillée, elle ne se douta de rien (1) et ne se plaignit point d’abord; vingt minutes après elle porta sa main à sa bouche en disant : « Voilà ma dent qui va recommencer à me tourmenter, » Je lui appris enfin, à sa grande satisfaction, Ce que j'avais fait pour lui épargner des terreurs et de la souffrance. »

(Maintenant que le magnétiseur a fini de parler, nous rentrons dans la discussion académique.)

M. Rochoux : Je vois que ie magnétisme perd peu à peu son merveilleux; on ne nous parle plus de gens qui voient à travers les murailles ou qui lisent dans l’avenir, ces contes ne trouveraient plus aucun crédit; aussi les magnétiseurs tournent-ils leurs vues d’un autre côté, et remarquez, je vous prie, la finesse : ils vous racontent des choses fort extraordinaires, sans doute, mais des choses qui n’ont point de juges; car Comment savoir si une personne sent ou ne sent pas, souffre ou ne souffre pas ?

M. Bouillaud : M. Oudet vous a dit que les faits ne se discutent pas, qu’on les accepte ou qu’on les rejette. Je m’élève de toutes mes forces contre cette singulière philosophie; il faut discuter les faits, parce qu’ils ont plusieurs faces et que tous les observateurs ne voient pas de la même manière. Il y a plus, il ne faut admettre les faits qu'après discussion, et plus ils sont extraordinaires plus le précepte est rigoureux ; et, par exemple, le fait rapporté par M. Oudet peut-il être admis sans examen ? non, assurément : notre collègue est sans doute très-digne de foi, mais qui m’assurera qu’il ne s’est pas laissé tromper ? Ce fait n’est peut-être qu’une nouvelle édition de la dent d'or. Je prie du moins M. Oudet de nous dire s’il n’a observé aucune émotion sur le visage de la patiente pendant Popération.

M. Oudet répond que l'opération va si vite qu’on n’a pas le

(1) Si on avait laissé parler M. Oudet, nous aurions pu savoir s’il était resté une demi-heure après son opération pour assister au prétendu réveil, et vingt minutes encore pour entendre le propos sur la dent.

temps de faire des observations; il doit dire cependant qu’elle a poussé un petit cri, au dire de son élève et de M. Hamard; pour lui, il n'entend rien en pareille occurrence (1)s

M. Roux : Je partage complétement le sentiment de M. Bouillaud sur la nécessité de discuter les faits; et où en serait-on dans les sciences s’il fallait accepter tout ce qui se dit? A l’égard du fait cité, je demanderai d’abord s’il est bien vrai que la femme füt sensible au magnétisme, et dans cette supposition si elle était bien réellement endormie ou si elle feignait de l'être. Je comprends difficilement qu’une personne de cette sensibilité ait pu supporter sans souffrir l’arrachement d’une dent. Il y aurait peut-être une manière simple d'expliquer les choses sans recourir au magnétisme; qui ne connaît la puissance d’une volonié bien arrêtée ? permettez-moi de vous en citer quelques exemples. Il y a quelques années que je fus appelé pour voir une dame qui portait un certain nombre de végétations aux parties génitales. Voulant rester inconnue, cetie dame me reçut un masque au visage et dans une maison quin’était pas lasienne. L'opération dura bien un quart d'heure, et la malade ne poussa pas un eri, de peur de trahir son incognito.

Dans une autre circonstance j'extirpai un sein cancéreux à une demoiselle, et comme elle ne se plaignait pas, je l’engageai à ne pas se retenir, Car je Crois qu’il est bon que la douleur se plaigne; elle me répondit brusquement : Eh! monsieur, que sont les douleurs physiques! |

Ne se pourrait-il pas que la malade de M. Oudet eût une égale puissance de volonté? Quoi qu'il en soit, je crois que M. Oudet a été trompé, je crois que M. Jules Cloquet à été trompé, et ce qui me confirme dans cette opinion, c’est que M. Cloquet n’a pas répété lPexpérience dont il entretint dans le temps la section dechirurgie. Ainsi, messieurs, point de ménagements; le charlatanisme trouvera assez de voix hors de cette enceinte qui le défendront; il n’en doit pas trouver parmi nous.

M. Samson : Je me permettrai uneseule questionque j’adresse à M. Oudet. Il nous a dit que le doigt de son opérée fut exposé

(4) Ainsi voilà à quoi se réduit tout ce que peut assurer M. Oudet dans ce fait donné comme si probant!

pendant quelques secondes à la flamme d’une bougie; or, si l’on peut dissimuler la douleur, cela n'empêche pas d’être brûlé. Je demande s’il y avait brûlure ?

M. Oudet répond qu’il y avait brûlure.

M. Moreau : Je rends toute justice à la loyauté de M. Oudet ; mais je pense, commeM. Roux, qu’il a été trompé; je pense que M. Cloquet a été trompé aussi,

J'étais secrétaire de la section de Chirurgie quand M. J. Cloquet lui annonça qu’il avait enlevé un sein à une femme qui dormait d’un sommeil magnétique, et que l’opération n’avait excité aucune douleur : la chose, comme on peut penser, parut fort extraordinaire; toutefois le caractère de M. Cloquet fit que la section s’empressa de nommer une commission d'enquête. Je faisais partie de cette commission. J’écrivis en son nom à M. Chapelain, médecin ordinaire de la malade, pour lui demander la faveur d’être admis auprès d’elle à la levée du premier appareil, laquelle devait se faire pendant le sommeil magnétique. Comme on faisait des difficultés pour recevoir la commission en masse, les membres offrirent de venir un à un , de n’approcher l’opérée que lorsqu’elle serait endormie; fout cela fut inutile! et M. Chapelain répondit que les parents se refusaient à nous recevoir (1). Seulement la malade étant morte quelques jours après, la commission eut la liberté d’assister à l'ouverture du corps , elle s’y rendit. Avant de commencer l'ouverture, je demandai quelles étaient les lésions que cette femme avait annoncé qu'on trouverait en elle; car elle était aussi douée de prévision. Après quelque hésitation on répondit qu’elle avait annoncé une lésion du foie. On ouvre le ventre, on examine le foie, il était parfaitement sain (2). On ouvre la poitrine, et on trouve un épanchement purulent dans le côté correspondant à la glande extirpée.

M. Adelon donne quelques renseignements sur M, Hamard ; c’est un jeune médecin reçu à la faculté de Paris depuis environ

(1) Et voilà un fait que M. Husson a appelé dans son rapport une propriété de académie, et il a reproché fort aigrement à l’un de nous de n’avoir pas cité ce fait dans son rapport!

(2) Voilà au fond ce que c'était que cette propriété de l’académie; on conviendra que nous ne pouvions l’accepter que sous bénéfice d'inventaire.

quatre ans ; il a fait sa thèse sur le magnétisme, et cette thèse contient des faits bien autrement extraordinaires que celui qui est en discussion. Du moins, ajoute-t-il, le fait de M. Oudet n’a rien qui choque les lois de la physiologie. Les faits d’'insensibilité ne sont pas rares, et pour exemple ilcite les cataleptiques.

La correspondance épuisée, M. J. Cloquet demande la parole pour exposer de nouveau tous les détails relatifs à l'opération qu’il a pratiquée sur la malade de M. Chapelain (voyez ces détails dans le rapport de M. Husson, p. 388 et 389).

M. Roux demande si le sommeil magnétique a été continuel ?

M. J. Cloquet : Continuel, sauf le court moment où elle a été réveillée; elle est morte daris cette espèce de sommeil.

M. Moreau: J'ai fait dans la dernière séance allusion au fait que vous venez d'entendre; mais je n’ai rien dit dont la susceptibilité de M. Cloquet puisse s’offenser ; nous sommes d’accord sur tous les points, sauf un; je croyais que la malade était morte vers le septième ou huitième jour de l'opération.

__ Erreur, répond M. Cloquet; elle est morte au dix-neuvième ou au vingtième jour.

M. Moreau répète en d’autres termes ce qu’il a dit à la fin de la dernière séance.

A l'égard du magnétisme, ajoute-t-il, je ne demande qu’à voir. Jai voulu me soumettre à des expériences ; on a répondu que je n’étais pas un sujet propre; je n’avais rien à dire à cela, mais je suis resté dans le doute.

M. Cloquet : Je n’en sais pas plus que M. Moreau sur le magnétisme; j'ignore etje doute. Le fait que je viens de raconter ne m’a rien appris, Car je ne m'en suis plus occupé. Appelé pour faire l’opération, je l'ai faite, et j'en suis resté là.

M. Capuron : Ce que vous venez d'entendre de la bouche de M. Cloquet est sans doute fort extraordinaire, mais j'ai à raconter quelque chose de bien plus étonnant : Il y à quatre à cinq ans, une castration à été faite, j'y étais, elle a duré plus d'un quart d'heure; le malade n’a pas sourcillé, il a causé, il a

ri, et cependant il n’était pas dans le sommeil magnétique. Jai …

vu, il y a quarante ans, une Allemande à qui M. Dubois coupa le

sein; elle supporta l'opération sans proférer une seule plainte, Qui ne sait qu’il y a des femmes qui accouchent presque sans douleur ?

M. Rochoux : M. Cloquet ne dit pas tout; il ne dit pas que sa malade était lucide et se piquait de l’être ; elle voyait entre autres choses une plaque rouge sur sa plèvre; cette plaque n'existait pas. Que les esprits faciles croient au magnétisme; pour MOI, je n’y Crois pas; je necrois pas qu’on puisse voir sans yeux, entendre sans oreilles.

M. Cloquet : Qu'est-ce que cela prouve contre ce que j'ai vu?

M. Velpeau combat la proposition avancée précédemment par M. Oudet, savoir qu’un fait étant donné il faut nécessairement le rejeter ou l’admettre; loin de là, pour l’un ou pour l’autre, il faut interpréter, il faut juger; le témoignage n’a qu’une valeur conditionnelle et bornée.Cela rappelle le mot d’un philosophe qui disait : Vous avez vu, etje crois; si j'avais vu je ne croirais pas. Pour moi, ajoute M. Velpeau, j'ai vu à la Charité un jeune étudiant en droit à qui le magnétisme faisait faire des merveilles. Plongé dans le sommeil et les yeux bandés, il distinguait les objets; il prédisait que tel jour, à telle heure, il aurait une attaque d’épilepsie qui aurait telle ou telle durée; il u'ompait, je lereconnus. Il avait été à l’hospice de perfectionnement, on l’y avait reçu pour le traiter d’une paralysie qu’il n'avait pas; on avait tenté sur lui beaucoup de remèdes, lorsqu’on parla d'appliquer le moxa; la crainte du moxa fit qu’il renonça à sa feinte. Il était mal avec sa famille, il était sans ressources, il n'avait d'asile que dans les hôpitaux. Malgré l’habileté des charlatans ne rejetez pas les faits, mais examinez-les avec le dernier scrupule. A l'égard du magnétisme, je fais plus que douter.

M. Roux: J'avais demandé la parole, mais jy renonce après les réflexions de M.Velpeau; je dirai seulement qu’en admettant les faits qui vous sont racontés, on peut mettre en doute l’interprétation, l'explication qu’on en donne.

M. Cloquet : Je n’interprète rien, je n’explique rien. Je dirai maintenant à M. Velpeau que sa mémoire le trompe. Le jeune homme dont il veut parler était un étudiant en pharmacie. Je dois le savoir, car j'étais alors chargé du service de l’hospice, en remplacement de M. Bougon, alors en voyage; il s’appelait

Paul. C’est à l’époque où je faisais mes expériences sur l’acupuncture; ce jeune homme étant d’une sensibilité excessive, je le piquais, son pouls battait habituellement cent quarante et cent cinquante fois par minute; ce qui me faisait croire à une maladie du cœur. Quoi qu’il en soit, j’enfonçai une aiguille dans le grand pectoral, et le pouls tomba à soixante pulsations. On m'avouera que ce fait est passablement extraordinaire; j'avouerai de mon côté qu’il ne prouve rien en faveur du magnétisme.

M. Husson : Messieurs, il y aurait de la faiblesse, il y-aurait même de la lâcheté si, quand des doutes viennent de s'élever ici sur la réalité de faits observés et rapportés par deux de nos honorables collègues, la commission que vous avez chargée, il y a onze ans, de faire des recherches sur le somnambulisme magnétique restait étrangère à cette discussion (1).

L’undes faits dont M. Cloquet a été le témoin et qu’il vient de vous rappeler avectant de détails, avait été communiqué par lui à la section de chirurgie, et la commission dont j'ai été le rapporteur l'avait consigné dans son rapport, comme étant revêtu de fous les caractères d'authenticité que l’on pouvait attendre du praticien consciencieux et habile qui avait observé (2).

L’autre, celui que M. Oudet vous a fait connaître il y a quinze jours, à, comme le précédent, rencontré ici des contradicteurs qui, tout en vous déclarant n’avoir été témoins ni de l’un ni de l’autre (3), n’en ont pas moins soutenu l’opinion que, et la com-

(1) Mais de quel droit M. Husson fait-il ici parler une commission qui depuis longues années n’existait plus? Les membres de cette commission s’étaientils de nouveau réunis et avaient-ils chargé M. Husson de prendre la parole en leur nom et de les immiscer ainsi dans cette discussion ? Non, certainement ; mais ici comme toujours M. Husson veut faire porter à d’autres la responsabilité de ses croyances somnambuliques; c’est pour cela qu’au lieu de dire moi, il dit {a commission.

(2) Tous les caractères d'authenticité, dit M. Husson ; or l’académie nomme une commission pour les vérifier, et cette commission ne peut être admise près de la malade; les membres se bornent à demander de la voir l’un après l’autre, et on refuse; seulement on leur fait la grâce d’assister à l’autopsie pour constater qu’un organe qu’elle avait annoncé devoir être malade était parfaitement sain !

(5) Ancienne thèse de M. Husson, qu'on ne peut raisonner d’un fait, qu'on ne peut le discuter, si on n’en a été témoin.

DU MAGNÉTISME ANIMAL. AG mission (1), et M. Cloquet et M. Oudet avaient été induits en erreur.

À tout ce qui vient d’être dit pour appuyer cétte étrange assertion, nous répondrons que dégagés comme MM. Cloquet et Oudet de toute espèce de prévention en faveur du magnétisme, qu’étrangers (2) comme eux à toutes les merveilles qu’on en racontait, à toutes les pratiques dont on en enveloppait l'usage, nous l’avons étudié, observé pendanteinqans avec une direction d'esprit qui nous portait plutôt à ne pas croire qu’à croire ; nous l'avons étudié comme nous avions étudié la vaccine, trente ans auparavant, C'est-à-dire avec l'intention bien formelle et bien soutenue de ne nous laisser tromper par aucune illusion, et de détruire ces deux pratiques, si les expériences auxquelles nous devionsnous livrer nouslaissaient le plus léger doute sur l'effet anti-variolique de l’une comme sur la réalité de l’autre (3).

