‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 101 sur 107 · PRONONCÉE PAR M. I1USSON A L'ACADÉMIE DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

PRONONCÉE PAR M. I1USSON A L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

Sur le Rapport de M. Dubois (d'Amiens), relatif au magnétisme animal.

SÉANCE DU 22 AOVT 1837.

Messieurs, vous avez pu être étonnés qu'à l'occasion d'expériences faites sur deux somnambules queM. le docteur Berna vous avait proposé de présenter à l'examen d'une commission nommée par l'académie, M. Dubois soit venu vous lire un travail intitulé : Rapport sur h magnétisme. D'après ce titre général , vous vous attendiez sûrement à voir toutes les questions relatives au magnétisme traitées avec détail ; à savoir enfin à quoi vous arrêter sur le somnambulisme, sur l'insensibilité, sur le sens intérieur, sur la prévision, sur la vue à travers les paupières closes ou par d'autres organes que les yeux, en un mot sur l'ensemble de tous les faits que l'on raconte du magnétisme. Nous avons tous été trompés dans notre attente; car, au lieu de la solution de ces diverses questions, le travail qu'on vous a présenté se réduit à ce qu'on a appelé l'histoire académique du magnétisme en France, depuis l'année 4784 jusqu'à ce jour. A l'exposé des expériences faites sur deux individus se disant somnambules, et à des conclusions présentées sous uni' forme générale, et tirées de ces deux faits particuliers, j'ai dû vous signaler de suite cette première inexactitude, parce qu'elle annonce une prétention que le mandat de la commission ne justifie en aucune manière. Elle était chargée de vous faire un rapport sur les deux somnambules de M. Berna, et non pas un rapport sur le magnétisme. Sa mission était cir-

consente, et le titre de ce rapport s'étend à l'infini; il aurait dû être intitulé : Rapport des expériences magnétiques faites sur deux somnambules (4).

Quoi qu'il en soit, le rapport ne se composant que des trois parties que j'ai indiquées ci-dessus, le champ de la discussion

(1) Cette première objection est de mince valeur : et d'abord elle a été faite à tous ceux qui ont formulé des conclusions défavorables à l'égard du magnétisme animal, à commencer parle célèbre Bailly. Comme les expériences qui font la base de son rapport n'avaient été faites que par Deslon, on lui contestait le droit d'en rien inférer contre le magnétisme en général ; Bailly a réfuté cette objection dans sa dernière note, et d'une manière victorieuse (Voyez p. 90).

Je reviens à ce qui me concerne. L'académie n"a pas éprouvé plus d'étonnement quand elle a entendu le titre de mon rapport que quand elle a entendu celui du rapport de M. Husson; ce sont deux rapports sur le magnétisme, le mien aussi bien que le sien ; le nombre des somnambules ne fait rien à la chose. Accordons qu'il eût mieux valu donner au mien le titre fort incorrect de rapport des expériences magnétiques sur deux somnambules, alors le sien aurait dû être dit : expériences magnétiques sur huit, dixouquinze somnambules ; mais ces deux titres eussent été détestables, du moins en ce qui concerne nos expériences, car je nie que les expériences aient élé magnétiques, elqu elles aienlèXé faites sur des somnambules, puisque nous n'avons reconnu ni magnétisme, ni somnambulisme; et puis après tout, je le répète, qu'importe le nombre des sujets ? Ce sont les expériences qu'il faut considérer, ou plutôt les questionsdont nous n'aurions pas cherché la solution, au diredeM. Husson. Il cite 1° le somnambulisme ; eh bien ! nous avons toujours eu en face de nous des sujets qu'on nous disait somnambulisés (p. 483, 488, 496), donc nous nous occupions du somnambulisme; 2° l'insensibilité; et les piqûres, dans quel but étaient-elles donc faites devant nous (p. 484), si ce n'est pour constater cette sensibilité? 3° le sens intérieur; mais cette volonté du magnétiseur qui devait agir sur la magnétisée ne devait-elle pas nous révéler ce sens (p. 493) ? 4° la prévision; qu'étaien t-ce donc que ces affirmations de la prétendue somnambule sur ce qu'elle devait faire dans chaque séance? 5° la vue à travers les paupières ou par d'autres organes que les yeux; qu'étaient-ce donc que ces lectures qu'on a essayé défaire devant nous à travers un bandeau ou par l'occiput p. 497 et seq.)? Vous voyez donc, M. Husson, qu'avec ce petit nombre de sujets on a expérimenté devant nous sur votre ensemble detous les faits que l'on raconte du magnétisme animal, et que nous étions fondés à présenter un rapport sur le magnétisme animal toulaussibien que vous. Maintenant, faut-il dévoiler ici le fond de votre pensée? Le motif réel de cette première objection, le voici : c'est que le rapport était défavorable; il vous peinait de voir condamner le magnétisme animal ; vous préfériez à ce grand malheur un plus petit, savoir la condamnation des somnambules de M. Berna.

se trouve infiniment rétréci (1); j'y entrerais de suite si je n'avais deux observations préjudicielles à soumettre à l'académie:

1" Ce ne sont point les précautions prises pour faire les expériences ni leur résultat que je me propose d'attaquer ; je déclare même d'avance que je crois à tout ce que la commission a fait et vu; mais, comme une commission n'est garante que de l'essence et de l'exactitude des faits qu'elle étudie, comme elle est étrangère à leur rédaction qu'elle confie à l'un de ses membres, je Y isole entièrement de la discussion , j'attaque seulement la fidélité, le mode de cette rédaction, j'attaque l'ouvrage du rapporteur (2).

2° Selon M. le rapporteur, l'académie a sagement agi en

Si ce rapport eût été favorable, vous auriez trouvé que c'était bien un rapport sur le magnétisme animal.

(1) Le champ de la discussion n'était pas plus rétréci que quand il s'agissait de votre rapport; on avait tout essayé devant nous comme devant vous, avec cette différence qu'on a toujours réussi devant vous et toujours échoué devant nous. Mais voyons vos deux observations préjudicielles.

(2) Isolez-moi maintenant, attaquez-moi exclusivement, je ne demande pas mieux; mais devant l'académie je ne pouvais accepter celte position. Ce rapport avait été rédigé sur des procès-verbaux rédigés et discutés en commun ; c'eût été outrecuidance à moi de me poser seul devant vous et de m'approprier ainsi un travail qui appartenait à la commission ; et d'ailleurs vous avez entendu les énergiques réclamations de l'honorableM. Bouillaud, de l'honorableM. Pelletier, etc., etc. Ce n'était pas pour le fond seulement qu'ils revendiquaient leur part de responsabilité, mais aussi pour la forme, pour la rédaction.

Vous voyez donc qu'il y a toujours avantage à soutenir une discussion publique. Pour ce qui est de votre rapport à vous , je vous ai isolé , et vous êtes resté isolé; nul n'a pris votre défense, car vous n'avez pas osé soutenir une discussion ; tandis quevous avez bien essayé dem'isoler, et je nesuispas resté isolé : MM. Bouillaud, Pelletier, Cloquet, Cornac sont venus défendre mon travail.

Je viens de dire que moi aussi j'ai voulu vous isoler, ou du moins faire votre part comme vous voulez ici faire la mienne ; mais nous ne nous sommes pas fait une part semblable, vous n'attaquez pas en moi ce que j'attaque en vous; voyez plutôt : dans notre rapport vous admettez comme valables 1" les précautions que nous avons prises ; 2" les résultats de nos expériences ; 5° tout ce que nous avons fait et vu. Qu'atlaquez-vous donc? 1° ma rédaction (je vous l'abandonne bien volontiers et reconnais mon peu de talent); 2» la fidélité et le mode de ma rédaction (c'est toujours ma rédaction, car si vous admettez et les précautions que j'ai relatées, et les résultats que j'ai consignés, et les faits, où donc

appelant dans celle commission des membres connus par leurs opinions opposées, soil pour, soit contre le magnétisme, parce que confiante, dit-il, dans leur bonne foi, elie a pensé qu'ils examineraient les faits sous toutes leurs faces. Je respecte entièrement la décision de l'académie; mais il est permis de ne pas la juger avec la complaisance du rapporteur (1). En effet, quand j'examine la composition de la commission, je vois , sur neuf membres, cinq de nos collègues qui, par leurs écrits ou par la manifestation publique et prononcée de leur conviction, sont entièrement opposés à admettre l'existence du magnétisme. C'est leur foi , c'est leur croyance : je la respecte, et surtout je ne déverse sur elle aucun mépris; je ne la poursuis par aucun outrage, comme il arrive trop souvent que l'on en agit envers les personnes qui ne parest l'infidélité?); 5° mon ouvrage (mais c'est encore ma rédaction). Qu'est-ce en effet qu'un travail en dehors duquel on place les expériences, les (ails et les résultats, si ce n'est une simple rédaction? Donc tout se réduit à la rédaction ; au reste nous verrons bien. Voyons maintenant ce que j'ai attaqué dans votre rapport, la part que je vous ai faite: j'ai reconnu comme valable le matériel de vos expériences , c'est-à-dire les faits, vus ou effectués par vous ; je vous ai reconnu pour gens probes et honnêtes, les autres membres de la commission et vous, car je vous prie de croire que je ne vous ai pas isolé sous ce rapport de vos collègues. Mais voilà tout; ce que je regarde comme à vous, ce que j'attaque, c'est V intelligence , c'est l'interprétation de vos faits et les conclusions que vous en avez tirées. Je vous reproche en outre et ne cesserai jamais de vous reprocher l'absence de toutes précautions dans vos expériences.

Ainsi vous attaquez en moi le rédacteur de notre commission , moi j'attaque en vous le mauvais logicien et le mauvais expérimentateur, Yoilà notre juste part à chacun ; continuons.

(1) Il n'est nullement dans mes intentions d'aller scruter ici quelles étaient les convictions de mes collègues sur le magnétisme ; j'ai répondu sous ce rapport publiquement à M. Husson , c'est-à-dire en face de nos honorables collègues , là et quand ils pouvaient me répondre; j'ai cité les noms et les paroles de ceux de nous qui penchaient fortement pour le magnétisme, il serait peu convenable d'y revenir ici. Je vais plus loin , j'accepterai ce que dit ici M. Husson , que sur neuf membres il y avait quatre indifférents, c'est-à-dire dans les meilleures conditions possibles pour accepter la vérité, puisqu'ils parlaient du doute ; eh bien! nos conclusions ont été adoptées à l'unanimité. Donc ils avaient été amenés par la force des choses à adopter notre opinion. Nous allons voir >'il en était de même dans la commission dont M. Husson a été le rapporteur.

