RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
Première conclusion...
Il résulte d’abord de tous les faits et de tous les incidents dont nous ayons été témoins, que préalablement aucune preuve spéciale ne nous a été donnée sur l’existence d’un état particulier dit état de somnambulisme magnétique; que c’est uniquement par voie d’assertion, et non par voie de démonstration, que le magnétiseur à procédé sous ce rapport, en nous afürmant à chaque séance, et avant toute tentative d’expérimentalion, que ses sujets étaient en état de somnambulisme.
Le programme à nous délivré par le magnétiseur portait, il est vrai, qu'avant la somnambulisation on s’assurerait quelle sujet des expériences jouit de l'intégrité de sa sensibilité; qu’à cet effet on pourrait le piquer , et qu’il serait ensuite endormi en présence des commissaires. Mais il résulte des essais tentés par nous dans la séance du 3 mars, et avant toute pratique magnétique, que le sujet des expériences ne paraissait pas plus sentir les piqûres ayant le sommeil supposé que pendant ce sommeil, que sa contenance et ses réponses ont été à peu de chose près les mêmes avant et pendant l’opération dite magnétique. Etait-ce erreur de sa part? était - ce impassibilité naturelle ou acquise par l’usage ? était-ce pour jeter intempestivement de l'intérêt sur sa personne? c’est ce que vos commissaires ne peuvent décider. Il est vrai ensuite que chaque fois on nous à dit que les sujets étaient endormis; mais on nous l’a dit, et voilà tout.
Que si néanmoins les preuves de l’état de somnambulisme devaient résulter ultérieurement des expériences faites surles sujets présumés dans cet état, la valeur et la nullité de ces
preuves ressortiront des conclusions que nous allons tirer de ces mêmes expériences.
Deuxième conclusion.
D'après les termes du programme, la seconde expérience
devait consister dans la constatation de l’insensibilité des sujets. |
Mais, après avoir rappelé les restrictions imposées à vos commissaires; que la face était mise en dehors et soustraite à toute tentative de ce genre ; qu’il en était de même pour toutes les parties naturellement couvertes, de sorte qu’il ne restait plus que les mains et le cou; après avoir rappelé que sur ces parties il n’était pas permis d’exercer ni pincement ni tiraillement, ni Contact de corps soit en ignition soit d’une température un peu élevée; qu’il fallait se borner à enfoncer des pointes d’aiguilles à la profondeur d’une demi-ligne ; qu’enfin la face étant en grande partie couverte par un bandeau, nous ne pouvions juger de l’expression de la physionomie pendant qu’on cherchait à provoquer de la douleur: après avoir rappelé toutes ces restrictions, nous sommes fondés à déduire de ces faits, 1° qu’on ne pouvait provoquer que des sensations douloureuses {rès-modérées , très-limitées ; 2 qu’on ne pouvait les faire naître que sur des parties peu étendues et habituées peutêtre à ce genre d’impressions ; 3° que ce genre d’impressions était toujours le même , qu’il résultait d’une sorte de tatouage; 4° que la figure, et surtout les yeux où se peignent plus particulièrement les expressions douloureuses, étaient cachés aux commissaires ; 5° qu’en raison de ces circonstances une impassibilité, même absolue, complète, n'aurait pu pour nous être une preuve concluante de l'abolition de la sensibilité chez le sujet en question.
Troisième conclusion.
Le magnétiseur devait prouver aux commissaires que, par la seule intervention de sa volonté, il avait le pouvoir de rendre, soit localement soit généralement, la sensibilité à sa somnambule, ce qu’il appelait restitution de la sensibilité.
Mais, comme il lui avait été impossible de nous prouver expérimentalement qu’il avait enlevé, qu’il avait aboli la sensibilité chez cette jeune fille, cette expérience étant corrélative de l’autre, il lui à été par cela même impossible de prouver la restitution de cette sensibilité; et d’ailleurs, il résulte des faits
par nous observés, que toutes les tentatives faites dans ce sens ont complétement échoué. La somnambule accusait toute autre chose que ce qu’il nous à annoncé. Vous vous rappeler, messieurs, que nous en étions réduits pour la vérification aux assertions de cette somnambule. Certes, lorsqu'elle affirmaitaux commissaires qu’elle ne pouvait remuer la jambe gauche, par exemple, ce n’était pas une preuve pour eux qu’elle füt magnétiquement paralysée de ce membre ; mais alors encore son dire n’était pas d'accord avec les prétentions de son magnétiseur, de sorte que de tout cela résultaient des assertions sans preuves, en opposition avec d’autres assertions également sans preuves.