Nous avons la conscience d’avoir rempli ce double devoir en gens d'honneur (4); et vous me permettrez de vous dire que quand une commission composée de MM. Bourdois, Gueneau de Mussy, Fouquier, Guersant, Marc, liard, Thillaye et Roux, viennent dérouler devant vous toutes les précautions qu’elle a prises pour ne pas être trompée (5), quand elle vient

(1) De quelle commission veut donc parler ici M. Husson? aucun n’a été témoin des faits dont il s’agit? Une commission avait bien été nommée, mais on lui a fermé la porte de l’opérée.

(2) Ici M. Husson, ayant la prétention de parler au nom de ses collègues, nous met dans l’embarras ; nous savons bien qu’eux étaient sans prévention; mais lui, qui se range ici dans la même catégorie, pouvait-il se dire étranger à toutes les merveilles, à toutes les pratiques du magnétisme? pouvait-il se dire plutôt disposé à ne pas croire qu’à croire, lui qui, en 1820 , avait étonné

M. Foissac par sa croyance au magnétisme? Etranger à sa pratique! lui qui avait conçu et dirigé seul l'expérience de la Die Sanson.

(5) Il y avait autant de différence ici entre les sujets d'études qu'entre les études elles-mêmes : autant la vaccine est un sujet sérieux et digne de préoccuper les hommes philanthropes, autant le magnétisme est un sujet ridicule et indigne des médilations des savants. |

(4) Mais qui nie cela? personne, assurément; mais on soutient que, tout en restant gens d'honneur, on peut fort bien se laisser tromper,

(5) Oui, nous les connaissons ces précautions , elles ont élé déroulées devant

vous rapporter tous les faits qui se sont passés sous ses yeux, vous permettrez, dis-je, que l’on réclame pour leur témoionage plus de confiance que vous ne pouvez raisonnablement en accorder à ceux qui n’ont assisté à aucun de leurs trayauxet qui pourtant ont la prétention de les juger (1).

D'ailleurs, s’il vous reste quelque souvenir du rapport qui vous a été fait au mois de juin 1831, vous pouvez vous rappeler que nous n'avons pas prétendu vous imposer notre croyance (2). Nous avons même ajouté que nous vous refuserions probablement la nôtre, si vous veniez nousrapporter tout ce que nous vous disions, à nous qui n’en aurions pas été les témoins.

Mais pour cela, nous n’avons renoncé ni à la réalité ni à l'exactitude de ce que nous relations dans notre rapport.

Nous ne pensons pas qu’on puisse discuter ces faits (3). Vous ne pouvez être admis à nous dire, vous qui, d’après vos aveux, n'avez été témoins de rien de ceque nous avons vu, que voire commission et que MM. Cloquet et Oudet ont été induits en erreur (4).

nous; nous sayons qu’elles ont consisté à s’en rapporter à la bonne foi des magnétiseurs, car agir autrement, c’eût été leur faire injure.

(4) Mais certainement ils ont la prétention de les juger, et cette prétention est très-fondée ; ils croiront tout ce que la commission affirmera avoir vu el entendu, mais reste l'interprétation, et c’est ce qu’ils jugeront , parce que ceci est jugeable, jugeable sans nuire à l’honneur de la commission, à sa bonne foi; jugeable parce que cette interprétation est un travail de l'esprit, c’est œuvre de logique : voilà ce qu’on doit discuter, et pour cela il n’est pas besoin d’avoir été témoin des faits.

(2) C'était une croyance aveugle que M. Husson ne demandait pas ; donc il demandait une croyance éclairée (Voyez le rapport). Singulière position du reste que prenait la commission; elle dit : Ne croyez pas, si vous ne le jugez pas convenable; ne nous croyez pas, car si les rôles étaient changés , nous ne vous croirions pas!!

(3) Toujours la même prétention : mais qui vous dit qu'on discutera vos faits ? Comme faits, on vous les accorde; oui, ils sont vrais, exacts, positifs; oui, Mie Céline a dit qu’elle voyait dans l’estomac de M. Marc; elle a dit cela : ac- | cordé, car gens d'honneur vous l’aflirmez, celane se discute pas. Mais y voyaitelle réellement? voilà qui pourra se discuter sans doute , Car ceci n’est pas un fait, mais une interprétation.

(4) Nous pouvons être admis, et vous faites ici vous-même Ja distinction ; car

Ce ne sont pas des opinions isolées ni des inductions qui pourront jamais prévaloir contre des faits recueillis religieusement et observés avec tout le soin que vous pouviez attendre de nous.

Et si vous nous citez des faits contradictoires aux nôtres, plus généreux que vous (4), nous vous les accordons; mais en même temps nous répondons qu’ils ne les détruisent pas davantage que la présence d’une boule blanche placée dans un sac n’est détruite par la présence de cent boules rouges qu’on aura mises en même temps dans le même sac.

On vient de nous dire que nous avons été trompés en déclarant que nous avions vu un individu lire ayant les yeux fermés. Je répondrai par l’article du rapport de la commission, que c’est moi qui ai clos et tenu closes les paupières de cet individu pendant que l’un des assistants lui plaçait devant les yeux un livre qu’il ne connaissait pas et qu’il ouvrit au hasard. Voilà ce que j'ai vu et fait, et cette expérience a eu pour témoins MM. Mare, Cloquet, Ségalas, Foissac et M. de Rumigny, aide de camp du roi (2).

notre prétention n’est pas de nier ce que vous avez vu, puisque de votre aveu nous n’avons pas été les témoins ; mais nous serons admis à dire que vous avez été trompés ; car nous , nous pouvons examiner ce que vous déduisex des faits que vous avez vus.

(1) Voilà certes une générosité très-curieuse! Reprenons l'exemple cité, Mile Céline qui voyait dans l'estomac de M. Mare ; M. Husson est très-généreux, il nous fera la grâce d'admettre ce que nous lui citerons contradictoirement, c’est-à-dire que tels et tels n’ont jamais pu porter leurs regards dans l’estomac de leur voisin. M. Husson voudra bien nous croire; mais par contre il ne nous demande qu’une chose, c’est d'être aussi généreux que lui, et d'admettre que la demoiselle Céline a vu, ne serait-ce qu’une fois, une seule fois dans l’estomac de M. Marc ; nous ne sommes pas si généreux,

(2) Ne dirait-on pas vraiment, à entendre parler ici M. Husson , qu'après avoir abaissé et bien fermé les paupières de M. Petit, ce M. Petit se soit mis à lire tout simplement dans un livre ouvert au hasard et qu’il ne connaissait pas? Mais qu’on se reporte à l’article du rapport {p. 392), et on verra de quelle façon M. Petit a lu ;on verra, en examinant les détails de l’observation, si la supercherie a été possible ou non possible; et quand on aura vu ces détails, on fera tel compte qu’on voudra du témoignage du magnétiseur ici cité, de M. Foissac , et on verra si ce fait peut être ou non discuté.

Ce fait ne peut être discuté; il en est de même des deux autres cas très-curieux qui vous ont été rapportés par nos deux honorables collègues, des lumières et de la bonne foi desquels personne ici ne conteste ni l’étendue et la droiture.

Ces messieurs ne cherchent pas à les expliquer. De même que nous l’avons fait dans notre rapport (4), ils se bornent à les faire enregistrer dans vos procès-verbaux, pour que plus tard ils puissent servir à l’histoire si précieuse et si peu connue encore du somnambulisme. C’est là en effet la seule manière de tirer parti de questions qui par leur nature échappent à toute espèce de discussion.

Cette opinion me paraît acquérir un nouveau poids par l’auiorité d’un homme que tous les médecins instruits, que tous les bons observateurs reconnaissent pour un de nos plus grands maîtres des temps modernes; je veux parler de Baglivi :

Voici les termes dans lesquels il s'exprime :

« Plura quæ captum nostrum superant, contemnenda non sunt ;

sed sapientiæ pars erit, dum variam illorum naturam per ratiocinia attingere non possumus, effectus saltem exteriës apparentes diligenter notare, et exindè præcepta ad praxim determinare.» (Lib. 1, cap. 2, $ 41.)

M. Velpeau : Le sujet dont vient de parler M. Cloquet n’est pas le même ; ce sont deux sujets différents.

M. Rochoux : Puisqu’on nous reporte dans le passé, je saisis cette occasion pour faire à l’académie une proposition qui, j'en suis sûr, sera accueillie. Je propose de livrer à la discus-

(4) Nous allons dire, nous, ce que vous avez fait dans votre rapport, et toujours en prenant pour exemple le cas cité ; Mܰ Céline, par devanttémoins, affirme qu’elle voit dans l'estomac de M. Marc quelque chose qui gêne le passage des aliments; nous admettons comme vous qu'elle a affirmé cela; maintenant nous

savons bien que vous n’avez pas cherché à expliquer dans votre rapport, comment et par quels moyens elle voyait cela; mais vous avez cru qu’elle voyait »

cela; et voilà certes qui dépasse un simple enregistrement. Enregistrez tant que vous le voudrez, dans vos procès-verbaux, et pour servir à l’histoire de la science somnambulique, les affirmations de ces demoiselies; mais n’y mettez

pas vos croyances, vous qui vous faites un mérite de ne pas y mettre vos eæ-

plicalions ; ne les mellez pas, sous peine de les voir soumises à toute espèce de »

discussion.

DU MAGNÉTISME ANIMAL, 465 sion le rapport fait, à votre prière, au mois de juin 1831 (1).

M. Bouillaud : M. Husson a répété qu'il n’y avait pas de discussion possible sur des faits qu’on n’a pas vus ; ce serait, il faut en convenir, une manière bien commode d'imposer silence à la critique et de se tirer d’embarras ; en ce cas, à quoi bon les académies ? Ne pas discuter les faits ! mais c’est se condamner à recevoir tout ce qui passera par la tête d’un homme.

Ainsi un illuminé vous dira qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, et vous le croirez ! Un autre vous dira, que sais-je ? qu’un chameau a passé par le trou d’une aiguille, et vous le croirez sur parole, sans même oser prendre la liberté de vérifier le fait ! Quelque respectable que soit l’autorité d’un nom, la vérité l’est encore davantage. Il est des circonstances où le témoignage d’un nom ne suffit pas; il a beau dire qu’il a bien vu, qu’il ne s’est pas laissé imposer par les apparences ; tout le monde à la même prétention, personne ne veut être ni passer pour dupe. Je suis fâché que le nom de M. Rostan me vienne en pensée, mais vous savez ce qu'il a écrit sur le magnétisme. Un jour ilme proposa de me guérir de mon incrédulité et de mefaire voir des choses extraordinaires; je le suivis ; arrivé sur les lieux, on ne voulut rien faire devant moi ; j'attends toujours.

M. Chervin parle dans le même sens.

M. Emery appuie la proposition de M. Rochoux, et rappelle les usages de l’académie. Ces usages sont que toutes les fois qu’un rapport est fait devant l’académie, il soit discuté (2).

M. Bousquet : Messieurs, tout le monde a la prétention de bien voir, tout le monde croit avoir bien vu, et vous savez combien un homme est fort lorsqu'il peut dire : J'ai vu. C’est sans doute un grand avantage ; toutefois l'illusion est à côté de la

(1) Cette proposition, nous l’avons déjà dit, est le delenda est C#rthago de M. Rochoux; il ne passe guère d'années, depuis bientôt dixans, sans renouveler cette malencontreuse proposition ; M. Husson la supporte patiemment, il garde le silence et attend que par un autre sujet on fasse diversion à cette intempérance de M. Rochoux.

(2) M. Husson n’a rien répliqué encore à M. Emery; c’est qu'il n'y avait rien à répliquer. Tels étaient et tels sont encore les usages de l’académie ; mais le rapport de M. Husson ne serait pas de nature à obéir aux usages.

Ce fait ne peut être discuté; il en est de même des deux autres cas très-Curieux qui vous ont été rapportés par nos deux honorables collègues, des lumières et de la bonne foi desquels personne ici ne conteste ni l’étendue et la droiture.

Ces messieurs ne cherchent pas à les expliquer. De même que nous l’avons fait dans notre rapport (1), ils se bornent à les faire enregistrer dans vos procès-verbaux, pour que plus tard ils puissent servir à l’histoire si précieuse et si peu connue encore du somnambulisme. C’est là en effet la seule manière de tirer parti de questions qui par leur nature échappent à toute espèce de discussion.

Cette opinion me paraît acquérir un nouveau poids par l’autorité d’un homme que tous les médecins instruits, que tous les bons observateurs reconnaissent pour un de nos plus grands maîtres des temps modernes; je veux parler de Baglivi :

Voici les termes dans lesquels il s'exprime :

« Plura quæ captum nostrum superant, contemnenda non sunt ; sed sapientiæ pars erit, dum variam illorum naturam per ratiocinia attingere non possumus, effectus saltem exteriës apparentes diligenter notare, et exindè præcepta ad praxim determinare.» (Lib. 1, cap. 2, $ 41.)

M. Velpeau : Le sujet dont vient de parler M. Cloquet n’est pas le même ; ce sont deux sujets différents.

M. Rochoux : Puisqu’on nous reporte dans le passé, je saisis cette occasion pour faire à l'académie une proposition qui, j'en suis sûr, sera accueillie. Je propose de livrer à la discus-

(4) Nous allons dire, nous, ce que vous avez fait dans votre rapport, et toujours en prenant pour exemple le cas cité ; Mie Céline, par devanttémoins, affirme qu’elle voit dans l'estomac de M. Marc quelque chose qui gêne le passage des aliments; nous admettons comme vous qu'elle à affirmé cela; maintenant nous savons bien que vous n’avez pas cherché à expliquer dans votre rapport, comment et par quels moyenselle voyait cela; mais vous avez cru qu’elle voyait cela; et voilà certes qui dépasse un simple enregistrement. Enregistrez tant

que vous le voudrez, dans vos procès-verbaux, et pour servir à l’histoire de la |

science somnambulique, les affirmations de ces demoiselies; mais n’y metlez w

pas vos croyances, vous qui vous faites un mérite de ne pas y mettre vos ex&-

plications ; ne les mettez pas, sous peine de les voir soumises à toute espèce de discussion.

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DU MAGNÉTISME ANIMAL, 465 sion le rapport fait, à votre prière, au mois de juin 4834 (1).

M. Bouillaud : M. Husson a répété qu’il n’y avait pas de discussion possible sur des faits qu’on n’a pas vus; ce serait, il faut en convenir, une manière bien commode d'imposer silence à la critique et de se tirer d’embarras ; en ce cas, à quoi bon les académies ? Ne pas discuter les faits ! mais c’est se condamner à recevoir tout ce qui passera par la tête d’un homme.