(agent pas notre manière de voir. Auprès d'eux je vois quatre de nos collègues que je crois entièrement indifférents à cette question : deux vous l'ont assuré; vous ne pouvez donc pas infirmer une déclaration aussi positive sans prétendre mieux connaître l'opinion de nos confrères qu'ils ne la connaissent eux-mêmes. Cette commission n'est donc pas composée, comme le dit le rapporteur, d'opinions opposées ; j'y vois quatre indifférents, cinq opposants, je n'y découvre aucun partisan. .!•' pense, contrairement au rapporteur , et on en conviendra facilement, qu'il eût été plus convenable que tous les commissaires n'eussent eu aucune opinion formée sur le magnétisme; que n'étant , comme les membres de la commission de 1826, connus ni par des publications d'ouvrages, ni par la manifestation antérieure de leurs opinions, ils eussent été libres de toute opinion préconçue et affranchis de cette espèce d'entraînement qui porte la faiblesse humaine à abonder toujours dans son sens; en un mot, qu'ils eussent pu être indépendants d'eux-mêmes; leurs assertions en auraient acquis plus de force, si, dans les faits qu'ils vous ont rapportés, il y avait eu besoin d'une garantie plus forte que celle qui ressort naturellement de ces faits (1).

Mais, au lieu de cette condition préliminaire et nécessaire à tout jugement équitable, je vois dans l'organe, dans l'interprète de cette commission, l'auteur d'une brochure publiée en 1833, et intitulée : Examen historique et raisonné des expériences prétendues magnétiques faites par la commission de l'académie royale de médecine ; écrit dans lequel il se déclare en étal

(1) Comment, M. Husson, vous dites que les membres de la commission de 1826 n'étaient connus ni par des publications d'ouvrages, ni par la manifestation antérieure de leurs opinions! mais n'est-ce pas vous qui en 1820 avez étonné M. Foissac par votre croyance au magnétisme (Foissac, p. 6), qui avez scandalisé Bertrand par votre manière d'instituer des expériences (Bertrand , p. 261), vous qui avez cru que la demoiselle Sanson voyait dans son estomac, et apercevait un petit (il qui remuait son cœur! et vous vous donnez comme libre de toute opinion préconçue ci affranchi de cette espèce de sentiment qui porte In faiblesse humaine à abonder toujours dans son sens ! II yavait deux opposants parmi vous: c'étaienlJYI. Double et M. Magendie; pourquoi M. Double s'cst-il retiré, et pourquoi vous, croyant, avez-vous remplacé M. Magendie?

d'hostilité contre les magnétiseurs, dans lequel il accumule à chaque page le ridicule et le persiflage, non-seulement sur le rapport de la commission , mais encore sur quelques-uns de ses membres, et sur les extrêmes et minutieuses précautions prises dans certaines expériences (1).

Vous conviendrez, messieurs, qu'il est bien difficile que cet antécédent n'ait pas dominé, malgré lui sans doute, M. le rapporteur dans la rédaction du travail qu'il vous a présenté , et que , placé entre l'esprit satirique qui a dicté son opuscule et l'embarras d'avouer aujourd'hui qu'il s'est autrefois prononcé trop légèrement, il n'ait pas subi la nécessité de sa position, et n'ait pas été entraîné à nous faire un rapport qu'on peut considérer comme un appendice ou un supplément de sa brochure. N'eûl-il pas été convenable qu'il se fût borné au simple rôle de

(1) Il y a ici une double attaque : d'abord j'ai accepté les fonctions de rapporteur dans la commission; en second lieu j'avais en d'autres temps publié une brochure contre le magnétisme.

Pour ce qui est du premier point , j'ai accepté , oui , mais n'ai rien demandé et n'ai remplacé personne; j'ai accepté, bien que prévenu contre le magnétisme, comme M. Husson a remplacé M. Magendie, bien que prévenu en faveur du magnétisme; j'ai cru que dans ces conditions morales je saurais s'il le fallait me rendre à la réalité des faits et faire taire mes préventions; comme M. Husson a cru sans doute que dans ces conditions morales il saurait, s'il le fallait, reconnaître la nullité des faits et faire taire ses préventions. M. Husson prétend qu'il est bien difficile de croire que je n'ai pas subi la nécessité de ma position; la même difficulté se présentait pour lui : donc toutes ces objections sont de nulle valeur et mal placées dans sa bouche.

Pour ce qui est maintenant de ma brochure, il trouve que j'ai accumulé à chaque page le ridicule sur son rapport; il se trompe, ce n'est pas moi, c'est lui qui a ainsi accumulé le ridicule dans son rapport, et je n'ai eu que la peine de le mettre en évidence, de le faire sentir. Il ajoute que j'ai encore accumulé le ridicule sur les extrêmes et minutieuses précautions prises dans certaines expériences! Voilà certes un reproche auquel j'étais loin de m'attendre , car j'ai fait précisément le contraire; j'ai fait sentir dans quel ridicule est tombé le rapporteur quand il nous a dit qu'il fallait admettre toutes ses merveilles , qu'elles étaient démontrées, à moins qu'on n'allât supposer qu'un magnétiseur pût s'entendre avec un homme sans éducation ! Je l'ai trouvé très-ridicule de nous dire que s'il n'avait pas pris certaines précautions, c'est qu'il était arrêté par un scrupule, celui de faire injure aux magnétiseurs et aux magnétisés! Et M. Husson vient nous parler de ses minutieuses et extrêmes précautions!

commissaire? Il est permis de douter qu'il se fût trouvé dans cette assemblée quelqu'un qui, avec ces antécédents, aurait consenti à se charger de ce rapport. Au demeurant, comme aucune dissension ne peut exister entre nous par le jugement que la commission a porté des faits qu'elle a observés , et comme c'est à l'œuvre du rapporteur que je m'attache, je passe à l'examen de son travail. Pour ne rien omettre, je suivrai le rapport dans chacun des articles dont il se compose (1).

La première partie , consacrée à l'histoire académique du magnétisme en France, commence par l'exposé des circonstances qui ont pu déterminer l'académie à s'occuper de nouveau du magnétisme. Le rapporteur rappelle la communication faite le 24 janvier dernier par M. Oudet, relative à l'extraction d'une dent chez une femme plongée dans le sommeil magnétique; et de là, ne faisant aucune mention de la communication donnée huit jours plus tard, le 31 du même mois, par M. Cloquet, il passe à la lettre que M. Berna écrivit à l'académie le 12 février; lettre dans laquelle ce docteur se faisait fort de donner à ceux pour qui, disait-il, l'autorité n'est rien, l'expérience personnelle comme moyen de conviction. M. le rapporteur ajoute que, le 14 du même mois, l'académie a nommé une commission pour assister aux expériences dont M. Berna voulait la rendre témoin.

Mais pourquoi, dans quelle intention omet-il de vous dire que huit jours après la communication de M. Oudet, c'est-àdire le 31 janvier, M. Cloquet vous en renouvelait une bien plus importante? Il s'agissait de l'extirpation d'un sein, pratiquée pendant le sommeil magnétique. C'était à coup sûr une opération plus grave, plus douloureuse, plus longue, bien autrement délicate que l'extraction d'une dent. C'était un lait qui pouvait paraître à l'académie assez saillant et assez extraordinaire pour qu'elle voulût, même avant de connaître la proposition de M. Berna, qu'on étudiât de nouveau cette singulière puissance qui engourdit la sensibilité pendant une des plus grandes opérations de la chirurgie, et quand l'opérateur vous disait que, voyant et voulant juger la durée de l'insensi-

(1) Et moi, pour ne rien omettre, je suivi ; i votre discours dans chacune des attaques dont il se compose.

bilité de In malade, il ne se pressait pas de la terminer. L'ordre chronologique exigeait pourtant que ce fait entrât comme motif dans la décision de l'académie. Mais si on l'eût rapproché de celui de M. Oudet, on aurait appelé de nouveau et plus fortement encore l'attention publique sur ces exemples de l'étonnante insensibilité observée par nos deux confrères, et attestée par l'un d'eux, maître en cette partie de la science, puisqu'il est professeur de chirurgie clinique ; c'est ce qu'on voulait éviter dans un rapport qui ne contenait que des faits négatifs. Puisqu'on voulait faire l'histoire du magnétisme dans les sociétés savantes, on aurait dû savoir que l'histoire ne supporte point de pareilles omissions, qui, si elles ne sont point coupables, sont au moins très-condamnables (1).

M. le rapporteur rappelle ensuite sommairement les expériences faites en 1784 par les commissaires nommés par le roi, et choisis par lui dans l'académie royale des sciences, la faculté de médecine de Paris et la société royale de médecine. Il fait connaître les conclusions prises par ces commissaires, et il invoqueàleur appui l'autorité des noms célèbresde Franklin, Bailly, Lavoisier, Darcet. Mais il se garde de nous dire comment, à cette époque (il y a cinquante-trois ans), ces hommes illustres faisaient leurs expériences. Je vais suppléer à cette omission du rapport ; l'académie jugera s'il y a eu beaucoup

(1) On va voir que notre omission n'avait rien de (rès-condanwable ; remercions toutefois M. Husson de nepasla trouver coupable, tout en la trouvant trèscondamnable, et que Dieu nous garde, en attendant, desjugementsdeM.Husson, qui trouve les choses non coupables, au moins très-condamnables ! Que réservet-il donc aux choses coupables ?

Maintenant M. Husson veut savoir pourquoi je n'ai pas mentionné dans notre rapport l'histoire du sein extirpé par M. Cloôjuct? il demande dans quelle intention y m fait cette omission , et sans attendre ma réponse, il indique charitablement lui-même quelle a été mon intention. Eh bien! la raison en est bien simple , nous n'avons pas relaté ce fait dans notre rapport, parce que lui l'avait très-longuement relaté dans le sien, et parce qu'on avait fermé la porte aux membres de la commission nommée pour vérifier la réalité de ce fait. Il fallait mentionner le fait de M. Oudet, parce qu'il avait amené la proposition de M. Berna; mais il n'y avait pas à parler de celui de M. ('.loquet, qui n'était qu'une réminiscence de son rapport. (Voyez p. 358 la relation de ce fait par M. Husson, et nos remarques critiques.)

d'impartialité à ne pas lui avoir rappelé ces détails ; clic appréciera si un jugement porté après un examen fait avec si peu d'ensemble et de soin peut être cité comme irrévocable, et s'il doit inspirer une confiance aveugle (1).

