RAPPORT DE L'UN DES COMMISSAIRES CHARGÉS PAR LE ROI
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« J'ai été nommé, le 5 avril 4784, pour examiner la doctrine, les procédés et les effets du magnétisme animal pratiqué par M. Deslon. Le rapport de MM. Mauduyt, Andry et Gaille, avec lesquels j'étais chargé de cet examen, n’a pure été signé par moi, et je dois compte de mes motifs, pour qu’on ne me prête point une opinion différente de la mienne.
» I nya paru que la commission dont nous étions chargés exigeait de nous, non pas un simple jugement fondé sur quelques faits isolés, mais un exposé méthodique de faits nombreux et variés, propres à éclaircir la question, à éclairer le gouvernement et le public, et à déterminer l'opinion de l'un et de l’autre (1).
» Les partisans du magnétisme annoncent une grande cause, un agent ou fluide universel, existant dans toute la nature, formant dans les corps animés le principe de vie, pouvant se transmettre de l’un à l’autre, et produisant, au moyen de cette
communication, des effets plus ou moins sensibles. Ces effets, s'ils ont lieu, supposent une action déterminée et un agent quelconque; de peuvent être salutaires, ou MED ou indifférents au corps qui les ressent.
» Sans remonter à une théorie peut-être trop sublime, Fob-
jet des commissaires doit être de vérifier les effets, d’en recon-
naître la cause immédiate, d'en déterminer l'utilité médicale.
(4) Ceci avait également paru sans doute aux autres commissaires, el ne pouvait être assurément un sujet de dissidence.
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Ayant d'examiner ou d'admettre une brillante hypothèse, un
Système nouveau, il est sage de s'assurer auparavant de la réa-
lité des principes qui lui servent de base. Nous avons vu d’a-
bord, chez M. Deslon, une partie des effets qui se sont reproduits à nos yeux sous différentes formes (1).
» Le baquet, Les fers courbes dirigés sur les malades, la corde
qui les unit, la baguette de fer, sont les instruments connus
du magnétisme, auxquels on attribue la propriété de concentrer le fluide répandu dans l'air, de le transmettre à chaque individu, et de le faire circuler de Fun à l’autre. Cette action estaugmentée par les procédés magnétiques, qui tantôt concourent avec lPappareil précédent, tantôt sont employés seuls.
Ils consistent en frottements, contacts simples, mouvements
directs de la baguette ou seulement du doigt, sur la personne que l’on magnétise. Parmi les effets qui en résultent, les uns Sont internes, et ne peuvent être connus que par le rapport de celui qui les éprouve : tels sont la chaleur à la partie du corps en Contact avec le fer sortant du baquet; la circulation sentie d’un fluide, favorisée par la chaîne des malades disposés en cercle et se ténant tous par la main; limpression de chaleur ou de froid, de malaise ou de bien-être, excitée par les procédés décrits. Les autres, obtenus par les mêmes moyens Continués, Sont externes, et se manifestent au dehors par les bâillements, moiteur, sueur, larmes, ris, agitation, mouvements convulsifs légers ou graves, sommeil, perte ou suspension des sens, anéantissement, évacuation de divers genres.
» On nous à communiqué les procédés au moyen desquels nous pouvions exciter des sensations pareilles à celles dont nous étions témoins. Quelques-uns de nous ont essayé d'agir; d’autres se sont contentés d’être juges et spectateurs. Des effeis reproduits par nous-mêmes ne pouvant être niés, mais n’élant pas toujours constants, uniformes et correspondants à notre manière d'opérer, nous ayons pu soupçonner une cause Variable, différente de celle qu'on annonçait. C'était, selon les professeurs de cette doctrine, un fluide répandu dans les corps
(4) Ce préambule obligé n’établit rien de nouveau ; cesont là des sentiments dont les autres commissaires étaient également pénétrés,
4118 HISTOIRE ACADÉMIQUE animés, s'échappant par tous les points de leur surface : il fallait constater l'existence de ce fluide (4).
, On à demandé des preuves physiques de cette existence. M. Deslon a avoué qu’il n’en connaissait aucune, que nul moyen ne pouvait le faire tomber sous les sens; il a ajouté que l’action de ce fluide sur le corps vivant était la seule preuve de son existence ; qu'il avait négligé toute autre démonstration ; que son objet étant uniquement la recherche d’un nouveau moyen de guérir, il avait tourné toutes ses vues vers ce seul point (2).