Ainsi un illuminé vous dira qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, et vous le croirez ! Un autre vous dira, que sais-je ? qu’un chameau a passé par le trou d’une aiguille, et vous le croirez sur parole, sans même oser prendre la liberté de vérifier le fait ! Quelque respectable que soit l’autorité d’un nom, la vérité l’est encore davantage. Il est des circonstances où le témoignage d’un nom ne suffit pas ; il a beau dire qu’il a bien vu, qu’il ne s’est pas laissé imposer par les apparences ; tout le monde a la même prétention, personne ne veut être ni passer pour dupe, Je suis fâché que le nom de M. Rostan me vienne en pensée, mais vous savez ce qu’il à écrit sur le magnétisme. Un jour ilme proposa de me guérir de mon incrédulité et de mefaire voir des choses extraordinaires; je le suivis ; arrivé sur les lieux, on ne voulut rien faire devant moi; j'attends toujours.

M. Chervin parle dans le même sens.

M. Emery appuie la proposition de M. Rochoux, et rappelle les usages de l’académie. Ces usages sont que toutes les fois qu'un rapport est fait devant l’académie, il soit discuté (2).

M. Bousquet : Messieurs, tout le monde a la prétention de bien voir, tout le monde croit avoir bien vu, et vous savez combien un homme est fort lorsqu'il peut dire : J'ai vu. C’est sans doute un grand avantage ; toutefois l'illusion est à côté de la

(4) Cette proposition, nous l’avons déjà dit, est le delenda est C#rthago de M. Rochoux; il ne passe guère d'années, depuis bientôt dixans, sans renouveler cette malencontreuse proposition ; M. Husson la supporte patiemment, il garde le silence et attend que par un autre sujet on fasse diversion à cette intempérance de M. Rochoux.

(2) M. Husson n’a rien répliqué encore à M. Emery; c’est qu'il n'y avait rien à répliquer. Tels étaient et tels sont encore les usages de l’académie ; mais le rapport de M. Husson ne serait pas de nature à obéir aux usages.

réalité, Georget croyait donc avoir bien vu; il y paraît assez, à la manière dont il parle du magnétisme dans son ouvrage sur le système nerveux. Cependant on sait aujourd’hui qu’il à été trompé par des misérables qui s’en vantent. Je tiens cela de M. Londe, le collaborateur de Georget, et le témoin de toutes ses expériences. Ainsi, messieurs, Georget est mort plein de foi dans le magnétisme; son ouvrage reste, et l’auteur n’est pas là pour effacer les erreurs qu’il contient.

M. Ségalas dit qu'ayant lui-même tenu les mains surles yeux du jeune homme dont a parlé M. Husson, et cela pour Pempècher de voir, il ne répondrait pas qu’il lui àa complétement fermé les yeux (1). Les yeux, ajoute-t-il, étaient agités de mouvements convulsifs ; il a pu agiter les paupières et saisir quelques caractères, d'autant plus qu’il lisait lentement, en face d’une grande croisée et qu’il a fait des fautes.

M. Amussat : Si les effets du magnétisme étaient réels, ils seraient d’un grand secours ; mais il faudrait qu’ils fussent constatés, et ils ne le sont pas. Une religieuse que je viens d'opérer a souffert l'opération sans se plaindre; le magnétisme n’auraitil d'action que sur les êtres naturellement courageux ?

M. Moreau est si désireux de connaître la vérité, qu'il propose à tous les membres de l’académie de se soumettre au magnétisme; que s’il en est un seul en qui le magnétisme produise des effets, il est prêt à se rendre; jusque-là il doutera. (Bulletin de lacad., t. 1).

L’académie reçoit de M. Berna une lettre conçue en ces termes :

Monsieur le Président,

Malgré le rapport de la commission de 1826, et ses conclusions unanimement favorables au magnétisme, l’académie se trouve encore divisée sur cette importante question,

(1) Et voilà de ces faits que M. Husson ne veut pas qu’on discule, parce qu’il donne les noms de témoins parmi lesquels M. Ségalas se trouve,

né US te D

Une telle divergence d'opinions entre des hommes également éclairés se conçoit sans peine : les uns ont vu, ce sont ceux qui croient (1); les autres n’ont point vu, ce sont ceux qui nient; pour ceux-ci l’autorité n’est rien en pareille matière, ils ne veulent s’en rapporter qu'au témoignage de leurs propres sens.

Cette expérience personnelle je viens la leur offrir, Monsieur le Président; je propose de faire voir, sur des personnes que j'ai actuellement à ma disposition, des faits concluants en faveur du magnétisme. Ce moyen me semble plus rapide et plus sûr que celui qui consisterait à magnétiser successivement plusieurs membres de l'académie, comme on a proposé de le faire.

Ma croyance au magnétisme n’est point le fruit de l’enthousiasme ou d’un examen superficiel, mais de plusieurs années d'expériences et de méditation. Convaincu d’ailleurs que ces faits, quelque merveilleux qu’ils paraissent d’abord, n’ont rien, lorsqu'on y réfléchit, de contradictoire à la physiologie bien comprise, qu’ils viennent l’éclairer au contraire, et fournir à la thérapeutique de précieuses ressources, j'ai pensé qu’en appelant sur eux l'attention des médecins, dans un cours public, je servirais la science, la médecine. Je ne crois pas moins la servir encore aujourd’hui, en offrant à l’académie les moyens de s'éclairer de nouveau sur ce sujet, si elle le trouve convenable.

J'ai l’honneur, etc.

Signé BERNA.

On voit que M. Berna avait les mêmes prétentions que ses prédécesseurs en fait de magnétisme ; il offrait modestement à l'académie le moyen de l'éclairer ; ce qui donnait à entendre que lui, M. Berna, se chargerait bien volontiers de lui donner des leçons.

Mais il allait avoir affaire à une commission qui n’était nullement disposée à recevoir des leçons.

(1) Erreur ! nous avions vu, et beaucoup de nos collègues avaient vu, et cependant nous n'étions pas des croyants ; il y a plus, c'est précisément parce que nous avions vu que nous ne croyions pas,

Cette commission fut en partie nommée immédiatement par le bureau; le président désigna MM. Bouillaud, Roux, Emery, H. Cloquet, Oudet et Dubois (d'Amiens). Aucun de ces membres n’avait demandé à faire partie de cette commission ; personne d’ailleurs n’en prévoyait la formation, puisqu’on ignorait que M. Berna eût écrit à l'académie.

Après le dépouillement de la correspondance; M. Cornac demande d’être adjoint à la commission nommée dans la dernière séance, pour étudier les phénomènes du magnétisme. Si cette commission est en nombre pair, comme il le croit, ayant vu de près les plus célèbres magnétiseurs, il serait bien aise de voir leurs successeurs.

M. Pelletier saisit cette occasion pour demander une modification à la composition de la commission, il propose d'y faire entrer des chimistes, des physiciens, des naturalistes. Peutêtre la qualité des juges fera-t-elle varier la manière de voir et de juger le magnétisme.

MM. Cornac, Pelletier et Caventou sont priés de vouloir s’adjoindre à la commission nommée. (Bulletin, loc.cit.)

Tel est l’historique de la nomination de cette nouvelle commission; de l’aveu d’un magnétiseur, et précisément de celui qui a été jugé par elle, elle était l'expression même de la majorité de l'académie. Voici ses termes : « Ce ne fut pas d'après un vœu unanime, mais d'après le vœu de la majorité que se forma la commission. » (Berna, examen 14. ) Il nous reste à faire connaitre le rapport de cette commission.

RAPPORT

Au nom d’une commission composée de MM. Roux, BourtrauD, H. CLoquer, Emery, PELLETIER , Cavenrou , Corvac, Ouprr.

(Rapporteur, M, DUBOIS d'Amiens.)

Messieurs,

Quelques discussions élevées danslesein de l'académie royale de médecine au commencement de cette année avaient reporté de nouveau l'attention des médecins sur le magnétisme animal.

Notre confrère M. Oudet, bien que se plaçant en dehors de toute question de doctrine, avait confirmé en pleine séance un fait inséré dans quelques feuilles publiques, et qui plus tard l’a été dans le bulletin de l'académie, savoir : qu’un magnétiseur était venu le chercher le 44 novembre 1836, pour le conduire chez une jeune dame en état, disait-on, de somnambulisme ; qu'arrivé près d’elle, le magnétiseur l’avait piquée fortement et à plusieurs reprises, qu’il lui avait plongé un doigt pendant quelques secondes dans la flamme d’une bougie, le tout pour explorer sa sensibilité; puis que lui, M. Oudet, avait déplié sa trousse, arraché à la jeune dame une grosse dent molaire ; qu’au moment de l’avulsion, la jeune dame avait retiré un peu la tête et poussé un léger cri. Ces deux signes de douleur avaienteu, ajoutait-on, la rapidité de l’éclair (1). Toutefois, après une demi-heure de sommeil, le magnétiseur avait procédé au réveil de la somnambule et lui avait appris ou du

(4) Bullet, , tome T1, page 544.

A7T0 HISTOIRE ACADÉMIQUE moins lui avait dit ce qu’il venait de faire pour lui épargner des terreurs et de la souffrance.»

C’est le 24 janvier dernier que sur l’interpellation de M. Capuron, ces explications ayant été ainsi données à l’académie, provoquèrent une discussion animée. Cette discussion eut quelquerententissement dansle public médical,principalementsans doute chez ceux qui s'occupent encore du magnétisme animal ; aussi, peu de jours après, c’est-à-dire le 42 février, un jeune médecin, docteur de la faculté de Paris, M. Berna, adressa à l'académie une lettre dans laquelle il se faisait fort de donner à ceux pour qui, disait-il, l'autorité n’est rien, de donner l’expérience personnelle comme moyen de conviction.

M. Berna, qui avait assisté à nosdiscussions, ou qui du moins avait eu connaissance de nôs débats, prétendait que la question divisait l'académie. Or, dans sa lettre, il disait que sil’académie désirait s’éclairer de nouveaux faits, il s’offrait à en faire voir de CONCLUANTS, sur des somnambules alors à sa disposition. Telles étaient ses expressions ; sa lettre reste dans nos pièces justilicatives.

Bien que reçu docteur depuis fort peu de temps, et d’ailleurs encore très-jeune, M. Berna accusait plus de cinq années d’expériences nombreuses et variées. Fort de ses connaissances antérieures, il ajoutait que pour peu qu’on veuille y réfléchir, les faits magnétiques, quelque merveilleux qu’ils paraissent d’abord, n’ont rien en eux-mêmes decontradictoire avec la physiologie bien comprise, qu’ils peuvent l’éclairer au contraire et fournir de précieuses ressources à la thérapeutique. Aussi, disait-il en terminant, était-ce pour servir la science qu’il offrait à l'académie le moyen de faire connaître et juger le magnétisme animal,

L’académie ainsi mise en demeure, prit en considération la demande toute spontanée de M. Berna; bien qu’il y eût un peu de présomption peut-être dans les formes de la missive de notre jeune confrère, et un peu d’irrévérence envérs un COrps savant, en nous disant que son moyen serait plus sûr, plus rapide que celui qui consisterait à magnétiser successivement tous les membres de l'académie. Je le répète, faisant taire toute susceptibilité, vous n’en avez pas moins cru devoir nommer une nouvelle commission, Nous dirons tout à l’heure quelques mots

DU MAGNÉTISME ANIMAL, ATA sur l'esprit dont l’académie nous a paru animée lorsqu'elle prit cette résolution et sur le choix de ses commissaires.

La question du magnétisme animal n’était pas nouvelle dans le sein de l'académie ; et d’ailleurs les plus illustres sociétés n'avaient pas dédaigné de s’en occuper; l'autorité elle-même en d’autres temps avait cru devoir prendre l'initiative à ce sujet, et consulter les corps savants, tant sur l'existence du magnétisme animal que sur l'utilité de son application ; il pouvait donc y avoir un puissant intérêt social et scientifique à reprendre l'examen de ces sortes de faits, L’académie ne pouvait laisser échapper, encore moins dédaigner l’occasion qu’on venait ainsi lui offrir ; il y avait en outre ici des errements tout scientifiques, tout académiques, et notre compagnie ne pouvait se dispenser de les suivre.

En effet, messieurs, abstraction faite même de sa réalité ou de sa nullité comme doctrine et comme série de faits inexplicables par toute autre hypothèse ; abstraction faite de toutes ses prétentions, le magnétisme avait déjà par devers lui une histoire parlementaire, une histoire toute académique, et cette histoire que nous allons brièvement vous rappeler, attendait de nous sinon son Complément, du moins de nouvelles pages,

L'histoire académique du magnétisme animal sera done notre introduction obligée ; obligée, disons-nous, car elle nous montrera quel était l’état académique de la question lorsque celle-ci nous à été confiée , el en même temps elle nous apprendra par quelles phases elle à dû passer pour arriver jusqu’à nous. Mais d’abord nous devons déclarer que si pour nous, en fait de magnétisme animal, il n’y a d'histoire authentique que celle qui a été épurée dans le sein des académies, nous avons dû toujours faire deux parts dans cette même histoire, savoir celle des faits et celle de leur interprétation. Ainsi, non-seulement pour former nos convictions nous n'avons pas été compulser ce qu’on nomme les annales, les archives du magnétisme animal, c’est-à-dire les livres desadeptes; non-seulementnousnous sommes bornés à la méditation des rapports officiellement rédigés et académiquement discutés et adoptés, parce que dans cette sphère, du moins, il y a des lumières et du désintéressement, mais encore nous avons estimé que des faits légitimement acceptés par les sens de témoins pleins de science et de bonne

foi avaient pu recevoir parfois, même de la part de ceux-ci, de fausses et décevantes interprétations. C’est imbus de ces idées que nous avons répris l’histoire du magnétisme animal.

Trois compagnies savantes en France ont été successivement saisies de la question du magnétisme animal : 4° l’ancienne académiedes sciences en mars 4784; 2° l’ancienne société royale de médecine, en août 1784 d’abord, puis dans la séance du 22 octobre de la même année, lorsque Thouret fut chargé de rendre compte des différentes lettres et mémoires que la société avait reçus de ses associés et correspondants à ce sujet; 3° l'académie royale de médecine en février 1826.

C’est l’autorité, avons-nous dit tout à l’heure, qui prit l'initiative en 1784 ; le roi n’avait d’abord nommé que des médecins dela faculté de Paris, savoir : Borie, Sallin, Darcet et Guillotin, pour lui rendre compte du magnétisme animal pratiqué par un M. Deslon; mais sur la demande de ces quatre médecins, le roi leur adjoignit cinq membres de l’académie royale des sciences : Franklin, Leroy, Bailly, de Bory et Lavoisier. Borie étant mort dès le commencement du travail des commissaires, Majault, docteur de la faculté, fut désigné pour le remplacer.