« Les malades distingués qui viennent au traitement pour leur santé, disent les commissaires du roi, pourraient être importunés par leurs questions; le soin de les observer pourrait les gêner ou leur déplaire ; les commissaires eux-mêmes seraient gênés parleur discrétion. Ils ont donc arrêté que leur assiduité n'étant point nécessaire à ce traitement, il suffisait que quelques-uns d'eux y vinssent de temps en temps pour

(1) Ah! M. Husson , c'est moi que vous accusez ici d'omission! vous osez dire que je me suis bien gardé d'indiquer comment les Franklin, les Bailly, les Lavoisier, les Darcet faisaient leurs expériences! et vous dites cela pour faire entendre que ces savants illustres ne savaient pas observer! et que j'aurais ainsi dissimulé, caché leur impuissance! Moi, infime, j'aurais faussement cherché à grandir ces hommes! Etrange accusation , qui confond mon esprit!!

Ce n'est pas tout, c'est vous qui m'accusez d'omission , c'est-à-dire de n'avoir pas cherché, comme vous, à l'aide d'une citation tronquée, à induire en erreur ceux qui n'ont pas lu le rapport de Bailly. Vous m'aviez donné cet exemple , monsieur, dans votre premier rapport à l'académie (voyez p. 287) ; je savais fort bien qu'avec dix à douze lignes empruntées au rapport de Bailly, vous aviez voulu faire croire à une section de l'académie de médecine que les commissaires de l'ancienne académie des sciences avaient entendu faire des expériences sans interroger les sujets, sans assister régulièrement aux séances; et que partant ils ne savaient pas observer comme on observe à présent, disiez-vous. Je savais cela ; mais c'est un exemple que je me suis bien gardé de suivre.

Vous ne deviez pas ignorer, monsieur, que ces lignes de Bailly s'appliquaient seulement aux séances publiques de Deslon ; à ces prétendus traitements magnétiques faits au milieu d'une cohue d'énergumènes, mais que les commissaires entendaient donner toute leur attention aux expériences isolées, calmes et silencieuses, expériences probantes pour lesquelles Deslon avait consacré chez lui une chambre particulière ; voilà ce que vous ne pouviez ignorer, si vous avez lu en entier le rapport de Bailly. Et c'est vous, encore un coup, qui m'accusez d'omission, parce que comme vous je n'ai pas donné un passage tronqué? c'est vous qui m'attaquez là où vous devez être attaqué? et vous m'accusez d'omission, quand c'est vous qui commettez de coupables omissions! et vous allez vous complaire dans l'énumération de tous les vices attachés à un genre d'observation que vous supposez gratuitement; et vous allez rapporter textuellement les paroles de votre premier rapport ! Je ne chercherai pas à les réfuter, car nous l'avons déjà fait (p. 288); mais je ne m'attendais pas , je l'avoue, à les voir répétées ici.

confirmer les premières observations générales, en faire de nouvelles s'il y avait lieur et en rendre compte à la commission.» ( Rapport des commissaires du roi, 1784, p. S.)

Ainsi, messieurs, on établit en principe, que dans l'examen d'un fait aussi important les commissaires ne feront point de questions aux personnes soumises aux expériences, qu'ils ne prendront pas le soin de les observer, qu'ils ne seront point assidus aux séances dans lesquelles se feront les expériences, qu'ils y viendront de temps en temps, et qu'ils rendront compte de ce qu'ils ont vu isolément aux commissaires réunis ! On ne peut s'empêcher de reconnaître que ce n'est pas de cette manière que l'on fait à présent des expériences ni que l'on observe les faits nouveaux. Et quel que soit l'éclat que la réputation de Franklin, Bailly, Lavoisier et Darcet réfléchisse encore sur une génération qui n'est plus la leur, quel que soit le respect qui environne leur mémoire et le malheur de deux d'entre eux, quel qu'ait été enfin l'assentiment général qui, pendant quarante ans, a été accordé à leur rapport, il est certain que le jugement qu'ils ont porté pèche par la base radicale, par une manière peu rigoureuse de procéder dans l'étude de la question qu'ils étaient chargés d'examiner.

Eh ! toutes ces expériences eussent-el'es été faites avec tout le scrupule qu'on met aujourd'hui dans la recherche de la vérité, nous dirions encore qu'elles n'ont point résolu la question et qu'elles ne pouvaient la résoudre. Le temps n'amènet-il pas chaque jour des progrès dans chaque science, et ce qu'on appelle la vérité aujourd'hui n' est-il pas qualifié d'erreur le lendemain ? Qui eût osé, disions-nous il y a douze ans, s'élever au commencement de ce siècle contre la théorie de Newton sur la lumière? Elle faisait loi en physique; mais Malus découvre les phénomènes de la polarisation , et toute la théorie newlonienne se trouve renversée (1).

(1) Comme ces passages sont extraits mots pour mots du premier rapport de M. Husson sur la nécessité d'examiner le magnétisme, nous les avons déjà amplement réfutés et n'avons pas à y revenir-, disons cependant que si M. Husson avait d'un trait de plume fait tomber l'auréole de gloire qui environne ces grands noms de Franklin, de Lavoisier, etc., il n'avait encore rien dit de Newton ; aujourd'hui qu'il a saisi quelques bribes scientiliques , qu'il a entendu

L'histoire de la médecine n'offre-t-elle pas des exemples frappants de ces changements produits par l'observation de faits nouveaux? Qui de nous ignore qu'un arrêt du parlement, provoqué par un décret de la faculté de médecine de Paris , avait défendu l'usage de l'émétique, et que, quelques années plus lard, ce médicament, administré avec succès à Louis XIV, reprit sa place dans la matière médicale? Ne savons-nous pas aussi qu'en 4763 un arrêt du parlement de Paris, sollicité par la même faculté, défendit que l'on pratiquât l'inoculation de la petite vérole dans les villes et bourgs de son ressort, et qu'après la mort de Louis XV , arrivée le 7 mai 1774, par suite d'une petite vérole confluente, ses trois petits-fils, les trois derniers rois de la branche des Bourbons, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, furent inoculés (4)?

Les jugements des corps savants, les arrêts de l'autorité ne préjugent donc rien pour la suite ; aucuns n'ont enchaîné les siècles à venir. Les travaux de nos devanciers n'ont pas plus de puissance; ce sont des jalons qu'ils ont laissés sur la voie de la science, mais ce ne sont pas des fossés infranchissables qu'ils aient creusés (2); ce ne sont point des barrières qu'ils aient

prononcer le mot de polarisation , sans connaître pour cela le moins d» monde les travaux de Malus et de Fresnel,sans savoir si le système des ondulations est différent du système de l'émission; peu importe, d'un trait de plume encore il fait tomber Newton de son piédestal -, car enfin Newton ne savait pas observer comme on observe à présent! Et tout cela avec accompagnement des mêmes banalités ; qu'il n'y a rien de fixe, rien d'assuré dans la science; que ce qui était vérité hier est erreur aujourd'hui; de sorte que le magnétisme qui était dans le dernier siècle un tissu d'absurdités, pourrait bien être aujourd'hui un faisceau de vérités, mais de vérités qui demain deviendront peut-être autant d'erreurs !

(1) Il faut convenir que M. Husson n'a pas l'esprit fécond ; tout cela se trouve encore dans son premier rapport (Voy. p. 285), en conséquence tout cela se trouve déjà réfuté. L'affaire de l'émétique devait encore revenir, ainsi que l'arrêt du parlement; M. Husson vit là-dessus depuis quinze ans ; les rois de la branche aînée reviennent aussi nécessairement. Ici toutefois M. Husson a fait un petit oubli, il n'a pas parlé du jugement sur les perruques : j'en suis fâché, ceci aurait donné beaucoup de force à ses arguments.

(2) Belle comparaison assurément! les travaux de nos devanciers sont des jalons, mais ne sont ni des fossés ni des barrières ! J'en fais mes compliments bien sincères à M. Husson; ceci ne se trouvait pas dans son premier rapport.

posées pour arrêter le progrès de l'esprit humain. Cet esprit est plus fort cpie tous ces frêles obstacles; il les renverse par sa marche lente, mais sûre; aussi cette autorité des noms qu'on paraît avoir évoquée est nulle aujourd'hui, elle ne peut plus imposer à personne. J'ai mille fois plus de confiance dans les expériences que vous venez de faire que dans toutes celles des commissaires de 1784 (4).

Et ne croyez pas , messieurs , que ces commissaires de 4784 étaient les commissaires des compagnies auxquelles ils appartenaient; il faut vous détromper à cet égard. L'académie des sciences avait constamment repoussé les tentatives que fit Mesmer auprès d'elle pour la rendre témoin de ses expériences; le crédit, la position de M. Leroi, alors président de cette compagnie, et qui avait assisté à quelques expériences magnétiques, avaient échoué complètement auprès de ses collègues.

La société royale de médecine ne put jamais s'entendre avec Mesmer, parce qu'il ne voulut pas se soumettre à certaines conditions qu'elle lui imposait avant de lui donner des commissaires.

La faculté de médecine lui fit le même refus, par la raison qu'elle craignait de lui donner, par cette mesure , de la célébrité à lui et à l'un des membres de la faculté, que M. Dubois nomme un M. Deslon , lequel était docteur régent, l'un des membres les plus distingués de sa compagnie, homme fort honorable et médecin du comte d'Artois, frère du roi (2).

(1) Tirade philosophique et libérale sur les progrès de l'esprit humain qui renverse tous les frêles obstacles! Quant au degré de confiance que nos expériences inspirent à M. Husson, degré de confiance supérieur à celui que lui inspirent les expériences des commissaires de 1784, c'est trop d'honneur en vérité ; car pour nous , et nous pouvons le dire sans modestie, nous nous inclinons devant ces hommes illustres, et reconnaissons qu'ils observaient au moins aussi bien qu'on observe à présent.