» Ce genre de preuves devenait peut-être incertain et insuffisant, parce que les partisans de lopinion contraire pouvaient attribuer les effets à l'impression produite par le contact immédiat, ou par le frottement; et dans la supposition où ces effets auraient lieu sans contact, ce qui est plus rare, ils trouveaient encore la cause dans une imagination plus ou moins exaltée. Il fallait done, pour les expériences décisives, renoncer à tout frottement qui peut être regardé lui-même comme cause indépendante du magnétisme. L’attouchement exercé par une large surface, où par une forte pression, diffère beaucoup de celui quin’a lieu que par léger rapprochement d’une petite surface, telle que l'extrémité du doigt ou d’une baguette : le premier, ayant quelque rapport avec le frottement, doit encore être exclu; mais on peut admettre le second, en évitant de confondre ses effets avec ceux qui sont produitssans attouchement, etde leur donner la même valeur dans l’'énumération des preuves. Un troisième point essentiel consiste à se mettre en garde contre l'imagination des personnes soumises aux EXpériences, soit en agissant sur elles à leur insu, soit en choisissant pour ces preuves des enfants, des hommes privés deraison, où même des animaux. Sans cette précaution, la question resterait indécise: les adversaires du magnétisme attribueraient tout à l'imagination, et ses partisans seraient en droit d’objecter que leur opinion n’est pas mieux fondée que celle qui admet le fluide magnétique (3).
(1) Jusque là de Jussieu ne s'engage pas , et avec raison ; il fait seulement connaître quelles étaientles prétentions de MM. les professeurs decelte doctrine.
(2) La majorité de la commission avait dit précisément les mêmes choses.
(8) Ces conditions avaient été indiquées par les commissaires de l'académie
» Suivant Ceux-ci, l'influence de cet agent ne se manifeste pas indifféremment sur toute personne; elle est plus sensible sur certains êtres malades , ou délicatement organisés. Il en résulte que les expériences sur les personnes très-saines, et même celles qui seraient faites sur peu de malades , ne décideraient point la question, si aucun d’eux n'éprouvait quelque sensation. Ces preuves négatives sont admissibles, quand on ne leur oppose aucun fait contraire ; mais des effets observés devaient être attaqués par d’autres moyens. Ne convenait-il pas plutôt d'établir le premier lieu des observations dans. des salles de traitement, où beaucoup de malades sont réunis, Où l’on peut voir beaucoup, connaître successivement tous les détails des procédés, saisir toutes les nuances passagères et les contrariétés des sensations et de leurs résultats, en un mot noter {ous les effets qui auraient mérité d’être vériliés méthodiquement (1). Ce premier examen devait être suivi d'expériences isolées, authentiques et répétées plusieurs fois, propres à constater les faits principaux observés précédemment. Gette marche m'a paru la meilleure (2) : j'ai fréquenté les salles de M. Deslon. Pouréviter l'illusion, j'ai voulu beaucoup voir, et opérer souvent moi-même ; et, quoique occupé ailleurs par des travaux plus agréables et des fonctions publiques, j'ai donné à celles-ci un temps assez considérable. Dans l'intervalle, quelques expériences ont été faites en commun par les commis-
des sciences ; ils avaient opéré en les observant, etil ne leur en avait pas moins été démontré que souvent tout devait être rapporté à l'imagination.
(1) Les salles de traitement public étaient un fort mauvais lieu pour des expériences ou même pour des observations rigoureuses ; il suffit de lire les descriptions des scènes grotesques qui s’y passaient, pour avoir la conviction que des commissaires qui se respectaient ne pouvaient véritablement y remplir le rôle d’observateurs ; que si mêmeils s’y étaient résignés, le tumulte , les vociférations des uns, les agitations furieuses des autres, etc., tout les aurait empêché de discerner ce qu’il y avait de réel dans cetie cohue et ce qu’il y avait de simulé.
{2\ Ce que nous venons de dire est tellement vrai, que de Jussieu lui-même sent aussitôt la nécessité de contrôler les observations confuses et tumultueuses faites dans les salles publiques, par des observations isolées, authentiques, comme il le dit fort bien, et répétées plusieurs fois, ce qui prouve que les premières observations anraient été, de son aveu, bien peu concluantes.