Le magnétiseur Deslon, disciple de Mesmer, s'était engagé avec les commissaires : 1° à constater l’existence du magnétisme animal; 2° à communiquer ses Connaissances sur cette découverte; 3° à prouver l'utilité de cette découverte et du magnétisme animal dans la.cure des maladies. Rien n’était plus facile que d'exposer aux commissaires une théorie dite du magnétisme animal et certaines manœuvres dites pratiques; c’est ce que Deslon ne manqua pas de faire; mais il fallait en apprécier les effets. Pour cela les commissaires de l'académie des sciences résolurent d’abord de se faire magnétiser euxmêmes, avec cette condition expresse de n’admettre aucun étranger dans le lieu des séances, de pouvoir discuter entre eux librement leurs observations, et d'être dans tous les cas les seuls ou du moins les premiers juges de ce qu'ils auraient observé.

Ces expériences eurent lieu avec ces conditions, et il resta bien constaté qu'aucun des commissaires n'avait rien senti, ou du moins n'avait rien éprouvé qui füt de nature à être attribué à l'action du magnétisme.

RD here en co

Sept malades furent ensuite réunis à Passy, chez Franklin, et magnétisés en présence de tous les Commissaires; ces malades appartenaient aux dernières classes de !a société. D’autres furent observés dans des conditions sociales plus élevées ; puis on fit magnétiser des enfants, afin de varier autant que possible les conditions individuelles. Or, de toutes ces expériences, les commissaires acquirent la conviction que l'imagination faisait tout, que le magnétisme était nul.

Les attouchements, ajoute le rapporteur, l'imagination, l'imitation, telles sont les vraies causes des effets attribués à cet agent nouveau Connu sous le nom de magnétisme animal, à ce fluide que l’on dit circuler dans le corps et se communiquer d’individu à individu.

CONCLUSION DERNIÈRE : Le fluide magnétique n'existe pas , le magnétisme animal est nul, et les moyens employés pour le mettre en action sont dangereux.

Signé Benj. FRANKLIN, BAILLY, MAJAULT, DARCET, LEROY, BORY, GUILLOTIN, LAVOISIER.

Paris, ce 11 août 1784.

Nous ne vous parlons ici ni du rapport secret, ni du rapport de Jussieu; ce dernier était un rapport ou plutôt une Opinion individuelle ; nous n’avons à nous occuper que des rapports discutés et adoptés par des majorités académiques.

Cependant la société royale de médecine ne pouvait rester étrangère aux débats que suscitait alors la question du magnétisme animal ; le gouvernement avait aussi choisi dans son sein des commissaires éclairés; et ceux-ci eurent en conséquence à rédiger un rapport sur le sujet à peu près à la même époque. Ces commissaires étaient : Poissonnier, Caille, Mau duyt et Andry. |

La commission académique crut devoir procéder ainsi qu’il suit :

4° Deslon fit prononcer un discours par Laffisse, sur les principes de sa méthode.

2 Laffisse autorisé par Deslon donne par écrit aux commissaires l'énoncé des principes contenus dans son discours.

3 Deslon et Laflisse exécutent devant les commissaires les différentes manipulations usitées dans emploi du magnétisme

animal, et instruisent les commissaires à les mettre euxmêmes en pratique.

A° Les commissaires observent chez Deslon les effets du prétendu magnétisme animal sur des malades qu'il y avait soumis.

5° Les commissaires se réunissent plusieurs fois chez l’un d’eux pour magnétiser des malades et pour observer, en prenant toutes les précautions qu’ils jugent nécessaires, les effets que pourrait produire cette méthode.

Les nombreux malades soumis par les commissaires aux expériences dites magnétiques avaient été divisés, dit le rapporteur, en trois classes ou sections : 1° ceux dont les mauxétaient évidents ; 2° ceux dont les maux légers consistaient en des affections vagues ; 3° les mélancoliques.

Pour ce qui est des premiers malades, c’est-à-dire des vrais malades, les commissaires de la société rapportent qu'ils n'ont vu aucun d'eux guéri ou même notablement soulagé, bien qu’ils les aient suivis pendant quatre mois, et que d’après ce qui leur avait été dit, quelques-uns fussent magnétisés depuis plus d’une année.

Quant aux malades de la seconde classe, quelques-uns n’accusaient plus d’appétit, ou auraient fait de mauvaises digestions. Pour ce qui est des mélancoliques ou hypocondriaques, les commissaires disent que tout médecin sait combien peu il faut compter sur leur témoignage.

Revenant ensuite sur les deux parties de leur travail, c’està-dire sur la question théorique et sur les questions de fait, les commissaires en déduisent les conclusions que la théorie du magnétisme animal est un système absolument dénué de preuves ; que les moyens employés pour le mettre en action peuvent souvent devenir dangereux, et queles traitements faits par ces procédés peuvent déterminer des accidents spasmodiques et convulsifs très-graves.

Signé PorssoNNIER, CAILLE, MAUDUYT et ANDRY.

Paris, ce 16 août 1784.

Cependant la société royale de médecine avait voulu savoir

quelle impression cette prétendue doctrine avait produite dans le reste de la France et en Europe ; elle avait reçu une foule de

lettres et de mémoires sur cetie question de la part de ses associés et de ses correspondants ; Chaussier, de Dijon, devenu célèbre plus tard à l’école de Paris, le Pecq de la Cloture, Pujol de Castres, Duvernois de Clermont, et collectivement les différentes compagnies du royaume s'étaient empressées d’adresser à la société des renseignements et des mémoires ; il en était venu de Malte et de Saint-Domingue, de Hollande, d’Angleterre, de Turin, etc.

Ces documents étant précieux, la société tenait à ne pas les laisser enfouis dans ses archives; en conséquence, dans la séance du 22 octobre 1784, elle chargea Thouret de lui rendre compte des différentes lettres et mémoires qu’elle avait reçus de ses correspondants relativement au magnétisme animal

Suivant le résumé fait par Thouret, deux grandes et principales raisons avaient porté presque tous les médecins en France et en pays étrangers à rejeter, à condamner la nouvelle pratique du magnétisme animal : d’une part, la non-existence du nouvel agent désigné sous le nom de magnétisme animal; d’autre part, le danger des pratiques, des manipulations, de tout l'appareil enfin destiné à produire les effets attribués à ce même fluide.

De là deux ordres de faits dans cette masse de lettres et de mémoires : 4° des discussions, des argumentations pour prouver que l’agent magnétique est nul; 2° des récits nombreux et tous très-circonstanciés d'accidents déterminés par les pratiques des magnétiseurs,

Thouret signale en outre une circonstance qu’il considère comme très-honorable pour les sciences et pour ceux qui les cultivent; c’est que dans les villes, dans les États où il y avait des universités établies où l’on cultivait avec succès les sciences et les lettres, la contagion du magnétisme animal avait été arrêtée. Ainsi, dit-il, à Montpellier le magnétisme animal n'avait pu pénétrer, tandis qu’à Marseille il avait fait des prosélytes. Dans les petites villes de la Bretagne on avait pu magnétiser, mais à Rennes le baquet magnétique n’avait pu être dressé. A Loudun, chose mémorable et qui prouve, ajoute Thouret, que le souvenir des erreurs passées n’est pas toujours inutile, la méthode ne put prendre; on s’y rappelait vivement que naguère , lors des fameuses processions des convulsionnaires ,

des scènes à peu près semblables s'étaient terminées d’une manière tragique.

Ainsi les différentes compagnies du royaume, toujours en relations scientifiques avec la société royale de médecme, s’étaientempressées d'adopter unanimement le rapport deses commissaires sur le magnétisme animal ; les membres des sociétés provinciales sefélicitaient d’avoir pensé comme celles de Paris, sans avoir été aidés de leurs lumières.

La société royale de médecine pouvait donc et à bon droit s’enorgueillir de ces honorables adhésions;'elle ne s’était point encore trouvée, dit en terminant Thouret, dans le cas de réunir sur le même objet les avis des différents corps de médecins du royaume ; l'événement actuel lui en offrait l’occasion, et le gouvernement avait jugé qu'il était de sa sagesse d'éclairer la nation sur cette doctrine :elle ne pouvait trop s’empresser d'entrer dans ses vues, en lui présentant sur cet objet le résultait de sa correspondance. »

Le 15 décembre 1784, Vicq-d’Azyr fut chargé d'adresser cette pièce au ministre.

C’est là, messieurs, ce qu’on pourrait appeler la première période de l’histoire académique du magnétisme animal ; nous

y avons vu la société tout entière émue par lapparition toute prestigieuse de Mesmer et de ses disciples ; on ne parlait alors dans la nation entière que des prétendus prodiges opérés par ses adeptes ; aussi l’initiative de l’examen scientifique est-elle prise par l’action même de la société, c’est-à-dire par le gouvernement, qui use noblement de sa prérogative en consultant les corps académiques et en leur confiant le soin d'éclairer la nation. |

À partir de cette époque, un long silence règne dans les académies et dans toutes les sociétés savantes sur le magnétisme animal; de grands événements avaient d’ailleurs distrait les esprits de ces sortes de questions. Ce n’est donc que beaucoup plus tard, et pendant les loisirs de la restauration, après plus de quarante années, que la question du magnétisme animal fut agitée dans lesein de cette académie.

Gette fois, ce ne fut pas le gouvernement qui prit l'initiative; ilne s'agissait plus d’un mouvement comme celui qui s'était opéré en 1784; c’est un jeune médecin, M. Foissac, qui adressa

le 11 octobre 1825 une lettre à l'académie royale de médecine , lettre dans laquelle il demandait à ce Corps savant s’il ne serait pas dans ses attributions de recommencer l'examen du magnétisme animal ? L’académie prit cette demande en considération, et sur le rapport d’une commission spéciale, des commissaires furent désignés pour se livrer de nouveau à l'examen du magnétisme animal.

Ici, messieurs, nous n’entamerons pas l'historique de toutes les expériences qui furent faites en présence de nos collègues, Nous respectons leurs convictions; mais leur rapport ne peut pas être considéré comme l’expression générale de l'académie royale de médecine; c’est l'opinion d’une honorable commission formée dans son sein et rien de plus, académiquement parlant. Encore une fois, messieurs, nous ne voulons pas même discuter les principes que nos collègues ont cherché à établir, savoir que les faits observés par eux, reposant sur leur moralité et leur bonne foi, il n’y avait pas lieu à les soumettre à une discussion pas plus que les trente conclusions qui les suivent, C’est encore là une opinion que nous devons respecter, et qui n'a d'autre effet, suivant nous, que d’enlever à leurs travaux tout caractère académique, pour les réduire aux proportions d’une opinion particulière.

Arrivant à notre propre commission, nous devons d’abord vous rappeler que vous y avez fait entrer des représentants d’opinions contraires sur la question du magnétisme animal et des membres livrés à diverses spécialités scientifiques. Vous avez renvoyé les uns et les autres par devant les faits, parce que d’une part, quelles que fussent leurs convictions antérieures, vous aviez confiance dans leur bonne foi, et parce que d'autre part, en raisonde la variété de leurs tendances scientifiques, vous avez pensé qu’ils examineraient les faits sous toutes leurs faces.

Messieurs, nous pouvons le dire dès à présent, cette prévoyance à en quelque sorte porté ses fruits ; c’est qu'avec nos idées préconçues, les uns pour, les autres contre, aucune dissi- - dence, comme vous le verrez, ne s’est élevée entre nous sur les faits dont nous avons été témoins ; c’est qu'avec notre propen- Sion diverse à considérer les faits sous des aspects particuliers, nous avons été unanimes dans chacune de nos conclusions.

Vous trouverez peut-être en cela , messieurs, une nouvelle garantie pour la vérité; car il fallait que les faits soumis à notre examen eussent un haut degré d’évidence positive ou négative pour amener ainsi et chaque fois une constante unanimité entre des commissaires toujours en dissidence sur la valeur théorique du magnétisme animal.

Mais en voici assez, messieurs, sur Ce que nous avons appelé les antécédents académiques du magnétisme animal et sur les dispositions morales de vos commissaires ; abordons actuellement la série d'expériences dont nous avons été témoins.

C’est le 27 février 4837 que la commission s’est réunie pour la première fois; le rendez-vous avait été assigné dans le domicile même de M. Berna, rue de l’Ancienne Comédie, n°48. La commission, composée de MM. Bouillaud, H. Cloquet, Caventou, Cornac, Dubois d'Amiens, Emery, Oudet, Pelletier et Roux, a dû commencer par se constituer et soumettre à une discussion préalable l’ordre de ses travaux.

M. Roux à l'unanimité a été élu président, puis M. Dubois (d'Amiens) secrétaire rapporteur. |

M. Berna, présent à la séance, a cru devoir d’abord nous lire une sorte de préambule sur la question du magnétisme animal, et un programme des expériences qu’il aurait à faire devant nous. En même temps il entrait dans le détail de toutes les précautions dont nous devrions plus tard user, disait-il, même contre lui pour donner toute validité, toute authenticité à:ses : expériences.

Vos commissaires ont éCOuLé attentivement et dans un profond silence toutes les observations de M. Berna; mais ensuite, | et après une discussion paisible, ils ont déclaré à ce magnétiseur que leur mission se bornait à observer consciencieusement les expériences dites magnétiques annoncées par lui, afin d’enrendreun compte fidèle à l'académie; que c’était à Jui, « M. Berna, de multiplier ses précautions s’ille jugeait conve-" nable, afin de donner plus de valeur à ses expériences, mais que ce n’était pas aux commissaires à s'entendre ainsi préala-, | blement avec lui sur les manœuvres requises ou non; que lag

COMmISSsion devait garder toute son indépendance, rester maitresse des précautions dont elle croirait devoir user de Son Côté; mais que d’abord elle ne pourrait adhérer à un système de précautions telles, aux yeux de M. Berna, que toute expérience faite dans ces conditions serait avouée inattaquable.

Après plusieurs explications amiablement données de part et d'autre, il resta convenu entre les commissaires et M. Berna :

1° Que les expériences auraient lieu non chez M. Berna , mais chez M. Roux, président de la commission.

2° Que M. Berna ne pourrait amener avec lui d’autres personnes que les sujets destinés aux expériences.

3° Que de leur côté les commissaires ne pourraient introduire aucune personne étrangère dans le lieu des séances.

Dans l'intervalle de cetteséance à la séance suivante, M.Berna, peu satisfait sans doute des mesures prises par la commission à écrivit à chacun descommissaires une lettre en date du 2 mars. Dans cette lettre, M. Berna s’exprimait ainsi : « Il est dela plus haute importance que la commission et moi nous rendions nos expériences telles que l’esprit le plus soupçonneux n’ÿ puisse trouver d'accès à la fraude et à l’erreur.»