(2) Obligés que nous sommes ici de réfuter pièce à pièce M. Husson , il est heureux pour nous que nous ayons composé cette histoire et que déjà elle soit assez avancée pour qu'il suffise au lecteur de tourner de quelques feuillets, afin de se trouver en mesure de juger de l'exactitude des notions historiques de M. Husson. Et d'abord il nous dit que les commissaires de l'académie des sciences et de la société royale n'étaient pas les commissaires des compagnies

C'est après tous ces relus que Louis XVI, sollicite en même temps et par la reine sa femme, la malheureuse Marie-Antoinette, à laquelle Mesmer, arrivant à Paris, avait été fortement

auxquelles ils appartenaient, et cela parce qu'ils avaient été nommés par le roi. Mais qui ne sait cela? et comment une désignation faite par le roi les auraitelle rendus étrangers aux compagnies savantes auxquelles ils appartenaient? Ce qui prouve qu'ils parlaient au nom de leurs collègues, c'est qu'avant de transmettre leurs rapports à l'autorité, ils s'étaient empressés de les communiquer à ces mêmes compagnies.

C'est là un vice de raisonnement chez M. Husson ; maintenant voici des erreurs, des inexactitudes historiques.

M. Husson dit ici en propres termes que l'académie des sciences avait constamment repoussé les tentatives que fit Mesmer pour la rendre témoin de ses expéi iences; c'est là une grosse erreur ! M. Husson n'a donc pas lu les mémoires de Mesmer? il aurait vu que de l'aveu de Mesmer l'académie voulait précisément des expériences, et que c'était lui Mesmer qui les refusait. Mesmer voulait exposer ses dogmes à l'académie, et voilà tout. Nous avons cité ses propres paroles (p. 8), les voici de nouveau : L'enfantillage de me demander des expériences avant de se mettre au fait de la cpiestion m'en aurait fait passer l,e7ivie si je l'avais eue. Vous voyez bien , M. Husson, que Mesmer iCavait pas môme l'envie de faire des expériences devant l'académie, et qu'il regardait comme un enfantillage la proposition d'en faire. Et voilà comme vous traitez l'histoire!

Vous dites ensuite que la société royale ne put jamais s'entendre avec Mesmer, parce qu'il ne voulut pas se soumettre à certaines conditions qu'elle lui imposait avant de nommer des commissaires. Mais vous vous gardez bien de dire quelles étaient ces conditions, vous vous gardez bien de citer les lettres si dignes et si belles de Vicq-d'Azyr ; ces lettres qui montrent comment le secrétaire perpétuel entendait et soutenait l'honneur de la société (Voyez p. 10 et 12). Une société savante est en général ce que la fait son secrétaire perpétuel , et la société royale était digne et forte, parce que Vicq-d'Azyr était lui-même digne et fort.

Quant à l'ancienne facultéde médecine, nous l'avons blâmée (Voyez p. 13], parce qu'il nous a paru qu'elle s'était refusée à tout examen ; H. Husson prétend que le vrai motif de son refus c'est qu'elle craignait d'abord de donner de la célébrité à Mesmer : c'est une erreur : Mesmer était déjà arrivé au plus haut degréde célébrité, mais il lui manquait la sanction scientifique, et il ne l'a jamais eue. En second lieu, elleaurait craint de donner de la célébrité à Deslon : point; conduite par ses préjugés scholastiques, elle voyait en Deslon un apostat, un faux frère qui reniait les vrais principes de la médecine. Voilà les véritables faits historiques, nous avons dû les rétablir. Ajoutons maintenant que ce qui a le plus scandalisé M. Husson dans celle affaire, c'est que j'ai traité un peu leste-

recommandé par ses amis*etses parents de la cour de Vienne(l); que , sollicité en même temps par le comte d'Artois , son frère, qui l'était lui-même par son médecin, M. Deslon; c'est alors (2), dis-je, que le roi nomma de sa propre et souveraine autorité, des commissaires qu'il dut naturellement choisir dans

ment Deslon dans mon rapport, que je l'ai appelé un M. Deslon. Aussi pour réhabiliter Deslon , il n'a rien trouvé de mieux à faire que de rappeler emphatiquement en pleine académie que M. Deslon était médecin du comte d'Artois! ce qui excita un rire général dans l'assemblée.

(1) Ses parents et ses amis à la cour de Vienne ! Où M. Husson a-t-il vu cela? son amour pour le magnétisme lui fait voir en beau tous les magnétiseurs, et il ne pouvait faire autrement que de rendre hommage à leur maître à tous, au grand Mesmer. Mais nous qui sommes restés dans la sévérité des faits historiques, nous avons vu comment Mesmer, chassé de Vienne, s'était réfugiéà Paris ; et quant à la prétendue protection de la reine Marie-Antoinette, on a pu voir à quoi tout s'était réduit, savoir : qu'un moment celle malheureuse princesse avait partagé l'engouement de tout son entourage pour le charlatan à la mode; ce qui plus tard avait porté ce dernier à lui adresser la missive insolente que nous avons fait connaître. Dans celte cour de Louis XVI, les intrigants de tous les étages s'adressaient à la reine, cherchaient à la circonvenir, et semblaient déjà tout faire pour précipiter sa triste destinée. Mais que M. Husson se détrompe, il n'y avait là ni parents ni amis de la cour de Vienne ; loin de là , dans sa lettre à la reine, Mesmer cherche à la prémunir contre les mauvais renseignements venus de Vienne sur son compte.

Avant de finir cette note, disons que c'est là un des passages pathétiques que M. Husson n'a pas prononcé à l'académie dans notre discussion; ceci lui aura été inspiré depuis par les magnétiseurs.

(2) Autre erreur historique : les sollicitations de Mesmer à la reine sont du 29 mars 1781 ; il pose son ultimatum, il fixe son départ au 18 septembre de la même année, et les commissaires ne furent nommés qu'en mars 1784; ainsi ce n'est que quatre ans après les sollicitations, non pas de la reine au roi, non pas du comte d'Artois , M. Husson imagine tout cela , mais tout simplement de Mesmer qu'on résolut d'examiner scientifiquement la question. Mais ensuite , qu'on ne s'y trompe pas, car M. Husson altère ici l'histoire, jamais Mesmer lui-même n'a sollicité un examen; suivant lui c'était là un enfantillage, le mot est de lui; il sollicitait une approbation pure et simple, et déplus il sollicitait la reinede ne pas regarder à deux ou trois cents mille francs! de plus ou de moins pour le bonheur de ses sujets (Voyez p. 24). Voilà ce que demandait, ce que sollicitait cet homme cupide , et M. Husson voudrait nous faire croire que si plus tard le roi a nommé des commissaires, c'est qu'il ne pouvait résister aux sollicitations de la reine et du comte d'Artois!

les compagnies qui avaient refusé d'examiner la doctrine nouvelle, mais où se trouvaient les personnes les plus propres à éclairer le public sur la valeur du magnétisme. Ces commissaires, messieurs, n'étaient point les commissaires de leurs compagnies, qui avaient été étrangères à leur nomination; ils étaient les commissaires du roi. C'était à lui et non à leurs compagnies qu'ils devaient rendre et qu'ils ont rendu compte de leurs travaux. La première page de leur rapport en fait foi ; je la lis textuellement : « Le roi a nommé, le 12 mars 1784, des médecins choisis dans la faculté de Paris, MM. Borie, Sallin, Darcet et Guillotin, pour faire l'examen et lui rendre compte du magnétisme animal pratiqué par M. Deslon ; et, sur la demande de ces quatre médecins, sa majesté a nommé, pour procéder avec eux à cet examen, cinq membres de l'académie des sciences : MM. Franklin, Leroi, Bailly, de Bory et Lavoisier. »

D'autre part, je lis la même phrase du rapport des commissaires choisis dans la société royale de médecine; elle est conçue en ces termes : « Nous avons été nommés par M. le baron de Breteuil, conformément aux ordres du roi , pour suivre les procédés de M. Deslon dans l'application du magnétisme animal au traitement des maladies, et pour en rendre au ministre un compte qu'il doit mettre sous les yeux de sa majesté (1). »

(1) Ce mode de nomination était le seul alors en usage; l'autorité désignait, d'accord avec les sociétés, les commissaires qui devaient être pris dans leur sein ; comme aujourd'hui, pour des questions d'hygiène publique, l'autorité désigne des commissaires dans les conseils de salubrité. C'était le mode de nomination alors en usage, c'était la formalité nécessaire, ce qui n'empêchait pas que les commissaires n'appartinssent réellement aux compagnies d'où ils étaient sortis. La seconde formalité c'est qu'on était censé rendre compte au roi; et ainsi pour toutes les questions dans lesquelles certes le roi pouvait fort bien ne rien connaître. Ces commissaires, du reste, appartenaient si bien à leur société, que l'autorité n'ayant d'abord nommé que quatre médecins, Corie, Sallin, Darcet et Guillotin, ceux-ci demandèrent au roi (autre protocole) de leur adjoindre cinq membres de l'académie des sciences , ce qui ne souffrit aucune difficulté. De même pour la société royale. Ces compagnies, établies pour éclairer le gouvernement, ne pouvaient procéder que de cette manière; mais M. Husson, qui du reste n'a pas encore lu ce passage a l'académie, tient à nous faire croire 1° que les commissaires de 1784 ne savaient pas observer comme

Ces commissaires furent MM. Poissonnier-Despérières, Mauduyt, Andry, Caille et de Jussieu.

Ces commissaires firent leur rapport au roi; ceux choisis dans l'académie des sciences et dans la faculté royale de médecine, le 11 août 1784, et ceux de la société royale de médecine, le 17 du même mois. Les commissaires pris dans la faculté en donnèrent une lecture tout à fait officieuse à leur compagnie, le

on observe à présent; 2" que ce n'est pas le magnétisme qu'ils ont jugé; 3° qu'ils n'étaient pas même des commissaires de compagnies savantes, mais des commissaires royaux, des espèces àemissi dominici.

M.Husson, qui paraît ignorer les formes alors en usage, prend les choses au pied de la lettre, et parce que les commissaires disent que leur compte rendu au ministre sera mis sous les yeux de sa majesté, M. Husson se figure que le roi Louis XVI s'est mis à lire le récit des expériences dites magnétiques, les dissertations sur les crises et sur les humeurs, etc., etc., sauf ensuite à donner une heure aux soins de son empire.

Il y a eu en effet un rapport qui a dû être mis sous les yeux du roi , rapport fait tout exprès pour ce prince et non pour le public; c'est le rapport secret : c'est que c'était là une affaire de morale, une affaire de police, et le roi devait en prendre connaissance.