450 HISTOIRE ACADÉMIQUE saires ; elles leur ont paru suffisantes pour établir un jugement auquel je n’ai pas souscrit (4). Obligé maintenant de donner mon avis sans multiplier les épreuves, je ne puis me dispenser de présenter ici les faits particuliers observés par moi, CONCuTremment avec les expériences faites en commun. Ils seront énoncés brièvement, avec impartialité, et serviront peut-être de base à des conséquences simples, conformes aux principes de la physique. A
» Parmi les faits à exposer, j'en distinguerai de quatre ordres : 4° les faits généraux et positifs, dont on ne peut rigoureu-. sement déterminer la vraie cause; 2° les faits négatifs, qui constatent seulement la non-action du fluide contesté ; 3° les faits, soit positifs, soit négatifs, attribués à la seule imagination; 4° les faits positifs qui paraissent exiger un autre agent (2).
» 4° Faits généraux. Les malades, abandonnés à leur liberté, à leur imagination, et soumis aux traitements magnétiques, éprouvent des sensations, les unes communes à plusieurs individus, les autres particulières à quelques-uns. Elles paraissent dépendre de l’action étrangère exercée sur EUX ; mais on peut aussi les attribuer à d’autres causes. L'exposition suivante donnera une idée exacte des effets les plus ordinaires qui ont
(1) Non pas au jugement sur le magnétisme animal, car de Jussieu y souscrit complétement ; on va voir plus loin qu'il n’attribue aucune réalité à celte prétendue doctrine , mais au jugement sur les causes physiques ; il croit avoir trouvé ; lui, des conséquences plus conformes aux principes de la physique.
(2) De sorte qu’à proprement parler, nous n'avons réellement à nous occuper que des faits de cette quatrième catégorie. Que tenons-nous en effet à faire bien sentir ici dans ces notes? deux sortes de choses, 4° et c’est le point capital de cet ouvrage, qu'on n’a jamais administré aux hommes éclairés et consciencieux des preuves positives de l'existence d’un- agent magnétique; 20 que de Jussieu, pour sa part, a jugé insuffisantes les preuves qui lui ont été administrées comme telles, et qu’il a, comme ses collègues, formellement répudié la prétendue doctrine du magnétisme animal ; done nous n'avons pas à nous occuper 1° des faits observés par de Jussieu dont on ne saurait assigner la vraie cause; 20 des faits négatifs, c’est-à-dire qui prouvent la non-action d’un fluide magnétique ; 30 des faits qu’on peut rapporter à l’imagination.
Par ces raisons, notre tâche se trouve ici abrégée ; nous pourrions passer immédiatement aux faits qui, suivant de Jussieu, paraîtraient exiger un autre agent. Nous nous bornerons à de très-courtes remarques sur les conclusions.
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 151 lieu dans ce traitement, et sera terminée par quelques observations relatives à cette pratique.
» Plusieurs malades assurent que le fer du baquet, le contact même léger, Le doigt ou la baguette dirigés sur eux, impriment sur la partie magnétisée, et quelquefois sur d’autres organes , tantôt une impression de chaleur et plus rarement de froid, tantôt une douleur ou d’autres sensations moins caractérisées. Quelques-uns, plus faciles àémouvoir, croient sentir l'influence du doigt et de la baguette à des distances plus considérables, le pouvoir de l'œil qui les fixe, et l’action de la corde ou de la chaîne qui unissent le cercle des malades. Les Corps qu'onleur présente dans une certaine direction ont pour eux une odeur particulière ,qui devient différente dans une direction opposée.
