XII INTRODUCTION
En octobre 4622, le bruit se répand tout à coup dans la ville de Loudun, que des prodiges viennent d’éclater parmi les religieuses du couvent des Ursulines ; le premier de ces prodiges, c’est que deux de ces religieuses, la supérieure, Jeanne de Belfiel, et une sœur laie, paraissent douées du don des langues étrangères (Hist. des diables de Loudun, 27). Invitation est faite de la part des exorcistes à Guillaume de Cerisay, baïlli du Loudunois, et à Louis Chauvet, lieutenant civil, de se transporter au couvent des Ursulines , soit pour arrêter les exorcismes , si les faits annoncés étaient factices et simulés, soit pour les autoriser, si ces faits étaient réels. (Causes célèbres , n, 358.)
Sans doute on aurait dü suivre la méthode que nous avons déjà mentionnée, savoir, constater la réalité du fait avant de s’enquérir des causes; mais lès exorcistes avaient leurs raisons pour ne pas procéder ainsi ; donc ils affirmaient aux magistrats 1° que Île don des langues étrangères est un signe de possession ; 2° qu'en effet, dans le cas présent, la supérieure était possédée par un diable nommé Astaroth, et la sœur laie parun diable nommé Zabulon; 3° que ces diables avaient été envoyés dans le corps de ces religieuses par un curé de la ville nommé Urbain Grandier. (Ménage, Remarques, etc. Bayle, Dict., art. Grandier.)
Avant d'examiner comment les faits ont été constatés, voyons ce qu'était Urbain Grandier, et dans quels termes il se trouvait avec les directeurs des Ursulines.
Urbain Grandier, disent les mémoires du temps (Wercure français, Lettre du médecin Séguin, etc.), curé de Saint-Pierre, s'était fait remarquer dès ses plus jeunes années par sonesprit et ses connaissances. Les Jésuites, qui d’abord avaient songé à le faire entrer dans leur ordre, crurent qu’en raison de ses talents il leur serait plus utile dans le monde; c’est par eux qu'il fut pourvu d’une cure et d’une prébende à Loudun.