Quatrième conclusion.
Ce que nous venons de dire pour l’abolition et la restitution de la sensibilité peut s'appliquer de tous points à la prétendue abolition et à la prétendue restitution du mouvement; la plus légère preuve n’a pu être administrée à vos commissaires.
Cinquième conclusion.
L'un des paragraphes du programme avait pour titre : Obéissance à l'ordre mental de cesser, au milieu d’une conversation, de répondre verbalement et par signes à une personne désignée.
Le magnétiseur a cherché, dans la séance du 43 mars , à prouver à la commission que la puissance de sa volonté allait jusqu’à produire cet effet ; mais il résulte des faits qui ont eu lieu pendant cette même séance, que, loin d’amener ces résultats, Sa somnambule paraissait ne plus entendre lorsqu'il ne voulait pas encore l'empêcher d'entendre, et qu’elle paraissait entendre de nouveau lorsque positivement il ne voulait plus qu'elle entendit ; de sorte que, d'après les assertions de cette somnambule , la faculté d'entendre ou de ne plus entendre aurait été en elle complétement en révolte contre la volonté du magnétiseur.
Mais, d’après les faits bien appréciés, les commissaires ne
DU MAGNÉTISME ANIMAL,. 509 tirent pas plus la conclusion d’une révolte que d’une soumis- Sion; ils Ont vu une indépendance complète, et voilà tout.
Sixième conclusion.
Transposition du sens de la vue.
Cédant aux sollicitations des commissaires, le magnétiseur, ainsi que vous l’avez vu, avait fini par laisser là ses abolitions et ses restitutions de la sensibilité et du mouvement pour passer aux faits majeurs, c’est-à-dire aux faits de vision sans le secours des yeux. Tous les incidents relatifs à ces faits vous ont été exposés ; ils ont eu lieu dans la séance du 3 avril 4837.
Par la puissance de ses manœuvres magnétiques, M. Berna devait montrer aux commissaires une femme déchiffrant des mots, distinguant des cartes à jouer, suivant les aiguilles d’une montre, non pas avec les yeux, mais par l’occiput; ce qui impliquait ou la transposition ou la non-nécessité, la superfluité de l’organe de la vue dans l’état magnétique.
Les expériences ont été faites ; vous savez comment elles ont complétement échoué.
Tout ce que la somnambule savait, tout ce qu’elle pouvait inférer de ce qui venait de se dire près d'elle, tout ce qu’elle pouvait naturellement supposer , elle l’a dit les yeux bandés; d’où nous concluerons d’abord qu’elle ne manquait pas d’une certaine adresse. Ainsi,le magnétiseur invitait-il l’un des commissaires à écrire un mot sur une Carte et à le présenter à l’occiput de cette femme , elle disait qu’elle voyait une carte, et même de lécriture sur cette carte. Lui demandait-on le nombre des personnes présentes, comme elle les avait vues entrer, elle disait approximativement le nombre de ces personnes. Lui demandait-on si elle voyait tel commissaire placé près d'elle et occupé à écrire avec une plume dont le bec criait ; elle levait la tête, cherchait à le voir sous son bandeau , et disait que ce monsieur tenait quelque chose de blanc à la main. Lui demandait-on si elle voyait la bouche de ce même monsieur qui, cessant d'écrire, venait de se placer derrière elle; elle disait qu’il avait quelque chose de blanc à sa bouche : d’où nous tirons cette conclusion, que ladite somnambule, plus
exercée, plus adroïte que la première, savait faire des Un tions plus vraisemblables. |
Mais, pour ce qui est des faits réellement propres à constater la vision par l’occiput, des.faits décisifs, absolus, péremptoires, non-seulement ils ont manqué, et complétement manqué, mais ceux que nous avons vus sont de nature à faire naître d’étranges soupçons sur la moralité de cetie femme, comme nous le ferons remarquer tout à l'heure.