Quant à ce que dit ensuite M. Husson, que les commissaires avaient donné simplement à leurs compagnies une lecture officieuse de leur rapport, c'est lui qui trouve cela ; pourquoi officieuse plutôt qu'officielle? Mais il n'y a pas eu de discussion , ajoute-t-il; qu'en savez-vous? Votre rapport, à vous, n'a été ni discuté, ni approuvé, cela est connu ; les procès-verbaux de l'académie et les journaux de l'époque en font foi. Mais de votre aveu, les rapports des commissaires de 1784 ont été approuvés par leur compagnie, et c'est là précisément ce qui vous manque.

Voilà cependant ce que M. Husson appelle sans façon l'histoire fidèle des rapports de l'ancienne académie des sciences et de la société royale demédecine; l'exactitude, suivant lui, consiste à dire qu'ils ont été approuvés par une sorte d'entraînement irréfléchi 1 irréfléchi : le mot est curieux : il paraît qu'à cette époque encore on ne réfléchissait pas comme on réfléchit à présent. Ainsi j'aurais été historien exact; j'aurais été fidèle, si j'avais ajouté que les rapporteurs avaient fait à leurs compagnies une lecture de complaisance (ce sont les termes de M. Husson); si j'avais soutenu comme lui, que ces compagnies s'étaient refusées antérieurement à tout examen; qu'on leur donnait du reste une connaissance inexacte du magnétisme. C'est àces condilionsseulenient que j'aurais été historien fidèle. Fort heureusement, je l'ai dit au commencement de cette note, notre hisloireest là pour faire foi qui de nous deux est dans le vrai , et les pièces du procès ont été mises sous les yeux du lecteur.

24 août ; et, dans la mémo séance, sans aucune discussion préalable, elle a approuvé ce rapport. La société royale de médecine approuva également, sans discussion préalable, le rapport que les commissaires choisis dans son sein lui avaient communiqué, et dès lors on publia que la question du magnétisme était irrévocablement et surtout équitablement jugée.

Voilà, messieurs, l'histoire fidèle de ces deux rapports qu'on nous dit avoir été discutés et adoptés par des majorités académiques ; rapports que l'on prétend vous donner comme le résultat de sages et lumineuses discussions, de graves et longues délibérations, et comme devant encore faire loi aujourd'hui. Il eût été plus exact de nous dire qu'ils avaient été approuvés comme par une sorte d'entraînement irréfléchi, sans aucune discussion, après une lecture de complaisance, par des compagnies qui s'étaient constamment refusées à tout examen, et auxquelles on donnait pour la première fois une connaissance, inexacte il est vrai, mais au moins scientifique, de la doctrine du magnétisme.

Une quatrième omission grave, et que nous ne savons comment qualifier, est relative aux travaux des deux commissions créées par l'académie en 1825 et 1826, et au rapport qui vous a été présenté en 1834. M. le rapporteur prétend faire l'histoire du magnétisme dans les sociétés savantes de France , et il oublie les travaux de l'académie, qui vient de lui ouvrir ses portes, et devant laquelle il parle ! Il me semble que quand il prenait tant de soins pour nous rappeler les conclusions des rapports des commissaires de 1784, il y aurait eu de la justice, et surtout de la bonne foi, à faire connaître la marche sage et mesurée suivie par la section de médecine pour la solution de celte simple question : L'académie doit-elle s'occuper de l'étude du magnétisme? N'était-il pas de son devoir, s'il voulait être historien fidèle, de nous dire que cette question, soulevée par un de nos confrères , M. le docteur Foissac , avait été renvoyée le 11 octobre 1825 à une commission composée de MM. Adelon, Parisel, Marc , Burdin aîné et Husson , et que , le 13 décembre suivant, cette commission avait fait un rapport dont la conclusion finale était que l'on devait accueillir la proposition de M. Foissac, et charger une commission spéciale de l'étude c[ de l'examen du magnétisme animal? 11 aurait dû également

dire que ce rapport fut discuté dans les séances des 10, 24 janvier et 26 février 1826; que, dans cette dernière séance , la commission répondit à toutes les objections rédigées contre son rapport, et qu'enfin , après les discussions qui occupèrent exclusivement trois séances, ce rapport et ces conclusions furent, chose unique et qui ne s'est pas renouvelée depuis en matière de science, adoptés au scrutin secret, à une majorité de trente-cinq voix contre vingt-cinq; il y avait soixante votants. C'était là un fait historique à consigner dans son travail; et, comme rapporteur de cette première commission , je lui reproche hautement de l'avoir passé sous silence. Je poursuis: N'était-il pas également de son devoir d'historien, qu'après avoir rétrogradé de cinquante-trois ans pour chercher dans le passé des opinions dont les auteurs n'existent plus, il fit mention des travaux entrepris de son temps par la commission de 1826? Ne devait-il pas rappeler qu'après six ans de peines, de patience, de dégoûts, cette commission, composée de MM. Bout* dois, Leroux, Itard, Marc, Fouquier, Gueneau de Mussy, Thillaye, Guersent , Magendie , Double , Husson, avait fait à l'académie, les 21 et 28 juin 1831, un rapport dans lequel elle avait établi que le magnétisme qu'elle avait examiné et étudié n'était pas le même que celui qu'on avait prétendu juger en 1784; qu'il n'était plus question de baquets, de baguettes , de crises, de musique, de nombreuses réunions de magnétiseurs et de magnétisés, déchaînes, de convulsions, d'arbres magnétisés; qu'un phénomène nouveau , inconnu des commissaires de 1784, le somnambulisme, avait été observé depuis cette époque, et que la commission avait cherché à en faire une étude particulière? Non; fidèle à son état d'hostilité contre les magnétiseurs, M. le rapporteur a gardé un silence absolu sur cette nouvelle position, sur ce fait nouveau et jusqu'alors inexplicable. Il a accumulé les déclarations contraires au magnétisme, déclarations qu'il a été prendre cinquante-trois ans derrière lui, et il n'en a fait connaître aucune qui lui fût favorable, aucune que les témoins encore vivants auraient pu défendre si on les eût attaquées. Est-ce là de la bonne foi? est-ce de l'impartialité? est-ce làfaire l'histoire académique du magnétisme(l)?

(1) Nous arrivons maintenant au grand grief : voilà une omission que

Cette partie historique du rapport occupe deux cent quatorze lignes dans le journal politique où il l'a fait insérer le surlendemain du jour où il l'a lu à l'académie; et la seule phrase où il soit question de la commission de 1826 en occupe quatre et

M. Husson ne sait comment qualifier; je n'ai pas parlé, ou j'ai à peine parlé des deux rapports de 1 826 et 1 831 ! et la grande raison qui fait que M. Husson ne sait comment qualifier cela , c'est qu'il en est l'auteur!

Avant d'entrer dans la discussion de ce passage , je répéterai ce que j'ai répondu en pleine académie, savoir : que son rapport n'ayant été ni discuté , ni approuvé par l'académie, je n'avais pas à m'en occuper, pas plus que des autres opinions individuelles des membres de l'académie. J'ajouterai ensuite que la commission m'avait défendu d'en parlerdansmonrapport.Nousnousimaginions tous que M. Husson, après un si long temps, était honteuxde son rapport, qu'il n'osait plus en dire mol, et qu'il nous saurait gré de ne pas réveiller cette malheureuse question. Grande était notre erreur ! je le vois ici , il aurait voulu que nous en parlassions, mais en quels termes; voici, il nous trace lui-même cette mai die précisément dans ce passage ; j'aurais dû m'exprimer ainsi : Messieurs, deux commissions ont été créées par l'acadé>nie (notez que j'aurais dû dire académie et non pas section , académie produit pius d'effet) en 1825 et en 1826 ; puis un rapport vous a été présenté en 1851 (j'aurais dit présenté, ce mot n'engage pas; il nedit pas approuvé, c'est vrai, mais il ne dit pas non discuté, non approuvé), car je ne dois pas omettre ici les travaux de l'académie (notez encore que j'aurais dû dire , en faisant allusion au rapport de M. Husson : travaux de l'académie ! La vérité est qu'elle n'a ni discuté, ni approuvé ce rapport; peu importe, pour faire plaisir à MM. les magnétiseurs j'aurais dit travaux de l'académie) ni oui/lier de faire connaitre à cet égard la marche sage et mesurée de la section (c'est-à-dire de l'auteur des deux rapports , cela s'entend). Cette question, aurais-je dû ajouter, soidevée par un de nos confrères, M. le docteur Foissac (confrère qui au moyen de ses somnambules en sait beaucoup plus que nous tous, qui sommes ses confrères, non pas en magnétisme, mais en médecine, en supposant qu'il veuille bien tenir encore quelque compte de la médecine), fut renvoyée à une commission composée de etc. Le 13 décembre suivant, M. Husson vous a fait U7i rapport dont ta conclusion finale était que l'on devait accueillir les propositions de M. Foissac (il est bien vrai que telle n'a pas été la conclusion finale de la commission; que le manuscrit de M. Husson consulté par nous ne dit pas cela , ne mentionne pas M. Foissac ; que. c'est celui-ci qui dans sa compilation revue par M. Husson a ajouté cela. Mais peu importe; pour être , comme dit ici M. Husson, juste et de bonne foi, j'aurais dû dire cela) ce rapport (qui n'était pas un rapport sur le magnétisme , mais sur l'opportunité de V examiner de nouveau) a été discuté dans les séances des 10 et 24 janvier, et 26 février 1826; dans celte dernière séance M. Hussoji répondit à toutes tes

demie, c'est-à-dire la quarante-deuxième partie. La voici, celte phrase : « Nous n'entrerons point dans l'historique d<i toutes les expériences qui lurent faites en présence de nos collègues : nous respectons leurs convictions; mais leur rapport ne peut

objections dirigées contre son rapport ^j'aurais dû faire sonner cela très-haut, discuté! on s'y serait peut-être laissé prendre, etonauraitdit : Voilà du moins un rapport favorable qui a été discuté). Trois séances , messieurs, ont été remplies par ces discussions, et enfin ce rapport et ses conclusions , chose unique! (auraisje dû m'écrier) et qui ne s'est pas renouvelée depuis en matière de science! ont été adoptés au scrutin secret et à une majorité de trente-cinq voix contre vingtcinq! (C'est ainsi que j'aurais dû ni1 exprimer; je ne l'ai pas fait, et M. Husson me reproche hautement d'avoir passé sous silence ce moment le plus beau de sa vie.)

