RAPPORT DE JUSSIEU
Après avoir reproduit et commenté dans son entier le rapport présenté à la société royale de médecine, il est de notre devoir de placer immédiatement après un rapport individuel dont on a souvent parlé sans le faire connaître ; nous voulons parler du rapport de Jussieu. Ce savant s'était séparé de ses collègues, il n'avait pas jugé à propos d'apposer sa signature au bas de leur rapport; il n’en fallut pas davantage pour que les magnétiseurs , avec leur impudence habituelle, leur mépris profond pour la vérité, en fissent un de leurs adhérents ;à les entendre, de Jussieu a été le seul homme consciencieux dans le sein de la commission, et dès lors, s'appuyant sur un des plus beaux noms que puissent compter les sciences naturelles, ils” ont été, répétant partout, que si les Lavoisier, les Franklin, les Berthollet n'avaient pas voulu croire à leurs jongleries , ils avaient un de Jussieu dans leurs rangs. Mensonge insigne, insulte toute gratuite à la mémoire d’un homme de bien! H est temps de rétablir les faits et de montrer en quoi une dissidence peu importante au fond a séparé de Jussieu de ses confrères.
Dans les notes critiques que nous avons placées au bas du rapport précédent, nous avons fait remarquer, et à plusieurs reprises, en quoi s'étaient fourvoyés les commissaires; nous ayons dit qu'ayant uniquement à juger de la valeur ou plutôt de la réalité du magnétisme animal ils s'étaient cru obligés, bien à tort assurément, de trouver la raison, la cause immédiate, prochaine d’une foule de phénomènes physiologiques ou pathologiques; en cela, avons-nous dit, ils allaient au delà
144 HISTOIRE ACADÉMIQUE de ce qu’on leur demandait, et ils se jetaient dans des difficultés inextricables.
Dans certains cas seulement, avons-nous ajouté, on se trouve
obligé de donner, de substituer à l’interprétation merveilleuse
du magnétisme l'interprétation rationnelle de causes déjà connues ; ainsi, quand nous aurons à examiner de prétendues transpositions de sens, des faits de prévision, nous aurons à prouver qu’une interprétation toute simple était possible, dans les conditions mentionnées, et qu’on devait conséquemment l’'adopter de préférence ; mais pour de simples sensations accusées par les sujets, pour des évacuations, pour des mouvements désordonnés, qu’était-il besoin de recourir à des hypothèses pour les substituer à celles du magnétisme ? pour des faits qui n’ont rien d’extraordinaire, des faits d'observation journalière , pour lesquels l'interprétation magnétique n’a pas même besoin d’être répudiée.
Quoi qu’il en soit, les commissaires de la société royale de médecine s'étaient cru obligés de trouver à tous les faits insigniiants une interprétation quelconque, et de Jussieu partageait cette Opinion. |
Ainsi, (ous sans exception, notez ceci, avaient mis par des expériences le magnétisme hors de cause; aucun d’eux n’avait cru à la réalité de ce nouvel agent ; à cet égard, de Jussieu est très-explicite; autant que ses collègues, il le dit formellement, le magnétisme n’a aucune espèce de réalité; il n’a été pour rien dans tous les phénomènes par lui observés; mais si le magnétisme, ainsi que le voulaient de Jussieu et ses collègues, n'était pour rien dans les phénomènes en question, quelles avaient donc été les causes de ces phénomènes ? C’est ici que va se prononcer une dissidence très-légère au fond, comme on ‘va le voir. On doit se rappeler, et nous l’avons fait remarquer dans les notes, que pour la majorité des commissaires les causes étaient multiples ; ils signalent principalement les attouchements des magnétiseurs, les frictions, la chaleur communiquée ( voyez pag. 119 ), une émission de transpiration insensible, etc., etc., bref, des hypothèses qui n’avaient rien de satisfaisant; de Jussieu différait ici d'opinion, non qu’il eût une interprétation toute différente à faire prévaloir, une interprétation plus judicieuse, plus satisfaisante ; mais il avait fini à tort
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DU MAGNÉTISME ANIMAL. 145 OÙ à raiSOn par acquérir la conviction que de toutes Les causes mentionnées par ses collègues, il n’y en avait véritablement qu'une qui füt admissible, ou plutôt qui, d’après lui, püt rendre raison de tous les phénomènes observés ; Ce n’était ni l’attouchement, ni les frictions, ni la transpiration insensible, ni Pagitation de l'air entre les mains des magnéliseurs et Le corps des sujets; C’étaitexclusivement la chaleur communiquée! voilà tout : il n’y à pas autre chose dans cette grande dissidence dont on a fait tant de bruit. De Jussieu, dans son interprétation, est plus exclusif que ses collègues, mais il n’est pas en contradiction avec eux.
On va avoir la preuve de tout ce que nous venons de dire dans le rapport de Jussieu lui-même, car nous allons le donner dans son entier, mais nous ne pouvons nous empêcher de revenir sur ce point. N'est-ce pas chose étrange que les magnétiseurs aient Cherché à donner de Jussieu comme un de leurs adhérents ! lui qui répudie formellement le magnétisme ; n’est-Ce pas chose inconcevable, que plus tard dans des rapports académiques, dans des discussions solennelles, on ait déclaré que de Jussieu était dans la commission le seul homme qui eût rempli ses devoirs! Et pourquoi? parce qu’au lieu de chercher à expliquer les phénomènes, comme ses collègues, c’est-à-dire à l’aide de plusieurs causes au nombre desquelles se trouve la Chaleur communiquée, il prétend les interpréter à l’aide d’une seule, savoir, cette même chaleur communiquée !
Mais il convient maintenant de placer sous les yeux du lecteur cette nouvelle pièce du procès.