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l’ordre de l’archevêque de Bordeaux la faculté de Montpellier fut consultée à ce sujet; cette faculté expliqua savamment la nature de toutes les opérations de ces créatures trompées et artificieuses.
Elle n’est donc ni obscure ni inconnue, cette épidémie, dit en finissant Hecquet; les caractères en ont été décrits par les médecins de tous les temps, et on les retrouve sensibles et évidents chez les filles convulsionnaires; caractèressiétranges, suivant l'observation du prince de la médecine, que l’on serait porté à croire qu'il y a comme une bête, suivant l'expression de Platon, une bête qui tourmenterait les parties du bas-ventre de manière à amener ces étranglements et ces suffocations (op. cit., 149).
À T'imitation du philosophe ancien, de Platon, notre philosophe moderne, Diderot, a été aussi frappé de cette idée, et voici comment il la développe dans son langage pittoresque et éloquent: « La femme dominée par l'hystéricisme semble éprouver je ne sais quoi d’infernal et de céleste ; quelquefois elle m’a fait frissonner sous l’action de la bête féroce qui fait partie d’ellemême. Je l'ai vue, je l’ai entendue : comme elle sentait! comme elle s’exprimait! ce qu’elle disait n’était point d’une mortelle... Mais cette imagination fougueuse, cet esprit qu'on croirait incoercible, un mot sufhit pour l’abattre... Un médecin dit aux femmes de Bor= deaux, tourmentées par des convulsions effrayantes, quelles sont menacées de devenir épileptiques; les voila guéries. Un médecin seroue un fer ardent aux yeux d’une troupe de jeunes filles en convulsions, et les voilà guéries. Le dégoût de vivre saisit les femmes de Milet ; les magistrats déclarent que la premiére femme quise tuera sera exposée sur la place publique : plus de suicide ; voilà les Milésiennes réconciliées avec la vie.
» Les femmes sont sujettes à une férocité épidémique; l'exemple d’une seule en entraine une multitude ;iln'y
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à que la première qui soit criminelle, les autres sont des malades. O femmes! vous êtes des enfants bien extraordinaires ! »
Et Diderot, s’en prenant ici à Thomas qui avait voulu se imélér d'écrire sur ce sujet, l’apostrophe ainsi : «Quand on veut écrire des femmes, il faut, M. Thomas, tremper sa plume dans l’arc- cALOIO et secouer sur ses lignes la poussiére des ailes du papillon; il faut étre plem de légéreté, de délicatesse et de grâces, et ces qualités vous manquent. Comme le petit CH du pêlerin à chaque fois qu'on secoue sa patte, il faut qu'il en tombe des perles, et il n’en tombe aucune de la vôtre. » (Op. cit., 252 et sequent.)
Pourquoi les idées de possessions, de sortiléges, de magie ont-elles toujours été plus particulièrement propagées au moyen des femmes ? Diderot l'explique encore ici: « Là où il y à un mur d’airam pour nous, il n’y a souvent qu'une toile d’araignée pour elles : tandis que nous lisons dans les livres, les femmes lisent dans le grand livre du monde; aussi leur ignorance les dispose-t-elle à recevoir promptement la vérité quand on la leur montre, et aussi le mensonge avec la même facilité. »
Revenant à nos faits historiques, nous diroris qu’on devait croire en avoir fini pour toujours avec ces idées de possessions et de sortiléges, lorsqu’en 1774 Gassner se mit à son tour à faire de nouveaux prodiges. A l’aide d'une prétendue intervention divine, il guérit d’abord les maladies de ses paroissiens ; puis il vint à Ratisbonne opérer sur une plus grande échelle.
Gassner est en quelque sortele précurseur de Mesmer, qui bientôt paraïitra sur la scène; Gassner guérit les maladies par des attouchements et par l'imposition des mains. Ses exorcismes n'étaient pas tous de la même nature; 1l y en avait qui étaient simplement explorateurs, d'autres qui étaient médicateurs. Les premiers
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servaient à lui faire reconnaitre le genre de maladies qu'il aurait à traiter; les autres à en amener la guérison.