» Ces effets internes ne pouvant être vérifiés par l’observateur, je passe à ceux qui sont extérieurs, et que j'ai vus plus ou moins souvent. Les premières sensations et les plus fréquentes sont des bâillements que l’on attribue au développement de la chaleur, mais qui peuvent également dépendre d’une cause morale. En continuant le traitement avec ou sans Contact, on ne produit rien de plus sur les uns. La même impression développée et augmentée chez quelques autres, principalement chez les femmes, occasionne successivement de l'agitation, des mouvements conyulsifs, passagers ou durables, d’abord légers, puis plus graves, quelquefois un rire peu naturel, quelquefois le sommeil ou la perte des sens. Tantôt la personne est stationnaire, tantôt elle parcourt la salle d’un air égaré; le pouls, ordinairement réglé, s'accélère quelquefois dans les grandes douleurs. Ces diverses sensations portent, dans ce traitement, le nom de crise, qui finit simplement par ia cessation des Symptômes, ou se termine par les larmes, de la moiteur, de la sueur, des crachats, des vomissements, des évacuations par les selles ou par les urines. Quelques-uns de ces effets peuveut précéder ou accompagner plusieurs des symptômes; ils peuvent aussi avoir lieu sans leur concours, et la marche de la criseest souvent irrégulière. Jel'ai vue plus d’une fois commencer au baquet, sans l’addition des autres procédés. Quelques personnes m'ont assuré qu’elles n’y étaient pas sujettes hors des salles de traitement ; d’autres ont avoué qu’elles en avaient de pareilles en d'autres lieux.
» Les crises du magnétisme, lorsqu'elles sont régulières, paraissent quelquefois parcourir trois périodes distinctes. La première est celle de l’éréthisme développé; la seconde, celle de stase, où les fonctions et les douleurs paraissent comme suspendues ; et la troisième, celle de la détente et de la sortie d'une humeur. J'ai cru remarquer cette marche dans quelquesunes; mais les cas ont été rares. Il m'a paru encore que le moment de la stase était celui où la correspondance était plus constante entre l’action exercée et l’effet ‘sensible. Ces deux faits, dont j'étais simplement témoin sans opérer, ne sont énoncés ici que comme des observations douteuses, et dignes seulement de quelque attention.
» On a beaucoup parlé de ces sympathies par lesquelles les personnes en crise se recherchent, se soulagent mutuellement par un contact léger selon les règles magnétiques, et restent ainsi unies quelquefois assez longtemps dans un parfait repos. Dans les cas fort rares de cette nature que j'ai observés, rien n'a pu me forcer à croire que ces scènes n'étaient point produites par l'imagination, par un goût mutuel, par leffet d'une liaison antérieure ou d’un caractère officieux.
» Un jeune homme, fréquemment en crise, devenait alors muet, parcourait tranquillement la salle, et touchait souvent les malades. Son contact régulier opérait quelquefois des crises qu’il conduisait seul à leur terme sans souffrir de concurrence. Revenu à son état naturel, il parlait, ne se souvenait point du passé, et ne savait plus magnétiser. Je n’ai rien conclu de ce fait, répété plusieurs fois sous mes yeux.
» La pratique des procédés magnétiques varie selon l’état des
malades qu’on traite. Il est cependant des règles générales pour .
opérer, et des parties sur lesquelles on agit plus constamment. Le creux de l'estomac, auquel répondent le diaphragme et un plexus nerveux, est indiqué, avec raison, Comme une des plus sensibles ; quelques autres le sont beaucoup, mais non pas toutes en même proportion dans tous les sujets. En général, le devant du corps est regardé comme plus irritable que le dos, et les personnes magnétisées par moi des deux manières me l’ont confirmé.
» Les organes douloureux, viciés, ceux qui sont engorgés, ressentent encore assez communément une impression vive,
QUE. SONT er
et souvent une Chaleur brûlante, par le contact du doigt ou de la baguette; quelquefois la tumeur, ainsi échauffée, s’avance et roule sous le doigt, et parait augmenter momentanément de volume : j'ai produit plusieurs fois ces deux effets. Une femme manifestait, par des cris, une douleur vive, lorsque le doigt du médecin qui la traitait, en contact avec une glande du basventre, S'éloignait de cette glande en li gne horizontale, Le médecin répéta plusieurs fois l'épreuve devant moi, et m’assura qu'il l'avait déjà produite antérieurement sur la malade. Cette sensation interne est une de celles qui ne peuvent être constatées que par des expériences régulières.
» Pour connaître l'impression du fluide traversant tout le COrpS, je posai la main droite sur la tête d’une malade sujette à des crises, et la gauche sur son pied droit ; elle n’avait point encore été touchée de cette manière. En peu de minutes elle fut prise d’un tremblement ou frisson général qu’elle n'avait jamais eu, que j'évitai de faire durer, et qui cessa peu après que j'eus déplacé ma main droite. Je n’ai pas eu occasion de renouveler cette observation.
