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montrent dans des attitudes peu conformes aux régles de l'honnêteté, ayant par exemple les jambes nues, les pieds en haut et la tête en bas, c’est qu'ici comme partout il y a mélange de ténèbres et de lumière (Lettres sur les convul.,p. 13 et 14).
Mais Hecquet, en sa qualité de médecin , n’admet pas une explication , une interprétation aussi charitable et aussi mystique ; il blâme tout d’abord des actes qui lui paraissent pleins d’immoralité, puis il en donne les causes. Il ne faut pas, dit-il , traiter en théologien ou en casuiste des faits qui sont précisément de la compétence des médecins, et surtout quand l’épidémie a lieu dans une ville aussi éclairée que Paris (Vatur des convul., p- 10). Ces convulsions se propagent tout particuliérement chez des jeunes filles ou chez des jeunes gens dont l'imagination a été excitée par le fait des postures indécentes de ces créatures. Ajoutez, poursuit Hecquet, que ces spectacles se donnent pendant les nuits, trop souvent réservées aux œuvres de ténèbres (op. cit., 16). Ne faudrait-1l pas en conclure quetout cela tient de lanature des affections qu'on a nommées wtérines et érotiques ? Car rien ne se trouve plus communément dans les passions hystériques, que ce qu'on nomme en médecine pehavxohuxv +1; passions dans lesquelles il y a des délires tels, que les femmes hystériques disent des choses qui les feraient rougir hors le temps de leurs accès (loc. cit.).
Ainsi, pour ce qui est des convulsions, on voit quels en étaient les caractères ; les croyants y Nora ient le doigt de Dieu , les médecins y voyaient tout simplement ds symptômes d'hysténie, et trop souvent de l’hystérie dite par Sauvage libidinosa.
Nous ne parlerons pas des lectures faites par les convulsionnaires ayant les yeux fermés, ou à travers un bandeau, bien que ceci ait été signalé par l’auteur de la lettre sur les convulsions, page 7. Nous passons à des faits plus extraordinaires encore, c'est-à-dire
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aux prétendus exemples d’insensibilité et même d'invulnérabilité ; ce qui va nous amener à parler de l’administration des grands secours.
Mais d’abord il faut bien se garder d’accepter sans examen tout ce qui a été dit sur ce sujet; 1l faut faire la part de l’exagération, de l’imposture et surtout de la prévention ; ainsi il ne faudrait pas se. baser sur ce qui a été rapporté par Carré de Montgeron ; il faut le considérer, nous l'avons déjà dit, comme un véritable halluciné, et jugé comme tel par ses contemporains ; une seule de ses histoires donnera la mesure de ses idées. Une jeune fille de 22 à 23 ans, debout etule dos appuyé contre une muraille, se faisait administrer, comme secours, cent coups d’un chenet pesant trente livres ; elle ne pouvait être soulagée que par des coups violents. Carré de Montgeron s'était chargé de les lui administrer ; il en avait déjà donné soixante, mais la sœur les trouvait #nsu/fisants, et un homme plus vigoureux se mit à lui administrer les coups dont elle avait encore besoin. Cependant Carré de Montgeron, pour s'assurer de la force de ses coups, se mit à battre un mur en pierres avec son chenet; au vingt-cinquième coup les pierres se brisent en éclats, et il fait au mur un trou de plus d’un demi-pied de large!!
C'était l'opération du chenet; mais il y en avait bien d’autres ; nous citerons encore celle du sucre d'orge et du biscuit. Le sucre d'orge était un bâton plus gros que Île bras, aigu et pointu par un bout. La convulsionnaire se mettait en arc au milieu de la chambre, soutenue par les reins sur la pointe du sucre d'orge, et dans cette position elle criait : Biscuit! biscuit! C'était une pierre du poids de cinquante livres ; elle était attachée à une corde etélevée jusqu’à une poulie; onla laissait tomber sur l’estomac de la sœur, ses reins portant toujours sur le sucre d'orge !! »
Voilà de ces folies rapportées par les auteurs: folies
INTRODUCTION. XXXHI qui se sont toutes passées au milieu d'énerguménes des deux sexes, dont les uns y étaient poussés par le libertinage, d’autres par un fougueux mysticisme. Mais ici Hecquet pense qu'il y avait de l’imposture; qu'aucun témoin calme, sévère et de sang-froid, n’aurait été admis à vérifier certains faits, tels par exemple que le poids du biscuit, la forme du sucre d’orge, ete. Les croyants comme Carré de Montgeron n’ont pas hésité à en inférer qu'il y avait invulnérabilité ; mais d’autres scènes véritablement épouvantables prouvent le contraire : nonseulement des filles convulsionnaires se faisaient stygmatiser, mais 1l en est qui ont été jusqu’à se faire crucifier, jusqu’à se faire enfoncer des clous à travers les mains et les pieds. Etaient-elles invulnérables celles-ci ? Non assurément; pour elles comme pour d’autres les clous étaient des instruments piquants, de