Gassner, suivant le reproche que lui en a fait de Haën, avait fini par renouveler en Allemagne les ancien nes croyances aux possessions et aux mauvais esprits; on annonçait de nouveau qu’il y avait des démoniaques, et cette rumeur, dit Thouret, acquit assez de crédit pour que l’impératrice prit des mesures à ce sujet. En d’autres temps on aurait soumis les démoniaques aux exorcismes et aux épreuves du rituel; l'impératrice les fit soumettre aux traitements de de Haën. La fourberie fut découverte aussitôt et les bruits populaires dissipés.
De Haën a rapporté l’observation de trois femmes dites possédées ou démoniaques ; il en a donné une histoire trés-détaillée (Thour. Recherches, 224).
Mais, après avoir indiqué rapidement quelles ont été et les impostures et les jangleries successivement organisées pour tromper les hommes, aussi bien dans l’antiquité, dans le moyen âge, que dans les xyn° et xviri® siècles, il est temps de remonter au point de départ, à la premiére origine de faits annoncés encore aujourd'hui, comme non moins merveilleux que tous les autres, c'est-à-dire des faits prétendus magnétiques.
Cette origine remonte beaucoup plus haut qu’on ne le croit communément ; mais d’un autre côté, si l’on en croyait certains adeptes, tous les faits dits surnaturels que nous avons fait connaitre, et bien d’autres encore, vrais ou faux, peu importe, n’en seraient pas moins dus au magnétisme animal.
Chez les Hébreux, il faudrait mettre en tête des magnétiseurs Moïse, Aaron, Samuël, Balaam, Elie, Elisée, etc., ete. (Foissac, Op. cit., 461). On fait remarquerque, quand Moïse tenait ses mains élevées, Israël était victo-
rieux, et que lorsqu'il les abaissait, Amalec avait l’avantage (462).
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Chez les Grecs, Pythagore aurait été le premier des magnétiseurs ; puis seraient venus Socrate, Apollonius de Thyane, etc., etc.
Dans les comédies de Plaute, Mercure, tout dieu qu'il est, Jouerait le rôle d’un magnétiseur ; il parle d’abord, il est vrai, d’assommer Sosie à coups de poing; mais bientôt, revenant à des sentiments plus humains, 11 se met à She Sosie à grandes passes pour le faire dormir ; et ici lemagnétiseur que nous citons fait remare quer que les mots employés par Plaute, #ractim tangere; signihent précisément, d’après les commentateurs, caresser, d’une main douce et ouverte, comme nous caressons les chats en leur passant la main de la tête à la queue. On neipeut, dit-il, désigner plus clairement le magnétisme animal (loc. cit.).
Mais cherchons sérieusement à quelle époque on doit remonter pour trouver dans les écrits des auteurs les premiers indices de la théorie du magnétisme animal.
Kepler avait émis l’idée que les propriétés de laimant devaient se retrouver jusque dans les grands corps planétaires qui se meuvent dans l’espace; que c'était en quelque. sorte l’äme du monde physique. Descartes avait multiplié à son tour les propriétés de l’aimant : déjà ce corps était devenu pour les alchimistes un objet d'étude particulière ; c’est à eux qu'il faut rapporter l’idée d’un prétendu rapport entre le magnétisme terrestre où minéral et le magnétisme du microcosme ou animal.
Mais c’est surtout Paracelse quiprétendit avoir découvert dans les êtres animés une vertu secrète analogue à celle de laimant, vertu qui procéderait des corps planétaires ; magnale ex astris descendit et nullo alio.
Les principales fonctions de l’'économiene pourraient, suivant Paracelse, s'expliquer que par la propriété maonétique, et ceci s’appliquerait surtout au rapprochement des sexes et à la procréation ; ici la force magnétique