» Quelquefois, lorsque je touchais les malades, les sensations annoncées par eux ne répondaient pas au point du contact. Le doigt appliqué sur un côté du bas-ventre excitait une douleur dans le dos ; porté ensuite sur le siége de la douleur, il la dirigeait ailleurs ou la dissipait : du moins ces effets avaient lieu concurremment avec l’action magnétique.
» Plusieurs malades, devant lesquels je promenais le doigt à un pouce de distance de leur corps, croyaient sentir un vent léger, tantôt chaud, tantôt froid, qui formait une traînée, Ce mouvement continué le long du bras et de la jambe appuyés et en repos, les engourdissait quelquefois, et y excitait ensuite des picotements plus ou moins vifs, surtout quand les membres Glaient paralysés.
» La doctrine du magnétisme admet, dans les corps animés, des pôles directs qui ne doivent point avoir d'action l’un sur l'autre, et des pôles opposés dont l’action réciproque est plus Constante: je n’ai pas toujours reconnu cette correspondance régulière. Les premiers, employés par moi, opéraient quelquelois des effets ; les seconds n’en produisaient pas toujours.
» On assigne encore au fluide un courant du haut en bas,
probablement pour lui faire suivre la direction des nerfs, regardés comme ses principaux conducteurs, Les mouvements magnétiques dans cette direction sont indiqués comme utiles, et les mouvements opposés comme nuisibles et perturbateurs de l’économie animale. J'ai pratiqué les uns et les autres: Les premiers, administrés régulièrement, n’ont pas toujours produit avec exactitude des effets conformes ; quelquefois, en les variant un peu, on observait cette conformité. Les seconds répondaient mieux à l'indication: le doigt, promené de bas en haut devant quelques personnes sensibles, causait dans la poitrine, dans le cou et dans la tête, un embarras et un engourdissement qui étaient bientôt dissipés par le mouvement en sens contraire. Ces sensations alternatives, obtenues trois fois de suite en peu de moments sur un même sujet, étaient simplement internes Chez quelques-uns; chez d’autres, le malaise occasionné pat la répétition de ces mouvements a détérminé une sueur très-marquée. J'ai produit cette sueur en une heure sur trois hommes successivement par le même procédé. |
» Lorsque, dans le traitement, je substituais au contact léger une pression considérable ou un frottement trop fort, j'excitais plus souvent des convulsions et des douleurs vives, et rarement une crise Complète terminée par une évacuation.
» Les expériences de meubles et vases magnétisés, de sensations opérées par la réflexion des glaces, ne m'ont jamais paru assez satisfaisantes pour y attacher quelque valeur: Ba musique, par ses modulations variées, à Souvent déterminé et augmenté des crises; le magnétisme, imprimé quelquefois sur l'instrument, y contribuait probablement moins que l'harmonie des sons et là mesure des chants. Une fleur sous le nez à causé des sensations vives. La vibration des deux doigts agités l’un contre l’autre devant le nez ou la bouche a irrité ces parlies et excité des éternuements. La baguette dirigée sur les \ mêmes points a produit quelquefois un gonfiement et un éréthisme local, s'étendant dans la gorge ou plus 16in, comprimant les glandes voisines, et assez souvent suivi d’expectoration. J'ai vu déterminer, par ce seul procédé, un vomissement de sang mêlé de glaires.
» Le traitement, surtout par contact, peut fatiguer ceux qui | l’'administrent, Je ne lai point éprouvé sur moi; mais j'en ai
vu plusieurs, exténués après de longues séances, recourir au baquet et à l’attouchement d’un autre homme, et retrouver des forces en combinant ces deux moyens.
» Le résumé de ces faits en offre plusieurs qui doivent appartenir à une cause physique; les autres pourront être attribués à un fluide inconnu ou à l'influence de l'imagination ; et jusqu’à ce que le fluide soit démontré, la dernière opinion devra prévaloir, comme plus ancienne et mieux prouvée (1).
» 2° Faits négatifs. Les faits rapportés à cet ordre, quoique plus nombreux, sont énoncés plus brièvement, parce qu'ils sont tous uniformes.