Septième conclusion.
Clairvoyance.
Désespérant de prouver aux commissaires la transposition du sens de la vue, la nullité, la Supérfluité des yeux dans l’état magnétique, le magnétiseur voulut du moins se réfugier dans le fait de la clairvoyance où de la vision à travers des corps opaques.
Vous connaissez lés éxpériences faites à ce sujet; les faits emportent ici avéc eux leur conclusion Capitale, savoir qu’un homme placé devant une femme dans une certaine posture n’a pas pu lui donner la faculté de distinguer à travers un bandeau les objets qu’on lui présentait.
Mais ici une réflexion plus grave à préoccupé vos commissaires. Admeéttons, pour un moment, cette hypothèse d’ailleurs fort commode pour les TRE qu’en bien des Circonstances les meilleurs somnambules perdent toute lucidité, et que, comme le commun des mortels , ils ne peuvent plus voir par l’occiput, par l'estomac, pas même à travers un bandeau ; admettons tout cela, si l’on veut : mais que conclure à V ésafa de cette femme, 4 ses descriptions minutieuses d’objets autres que ceux qu’on lui présentait? que conclure d’une Somnambule qui décrit un valet de trèfle sur une carte blanche? qui, dans un jeton d'académie, voit une montre d’or, à cadran blanc et à lettres noires , et qui , si l’on eût insisté, aurait peut-être fini par nous Re l'heure que marquait cette montre ?..
Que si maintenant, messieurs, vous nous demandez quelle
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conclusion dernière et générale nous devons inférer de l’ensemble de toutes les expériences faites sous nos yeux, nous vous dirons que M, Berna s’est fait, sans aucun doute, illusion à lui-même, lorsque, le 42 février de cette année, il à écrit à l'académie royale de médecine, qu’il se faisait fort de nous donner l’expérience personnelle qui nous manquait (té sont ses expressions); lorsqu'il s’offrait à faire voir à vos délégués des faits concluants ; lorsqu’il affirmait que ces faits seraient de nature à éclairer la physiologie et la thérapeutique. Ces faits vous sont Lous connus ; Vous savez Comme nous qu’ils ne sont rien moins que concluants en faveur de la doctrine du magnétisme animal, et qu’ils ne peuvent avoir rien de commun, soit avec la physiologie, soit avec la thérapeutique.
Aurions-nous trouvé autre chose dans des faits plus nombreux, plus variés et fournis par d’autres magnétiseurs ? C’est ce que nous ne chercherons pas à décider; mais, ce qu’il y a de bien avéré, c’est que, s’il existe encore en effet aujourd’hui d'autres magnétiseurs, ils n’ont pas osé se produire au grand jour, ils n’ont pas osé accepter la sanction ou la réprobation académique (1).
Signé : MM. Roux, président ; BouzLauD, H. CLoquer, EuErY , PELLETIER, CAVENTOU, CORNAG, OupEr, Dusois (d'Amiens), rapporteur.
Paris, le 17 juillet 1837.
La lecture de ce rapport fut entendue dans les séances du 42 et du 47 août 1837.
Aucune réclamation sérieuse ne s'étant élevée, plusieurs membres demandèrent que le président mît au voix le rapport et les conciusions ; le rapporteur était prêt du reste à Soutenir la discussion sur le travail de la commission. L'heure permettait d'ouvrir cette discussion ; mais M. Husson, seul opposant
(1) Nous devons dire cependant que l’un d’eux a osé, sinon se produire personnellernent, du moius envoyer à Ja commission un mémoire extrêmement eurieux; nous le donnerons dans son entier après avoir fait connaître les objections de M, Husson,
avoué et sérieux, n’était pas prêt. Bien que la dernière partie du rapport n’eût été lue qu'après un intervalle de huit jours , il n'avait pas encore eu le temps de rédiger son opinion. En conséquence, M. Husson proposa que la discussion fût renvoyée à la séance suivante. Aucune opposition n’étant faite par le rapporteur, l’académie adopta la proposition, et la discussion ne dut s’ouvrir que dans la séance du 22 août 1837.