Ce n'est pas tout ; arrivant au second rapport , et toujours d'après la marche tracée par M. Husson, j'aurais dû reprendre delà sorte : Après six ans de peine, de patience , de dégoûts, une commission composée de MM. Dourdois, Leroux, Itard, Marc, Fouquier, Gueneau de Mussy, Thillaye, Magendie, Double et Husson (comment, j'aurais dû mettre dans cette commission M. Magendie et M. Double? M. Magendie que je savais avoir été remplacé en qualité de secrétaire-rapporteur par M. Husson! et M. Double qui s'était retiré! deux membres qui n'avaient pris part à aucune expérience et qui n'avaient rien signé, rien présenté à l'académie, et j'aurais dû, malgré tout cela, pour être historien fidèle, pour être juste, pour être de bonne foi, j'aurais dû les comprendre dans la commission! Enfin passons outre) a fait à l'académie, /es 21 e(28 juin 1831, un rapport dans lequel elle avait établi, etc., etc.. et ici j'aurais indiqué ce que le rapporteur avait eu l'intention d'établir. Mais qu'aurait dit M. Husson, si après ces mots j'avais ajouté ceux-ci , en historien fidèle et complet: Ce rapport, messieurs , après avoir été lu , excita dans t' académie un sentiment général d'incrédulité ; de nombreuses réclamations s'élevèrent de tous côtés, et on voulut immédiatement en aborder la discussion. M. Husson ne parut pas d'abord vouloir se refuser à cette discussion ; mais comme son rapport était très-étendu , comme il renfermait de longs détails sur les expériences, l'académie décida que pour apporter plus de précision et plus d'ordre dans celte grande discussion , ce rapport serait préalablement autographié , de telle sorte que chaque membre ayant en main un exemplaire de ce rapport, pourrait faire avec netteté et avec facilité tontes ses objections. Ceci arrêté , on dut attendre que le manuscrit fut autographié ; mais alors le rapporteur éclairé sur l'effet que son rapport avait produit dans l'académie , jugea à propos de n'en plus parler, puis enfin de. se refuser à toute discussion , disant que c'était une simple communication qu'il avait prétendu faire à ses collègues. Je reprends ma question et demande comment M. Husson aurail pris cela? Très-mal, assurément; et c'est pour cela que nous résolûmes pru-

DU MAGNÉTISME AMMAL. 537

être considéré comme l'expression générale de l'opinion de l'académie.»

Je réponds à chacun des membres de cette phrase (4) : Qui vous empêchait d'entrer dans cet historique? c'était votre devoir; vous l'aviez rempli pour les commissaires de 1784, et vous vous en affranchissez pour la commission de •1826, la seule qui soit émanée d'une élection académique, la seule par conséquent dont vous deviez faire mention, et dont les membres siègent encore dans cette salle, sur le banc presque où vous êtes assis (2). Et si vous les aviez rappelées, ces expériences, auriez-vous prétendu nier les faits que nous avons vus et dont vous n'avez pas été les témoins, et que par conséquent vous ne pouvez pas juger (3)? N'auriez- vous de croyance que pour ceux qui sont contraires à l'existence du magnétisme? Auriez-vous rejeté impitoyablement ceux qui

demment de mentionner son travail avec les égards dus à un collègue, sans entrer dans aucuns détails, et sans porter un jugement sur son contenu. Je l'ai déjà dit, nous pensions être très-agréables à M. Husson en parlant avec cette révérence d'un rapport désavoué, d'un rapport mort-né! Pas du tout, M. Husson qui a estimé les choses à la longueur, mesure ce que nous avons donné aux autres et ce que nous avons donné à lui-même, et il trouve sa part bien petite : deux cent quatorze lignes pour les autres et quatre lignes et demie pour lui ! rien que cela! En d'autres termes, il n'a eu en partage que la quarantedeuxième partie du tout!!

Singulier et amusant calcul! Ajoutez que ceci est évalué d'après un journal qui n'avait donné qu'un extrait de notre rapport.

(1) El je répliquerai pour chacun des membres de cette phrase.

(2) Vous demandez ce qui m'empêchait d'en lier dans cet historique? je répondrai : le ridicule indicible de cet historique ; c'eût été un devoir si cet historique eût été sanctionné par l'académie; comme il ne l'avait pas été, c'eût été un mauvais tour à vous jouer. Oui, l'élection parlait de l'académie, mais aucune approbation n'avait été demandée à l'académie, on s'était passé de sa sanction, on l'avait en quelque sorte dédaignée; donc nous n'avions pas à nous en occuper.

(5) Vous demandez si, rappelant ces expériences, j'aurais prétendu nier les laits que vous avez vus, dont je n'avais pas été témoin et que par conséquent je ne pouvais juger? Vous finissez par un mauvais raisonnement : Si on ne pouvait juger que les faits qu'on a vus, on n'aurait que bien peu de chose à juger; mais je réponds à votre question, et je dis qu'il faut distinguer : Non, je n'aurais pas prétendu nier les faits que vous ayez vus, mais j'aurais prétendu les

établissent une opinion opposée à la vôtre, et que vous attestent des collègues tout aussi méfiants, tout aussi éclairés, tout aussi judicieux que vous (-1)? Ces faits, il est vrai, ne cadrent pas avec vos opinions connues et publiées ; ce ne sont pas moins des faits aussi prouvés, aussi positifs que ceux que vous nous dites s'être passés sous nos yeux; ils vous paraissent extraordinaires, mais devez-vous en conclure qu'ils n'ont pas eu lieu? La portée de l'intelligence humaine est-elle donc la mesure de la réalité de tous les faits extraordinaires dont nous sommes environnés? Nous croyons, nous , à vos expériences sans en avoir été témoins; et vous, vous taisez les nôtres, uniquement parce qu'elles contrarient vos idées conçues. Persuadez-vous donc bien que, quoiqu'elles les contrarient, elles ne les détruisent pas (2).

juger. N'aurais-je de croyance, demandez-vous encore, que pour les faits qui sont contraires à l'existence du magnétisme? Je répondrai : J'ai de la croyance pour tous les faits bien observés et bien interprétés, et quand on m'en donnera avec ces conditions, qu'ils soient favorables ou non au magnétisme, je leur accorderai ma croyance.

(l)Aurais-je rejeté impitoyablement ceux qui établissent une opinion opposée à la mienne, et que nf attestent des collègues tout aussi méfiants, tout aussi éclairés et toutaussi judicieux que moi?

Oui , M. Husson , j'aurais rejeté impitoyablement des faits qui , par la mau vaise interprétation que vous leur avez donnée, tendraient à établir une opinion contraire à la mienne, quand bien même ils seraient attestés par des collègues que je regarde comme plus éclairés que moi , mais que je crois un peu moins méfiants en matière de magnétisme.

Ces faits, qui ne cadrent pas avec mes opinions connues et publiées, ne sont pas moins, dites-vous, des faits prouvés, aussi positifs que ceux que je dis s'être passé sous mes yeux.

Je les regarde en effetcomme aussi prouvés, aussi positifs , mais je maintiens qu'ils sont déteslablement interprêtés.

(2) Autre question que vous m'adressez :

— Us vous paraissent extraordinaires, ces faits, mais devez-vous en conclure qu'ils n'ont pas eu lieu?

— Us me paraissent très-ordinaires en eux-mêmes, mais c'est vous qui, par votre interprétation, les avez rendus extraordinaires ; j'en conclus qu'ils ont eu lieu , mais que vous les avez mal jugés.

Puis vous demandez si la portée de l'intelligence humaine est la mesure de la réalité de tous les faits extraordinaires dont nous sommes environnés?

Vous dites que vous respectez nos convictions; faut-il vous remercier de vos généreuses concessions (1) ? Faut-il vous savoir gré de cette espèce de pitié que l'on accorde aux extatiques, aux illuminés, et que vous paraissez vouloir bien laisser tomber jusqu'à nous? Enfin, vous terminez en disant que notre rapport ne peut pas être considéré comme l'expression générale de l'opinion de l'académie (2). Mais nous n'avons jamais prétendu le contraire : la preuve en est dans les dernières phrases de ce rapport auquel votre pamphlet n'a épargné aucun sarcasme, aucune injure. Voilà comme nous nous exprimons : « Nous ne réclamons pas de vous une croyance aveugle (3) à tout ce que nous avons rapporté, et que vous n'avez ni vu ni étudié avec et comme nous. Nous concevons même qu'une grande partie de ces faits sont si extraordinaires que vous ne pouvez pas nous l'accorder. Peut-être nous-même oserions-nous vous refuser la nôtre si, changeant de rôle, vous veniez les annoncer à cette tribune, à nous qui , comme vous aujourd'hui, n'aurions rien vu, rien observé, rien étudié, rien suivi.» (Rapport sur les ex -

Mais encore un coup il n'y a d'extraordinaire dans vos faits que ce que vous y avez mis, et la portée de mon intelligence n'est nullement dépassée par leur réalité, elle peut se hausse)- jusque-là, comme à un haut de chausse.

Maintenant vous voulez me faire une concession, et vous me dites : Nous croyons , nous, à vos expériences, sans en avoir été témoins, et vous vous taisez sur les nôtres uniquement parce qu'elles contrariaient vos idées préconçues. C'est vouloir me passer la casse pour que je vous passe le séné. Je vous le dis une dernière fois, j'ai gardé le silence sur vos faits, parce qu'il aurait fallu parler de vos conclusions qui toutes sont détestables.

(1) Oui, il fallait nous remercier de ce que nous n'avions pas voulu en pleine académie mettre à nu toutes vos infirmités et soulever malgré vous une discussion que vous refusiez depuis six ans.

(2) J'ai dit cela à une époque où j'ignorais que vous aviez revu les épreuves du livre de M.Foissac, danslequel il est dit textuellement : Ce rapport peut donc être considéré comme t'exp-ession générale de l'académie; mais maintenant que je sais que vous avez revu ses épreuves, il m'est difficile d'accorder cela avec votre présente déclaration. Quant auxmotsde/;ampMe{, sarcasme et injure, je ne veux pas les relever ici.