» Une jeune personne épileptique et privée de raison, magnétisée en présence des commissaires pendant une heure, et par divers procédés, n’a éprouvé aucun effet. Le même résultat à eu lieu sur cinq malades du traitement d'électricité de M. Mauduyt, qui ont été touchés chacun pendant un quart d'heure, et Sur une partie des malades de M. Deslon, qui se soumettaient tous les jours, pendant quelques heures, à son traitement. Plusieurs des personnes que j'ai touchées hors de ses salles, en diverses occasions, pour satisfaire leur Curiosité, n’ont ressenti aucune impression. J’ai été magnétisé moi-même plusieurs fois, et toujours sans succès.
» Sans insister ici sur les observations de ce genre, faciles à multiplier, on pourra conclure de celles-ci que le fluide, s'il existe, n’a pas sur la plupart des hommes, soit sains, soit malades, une action qui puisse se manifester par des signes sensibles (2).
(1) Ainsi de Jussieu, qui vient de décrire minutieusement les crises et d’autres phénomènes auxquels aujourd'hui mêmelesmagnétiseurs attachent une grande importance; de Jussieu, qui vient de décrire les crises à trois périodes, celles déréthisme, de stase et celle de détente, c’est-à-dire avec sortie d’une humeur, soit des larmes, de la sueur, des crächats, des vomissements, des selles ou des urines ; de Jussieu enfin conclut que jusqu’à ce que le magnétisme soit démontré, il fäut attribuer tout cela à l'imagination ! En vérité, il n’y avait pas de quoi se séparer des autres commissaires, puisque voilà l’imägination qui va Prendre sa part dans la production des pliénomèties observés, indépendamment de la chaleur communiquée.
(2) Alors le fluide n'aurait absolument aucuns signes; d’une part en effet Deslon, à l'exemple de Mesmer, avait commencé par dire que son fluide ne se
» 3° Faits dépendants de l'imagination (1). L'histoire, les traités de médecine et l'observation journalière, offrent des preuves multipliées de l'influence de l'imagination sur nos organes. La doctrine du magnétisme n’en rejette aucune ; mais, Suivant elle, l'imagination concourt avec le fluide. Suivant ses adversaires, l'imagination agit seule, et son action suffit sans l’addition d’un nouvel agent. J'ai observé, soit en particulier, soit avec les autres commissaires, plusieurs faits qui semblent favoriser la seconde opinion. ;
» Les premiers sont négatifs et moins concluants : ce Sont ceux de personnes qui, habituellement sensibles à l’action maenétique, n’éprouvent rien lorsque leur imagination est détournée sur un autre objet. Deux exemples de ce genre suffiront ici. Un homme, sujet à des crises, magnétisé par moi pendant un temps assez considérable et par contact, ne reçut d'autre impression que celle de la chaleur. Nous avions êu pendant l'opération un entretien intéressant sur divers sujets; il m’assura que cette occupation de lesprit avait Souvent détourné ou supprimé en lui l'effet du magnétisme. Une dame habituée aux mêmes impressions, donnant ses soins à son époux agité de mouvements convulsifs à Côté d'elle, n’éprouva qu’une légère chaleur, quoique je l'eusse magnétisée suivant les procédés que j'avais employés sur elle avec succès, en d'autres occasions. Ce fait a été recueilli par les commissaires présents, dont quelques-uns, placés derrière la personne, avaient ajouté d’autres procédés également infructueux.
» Les faits positifs sont ceux qui tendent à prouver que limagination suffit pour exciter les sensations attribuées au ma-
manifeste par aucun signe physique, aucun indice qui puisse tomber sous les sens. Si maintenant ce même fluide n’a pas non plus de signes chez les hommes sains ou malades, où donc trouver des signes?
(1) Ainsi, voilà toute une catégorie de faits qu'il faudrait rapporter à l'influence de l'imagination; c'est ce qu'avaient dit les premiers commissaires, ceux de l'académie des sciences : donc de Jussieu à été trop exclusif en voulant tout rapporter à une communication de la chaleur animale. Par la force des choses, de Jussieu est obligé de catégoriser les faits, c’est-à-dire de faire la part de plusieurs circonstances ; c’est qu'il en est ainsi dans tous les faits dits magnétiques ; nous le ferons bien voir plus tard.