Vos commissaires, messieurs, ont été tout d’abord frappés de ces expressions ; il leur parut évident que M. Berna cherchait à Changer entièrement sa position et à modifier la mission dont vous nous aviez chargés. |

Eneffet, quel avait été le motifde notre institution ? M. Berna n'avait-il pas promis à l’académie de faire voir à ses délégués des faits concluants; et dès lors, n’était-ce pas pour voir ces faits que vous nous aviez envoyés par devant lui? Or, ici ils’identifie avec nous-mêmes ; la commission et moi, dit-il, nos expériences, etc., etc. C'était vouloir nous mettre à l’étude du magnétisme, c'était chercher à nous faire dévier; car la mission des Corps savants, vous le savez, messieurs, consiste à vérifier les faits et nullement à les inventer, à les rechercher.

Mais ce n’est pas tout ; dans cette même lettre du 2 mars, M. Berna nous assure (nous copions textuellement ses expres- Sions ) : Qu'il s'est efforcé d'imaginer tous les genres de supercheries, afin de nous en signaler tous les préservatifs; il répète qu'il ne

se flatte point d'avoir pénétré toutes les ressources de l’imposture, mais que cependant les précautions qu'il veut nous exposer lui semblent incompatibles avec l'illusion.

Ainsi, d'après le système de M. Berna, ce n’est pas nous commissaires qui devions imaginer des précautions, qui devions les prendre à son insu à lui-même; c’est lui magnétiseur qui devait nous apprendre comment et par quels moyens nous devions nous mettre en garde contre lui. Sentant toutefois lui-même ce qu'il y avait d’étrange dans cette prétention, il ajoutait d’une manière que nous aurions pu regarder comme ironique : «Sans doute, il conviendrait que je m'en rapportasse à la sagacité de MM. les commissaires; assurément ils ne le cèdent à personne en intelligence et en lumières, mais ils n’ont point une connaissance approfondie du magnétisme animal, etc., etc. »

Partant de là, M. Berna entendait régler à l’avance (ce sont ses termes) la manière dont vos commissaires observeraient les faits. En conséquence, dans cette même lettre M. Berna nous faisait tenir deux autres pièces :

4° Une énumération des épreuves à tenter dans les séances.

2% Les précautions générales à observer pendant le cours de ces épreuves.

Parlons d’abord de ces dernières.

M. Berna admettait en principe que les expériences ne devaient point avoir lieu chez lui; mais comme cette précaution pouvait, suivant lui, en intimidant ses somnambules, nuire à leurs facultés, il se réservait le droit d’opérer parfois dans son domicile, par exemple pour la vision sans le secours des yeux.

En vertu de ce qu’il appelait sa cinquième précaution, vos commissaires devaient trouver sur une carte, que lui leur remettrait au moment d'opérer, l'indication de chaque expérience.

Sa huitième précaution recommandait à vos commissaires de s'abstenir, dans les questions adressées aux somnambules, de tout ce qui serait insidieux ou propre à agir sur l’imagination des jeunes somnambules.

Par sa onzième précaution il nous invitait à bien nous assurer qu’il ne ferait point usage de barreaux aimantés!!' |

Telles étaient les principales précautions imaginées par M. Berna. Avant de vous donner connaissance de la pièce relative au programme des épreuves, il convient de vous dire comment vos Commissaires ont accueilli les mesures préventives de ce magnétiseur.

Le 3 mars 1837, à sept heures du soir, la Commission entière, moins M. Oudet (qu’une calamité domestique avaitretenu chez lui), s'était réunie chez M. Roux ; M. Berna est introduit parmi nous, Mais il est seul; car avant de commencer ses expériences il pense qu’une discussion doit s'engager sur ses précautions ; et tout d’abord, il avoue avec franchise qu'il a bien dans l’esprit, en faisant adhérer la commission à cet ensemble de conditions préalables, de rendre d'avance (oute ses expériences inattaquables.

Les commissaires répètent à M, Berna ce qu’ils lui ont déjà dit, savoir, que leur mission consiste uniquement à assister à ses expériences, et qu’ils ne peuvent prendre aucun engagement de cette nature.

La conclusion de cette discussion ,» Conclusion agréée du reste par M. Berna, fut que les deux pièces qu’il nous avait transmises, les précautions et le programme, resteraient annexées au procès-verbal de cette séance.

Ces conventions une fois arrêtées, M, Berna quitte vos commissaires pour aller enfin chercher une somnambule qui l’attendait dans les environs. Peu de minutes après, à huit heures moins un quart environ, il introduit en présence de vos commissaires une jeune fille de dix-sept à dix-huit ans, d’une constitution en apparence nerveuse et délicate, mais d’un air assez dégagé et résolu.

Le programme des expériences pour ce soir, programme que nous avait envoyé M. Berna, portait huit expériences; en voici les titres textuellement copiés, car ce langage n’appartient pas à vos commissaires.

4° Somnambulisation.

2° Constatation de l’insensibilité aux piqûres et aux chatouillements.

3° Restitution, par la volonté mentale, de la sensibilité.

4° Obéissance à l’ordre mental de perdre le mouvement.

5° Obéissance à lordre mental de cesser au milieu d’une

conversalion de répondre; ordre mental de répondre de nouveau.

6° Répétition de la même expérience, le magnétiseur étant séparé de la somnambule par une porte.

7° Réveil.

8 D’après lordre mental qui en aura été enjoint dans état somnambulique, persistance au réveil de l’insensibilité, et persistance aussi de la faculté de perdre et de recouvrer cette sensibilité à la volonté du magnétiseur.

Remarquons avant d'aller plus loin que, d’après ce dernier paragraphe, le sujet qu'on nous amenait n'aurait pas joui des mêmes prérogatives pendant la veille et pendant le sommeil; on y mettait comme, Condition qu'un ordre mental devait tou jours être intimé pendant le sommeil. |

Quoi qu’il en soit, la jeune lille, introduite au milieu des commissaires dans le salon de M. Roux, y est acçueillie avec prévenance et affabilité ; on s’entretient avec elle de choses indifférentes; puis, et dans le but de constater avant tout essai de magnétisation, jusqu’à quel point, dans l’état ordinaire, elle est sensible aux piqûres, on lui enfonce à la profondeur d’une demi-ligne environ des aiguilles de forcemoyenne que M. Berna avait apportées lui-même; on fait pénétrer leur pointe à la main et au cou de cette jeune personne. Interrogée, par quelques-uns des commissaires. ei avec l'air du doute si elle sent ces piqüres, elle répond. à M. Roux et à M. Caventou qu’elle ne sent rien; sa figure n’exprime du reste aucune douleur. Rappelons à l'académie qu’elle était encore bien et dûment éveillée,, de l’'aveu même de son magnétiseur, qui n’avait encore COM mencé aucune de ses manœuvres. Ceci ne concordait guère. avec le programme; car l’insensibilité ne devait être, accusée que dans l’état dit de somnambulisme, où après, et. par l'injoncuion. mentale du magnétiseur; injonction qui elle-même ne pouvait, être faite que dans cet état. |

Vos commissaires étaient donc un peu surpris de ce singulier début. Comment vous ne sentez rien? lui dit-on; mais vous êtes donc absolument insensible ? Alors elle finit par avouer qu’elle sentait un petit peu de douleur.

Ces préliminaires terminés, M. Berna fit asseoir près de lui celle que nous nommerons désormais sa somnambule, pour

parler son langage. Penché côte à côte vers elle, il paraît d’az bord la contempler en silence, sans pratiquer aucune dé ces manœuvres qu’on a nommées passes. Après une ou deux minutes envifon, il dit à vos commissaires que le sujet est en état de somnambulisme.

Les yeux de la jeune fille sont garnis de coton et couverts d'un bandeau.

M. Berna n’a d’autres preuves à donner aux commissaires de ce prétendu état de Somnambulisme; que, du reste, il ne définit pas théoriquement, n’a d’autres preuves; disons-nous , que les expériences comprises dans son programme.

Ainsi, après avoir de nouveau Contemplé sa somnambule et à une distance très-rapprochée, il annonce aux Commissaires qu'elle est frappée d’une insensibilité générale.

Quel devait être ici, messieurs, le rôle de vos commissaires? médecins, chirurgiens, physiciens, tous savaient que les preuves de l'abolition de la sensibilité sont de deux ordres ; que les unes sont déduites des assertions des sujets et reposent sur leur moralité ; que les autres sont déduites des indices de l’habitude extérieure, du langage d'action. Or, les premières doi: vent être considérées comme nulles lorsqu'il s’agit d'individus qui ont intérêt à tromper, à induire en erreur : restaient ces signes muets arrachés par la douleur; mais alors il faut prendre en considération, d’une part l'intensité de la douleur produite, d'autre part la fermeté des patients. |

Dans le cas qui préoccupait vos commissaires, l'intensité de la douleur ne devait pas dépasser certaines limites rigoureuse ment déterminées par M. Berna.

Ge magnétiseur, nous l’avons déjà dit, avait apporté luimême ses instruments, qui Certes n’étaient pas des instruments de torture; il nous avait armés d’aiguilles de moyenne force ; et ik était prescrit au programme que nous n’irions pas au delà d’une demi-ligne. Quant à la fermeté du sujet, nous en avions eu la preuve avant toute expérience dite magnétique, puisqu'elle n'avait pas voulu même alors accuser de souffrance, bien qu’elle eût été piquée à plusieurs reprises. |

Ce n’est pas tout; si en profondeur nous ne pouvions pas aller au delà d’une demi-ligne, en surface nous n’avions que les mains et le cou, attendu que, toujours par son programme,

M. Berna nous avait défendu de toucher à la face; attendu que là, disait-il, si on pique la somnambule, elle porte parfois la tête en arrière. Quant aux autres parties du corps naturellement couvertes, vos commissaires ne crurent pas devoir en parler au magnétiseur.

Ce n’est pas tout encore; comme sur le programme il y avait, en peu de mots, mais transitoirement, elle sent la différence des températures, il nous était interdit de chercher à provoquer de la douleur à laide de corps en ignition; ainsi il ne nous aurait pas été donné de plonger l’un des doigts du sujet dans la flamme d’une bougie, comme cela était arrivé impunément, disait-on, à la malade de M. Oudet.

De sorte que, tout bien considéré, M. Berna, pour prouver à vos commissaires que par la puissance tacite de sa volonté il pourrait priver à son gré sa somnambule de toute sensibilité, et la paralyser sous ce rapport, comme il le disait, ne nous laissait d'autre moyen de vérification qu'un simple tatouage à exercer sur les mains et sur le cou, rien de plus.

Quoi qu’il en soit, quelques-uns de vos commissaires armés d’aiguilles, entre autres MM. Bouillaud, Emery et Dubois d’Amiens, se mirent à piquer cette pauvre fille. Elle n’accusa verbalement aucune douleur; sa figure, autant que nous avons pu enjuger, n’exprimaitaucun sentiment douloureux. Nous disons, autant que nous avons pu en juger, Car ses Yeux étaient couverts ; la moitié transversale et moyenne de sa figure nous était cachée; il ne nous restait guère à observer que le front, la bouche et le menton.

M. Bouillaud n'allait pas dans ses tentatives au delà des limites convenues ; mais le rapporteur ayant enfoncé la pointe de son aiguille sous le menton avec plus de force, la somnambule exécuta, au moment même et avec vivacité, un mouvement de déglutition ; M. Berna s’en aperçut, se récria et fit de nouvelles recommandations.

Touchée du bout du doigt par M. Cloquet à la surface de Ja main, la somnambule dit sentir cette impression ; de sorte qu'indépendamment de la perception des températures, elle aurait alors conservé celle des attouchements; ce qui, dans le système de M. Berna, aurait ajouté de nouvelles restrictions à cette prétendue perte de sensibilité générale.

Néanmoins le magnétiseur, poursuivant le cours de ses expériences, prévint les commissaires qu'il allait, par la seule et tacite intervention de sa volonté, paralyser soit de la sensibilité, soit du mouvement, telle partie du corps de la demoiselle qu'on voudra bien lui désigner.

Les commissaires y mettent les conditions suivantes :

M. Berna gardera le silence le plus absolu ; il recevra des mains des Commissaires des billets sur lesquels seront indiquées les parties à priver ou à douer soit de sensibilité, soit de mouvement. Il avertira en fermant un de ses yeux que le fait a lieu et qu’on peut le vérifier. -

M. Berna dit qu’il ne peut accepter ces conditions ; il donne pour raison que les parties désignées par les commissaires sont trop limitées, et que d’ailleurs tout cela sort de son programme, et qu'il n'entend pas ainsi les précautions qu’on doit prendre contre lui,

Vos commissaires avaient écrit : 4° priver de sensibilité le menton ; 2° le pouce droit ; 3° la région du deltoïde à gauche ; 4° celle de la rotule à droite.

M. Berna avait écrit dans son programme que pour nous faire Connaître que son action est suffisante, il éléverait lu main vers nous ; et Cela en cette circonstance comme en toute autre : C’était là une des précautions qu'il avait imaginées. Mais comme vos commissaires s’étaient bien gardés de s'engager sur tous ces points, ils avaient cru pouvoir exiger de M. Berna qu’au lieu d'élever la main vers nous pour signal, il se contenterait de fermer l’un de ses yeux.

Quant aux limites, M. Berna avait indiqué dans son programme pour la sensibilité :

1° La totalité du corps ;

2° Une partie du corps seulement.

Pour le mouvement il avait écrit :

A. Les deux bras;

B. Les deux jambes ;

GC. Un bras et une jambe;

D. Un seul bras ou une seule jambe ;

E. Le cou à droite ou à gauche ;

F. La langue.

Mais ici il faut expliquer à l’académie ce que M. Berna en-

tendait par la paralysie du mouvement et par la vérification de cette paralysie. |

Pour la vérification de cette prétendue perte de sensibilité nos moyens étaient très-restreints : assertion du sujet; expression de l’habitude extérieure.

Ici il fallait de toute nécessité, et toujours dans les termes du programme du magnétiseur, faire successivement à la demoiselle les injonctions suivantes : levez le bras, levez la jambe ; ou bien : tournez la tête à droite, tournez la tête à gauche.

J'allais oublier que pour la langue il fallait tout simplement l’inviter à parler.

Que si la demoiselle n’avait pu lever le bras gauche lorsque les commissaires auraient dit : levez le bras gauche, il aurait fallu, d'après M. Berna, en conclure : 4° que ledit bras aurait été frappé de paralysie; 2° qu'il l'aurait été par la volonté tacite de M. Berna ; 3° que tout cela aurait dépendu de l'agent du magnétisme animal.

Ajoutez que, toujours dans son programme, M. Berna avait pris ses précautions qui n’étaient pas les nôtres. Ainsi, ce sont là, disait-il, des effets très-fugaces qu'il faut saisir au passage; les commissaires devaient done se hâter; que s’ilne réussissait pas une première fois, ils ne devaient pas se décourager, mais recommencer jusqu'à ee qu’il eût obtenu l'effet désiré, c’est-àdire la paralysie.

