‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 11 sur 123 · X VIE INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X VIE INTRODUCTION

procédure bien autrement expéditive : dans le but de perdre Grandier, les capucins de Loudun avaient écrit au père Joseph , l’'éminence grise, comme on disait, et qui avait tant d'influence sur Richelieu. Celui-ci persuada au cardinal que Grandier était l’auteur d’un libelle écrit contre lui, intitulé {a Cordonnière de Loudun ; parce qu’on suppose dans ce libelle qué c’est la femme d’un cordonnier qui parle. Ménage est convaincu que c'était une atroce calomnie ; il tenait d’un M. Bouillaud, natif de Loudun, etqui avait connu Grandier tout particulièrement, que ce libelle n’était pas de lui (Ménage, sur la Vie de Guill. Menag, 343).

Le cardinal, comme de coutume, avait confié le soin de sa vengeance à Laubardemont ; celui-ci, arrivé à Loudun, commenca par faire arrêter Grandier, puis il fit recommencer les exorcismes. Alors, outre la supérieure et la sœur Claire, six autres relivieuses furent possédées et trois autres maléficiées,

De nouveau il fallut les soumettre aux épreuves du rituel; l’un des diables de la supérieure avait promis de l'enlever de deux pieds de haut; lexorciste Lactance le somma d'accomplir sa promesse; il s’ensuivit ün essais mais un des spectateurs s'étant permis de lever de bas de la robe de la religieuse , tout le monde put remarquer qu'elle touchait la terre du bout de ses pieds.

Üne autre scène avait été préparée, maisun homme à la fois éclairé etcourageux, le médecin Duncan, allait en démontrer l’imposture. L’exorciste Lactance avait affirmé que des Sept démons qui possédaient la supérieure; trois sortiraient de son corps le vingt du mois de mai, savoir Asmodée , Grésil des trônes, et Aman ‘des puis sances. Comme marques de leur sortie, âls feraient à la religieuse trois plaies au côté gauche ; et énfin äl avait été convenu, pour éviter toute supercherie, que la religieuse aurait les mains liées derriére le dos.

Au jour fixé, les médecins présents commencérentpar

INTRODUCTION. XIX visiter la religieuse. Leur rapport fut, qu'ils n'avaient trouvé aucune plaie, et aucune solution de continuité dans les vêtements, ni aucun instrument tranchant dans les plis de la robe. Alors commencèrent les abjurations; mais Duncan rappela ce qui avait été dit, savoir, que la religieuse aurait les mains liées. L’exorciste reconnut que, pour Ôter tout soupçon de dol et de fraude, il faudrait la lier ; mais il ajouta, que comme il y avait beaucoup de personnes qui n'avaient Jamais vu de convulsions de possédées, il était juste de les satisfaire.

Il recommence donc ses abjurations ; aussitôt la relisieuse se roule par terre , agitée de mouvements violents, et pendant qu'elle avait ft visage contre terre, on l’entendit gémir. Les médecins quiayvaient entendu ses gémissements examinérent ses vêtementset son corps; ils trouvèrent sa robe percée en deux endroits, son COTps de Jupe et sa chemise en trois ; ils trouvérent aussi la peau percée en trois endroits au-dessous de la mamelle gauche. Les plaies étaient si légères, qu’elles n’allaient pas au delà de la peau. Cependant il était sorti du sang de toutes les trois, et la chemise en avait été teinte.

Laubardemont défendit aux médecins de joindre à leur attestation le jugement qu'ils portaientsur les causes eficientes et matérielles de ces trois plaies.

Mais Duncan, en dépit des ordres de Laubardemont, publia un écrit contenant ses observations sur ce prétendu miracle; il rappela d’abord dans cet écrit que les mains de la religieuse avaient été laissées libres, qu’elle les avait cachées aux assistants, queles plaies avaient dü être faites ou avec un petit canif ou avec une lancette ; que les incisions étaient plus grandes aux habits que dans la peau, ce qui prouvait qu'elles avaient été faites de dehors en dedans et non de dedans en dehors ; que la religieuse avait pu jeter dans la foule du peuple, sans qu’on s’en apercüt, l'instrument dont elle s’était servie ;

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