‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 115 sur 123 · MONSIEUR LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

» Comme je me suis occupé sérieusement du magnétisme animal depuis un an, et que j'ai développé presque tous les phénomènes dont parlent les auteurs sur plus de quinze somnambules, je viens vous prier d’avoir la bonté de me faire admettre au concours pour le prix de M. Burdin, qui à fait . déposer 3000 fr. qui seront donnés à celui qui fera lire sans le secours des yeux, de la lumière et du toucher, c’est-à-dire dans un livre inconnu et ouvert au hasard.

» Je demande le temps nécessaire pour exercer convenablement ma somnambule, afin de satisfaire autant que possible les juges, et j'aurai l'honneur de vous prévenir de mon arrivée à Paris huit jours d'avance, ou quinze si cela convient mieux à ces messieurs.

» Recevez, etc.

» Signé HUBLIER.»

Provins, le 51 octobre 1837.

En réponse à cette lettre, M. le secrétaire perpétuel transmit à M. Hublier la proposition faite par M. Burdin et l'arrêté du conseil, pièces qui répondaient à toutes les questions ; même à celle du temps, puisque le prix ne devait être retiré qu'après deux années révolues.

M. Hublier dut se mettre à exercer sa somnambule; il paraît qu'il n’eut pas lieu d’en être très-satisfait, car ce n’est qu’en août 1839 qu’il se décida, non pas à présenter sa somnambule aux Commissaires, mais à envoyer un long récit d'expériences somnambuliques.

Pour donner toute facilité aux magnétiseurs d’exercer leurs somnambules, un an de plus avait été accordé aux concurrents par le fondateur du prix; de sorte que M. Hublier était encore en mesure de concourir jusqu’à la fin de 1840.

En effet, dans la séance du 30 juillet 1839 une nouvelle modification avait été apportée au programme, et toujours pour donner plus de facilités aux concurrents :non-seulement onleur accordait une année de plus, mais on rendait les difficultés

moins nombreuses, On va en juger d’après la citation suivante empruntée au bulletin de l'académie (t. ur, p. 4193).

« M. Burdin propose une modification à son programme sur le magnétisme : Messieurs, dit-il, je m'empresse de prévenir l'académie qu’il n’e$t nullement dans mon intention de renouveler prématurément et incidemment aucune espèce de discussion dans cette enceinte sur la litigieuse question du magnétisme animal; mais le terme fixé par mon programme approche, c’est en octobre 4839 que se ferme l’espèce de concours que j'ai ouvert pour les partisans du magnétisme animal.

» Dans l’imminence d’un terme aussi prochain, je me suis demandé ce qui jusqu’à présent a éloigné de l'académie des sujets partout ailleurs si clairvoyants, des adeptes partout ailleurs si lucides; est-ce la rigidité, la sévérité de vos commissaires? mais par un acte de sage prévoyance, vous avez eu soin de faire entrer dans cette commission et des partisans et des adversaires avoués du magnétisme animal; vous ÿ avez fait entrer aussi d’'honorables confrères qui n’avaient pris encore aucun parti dans cette discussion, et tout disposés à faire pencher la majorité du côté de la vérité.

» J’aidû aussi me demander si les termes mêmes de mon programme n'étaient pas de nature à effaroucher en quelque sorte les magnétiseurs; déjà une première fois mu par cette idée conciliatrice, j'avais accordé une modification réclamée par un magnétiseur ; toutefois, comme cette modification n’a pas suffi, je viens aujourd'hui en apporter une dernière aussi large que possible.

» J'avais concédé que les objets présentés aux somnambules seraient éclairés; j'avais concédé aussi que l’exercice du toucher pourrait avoir lieu dans certaines limites; seulementj'avais tenu à quelques restrictions sur les moyens de metire obstacle à la vision, telle que nous l’entendons dans notre simple et positive physiologie ; mais aujourd’hui que de nouvelles récriminations s'élèvent, qu’on crie par-dessus les toits, Comme une vérité de la force de celle qui sortait de la bouche de Galilée mis au cachot; aujourd’hui qu’on crie à nos académies dites inquisitoriales, non pas qu’on a senti la terre tourner, maïs qu'on a vu lire à travers un bandeau, j'élargis de nouveau les termes de mon programme et je dis : Amenez-nous une personne magnétisée ou non magnétisée, endormie ou éveillée ; que cette per-

sonne lise, les yeux ouverts et au grand jour, à travers un corps opaguetel qu'un tissu de coton, de filou de soie, placé à six pouces de la fiqure, qu'elle lise même à travers une simple feuille de papier, et cette personne aura les trois mille francs. »

Le problème, comme on le voit, était réduit à sa plus simple expression ; aussi M. Hublier redoubla-t-il d'efforts et de soins dans l’éducation de son excellente somnambule.