Vous le sentez, messieurs, les ehoses pouvaient s'arranger ainsi avec des gens du monde; mais avec des gens de Part, avec des médecins investis de la confiance d’un corps savant, et qui plus tard auront à rendre un compte sévère de leur mission, il faut un autre langage, une autre logique, d’autres : faits.

Quoi qu’il en soit, dans cette séance M. Berna crut ne pas devoir en faire davantage, et il nous prévint qu'il allait ce qu’il appelait réveiller sa somnambule, et qu’en même temps il lui rendrait toute sa sensibilité.

M. Bouillaud, à son invitation, dut d’abord se placer derrière la somnambule, prêt à la piquer à la nuque dès que le magnétiseur lui en ferait le signal.

Lui M. Berna se plaça près de la jeune personne dans la même position que la première fois : Réveillez-vous, lui dit-il

DU MAGNÊTISME ANIMAL, A87

à deux reprises différentes ; puis il enlève le coton qui lui couvrait les yeux, se penche de nouveau vers elle, allonge le bras gauche en arrière, arrête M. Bouillaud qui sans doute allaït la piquer {Op tôt; puis, penché encore vérs la jeune fille qui à les yeux parfaitement ouverts, il regarde M. Bouillaud ; ce Commissaire pique alors la sOMnambulé, qui toutne la tête de son côté, et M. Berna s’écrie : Voilà la sensibilité recouvrée !

Vos commissaires né se sont livrés à aucune réflexion sur la valeur des faits que venait de leur montrer M. Berna.

. Ce magnétiseur voulait qu’on lui délivrât copie des notes que venait de prendre le rapporteur. On jui fit remarquer que ces notes devaient servir à la rédaction du procès-verbal, et que ce procès-verbal lui serait Communiqué au Commeñcement de la prochaine séance ; Que telles étaient les intétitions des éommissaires,.

Dans l'intervalle qui $’écoula entre cétté séanté et Ja sui= vante, M. Berna écrivit à M. Roux, président de Ia commission, une nouvelle lettre, relative toujours aux précautions qu’on n'avait pas arrêtées avec lui; en même temps il demandait Copie des notes recueillies pendant le cours des expériences,

Le 10 mars, à sept heures un quart du soir, les commissaires s'étant réunis pour assister à de nouvelles expériences, M. Roux donna lecture de la lettre de M. Berna. Après une Courte discussion, les commissaires, pour prouver à M. Berna qu'ils y mettaient toute la bonne volonté possible, arrêtent :

1° Qu'on conviendrait à Pamiable et de vive VOIX, avant chaque expérience, des manœuvres principales qui dévraient être employées.

2° Que copie des notes prises à chaque séance gérait donnée à ce magnétiseur.

Ceci terminé, M. Berna alla chercher le sujet de ses expériences; C'était la jeune personne qui avait paru dans la dernière séance,

M. Berna nous prévint queson intention était dereprendre les expériences qui n'avaient pu avoir lieu dans cettemême séance.

À huit beures un quart, trois commissaires seulement restent : MM. Roux, Bouillaud et Dubois d'Amiens ; les autres ayant été priés par M. Berna de se retirer momentanément dans une pièce voisine, afin, disait ce magnétiseur, de ne pas

intimider la jeune fille, bien que dans la dernière séance elle eût fait amplement connaissance avec tous.

M. Berna procède à ce qu’il nomme la somnambulisation ; ; après deux ou trois minutes, il fait rappeler tous les commissaires.

A huit heures et demie, ainsi que cela avait été convenu , M. Bouillaud demande par écrit à M. Berna de vouloir bien paralyser du mouvement le bras droit seulement de la somnambule ; et, lorsque le faitaura lieu, de le lui indiquer en fermant les yeux. Vous voyez, messieurs, que nous allions jusqu'à adopter le langage de M. Berna; M. Berna, de son côté, adopte nos formalités.

Assis près de son sujet, il abaisse sa tête vers ses mains (les mains de la jeune fille); elle les tenait sur son giron.

Le rapporteur, fondé sur ce que M. Berna avait dit, savoir qu'il n’y avait aucun contact, soit immédiat, soit médiat avec sa somnambule, interpose une feuille de papier entre la figure de M. Berna et les mains de la jeune fille.

Bientôt M. Berna fait le signe convenu; ce qui voulait dire que sa volonté tacite avait été assez puissante pour paralyser le bras droit seulement de sa somnambule.

M. Bouillaud procède à la vérification du fait, et pour cela il prie la demoiselle (il n’y avait pas d'autre moyen) de remuer successivement tel ou tel membre. Arrivée à la jambe droite, par voie d'élimination, comme l’on dit,'il obtient d’elle cette réponse : qu’elle ne peut remuer ni la jambe droite m le bras droit.

Rappelez-vous, messieurs, que le programme de M. Berna portait qu’il avait la faculté de paralyser soit un seul membre, soit deux membres à la fois; c’étaient là deux expériences distinctes. Nous avons choisi un seul membre; de son aveuil était résulté, malgré sa volonté, ce qu’il appelait une PRES de deux membres.

L'expérience était manquée; il fallait passer à une autre; car nous n’eûmes pas la bonhomie, malgré les termes du programme, de recommencer jusqu’à ce que nous eussions réussi; ce qui certes n’aurait pas tardé à se faire, puisque nous n'avions à choisir qu'entre quatre membres et la langue.

Nous passons donc à un autre essai, du reste fort analogue : paralyser la jambe gauche seulement. Cette fois, M. Berna se

refuse à ce qu’on interpose une feuille de papier entre lui et la demoiselle. Suivant lui, le moyen est illusoire. Peu importe, lui disons-nous, nous y tenons. Moi je m'y refuse absolument, répliqua-t-il, cela me distrait. À huit heures trente-cinq minutes il fait le signe convenu, ce qui équivaut à dire : Voyez, examinez, j'ai paralysé la jambe gauche de mademoiselle, On interroge celle-ci, car nous n’avions que la voie d’assertion pour vérifier ; et elle affirme qu’elle peut très-bien remuer La jambe gauche , mais pas du tout le bras du même côté.

Expérience manquée encore et décidément manquée ; Car, pour nous prouver mieux les choses, elle se mit à remuer devant nous la jambe que M. Berna venait de paralyser.

Ici nous devons avouer que M. Berna ne se roidissait pas contre des événements qui déjouaient ainsi toutes ses prévisions ; il avouait de bonne foi que c’étaient là des expériences manquéees.

M. Bouiilaud, dans le but de varier au moins un peu la monotonie de ces expériences, et d'agrandir quelque peu leur cercle, tout en restant dans le même ordre de faits » propose à M. Berna d’ôter le bandeau qui couvre les yeux de sa somnambule et d'agir sur les paupières comme sur des voiles doués de mobilité et de sensibilité; M. Berna s’y refuse, cette expérience ne se {rouvant pas sur son programme de faits concluants. |

M. Bouillaud propose alors à ce magnétiseur de vouloir bien paralyser les quatre membres à la fois de la demoiselle.

M. Berna s’y refuse par les mêmes motifs; alors, et puisqu’on est réduit à expérimenter ( toujours par voie d’assertion, bien entendu) successivement sur les quatremembres, M. Bouillaud propose à M. Berna la même expérience qui vient d’échouer en dernier lieu, savoir de paralyser encore la jambe gauche seulement.

M. Berna y consent : pour y procéder, il se place toujours de la même manière à l’égard de sa somnambule, c’est-à-dire que son côté gauche regarde le côté droit de cette demoiselle; puis il avance une de ses mains en avant et à distance des genoux du sujet; puis, levant la tête vers nous, il fait le signe convenu, c’est-à-dire qu'il étend le doigt indicateur de la main droite,

Rappelez-vous, messieurs, que c’était la jambe gauche seule-

ment qui devait se trouver paralysée, suivant le dire, la pro= messe de M. Berna, et par l'intervention de sa volonté agissant magnétiquement.

M. Bouillaud prie d’abord la jeune personne de lui prêter l’une de ses bagues ; elle y consent, et, pour dégager cette bague de l’un des doigts de sa main droite, elle se sert de sa main gauche; mouvement fatal, comme vous allez voir, pierre d'achoppement pour la volonté tacite de M. Berna.

Sollicitée ensuite comme de coutume par M. Bouillaud de remuer tel ou tel membre, la somnambule arrive à la jambe gauche , que nous observions et ne perdions ni de vue ni de mémoire ; elle déclare qu’elle peut très - bien la remuer, mais que pour ce qui est du bras gauche, elle ne peut le bouger. Or, d’une part elle se mit à remuer ce qui, magnétiquement parlant, devait être paralysé , et, oubliant que depuis linjonction de M. Berna elle avait Ôté sa bague à l’aide de la main gauche, elle dit qu’elle ne saurait la remuer.

Ainsi, pour cette fois encore, expérience manquée, et doublement manquée, car elle mettait son magnétiseur en défaut, et elle se montrait en contradiction magnétique avec ellemême.

M, Berna encore, nous devons le dire, supporta très-bien ce nouvel échec, si rude qu’il fût.

Néanmoins, comme il en avait assez, ainsi que Sa SOMNaM= bule, il nous dit qu’il allait la réveiller, ce qu’il fit le plus simplement du monde.

Ceci terminé, les notes RER par le rapporteur sont immédiatement lues en présence de M. Berna ; cette lecture n’amène que de légères modifications, qui ne changent rien au fond des choses.

Il est convenu que si M. Berna le désire, il pourra en prendre copie chez M. Dubois, et en présence de ce commissaire ,.bien entendu.

Dans l'intervalle des deux séances, M. Berna vint effecti: vement chez le rapporteur. Déjà il avait commencé d’en prendre copie; mais, comme ces notes n'étaient qu’une sorte de canevas, sans rédaction, sans correction, sans style enfin, il lui prit envie d’avoir copie, non des notes, mais des procès-ver= baux. Le rapporteur, sans exprimer à M. Berna toute sa pensée,

lui objecta qu’il ne pouvait prendre sur lui de délivrer un travail rédigé et adopté par la commission ; qu’il consultera ses collègues sur cette prétention. |

Il faut vous dire, messieurs, que M. Berna, tout en reconnaissant ses insuccès, ses revers en fait de magnétisme devant les commissaires , prétendait se rattacher à cette circonstance, que, du moins, certaines expériences auraient en partie réussi. Vous allez voir ce qu’il entendait par là,

Lorsque, par exemple , après avoir enjoint mentalement et tacitement à sa somnambule de se trouver paralysée du bras gauche , et que, d’après la vérification faite par M. Bouillaud, la jeune fille assurait que c'était la jambe qu’elle ne pouvait remuer, notre Mmagnétiseur en concluait que, si elle n’était pas paralysée du bras gauche, du moins.elle l’était de la jambe, et que c'était déjà quelque chose de bien concluant en faveur du magnétisme, qu'il ait pu, lui, par la tacite puissance de sa volonté, déterminer une paralysie pour une autre, Messieurs, vous pensez bien que les commissaires n'étaient pas du tout disposés à adopter une semblable manière de raisonner. M. Berna avait beau nous faire valoir la grande variété de son programme, que sa somnambule aurait pu se trouver privée du sentiment, ou ne plus entendre l’un de nous, etc... M. Berna s’abusait. Lorsque l’on oblige un commissaire, pour la vérification d’un ordre de faits, de dire à une prétendue somnambule: Levez la main gauche, levez la droite, levez le pied gauche, levez le pied droit, certes elle peut fort bien savoir, sans grande perspicacité, qu’il s’agit de vérifier si elle est paralysée d’un de ses membres; et si alors elle commet une erreur, l’échec est complet.

Cependant, messieurs, narrateurs fidèles, nous étions bien obligés de dire, de consigner dans nos procès-verbaux, qu’après avoir été soumise aux manœuvres d’un magnétiseur la jeune fille dont il est ici question affirmait à vos commissaires qu’elle ne pouvaît remuer l’un de ses membres, Vous connaissez la valeur de ce fait; mais qui nous dit qu’on n'aurait pas pu abuser de nos procès-verbaux, et faire circuler dans le monde, qu’en présence d’une nouvelle commission nommée par l’'académie royale de médecine, un magnétiseur avait instantanément frappé de paralysie une jeune somnambule; que le plus

petit doute n’était pas permis; que cela résultait de procès-vérbaux rédigés par votre commission, et dont copie avait été délivrée à ce magnétiseur par le rapporteur de ladite commission ? |

Ce sont ces réflexions, messieurs, qui n’ont pas permis à VOS commissaires de se dessaisir des procès-verbaux ; du reste, nous vous l'avons déjà dit, rien n’était fait en secret par eux; le magnétiseur a toujours pu avoir communication oraletet fidèle des procès-verbaux. Aller plus loin, c’eût été transgresser nos devoirs. Mais nous aurons encore à revenir sur ce point. |

Reprenons maintenant le récit des expériences faites sou nos veux. |

Le 43 mars, à sept heures un quart du soir, la commission entière se trouva de nouveau réunie chez M. Roux ; M. Berna, arrivé presque en même temps avec sa somnambule, proposa aux commissaires de reprendre encore la même série d’expériences, savoir : abolition ou restitution de la sensibilité, soit partielle soit générale ; restitution ou privation des mouvements ; faculté d'entendre ou de ne plus entendre une personne désignée, etc.,etc., afin d’avoir dans nos procès-verbaux ce qu'il aurait appelé des faits concluants.

La commission, bien que convaincue du but où on veut l’amener, accède pour cette fois encore à la proposition de M. Berna, et désigne M. Bouillaud pour jouer un rôle actif dans cette séance. Comme de coutume, une partie de la commission passe dans une pièce voisine ; après deux ou trois minutes, on rappelle nos collègues, et nous sommes prévenus que la demoiselle est en état de somnambulisation. Disons de nouveau que le magnétiseur fit à peine quelques mouvements, qu’il se contenta de la regarder de très-près et fixement, et du reste il s’entretint avec elle avant, pendant et après, comme si rien d’étrange n’avait lieu.

Ce magnétiseur nous dit ensuite qu’il va mettre sa somnambule en rapport avec M. Roux; elle entre en conversation avec ce commissaire, et, pendant ce temps, on lui bande les yeux avec un bandeau, comme les autres fois.

Pendant les préparatifs nécessaires à cette expérience, nous remarquons que la demoiselle, qui pour le moment est censée

DU MAGNÉTISME ANIMAL. 493 en rapport seulement avec M. Roux, répond sans hésiter aux questions que lui adresse M. Cornac.

Elle fait dans le salon un tour de promenade bras dessus bras dessous avec M. Bouillaud, puis avec M. Berna, qui vient nous la reprendre. |

M. Oudet veut aussi l’interroger ; mais M. Berna réplique bien vite et d’une voix élevée, que sa somnambule ne peut pas l'entendre, qu’elle n’est point en rapport avec lui.