(5) Une croyance aveugle, comment donc! mais vous n'étiez pas difficile, ïl vous fallait à ce qu'il paraît une croyance éclairée; ce n'était pas peu de chose pour une fille qui voyait dans l'estomac de se» clients, qui prescrivait des remèdes en conséquence, et pour vingt autres histoires de la même force.

périences magnétiques, lu en juin 4831, in-4°, page 77). Nous n'avons donc pas eu la prétention que vous paraissez vouloir combattre, et si vous l'avez eue pour votre travail, j'espère que l'académie, au jugement de laquelle nous en appelons avec confiance, sera trop équitable pour ne pas vous prouver que vous êtes dans l'erreur.

Après avoir fait connaître, messieurs, les omissions capitales qui fourmillent dans la première partie de ce rapport, si j'en examine la deuxième partie, je ne puis pas ne pas témoigner combien elle m'a paru sortir des bornes de la gravité et de la convenance qui jusqu'à présent se sont fait remarquer dans les travaux des rapporteurs des différentes commissions (4).

M. le rapporteur appelle d'un bout à l'autre le ridicule sur un jeune confrère dont les expériences n'ont pas réussi comme il l'avait annoncé, et qui paraît avoir été la dupe de deux femmes se disant somnambules (2). Mais il n'y a rien d'extraor-

(1) Il ne suffit pas de dire que dans un travail on est sorti des bornes de la gravité et de la convenance ; il faut au moins donner quelques preuves d'une semblable assertion. Rien ne serait plus facile au moyen de quelques citations de démontrer qu'en effet on n'a pas observé le degré de gravité que le sujet comportait, et d'autre part qu'on a manqué aux convenances. M. Husson n'a fait ici aucune citation, c'est qu'il savait qu'aucun passage n'aurait juslitié son accusation.

(2) Je répéterai ici ce que je viens dédire dans la note précédente : puisque d'un bouta l'autre de mon travail j'aurais appelé le ridicule sur ce jeune confrère, pourquoi M. Husson, et c'eût été d'après son dire chose très-facile, pourquoi n'a-t-il pas fait quelques citations à l'appui de son reproche? C'est qu'il n'y avait pas moyen , le fond emportait la forme-, et une citation quelconque aurait prouvé que le ridicule n'était pas dans les expressions, mais bien dans les choses. Ici toutefois la nouvelle commission peut s'applaudir d'un résultat important; elle a fait dire à M. Husson , peut-être pour la première fois de sa vie, que des commissaires avaient eu à examiner deux femmes se disant somnambules; c'est quelque chose en effet d'avoir fait reconnaître à ce médecin qu'il peut y avoir des sujets qui se disent somnambules. Cependant il affecte de trouver que si le magnétiseur a été dupe de ces deux femmes (autre résultat non moins important d'avoir démontré à M. Husson qu'il peut y avoir des dupes), il n'y a rien d'extraordinaire dans cette déconvenue ! (il faut convenir que ce dernier mot est assez bien choisi, j'engage les magnétiseurs à le conserver.) Mais attendez, n'allez pas vous faire illusion ; si JVI. Husson reconnaît que dans les expériences magnétiques il peut y avoir des soi-disant somnambules , des dupes et des décon-

dinaire dans celle déconvenue. On sail que rien n'est plus mobile, plus variable que les effets magnétiques; et c'est cette mobilité, celle inconstance qui éloigne tant de personnes de s'en occuper et de l'étudier. Quels sont, pourrions-nous le demander, les faits en médecine pratique, en thérapeutique, en physiologie qui soient toujours lixes et immuables? Ceux dont on ne nous épargne aucun détail sont du nombre de ceux que l'on rencontre fréquemment. Nous avons en 4831 rapporté trois faits absolument semblables à ceux de M. Berna (1) ;

vernies, il ne pense pas à mal pour cela : c'est l'effet, non de la supercherie, non de la ruse, non du charlatanisme; c'est l'effet de la mobilité, de la variabilité des effets magnétiques!! et c'est précisément, ajoute-l-il, celte mobilité et celle inconstance qui éloigne tant de personnes de s'en occuper et de l'étudier. Ce serait ensuite (aire tort au magnétisme que de le croire seul sujet à ces variations. N'est-ce pas la même chose en médecine pratique, en thérapeutique, en physiologie? n'y a-t-il pas aussi dans ces sciences des déconvenues, des dupes, etc., etc.; donc n'attribuez pas ces inconvénients au magnétisme seul. Voilà le raisonnement de M. Husson.

(1) J'accorderai bien volontiers à M. Husson qu'il a observé des faits absolument semblables à ceux dont nous avons été témoins; j'irai même sous ce rapport plusloin, je dirai que fcmsles faits négatifs observés n'ont pas plus de valeur en magnétisme que les nôtres; mais il reste une grande, une immense différence entre nous. Lorsque les faits sont complètement défavorables au magnétisme, lorsqu'ils sont opposés, lors même qu'ils ont une issue telle que la jonglerie est mise à nu, M. Husson se borne à dire : Cette expérience n'a pas réussi ! Nous, nous procédons autrement : iorsqu'ayanl tendu des pièges aux somnambules, lorsqu'ayant toutfaitpour leur laisser croire qu'on pouvait très-facilement faire de nous des dupes, nous les surprenons en fraude, nous les saisissons la main dans le sac, non-seulement nous disons que cela n'a pas réussi, mais nous en inférons deux choses : d'abord que les sujets n'ont pas été mis dans l'état dit de somnambulisme , et ensuite que ces sujets sont des fripons , pour appeler les choses par leur nom.

Libre à M. Husson d'appeler cela variabilité, mobilité des effets magnétiques; nous, nous disons : Puisque cette somnambule qui prétend voir les maladies qui sont dans le corps de ses clients a voulu nous tromper, il est évident qu'elle trompe les malades assez imbéciles pour la consulter.

Quant au magnétiseur dont il est ici question, nous n'avons pas plus effleuré (encore un de ces mots qui ne peuvent appartenir qu'à M. Husson), pas plus effleuré sa considération que M. Husson lui-même. Qu'on se reporte à nos conclusions, et on verra que- nous avons fini par déclarer que ce M. Berna s'était

•et quoique, comme dans la circonstance présente, ils eussent été entièrement contraires à ce que nous avaient annoncé et prédit les trois magnétiseurs qui nous avaient appelés pour en être témoins, nous nous sommes gardés d'effleurer la considération à laquelle tout homme convaincu par des expériences a droit de prétendre, quand bien même d'autres expériences semblables ne réussiraient pas. Cet homme peut se tromper ; mais il n'en résulte pas qu'il veuille en tromper d'autres.

Ce M. Berna, que je ne connais pas, que je n'ai jamais vu, avec qui je n'ai jamais eu aucun rapport direct ou indirect, auquel on accorde du savoir et du talent, a eu le grand tort de faire des promesses aussi positives que celles qu'il vous a adressées. Il a prouvé dans cette circonstance qu'il ne connaissait pas toutes les anomalies, toutes les incertitudes des phénomènes dont il s'occupe; qu'il ne s'est pas assez méfié de la tendance de certains somnambules à exploiter la crédulité publique (1). Mais ce tort qui, au demeurant, part d'une conviction fondée sur d'autres preuves, est-il tellement grave qu'on doive placer ce jeune confrère sur des tréteaux, pour y être l'objet de la risée publique? Accordez, messieurs, quelque chose

fait illusion à lui-même; or, il n'y a rien dans celte conclusion qui puisse effleurer la considération de personne.

(1) Ce paragraphe tout entier et même le suivant roulent encore sur ce fait, que nous aurions dans notre rapport effleuré la considération de M. Berna, que nous l'aurions même placé sur des tréteaux; je viens de réfuter cette allégation, je n'y reviendrai pas; loin de là, je prendrai la défense de M. Berna contre M. Husson lui-même. Et d'abord M. Husson, pour désigner ce magnétiseur, dit assez irrévérentieusement : Ce M. Berna ; c'est presque aussi fort que quand j'ai dit en parlant de l'aide de camp de Mesmer, un M. Deslon; et M. Husson m'a tancé assez vertement à ce sujet. Ensuite , suivant M. Husson , M. Berna aurait eu le grand tort de faire des promesses positives; et dans cette circonstance il aurait prouvé qu'il ne connaît pas les anomalies et les incertitudes des phénomènes dont il s'occupe. Mais c'est là une mauvaise querelle ; nous pourrions rappeler qu'avant lui M. Dupotet a été bien plus loin ; il avait fait plus que des promesses positives, il avait fait un billet à M. Husson, billet signé de sa main , billet que M. Husson avait encore dans sa poche quand il a lu son rapport, et dans ce billet M. Dupotet s'engageait à produire des phénomènes qui ne se sont pas montrés , et cependant M. Husson n'a fait aucun reproche semblable à M. Dupotet.

à la jeunesse laborieuse ; elle a assez de déboires à dévorer, assez d'entraves à rencontrer, assez d'injustices à éprouver, sans que vous ajoutiez encore un poids à ceux qui l'accablent, sans que vous vous exposiez à la flétrir, par cette seule et unique raison que sa conviction n'est pas la vôtre (1).

J'ajouterai que puisque M. le rapporteur avait été si soigneux de nous rappeler les conclusions prises par les commissaires de 1784 , il aurait dû se pénétrer du ton de leur rapport; il y aurait trouvé un modèle de décence qui, sans blesser personne, donne le résultat des faits; il y aurait trouvé une gravité digne des noms célèbres qu'il nous a cités, gravité qui est de première nécessité dans l'étude de la vérité, et que je cherche en vain dans son travail. Croit-on par exemple que la matière du ridicule leur eût manqué ? IN'avaient-ils pas pour la mettre en œuvre les baquets, les tiges conducteurs de fluide magnétique, les arbres magnétisés, les chaînes, les convulsions, en un mot tout l'appareil qu'avait introduit Mesmer ? Ils s'en sont bien gardés ; ils sentaient que dans leur position les faits les plus plaisants doivent être gravement et sérieusement traités (2).

(1) La jeunesse laborieuse est ici bien placée, et M. Husson a bien de la générosité de prendre sa défense à l'occasion du magnétisme, de citer les déboires qu'elle a à dévorer, les entraves à rencontrer et les injustices à éprouver! tout cela à l'occasion de piqûres d'épingles qui n'ont pas réussi, d'une carte blanche sur laquelle une soi-disant somnambule a vu un valet de trèfle ! Allez, M. Husson , je crois connaître mieux que vous la jeunesse vraiment laborieuse, j'entends celle qui se consume en travaux sérieux et non en séances somnambuliques ; mieux que vous, dis-je, parce que j'en suis plus près, parce que j'ai éprouvé moi-même ces déboires, ces entraves, ces injustices , et que j'en ai peut-être encore bien d'autres à éprouver; entraves, injustices et déboires que n'ont jamais connus ceux qu'une heureuse médiocrité a conduits à tout sans travail et sans peine.