Le 33 juillet 1840, M. Hublier envoie de nouveau le récit trèsdétaillé de plusieurs expériences, maïs il croyait devoir ajouter les réflexions suivantes : « Permettez, M. le président, que je vous observe que toutes ces expériences, quoique bonnes autant que possible, ne me suffisent pas encore pour oser me présenter devant la commission du prix de M. Burdin, parce que j'en veux avant un plus grand nombre, et que les livres me soient apportés par des mains étrangères, et qu’on puisse y lire à l’instant même, sans les toucher ni les voir, et à une distance de quelques pas de la dormeuse. Comme vous le voyez, mes dignes maîtres, je suis bien plus difficile que tous ces messieurs, qui n’ont rien vu de semblable à ce que j'ai l'honneur (par votre entremise, si vous voulez bien le permettre) de transmettre à leur profond savoir et à leur vieille expérience, en attendant qu’il me soit possible de faire mieux.

» Recevez, etc.

» Signé HUBLIER. »

Le 6 août 1840, M. Hublier envoie encore un autre récit non moins détaillé d'expériences faites sur sa somnambule; il demande en même temps un nouveau délai : « Vous n’ignorez pas, dit-il dans sa lettre d'envoi, que pour arriver devant la commission avec la certitude de réussir, il faut du travail, de l’attention et de la réflexion. »

Le 28 septembre 1840, nouvelle missive de M. Hublier; il demande un nouveau délai, un délai d’une année ; Car sa somnambule n’est pas encore suffisamment préparée. « Je n'ai pu me présenter plus tôt, dit-il, pour cause de maladie de mon excellente somnambule, qui a du reste une santé très-délicate.

» Je vous observe, monsieur, que je ne demande rien pour moi; mais si mon excellente somnambule parvient à satisfaire complétement les honorables commissaires, il est juste qu’elle

soit dédommagée de toutes les fatigues qu’elle est obligé d'endurer pour arriver au degré de perfection exigé par le programme, puisqu'elle s’en occupe depuis plus de trois ans. » Recevez, etc.

» Signé HUBLIER. »

Cependant le terme de rigueur approchait ; un magnétiseur déjà cité par nous, M. Frappart, écrivait à M. Hublier : Vous n'avez plus que dix jours pour gagner le prix académique ; s’il vous tente encore, venez. Le lendemain M. Hublier envoie sa somnambule... à M. Frappart!

Du reste, il faut convenir que M. Frappart s’est parfaitement acquitté de ses devoirs d’examinateur; nous allons le laisser parler, certes on ne le récusera pas! Ce sera le meilleur moyen de faire connaître quelle à été la fin de cette excellente somnambule, de cette somnambule annoncée depuis si longtemps à la commission, et si laborieusement préparée par M. Hublier, à

seule fin, comme il le disait fort bien, de la faire arriver à per-

fection.

Cette histoire est insérée dansla Gazette des hôpitaux du 31 octobre 1840; M. Frappart l’a publiée sous le titred’Extrait d’une correspondance inédite. Nous allons en reproduire les passages principaux sans réflexions aucunes.

(Et d’abord, dit M. Frappart, je vous apprends que M!Emélie (c’est le nom de la lectrice) s’endort au moyen d’un anneau qui a été magnétisé dans le temps par son docteur; ainsi je n’ai point à la somnambuliser, je ne dois que la regarder dormir. Le jour de son arrivée, 23 septembre, je lui propose une partie de sommeil; elle accepte : donc la voilà s'étendant sur mon canapé, s’y tiraillant, s’y détirant, puis s’endormant, puis me parlant. Je vous fais grâce des superfluités de notre première conversation; elle n’est pas criminelle, je vous jure! quoiqu'elle soit longue et fort courtoise de mon côté, car il est indispensable d’amadouer un peu notre pauvrette, afin de lui fournir l’occasion ou de développer sa clairvoyance si elle en a, ou de s’embourber jusqu’au menton si elle n’en a pas. En définitive, la seule chose À noter dans cette séance, c’est que mon interlocutrice m’exhorte à ne jamais la faire dormir le soir.…, le soir ! retenez bien cela ; plus tard vous verrez pourquoi.

ET

» Le 24, M”° Eméiie s’endort vers neuf heures : je place un livre ouvert sous son traversin, et je n'’installe à deux pieds d'elle. Après une demi-heure d’attente » « Le livre est trop près de moi, » me dit-elle, — Qu’à cela ne tienne! et je le pose sur une chaise, à quatre pas derrière sa tête. Au bout de deux grandes heures, pendant lesquelles la somnambule fait preuve d'une patience angélique, elle s’écrie : « Ah! je Suis encore bien fatiguée de mon voyage. » Comme cela peut être, j’admets volontiers que cela est.