M. Bouillaud, daccord avec la commission, désire qu’on commence par l’expérience suivante : séparée de M. Berna par une porte, la somnambule cessera d'entendre une personne désignée sur l’ordre mental de ce magnétiseur.

M. Berna déclare tout d’abord à la commission que cette expérience ainsi arrangée a peu de chances de réussite.

Néanmoins on y procède. La somnambule se promène d’abord avec M. Bouillaud ; son magnétiseur passe dans la pièce voisine et se tient tout contre la porte. Dès que la somnambule est assise tout près de cette même porte, le signal est fait, mais l'expérience ne réussit pas ; le magnétiseur ajoute qu’il n’a pas compris le signal. ECTS

On va recommencer suivant des conditions ‘plus simples ; puis, malgré ses programmes, M. Berna ne veut plus de cloisons. nd LAN RE MUR et

« Enlevez à votre somnambule, écrit M: Bouillaud sur un carré de papier, enlevez-lui la faculté de m'entendre;, en vous tenant de votre personne derrière M. Dubois; puis, en touchant l'épaule de ce commissaire, vous m’indiquerez que le fait a lieu. » |

Le magnétiseur consent, mais il veut que sa somnambule soit très-rapprochée de M. Dubois, qui va lui servir d'écran, qu’elle en soit à un pied de distance environ.

Ceci est ponctuellement exécuté : le rapporteur fait passer M. Berna derrière lui, et lui cache, du moins en partie, Sa somnambule ; de son côté, M. Bouillaud se met à entretenir celle-ci dans la situation que nous venons d'indiquer ; mais, bien avant que son magnétiseur n’ait fait le signal convenu, elle paraît ne plus entendre M. Bouillaud , ce qui indiqueralt que la volonté du magnétiseur aurait agi plus vite qu il ne le croyait lui-même. Mais voilà que le signal est donné, et dès

A94 HISTOIRE ACADÉMIQUE lors elle se met à répondre à M. Bouillaud ce qui est précisé ment le contraire de ce qui devait afriver,

Savez-vous ce que nous dit ce magnétiseur après Ce fâcheux échec? Que M. Bouillaud ne s'était pas borné à converser avec sa somnambule, qu’il lui avait remis une bague au doigt; et que ceci, en agissant sur l’imagination de la demoiselle, avait pu là troubler.

Nous passons à une autre expérience, toujours dans le mêmé ordre de faits : « Enlevez, écrit M. Bouillaud, la sensibilité à la main gauche de votre demoiselle ; vous m’annoncerez que le fait a lieu en ouvrant largement la bouche. »

M. Berna objecte que, par le fait de la somnaämbulhisation , toute sensibilité est déjà enlevée à 14 somnambule ; M. Bouillaud corrige, et met : « Rendez là sensibilité. » Le magnétiseur procède comme de coutume; puis, tout à coup ; étau grand étonnement de la commission, il se lève, laisse la somnambule et déclare qu'il s’est trompé ; qu'au lieu d'agir, par sa volonté, sur la main gauche de: la jeune fille, i à opéré sur la droite. Il se remet toutefois et nous dit qu’il va recommencer; la commission, toujours: impassible, le: laisse faire.

Après le temps nécessaire, M. Bouillaud se dispose à constater si la demoiselle paraîtra ou non sentir les impressions exercées sur sa main gauche; il lui adresse d’abord: quelques mots insignifiants auxquels du reste elle ne répond pas ; M. Berna se récrie vivement; suivant lui, ik ne fallait pas cette fois commencer par parler; et on à attend trop longtemps, dit-il, ce sont là des effets fugaces qu’il faut saisir à la minute, |

Votre commission, vous le: voyez, messieurs, ne pouvait pousser plus loin la longanimité : tantôt on objecte à vos: com- Mmissaires qw'ils se-sont mis à parler à la somnambule lorsqu'ils devaient se taire, tantôt qu'ils l'ont touchée lorsqu'il fallait lui parler, tantôt que la somnambule est placée trop loin., tan- 106 qu'on ne va pas assez vite;.et tout cela pour rouler perpétuellement dans le même cercle de faits. Gertes, e’en était bien: assez; l'académie représentée par les commissaires ne pouvait ainsi rechercher jusqu'à ce qu'ilsréussissent des faits aussi peu concluants de leur nature.

Mais le magnétiseur, dans les premiers moments de ses rapports avec nous, nous avait parlé de ces merveilleux faits de vision sans le secours des yeux, de ces fameuses transpositions des sens dont il est tant parlé dans les archives du magnétisme animal. Vous devez présumer combien nous étions désireux de voir de semblables expériences; jamais rien de pareil n’avait été tenté devant une commission académique.

Plusieurs fois nous avions rappelé à M. Berna sa promesse, mais il objectait que nous devions passer par une sorte de filière avant de tenter ces hauts faits; qu'il fallait bien et dûment constater d’abord l'effet des piqûres d’aiguille, ce qu’il appelait la paralysie, bref ee qui était compris dans son programme. Gette fois la commission lui déclara sérieusement qu’elle était suffisamment éclairée sur la nature de tous ces préliminaires, et que, puisqu'il tenait à nous faire voir des faits concluants, nous ne lui demandions qu'un seul fait, un seul et unique fait de vision sans le secours des yeux, et que nous en rendrions bon et loyal compte à Facadémie.

M. Berna, après de nombreuses objections, finit par y consentir ; mais il y mit cette condition, qu’une fois ces faits de vision essayés, quel qu’en fût le résultat, on reviendrait aux expérienees sur Les piqûres, Les mouvements abolis et restitués, etc., etc. Vos commissaires, messieurs, $’estimant trop heureux d’avoir un jour à vous parler de faits aussi extraordinaires, souscrivirent aux conditions posées par M. Berna. ;

En conséquence , le 3 avril 4837, la commission, moins MM. Emery, Pelletier et Caventow, se réunit d'abord chez M. Roux, puis sur les instances de M. Berna, qui avait demandé que Les. nouvelles expériences fussent faites chez lui, on n'hésita pas, à se transporter dans son domicile. Les eommissaires crurent devoir faire cette concession, bien qu'ils eussent arrêté primitivement que toutes les expériences. seraient faites chez l’un d’eux. Comme on leur promettait des. faits de vision sans le secours des yeux, ils pensèrent que les dispositions du local n’auraient plus la même influence sur des faits de cette nature.

Suivant la recommandation de M. Berna, ils se firent précéder de MM. Roux et Cornac; à huit heures moins un quart,

tous étaient chez ce magnétiseur.

Vous allez voir, messieurs, avec quel scrupule, avec quelle religion vos commissaires, dans cette séance, se conformèrent à tous les désirs, à toutes les règles prescrites par le magnétiseur. Le fait de la transposition du sens de la vue est tellement en dehors des lois connues de la nature, tellement probant par lui-même et si facile à constater pour des hommes de quelque bon sens, que nous n’avions plus à nous mettre en garde contre une foule de petites supercheries ; il ne s'agissait plus de ces chances en quelque sorte dichotomiques (qu’on nous passe le terme), où, si une première, une seconde, une troisième fois on échoue, on réussit une quatrième; où un système de conventions préalables peut amener des résultats en apparence trèssurprenants. Nous n’avions en outre ni à toucher les somnambules ni à leur parler. Conséquemment M. Berna n’aurait aucune récrimination à faire en cas d’insuccès ; il ne pouvait plus s’en prendre à nous ; tout allait se passer entre lui et sa somnambule, quant aux manœuvres. |

Nous vous avons dit quelles étaient sous le rapport théorique les nuances qui divisaient la commission; mais tous étaient d'accord sur la bonne foi, sur la sévérité à apporter dans l’examen des faits, sur les égards dus à M. Berna comme médecin, comme confrère; sur l'exactitude, sur l’impartialité dans le récit des faits observés et dans les conclusions qu’il y avait à en déduire. D'un autre côté, nous devons le dire, M. Berna ne nous a jamais parlé de cette absurde prétention de quelques magnétiseurs, qu’il faut être croyant pour voir des faits décisifs en fait de magnétisme animal. Mais en voici assez sur ce sujet, revenons à la fameuse séance du 3 avril 4837.

À huit heures moins un quart du soir, nous étions donc rendus chez M. Berna. Ce magnétiseur était placé à côté d’une femme âgée d’une trentaine d'années environ. Après notre arrivée seulement, il lui a couvert les yeux d’un bandeau, puis il nous a dit qu’elle était en état de somnambulisme, et se mit à s’entretenir avec elle à haute voix.

Interrogée par son magnétiseur (car nul de nous ne parlait dans cette séance), interrogée si elle voit ce qui se passe autour d'elle, cette femme déclare que, pour mieux distinguer les objets, elle à besoin de se trouver en face de lui. M. Berna se rapproche delle, et tellement que leurs jambes s’entre-tou-

chaient, malgré ce qui avait été dit au programme ; mais encore un Coup, Ceci devenait secondaire pour des faits de vision sans le secours des yeux.

Vos commissaires, attentifs à ce qui allait se passer, étaient cependant pénétrés de cette idée que dans cette séance il y aurait deux sortes de faits :4° des faits dont la solution serait proposée à la femme dite en état de somnambulisme, mais qui seraient connus de M. Berna ; 2° des faits dont la solution serait également proposée au sujet des expériences, mais qui seraient ignorés de M. Berna, qui seraient en partie arrangés à son insu. Les uns devaient avoir une haute valeur, C’étaient les derniers, une valeur absolue, indépendante des localités, indépendante de la moralité des acteurs, et qui devaient emporter avec eux la conviction; les autres resteraient sujets à des interprétations diverses, à des objections plus ou moins fondées, et dès lors ils devaient laisser des doutes dans l’esprit. Ainsi, pour en citer un premier exemple, le magnétiseur a commencé par demander à cette femme : « Combien il y avait de personnes présentes? — Plusieurs, messieurs, a-t-elle répondu, au moins Cinq. » Ce premier fait était aussi bien connu de M. Berna que de nous. Ajoutons qu’approximativement ellemême devait savoir à quoi s’en tenir, puisqu'on ne lui avait couvert les yeux qu’après notre arrivée.

D’après l'invitation du magnétiseur qui dirigeait tout dans cette séance solennelle, le rapporteur devra écrire sur une carte un ou plusieurs mots, afin de les faire lire’ à la somnambule. Ce commissaire, grâce aux soins officieux de M. Berna, avait à sa disposition sur une table deux paquets de cartes, l’un de cartes entièrement blanches, l’autre de cartes à jouer.

Ainsi, comme on le voit, l’ordre de la séance avait été obligeamment réglé par le magnétiseur. Il n’y avait plus de ces hésitations, de ces incertitudes qui avaient quelque peu troublé les autresséances. Ici tout était coordonné à l'avance : matériel, personnel, succession des faits, série des interpellations ; bref nous étions déchargés de tout.

Quoi qu’il en soit, le rapporteur écrit sur une Carte blanche le mot PAnTAGRuEzL en lettres moulées et parfaitement distinctes ; puis, se plaçant derrière la somnambule, il BST te celte

carte tout près de l’occiput du sujet. Le magnétiseur, assis à l’opposite de M. Dubois, c’est-à-dire en face de la somnambule;, ne pouvait voir lui-même les caractères tracés sur la carte; c'était un fait du second ordre, c’est-à-dire décisif en luimême. go

La somnambule, interrogée uniquement par son magnêéti= seur sur ce qu’on lui présente ainsi derrière la tête, répond avec quelque hésitation que c’est quelque chose de blanc, quelque chose qui ressemble à une carte de visite.

Jusque-là, comme vous le pensez, messieurs, il n’y avait pas de quoi émerveiller vos commissaires : M. Berna avait dit à haute voix au rapporteur de prendre une carte, et d'écrire quelque chose sur cette carte; la somnambule pouvait dire qu’elle voyait quelque chose de blanc, quelque chose qui ressemble à une carte, Mais on ne tarda pas à lui demander si elle pouvait distinguer ce qu’il y avait sur cette carte? — Oui, répondit-elle résolument, il y a de l'écriture ; réponse qui ne surprit pas encore. « Est-elle grande ou petite, cette écriture? — Assez grande, répliqua-t-elle, » Ici, comme vous le voyez, commencent les difficultés sérieuses ; aussi la somnambule se retranche dans les approximations. « Qu'est-ce qu’on a écrit? poursuit le magnétiseur, — Aitendez, je ne vois pas bien: Ab! il y a d’abord .… un M; oui, c’est un mot qui commence par un M. » Telles ont été les premières réponses de la somnambule.

M. Cornac, à l’insu du magnétiseur, qui seul pendant toute cette séance pose les questions à sa somnambule, M. Cornac fait alors passer à M. Dubois une carte entièrement blanche, Celui-ci substitue aussitôt, et toujours à l’insu de M: Berna, cette carte blanche à celle qui portait le mot Pantagruel. Là somnambule n’en persiste pas moins à dire qu’elle voit un mot qui commence par un M. M. Berna, qui ne se doute en aucune manière de notre manége, la presse toujours de ques tions; elle est invariable; elle ne peut, dit-elle, déchiffrer qu'une seule lettre, un M. Enfin, après quelques efforts, elle ajoute, mais sous la forme du doute, qu’elle voit deux lignes d'écriture.

MM. Oudet et Cornac se trouvaient alors placés derrière la somnambule ; elle donne à entendre qu’elle distingue l'un de

DÜ MAGNÉTISME ANIMAL. 499

ces messieurs, M. Cornac. On lui demande si ce monsieur est grand? — Pas trop grand, dit-elle, pas aussi grand que vous. C'était à M. Berna qu’elle répliquait, car elle ne s’entretenait qu'avec lui.

M. Cornac, avec le consentement du magnétiseur, présenté à son tour à l’occiput du sujet une carte sur laquelle il a écrit le mot aimé. Elle distingue, dit-elle, quelque chose d’écrit ; mais elle ne saurait dire ce que c’est, ce que cela signifie. M. Cornac tire une longue bourse de sa poche. — C’est quelque chose de rond, lui dit-elle, Ce commissaire, après avoir remis la bourse dans sa poche lui présente sa main seule ; elle dit qu’elle voit toujours quelqué chose de rond.

Après ces premiers travaux, la Somnambule se plaint d’être éblouie; elle est, dit-elle, gênée par des clartés. — Oui, répond son magnétiseur, « par des brouillards, attendez ; » ét au moyen de quelques passes transversales, il lui dit qu’il la débarrasse.