même que les chenets, les pierres, les sucres d'orge et les biscuits auraient été des instruments contondants et meurtrissants. S'il y a de l’étonnement, de l’admiration à réserver, ce n'est donc pas pour une prétendue invulnérabilité, mais bien pour le fanatisme qui portait ces créatures à endurer ces traitements, ces tortures. C’étaitsous cet aspect que Diderot avait vu ces faits; aussi voyez comme il s'exprime. « Et de nos jours, dit-il, n’avonsnous pas vu, dans des assemblées de convulsionnaires, une de ces femmes qui figurait en bourrelet l’enfance de l’église, les pieds et les mains cloués sur une croix, le côté percé d’une lance, garder le ton de son rôle au milieu des convulsions de la douleur, sous la sueur froide qui découlait de son visage, les yeux obscurcis du voile de la mort, et s’adressant au directeur de ce troupeau de fanatiques, lui dire, non d’une voix souffrante : Mon pere, je veux dormir ; mais d’une voix enfantine : Papa, je veux faire dodo? Pour un seul homme, il y a cent femmes capables de cette force et de cette présence d'esprit, »
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C’est. cette même femme, ou une de ses compagnes, qui disait au jeune Dudoyer qu’elle regardait tendre ment, tandis .qu’avec une tenaille 4 arrachait les clous qui lui traversaient les deux pieds : « Le Dieu de qui nous tenons le don des prodiges ne nous a pas, toujours accordé celui de la sainteté. » (Correspond. de. Grimm et Diderot, n, 252.) pie
Mais les secours administrés aux filles. convulsion naires n'étaient pas toujours aussi atroces,; il en était auxquels on pouvait plutôt reprocher de limmoralrté ;; aussi le fervent auteur de la lettre sur les convulsions con: vient, qu'en apparence du moins ils étaient blämables. « D'abord, dit-il, parce que ces secours ne pouvaient leur être administrés que par des hommes ; et c'était, ajoute-t-il, presque toujours aux dépens de la ,bienséance (loc. cit., 13). Les uns en effet consistaient à les, éléver les pieds en haut, à es balancer, à leur marcher sur le ventre et sur la gorge, à.les écarteler,' les tirailler, etc. Toutefois ce n’étaient encore là que ténébres mélées à de vives lumiéres ; œuvre que ne pouvaient juger les profanes. NH
Hecquét récuse encore ici Le jugement et même la com pétence des théologiens, et il-va faire: rentrer.ces faits dans Le domaine de la médecine. Et d’abord, reprend:il, tous ces impertinents secours conviennent-ils à.des per: sonnes qui font profession de sagesse? Quand ce sont des hommes qui marchent ainsi pieds nus sur le ventre de ces filles, à peine couvertes d’une chemise; des hommes qu’elles choisissent elles-mêmes ! comment! ne pas être blessé des étranges privautés qu'ellés permet: tent, Jusqu'à se laisser collér sur le eorps. de: ces home mes entre lesquels elles $e pressent, et qui sont pressés par d’autres ? |
C'était alors qu’elles étaient en quelque sorte arrivées au swmmuin de l’état convulsif qu’elles demandaient ces secours à grands cris, échevelées, le cou et les jambes
INTRODUCTION. XXXY nues; quelques-unes même, ajoute Hecquet, auraient été jusqu’à se dépouiller entièrement de leurs habits (op. cit., 32),
Quel nom donner, poursuit :ce médecin, à l'attitude d’une fille qui.se huche sur les épaules d'un homme, s’accolant sur son cou et laissant pendre ses jambes à gauche et à droite ? Et quelle n’est pas l’impudence de cette autre-qui se Jette à demi nue sur les genoux d’un homme pour y prendre des convulsions (op. cit; 33). Comment ne pas être scandalisé d’en voir d’autres se placer la tête en bas et les pieds en l'air, et faire des culbutes qui ne sont que des sauts de polissons ?
Par cela que ces filles convulsionnaires permettent à des hommes seulement et à des hommes qu'elles ont choisis de monter sur leur ventre, on peut reconnaïtre quelle est la nature de leurs convulsions. Le sage a dit qu'il faut craindre en marchant sur des charbôns ardents de se brüler les pieds; mais ici ne seront-ce pas les pieds qui brüleront le sol qui sera dessous? (Loc. cit., 80.)
N'’en sont-elles pas venues à ce point de dévergondage de se faire berner dans des draps tenus par six ou huit hommes, et de se faire ainsi sabouler le corps en tout sens? Où prendre en tout cela du divin et du surnaturel? à moins qu'on n’entende par surnaturel ce qui est contraire au naturel pudique de filles chrétiennes? (Loc. cit, 86.)
Enfin ne se croirait-on pas à la foire, puisqu'il y en a qui prétendent avaler des charbons ardents;, ou bien des livres reliés, comme un Nouveau Testament avec sa housse, et qu’uné autre casse des pierres et des morceaux de marbre avec sa tête !
Hecquet termine par un parallèle entre les possessions de Loudun et les convulsions de Saint-Médard : dans les deux cas, dit-il, il n’y avait rien de surnaturel. Geci a été bien et dûment prouvé à Loudun, lorsque d'après