» Le lendemain 25, même surveillance et même douceur de mon côté, même patience et même insuccès du sien. On se plaint de maux de tête, de pesanteur d'estomac » du retard de la lucidité. Le soupçon commence à s’introduire dans mon âme : je tâche de le dissimuler. Pour cela, je mets de la gaité dans ma voix, de l'espérance dans mes paroles ; je parle du prix Burdin, de la gloire qui attend le vainqueur; je passe à la phrénologie, je palpe le crâne, j'arrive à proposer le moulage ; on ÿ Consent pendant le sommeil, et au réveil on est tout aussi iraitable; partant, je tonds ma Sibylle, je la moule, et à deux heures de là j'ai son plâtre.

» Le 26, Me Emélie est encore un peu indisposée ; le premier jour elle l'était du voyage; hier, du Changement de nourriture ; aujourd’hui, elle l’est du moulage. Ce sont là, j'espère, des raisons péremptoires et contre lesquelles je n’ai garde de m'élever. |

» Le 27, je place un livre comme à l’ordinaire : après deux heures d’éfude, on lit le mot phrénologie; c’est l'ouvrage du docteur Amédée Latour sur la phthisie. Voilà qui est bien trouvé!

» Le 28, on lit : OEuvres de Cicéron : c’est l'Histoire d’Angleterre. Le début n’est pas heureux! cependant, est-ce à dire pour cela que j'ai nécessairement affaire à une jongleuse?

» Toujours est-il qu'après le double échec dont j'ai parlé plus haut, la somnambule m’assure de nouveau qu’elle est malade, qu'elle craint d’avoir entreprisun voyage inutile, que d’ailleurs il y à trop de livres dans mon cabinet, qu’elle s’embrouille, qu'elle lit l'un pour l'autre. Oh! c’est vrai, lui répliquai-je; je comprends cela, c'est tout simple !!! Votre lucidité se porte sur ma bibliothèque où se trouvent, en effet, les deux ouvrages dont vous avez lu les titres ; il faudrait, ce me semble, que vous

fussiez seule dans une pièce et avec un seul livre pour l’étudier pendant votre sommeil ; ça n’en irait que plus vite. — Certainement. — Alors, pas plus tard que demain, vous dormirez dans mon salon, et je suis sûr que vous y deviendrez d’une lucidité remarquable. —- Le piége est un peu grossier, j'en Conviens, et la plus sotte souris ne s’y laisserait pas prendre; mais je crois que le confrère de Provins m’a donné pour un si bon homme, que mon extrême ingénuité n’inspire aucune méfiance.

» Le 29, je tends ma souricière : Me Emélie dormira là, me dis-je ; ici sera le livre, les portes seront fermées, et par ce petit trou j'aurai l’œil braqué sur le livre. Je fais venir la somnambule; elle se couche.— Dormez-vous?—Oui.—Iln'y a qu'un livre dans cette chambre, je vais le placer sur une chaise qui se trouve à quatre pas derrière vous; je vous demande la permission de me retirer pour déjeuner. Au reste, quand vous voudrez que je vienne, voici un cordon, vous sonnerez, — Bien. — Je dispose le livre de manière que notre dormeuse ne puisse en distinguer une lettre sans y toucher; je me retire, je déjeune en cinq minutes et me rends à mon poste d'observation. Pendant plus d'une demi-heure je ne vois rien paraître; l'ouvrage est toujours à la même place; enfin, j'entends un coup de sonnette ; j'entre. —— Avez-vous étudié ? — Oui. — Pouvez-vous lire quelque chose ? — Oui. — Voyons. — C’est un livre relié, un in-8° ; la couverture est verte ; sur le dos du livre est un mot dans lequel il y a deuxss, un Oo, un U, un E; il commence par un &, il Continue par 0... u, puis viennent les deux ss, ensuite E, A, u, Ça fait Rousseau. Ah! c’est Rousseau, Rousseau ! J’en ai entendu parler par M. Hublier. — Voyez-vous encore autre chose que le mot Rousseau? — Je distingue un 1, puis... attendez..., puis un 2, oui C’est un 2; Ça fait douze. Plus bas il y a encore quelque chose d’écrit ; c’est un mot de trois syllabes, la dernière est muetté..., ettinit par un s; ce mot Contient un É fermé.…., un À, un 1, un M qui est la première lettre, ça fait mélan… langes, mélanges. — Vous êtes bien lucide, lui dis-je, en tâchant d'enlever à ma voix son accent d’ironique incrédulité. Il ya des jours pour cela. Ouvrez, je vous prie, monsieur, le livre au hasard. — Je ne vois pas trop où elle veut en venir, car quoique je ne l’aie pas vue toucher au livre, je reste à peu près certain que, pour l’examiner, elle à profité des cinq minutes

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