Le rapporteur chargé de prendre des notes écrivait en ce moment à deux pas de la somnambule, on entendait le bec de sa plume courir sur le papier. La somnambule se tourne de son côté, et lève la tête comme pour chercher à le voir sous le bord inférieur de son bandeau. Le magnétiseur lui demande bien vite si élle voit ce monsieur. — Oui, dit-elle, il tient quelque chose de blanc et de long (le rapporteur écrivait sur un bout de papier plus long qué large). ä

Le rapporteur se rapproche alors de la somnambule, se place derrière elle, et, cessant d'écrire, met sa plume à sa bouche. M: Berna interroge encore sa somnambule dans le même sens, c’est-à-dire sur des faits dont lui a connaissance aussi bien que nous : « Voyez-vous toujours, lui dit-il, le‘monsieur placé dérrière vous? — Oui, dit-elle. — Voyez-vous sa bouche? — Pas trop bien. — Pourquoi ? — Il à quelque chose de blanc et de long en travers. » Le magnétiseur jette sur nous un coup d’œil de satisfaction et recommande au rapporteur de bien noter ce fait. Ce fait, messieurs, nous n’avons eu garde de loublier; mais quelle est sa valeur, quelle est son importance sous le rapport de la doctrine du magnétisme animal? D’une part, la somnambule savait qu’elle venait de se tourner vers quelqu'un qui écrivait; le bruit très-distinct de la plume sur le papier aurait suffi pour

lui donner cette certitude, en admettant mème qu’elle n’eût pu voir le rapporteur au-dessous de son bandeau, tentative à laquelle elle venait de se livrer sans obstacle de notre part, parce que, nous l’avons déjà dit, nous voulions laisser le magnétiseur agir sans la moindre apparence de contrainte. Le rapporteur toujours écrivant se place derrière cette femme; alors seulement il cesse d'écrire et tient sa plume entre ses dents. Le magnétiseur ne prend pas pour sujet de ses questions un autre Commissaire, la somnambule venant derépondre, suivantlui, d’une manière assez satisfaisante. Il ne quitte donc pas l’écrivain de la commission, et adresse à sa somnambule, sans le vouloir assurément, une question. trop indicative, trop Spécialisée. Voyez-vous ce monsieur ? bien. — Mais pourquoi dire : Voyez-vous sa bouche ? Qw’est-ce qu’il y a donc à sa bouche? pouvait tout aussitôt se demander la somnambule. Il venait d'écrire, il vient se placer derrière moi en écrivant, il n’écrit plus; serait-ce sa plume qu’il a placée dans sa bouche ? C’est quelque chose de blanc et de long. te

Ces réflexions, messieurs, nous sont venues tout aussitôt à l'esprit, et ont enlevé à ce fait la valeur qu’il aurait pu avoir peut-être sans ces circonstances.

La commission aurait désiré que M. Berna, qui ne sentait pas bien certainement toute la portée de sa question, lui eût donné “un sens plus général. En effet, trois circonstances enlèvent à la réponse de la somnambule toute valeur, toute importance dans le sens magnétique : 4° c’était un fait connu de son magnétiseur, et son magnétiseur, dont nous ne voulons pas attaquer la bonne foi, mais dont par devoir il fallait nous défier, était en rapport immédiat avec elle, le contact physique était évident entre eux ; 2° M. Berna lui avait posé une question de telle sorte qu’il lui mettait le doigt sur la chose: 30 enfin la Somnambule avait fait une tentative pour distinguer le TAPporteur au-dessous de son bandeau.

Dans les faits qui vont vous être exposés, les choses ne se passent plus de la même manière , les interprétations

diverses ne seront plus possibles ; voyons quel en a été le résultat.

Sur une invitation nouvelle du magnétiseur, M. Dubois écrit

En gros caractères sur une carte de même dimension que la

première, un seul mot, MISÈRE, sans faire encore connaître au magnétiseur quel est ce mot. Le rapporteur le présente à déchiffrer à la somnambule, la carte est placée comme de coutume à l’occiput du sujet. L'invitation de M. Berna avait été faite à haute voix; la somnambule sans hésiter ne manque pas de dire qu’elle voit une carte, et que sur cette carte il y a de l’écriture. Sollicitée comme précédemment, elle paraît faire des efforts pour distinguer les caractères. Enfin, après de nombreuses hésitations, elle dit que le mot écrit sur cette carte commence par un T. Lerapporteur substitue une carte entièrement blanche à celle qu’il présentait à la somnambule ; celle-ci ne s'aperçoit en aucune manière de cette substitution, pas plus que son magnétiseur. Interrogée sur le nombre de lettres par elle distinguées, elle dit qu’elle en voit cinq ou quatre. Nous venons de le dire, la carte était toute blanche.

Maintenant, messieurs, nous allons arriver à des faits plus décisifs, plus curieux, et dans lesquels la lucidité de la somnambule devait apparaître dans toute son évidence. La iTANnSpOSi= tion du sens de la vue devait nous être prouvée d’une manière péremptoire, non plus à l’aide de ces questions vagues : Voyezvous ce monsieur ? est-il grand? est-il petit? Pas trop grand, pas trop petit? toutes choses bonnes, comme l’on dit, pour amuser le tapis, pour iutermède obligé. Nous allions passer à des faits qui devaient étonner le monde médical.

Nous vous avons déjà prévenus que M. Berna avait préparésur un des meubles de son salon un paquet de cartes à jouer. S’adres- Sant cette fois encore au rapporteur, il le prie à haute voix et sans quitter ses rapports intimes avec la somnambule, il le prie maintenant de prendre une carte à jouer et de la placer à l’occiput de la somnambule : « Est-ce une carte avec figure? lui demande le rapporteur. — Comme vous voudrez, » répond M. Berna.

Cette question toute naturelle, le rapporteur l'avait faite d’abord sans arrière-pensée, tout simplement; mais en se dirigeant vers la table sur laquelle était tout préparé d'avance le paquet de cartes à jouer, l’idée lui vint de ne prendre ni une carte avec figure ni une carte avec des points; mais bien, tout en feignant de prendre réellement une carte à jouer, de rapporter une carte entièrement blanche et de mêmes dimensions,

ce qui fut fait toujours à l'insu de M. Berna, Nous n’avons pas besoin d'ajouter et à l'insu de la somnambule, puisque celle-ci ne s’apercevait pas même des substitutions faites à un pouce de son occiput, là où pour elle le sens de la vue devait être trans posé. | |

Ainsi muni desa carte blanche, Le rapporteur vient la placer à l’occiput du sujet et se tient derrière elle; le magnétiseur assis en avant, magnétisait de toutes ses forces. La somnambule est interrogée ; elle hésite, elle fait des efforts, et dit qu’elle voit une carte. Mais le magnétiseur pas plus que nous ne voulait se contenter de si peu de chose; il lui demande ce qu’elle remarque sur cette carte; elle hésite encore, puis elle dit quil y a du rouge et du noir ! |

La commission impassible laisse M. Berna continuer ses manœuvres et ses sollicitations afin d'amener à bien ce qui paraissait encore très-confus devant le sens iransposé de la somnambule, ce qui ne consistait encore qu’en un peu derouge et un peu de noir.

Après quelques essais infructueux, le magnétiseur, peu satis-

fait sans doute des fonctions du sens visuel ainsi transposé, invite le rapporteur à faire passer sa carte en avant de la tête de la somnambule, tout près du bandeau qui lui couvre les yeux. C'était, dira-t-on, changer les termes de la question, et même de la doctrine magnétique ; C'était renoncer à la transposition du sens pour la clairvoyance à travers un bandeau. Peu importe, c'était déjà bien assez pour être constaté. Le rapporteur fit donc passer la carte comme le désirait le magnétiseur, mais il eut soin de la placer rapidement et de telle sorte que M. Berna pouvait et devait même supposer qu’il ne voyait que le revers naturellement blanc de ladite carte, tandis que la partie colorée était tournée vers le bandeau de la somnambule.

Une fois la carte dans cette nouvelle position, le magnétiseur continue ses manœuvres et sollicite sa somnambule ; celle-ci avoue qu’elle voit mieux la carte; puis elle ajoute en hésitant qu’elle voit comme une figure ! Nouvellesinstances deM. Berna, nouvelles sollicitations. La somnambule, de son côté, paraît faire bien des efforts; après quelquestentatives, elle déclarenettement qu'elle voit un valet !!! Mais ce n’était pas tout, restait

à dire quel valet; car il y a quatre valets. Procédant sans doute par voie d'élimination, elle répond à son magnétiseur que c’est dunoir qu’il y a à côté de son valet. Ce n'était pas tout encore ; il y a deux valets qui ont du noir à côté d'eux. Nouvelles instances de la part du magnétiseur, nouveaux efforts de la part de la somnambule, nouvelle et profonde attention de la part des commissaires. Enfin elle le tient, c’est le valet de trèfle!!!

M. Berna ayant ainsi terminé cette expérience, prend la carte des mains du rapporteur, et en présence de tous les commissaires, il voit, il s'assure qu’elle est entièrement blanche.

Pour dernière opération, laissant là et les cartes écrites et les cartes à jouer, M. Berna demande à M. Cornac un objet qu’il ait apporté avec lui, ajoutant qu’il se chargera de le présenter dans sa main fermée devant le bandeau de la somnambule. Cet objet, que nous ne voulons pas vous indiquer d'avance, est remis par M. Cornac au magnétiseur. Celui-ci, d'une main le présente tout près du bandeau de sa somnambule, de l’autre il cherche à agir magnétiquement sur elle, et alors recommencent les interpellations, les sollicitations, les instances, etc., ete. La somnambule, qui n’a pas perdu courage, paraît se livrer à de grandes recherches ; son magnétiseur lui demande si elle peut distinguer ce qu’il tient dans sa main ? Attendez, dit-elle; puis après des incertitudes feintes ou réelles, elle dit : Que c’est quelque chose de rond. Puis, toujours pressée de questions, elle ajoute que c'est couleur de chair, que c'est jaune, et enfin que c’est couleur d’or. Sur denouvelles et incessantes questions, elle ajoute que c’est épais, à peu près comme un oignon : que c’est jaune d’un côté, blanc de l’autre, et qu’enfin il y a du noir dessus.

Ici la somnambule se plaint; elle voudrait, dit-elle, que son magnétiseur finit et qu’il la réveillât; elle le demande avec instances. Pas encore, répond M. Berna, quand vous aurezrépondu à mes questions. Et alors ce magnétiseur agite les mains devant elle, disant qu’il chasse des obscurités, des brouillards. Pressée de nouveau d'indiquer le nom de l’objet qu’on lui présente, elle répète que c’est jaune et blanc. Vous dites que c’est blane ? répond M. Berna (Ici la commission fait incidemment

remarquer qué M. Berna à peut-être eu tort de rappeler seulement le mot blanc; il y avait en cela, comme vous le verrez tout à l'heure, quelque chose de trop indicatif encore, de trop spécial). Mais la somnambule dit positivement : Jaune d’un côté, blanc de l’autre, avec. du noir dessus.

Possédez - vous, lui dit le magnétiseur, un objet semblable ? — Non, dit-elle. — Et moi? — Ah! oui, vous avez cela. — Mais, reprit le magnétiseur, si vous aviez cela, qu’en feriezvous ? — Je le placerais à mon cou.

Sollicitée pour la dernière fois de mieux s'expliquer, de dire au moins l’usage de cet objet, si elle ne peut en retrouver le nom, la somnambule paraît rassembler toutes ses forces, puis elle fait entendre seulement le mot heure , puis enfin comme soudainement illuminée, elle s’écrie que c’est pour voir voir l'heure. M. Berna rend à M. Cornac ce mystérieux objet : c’était une médaille d'argent du poids et de la grandeur d’une pièce qui vaudrait trois francs; sur l’une des faces on remarquait un caducée, sur l’autre deux lettres majuscules.

Ainsi s’est terminée cette mémorable séance. Peu de jours après, M. Berna vint demander au rapporteur copie intégrale de tous les procès-verbaux ; le rapporteur lui répéta qu’il était prêt à lui en faire lecture, mais que, pour lui en délivrer copie, il ne le ferait que sur l’ordre de la commission; que du reste il consulterait chaque membre à cet égard. M. Berna vint plus

tard chercher la réponse, elle était négative. Le 5 mai, ce ma-

gnétiseur prit le parti d'écrire au président de la commission. Dans sa lettre , il se plaignait du refus qui lui avait été fait ; il serait forcé, disait-il, de discontinuer ses expériences si on n'accédait à sa demande. Cette lettre exigeait une réponse; dès lors la commission dut s’assembler. Convoquée par son secrétaire, elle se réunit le 43 mai chez M. Roux. Lecture fut faite de la lettre de M, Berna. M. Emery soutint d’abord que ce serait aller au delà de nos devoirs, compromettre à la fois et la:commission et l'académie, que de donner ainsi copie de pièces réservées pour la rédaction du rapport; d’autres membres parlèrent dans le même sens. Assez de concessions ont été faites, disait-on, depuis le commencement des expériences. Les procès-verbaux ont été lus à M. Berna Chaque fois qu’il en a ma-

nifesié le désir; il pouvait même assister à leur discussion,

proposer des modifications, des rectifications ; Mais Ce magnétiseur prétendait refondre entièrement nos procès - verbaux. Aujourd'hui il veut en posséder une Copie; ces conditions ne peuvent être acceptées. Pour terminer, M. Bouillaud fit la proposition Suivante : une lettre sera écrite par le secrétaire à M. Berna; dans cette lettre, on préviendra ce magnétiseur que, S'il n’a plus de faits à exposer à la commission, le rapport en ce qui le concerne va être rédigé et sera prochainement lu en séance académique. On exprimera à M. Berna les regrets de la Commission de ne pouvoir accéder à sa demande, c’est-à-dire de ne pouvoir lui donner Copie des procès-verbaux.

On lui rappellera en même temps que, par décision unanime des commissaires, un appel a été fait par la voie des journaux à Loutes les personnes qui s'occupent aujourd’hui de magnétisme animal, pour les inviter à rendre les commissaires témoins de leurs expériences.

Aucune objection nes’éleva contrela proposition de M. Bouillaud; elle exprimait l’opinion unanime des commissaires : elle fut donc adoptée, et le secrétaire la mit à exécution.

Le 26 mai, pour réponse ultime, M. Berna écrivit au TAPpOrteur qu’il n'avait plus rien à montrer aux commissaires. Tout rapport a dès lors cessé entre la commission et ce magnétiseur. Nous avons laissé néanmoins s’écouler un certain espace de temps; la commission tenait à établir dans tous les cas un fait historique important. Elle avait cru devoir, ainsi que nous vous l'avons dit, faire un appel à tous ceux qui s'occupent de magnétisme animal ; mais Ceux-ci, messieurs, ne nous ont donné aucun signe de vie. Vous verrez tout à l’heure quelles conclusions nous en avons tirées. Ce temps moral une fois écoulé, nous nous Sommes empressés de vous présenter ce rapport.

Vous venez d’en entendre la lecture; il nous reste une dernière tâche à remplir, celle de résumer les faits par nous observés, d’en tirer nos conclusions, et de soumettre celles-ci au creuset de votre discussion, afin qu’elles en sortent affaiblies ou Corroborées, et alors dignes de toute confiance.

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