(2) Vous avez perdu le droit , monsieur, de citer les commissaires de 1784 , et surtout le droit de faire leur éloge; vous qui croyez avoir prouvé que ces hommes célèbres ne savaient pas observer, qu'ils n'étaient pas même consciencieux, justes, courageux, etc. (Voijez premier rapport de M. Husson, p. 290), vous qui leur avez dénié le titre de commissaires des sociétés savantes, etc., etc. Ici vous trouvez qu'ils ont su conserver une gravité digne de leurs noms célèbres; moi, car j'ai mieux fait que de chercher à imiter leur gravité, j'ai pris leur défense contre vous, j'ai prouvé que vous les attaquiez injustement, qu'avec

Puis, que résulte-l-il de ces expériences? Rien autre chose, sinon que les procédés magnétiques ont complètement échoué sur deux individus soumis par M. Berna à des expériences laites sous les yeux de la commission. Est-ce là le sujet de l'hilarité que le rapporteur a excitée dans l'assemblée? Non, ce n'est pas ce résultat qui l'a provoquée, c'est la manière avec laquelle les expériences ont été présentées, c'est la causticité dont il en a imbibé les détails; en un mot, ce qui a occasionné le rire, c'est la contexture grotesque du cadre, ce n'est pas le tableau (1). Si, oubliant le ton plaisant peut-être, mais à mon avis

une citation tronquée vous leur faisiez dire ce qu'ils n'avaient réellement pas dit. J'ai montré du respect pour leur mémoire, et c'est ce que vous n'avez pas fait; ne les citez donc plus. J'ajouterai que les faits qu'ils ont eu à raconter n'étaient pas plaisants; ils étaient ou insignifiants, ou immoraux, et ils les ont traités comme tels. Les faits plaisants sont venus avecle somnambulisme, et vous seul avez montré que vous possédiez l'art de traiter gravement el sérieusement les faits plaisants.

(1) Voilà précisément ce que je nie, et je répète que ceci encore est une pure assertion de la part de mon accusateur ; il m'a suffi , et on a pu en avoir la preuve, il m'a suffi de raconter, d'exposer purement et simplement les faits pour que tout le monde en sentît le ridicule. Mais pourquoi M. Husson ayant, lui aussi, et par devant l'académie, raconté, exposé des faits non moins ridicules, pourquoi n'a-t-il pas, comme moi, qui d'ailleurs ne m'en défend pas, excité l'hilarité de la compagnie? pourquoi s'est-on borné à lever les épaules quand on l'a entendu? Ceci mérite une explication.

M. Husson a un art tout particulier, celui de revêtir de grands mots, de mots pompeux, des détails insignifiants et puérils ; il recouvre loulcela d'un vernis scientifique et pédantesque. A-t-ilà parler d'un enfant de vingt-huit mois qui se gratteles oreilles, qui grogne et qui pisse chez M. Bourdoisde la Motte; au lieu de dire les choses tout simplement, il y mettra delà science bon gré mal gré; voilà , messieurs, dira-t-il , la série des phénomènes que nous avons eue à observer! Que s'il doit prononcer le mot grogner, il ajoute : permetteznous l'expression. Telle est, pour nous servir des propres expressions de M. Husson, la contexture de ses cadres; contexture , comme on le voit, qui n'a rien de grotesque. C'est mon cadre, à moi , qui a une contexture grotesque ; je suis fâché seulement que M. Husson, pour le prouver, ne m'ait pas emprunté un tout petit exemple, comme je viens de le faire à son égard. Au reste, je lui ai abandonné ma rédaction, et me suis déclaré, sous ce rapport, très-inférieur à lui ; il a le tour libre cl le beau choix des mots. Une somnambule voit-elle ce qui se passe dans l'estomac de M. Marc? clic fait une indagalion; une autre somnambule est-elle prise en flagrante supercherie? le magnétiseur éprouve une

très-peu convenable, qui règne dans cette seconde partie, je passe à l'examen des expériences, mes anciens collègues et moi nous avons trop de foi pour ne pas reconnaître comme vrais les résultats qui sont rapportés: 4° parce qu'ils sont affirmés par des confrères, à l'esprit observateur desquels nous rendons justice; 2° parce que nous avons trouvé dans les précautions qu'il ont prises, larépétition de celles que nous n'avions cesséde prendre dans les trente-trois expériences dont se compose notre rapport; 3° enfin, parce que parmi les trente-trois individus qui y ont été soumis, il en est trois pour lesquels on nous avait fait les mêmes promesses qu'à vous ; que comme vous, et avec la môme méfiance que vous, nous avons également trouvés en défaut, et sur lesquels nous avons porté le même jugement que votre commission a porté sur les deux qu'elle a observés (4), » Mais, messieurs, ces expériences étaient identiques, c'est-

déconvcnae. Pour moi, tous mes détails sont imbibés de causticité, et mon cadre a une conlexlure qui est grotesque ! Mais laissons là nos rédactions et passons aux expériences.

(1) M. Husson, qui se croit toujours rapporteur, parle ici au nom de ses anciens collègues; je ne sais trop où il a pris cette mission, mais peu importe, il déclare qu'il croit à nos expériences parce qu'il a trop de foi pour ne pas y croire; puis par plusieurs raisons : 1° parce qu'ils sont affirmés par des confrères à l'esprit observateur desquels il rend justice; nous aussi nous avons ajouté foi aux faits exposés dans son rapport, mais nous avons rejeté l'interprétation qui appartient à M. Husson ; 2° parce qu'il a trouvé dans les précautions que nous avons prises la répétition de celles qu'il n'avait cessé de prendre dans ses expériences : il faut convenir que M. Husson a un aplomb incroyable, lui qui est venu dire à une académie : Messieurs, le regard d'uu magnétiseur, sa seule volonté passe à travers les portes , à travers les cloisons, et va priver un autre homme , et à son insu, de toutes les facultés qui le mettent en rapport avec le monde extérieur; lui qui est venu dire : Cela est démontré... a moins qu'on ne suppose qu'un homme que nous avons toujours vu probe et loyal voulût s'entendre avec un homme sans éducation, sans intelligence, pour nous tromper ! Et nous avouons que nous n'avons fait ni à F un ni à l'autre cette injure (p. 418); lui qui a ajouté, et nous rendons la même justice à Mil. Dupolel et Chapelain, c'està-dire nous nous en sommes rapportés à tous les intéressés : IVa-t-il pas, dis-je, un aplomb imperturbable, lorsqu'il vient nous affirmer qu'il croit à nos expériences parce qu'il a trouvé dans nos précautions la répétition de celles qu'il n'a cessé de prendre?

à-dire négatives, et semblables à quelques-unes que nous vous avons fait connaître; on doit naturellement se demander s'il était utile, s'il importait beaucoup à l'académie que l'on vînt à cette occasion ranimer ici des discussions qui ne peuvent manquer d'être vives, parce qu'elles froissent de part et d'autre des convictions que cbacun considère comme sincères. On se demandera aussi quel usage l'académie peut faire de ces expériences, qui n'ont rien de neuf, qui ne sont que la répétition des nôtres, et qui en dernière analyse ne prouvent rien? Adoptera-t-elle ce rapport? en approuvera-t-elle les conclusions ? Avant de se prononcer, il faut que l'académie se persuade bien qu'elle n'a pas la puissance morale de juger la question du magnétisme, pas plus qu'elle n'a pu et ne pourra jamais juger celle sur le traitement de la fièvre typhoïde, celle de la méthode numérique, de la lithotrilie, de la morve, etc.; elle ne peut ni poser des bornes à l'inconnu, ni fixer de limites à l'esprit de recherche qui marche et marchera toujours vers le progrès, avec et malgré toutes les académies du monde. Elles se réuniraient toutes pour déclarer qu'un fait quelconque est une chimère, que des expériences répétées en silence de côté el d'autre, si elles sont faites par des esprits impartiaux, éclairés el indépendants, finiraient par anéantir cette déclaration ; j'ajoute même qu'un seul fait bien constaté la détruirait de fond en comble. Nous ne sommes plus au temps où l'opinion obéissait en aveugle au jugement des corps savants et aux arrêts des parlements ; la science ne se courbe plus devant l'autorité des hommes, autorité si mobile, si passagère. Ne vous hasardez donc pas, messieurs, dans une voie si dangereuse, ne compromettez pas votre dignité; laissez dire et faire les magnétiseurs ; s'ils n'ont pour eux que la fraude et l'ignorance, ils se perdront eux-mêmes; s'ils ont pour eux l'expérience, ils peuvent braver vos décisions, ils triompheront malgré vous de votre impuissante résistance, et casseront aujourd'hui le jugement que vous aurez porté contre eux la veille (1).

(1) IciM. Husson pose deux questions : 1" Faut-il, à l'occasion d'expériences négative?, ranimer dans l'académie des discussions qui ne peuvent manquer d'être vives et de froisser des convictions? 2" Quel usage l'académie peut- elle

» Si j'examine la troisième partie de ce rapport, ses conclusions, je trouve qu'en bonne logiqueelles sont essentiellement vicieuses, parce qu'elles concluent du particulier au général,

faire de ces expériences? adoptera-t-elle ce rapport, en approuvera-t-elle les conclusions?

La réponse àla première question est toute simple; que des expériences soient confirmalivcs ou négatives d'une prétendue doctrine, par cela qu'une commission en rend compte à une académie , il faut les discuter; il n'y a pas à se demander si elles seront ternes ou vives, si elles froisseront ou non des convictions particulières -, il faut les discuter, c'est un devoir, et nul ne peut s'y soustraire, si ce n'est ceux qui ont négligé de prendre les précautions les plus simples dans le cours de leurs expériences, et qui partant ont mal interprété les faits. On conçoit que ceux-ci, assez embarrassés de leur rôle, ne veulent pas qu'on les froisse.

Quant à la seconde question, l'académie s'est chargée d'y répondre; elle a donné sa sanction à ce travail, elle en a approuvé les conclusions.

Mais voici une allocution faite à l'académie , une leçon que mon adversaire a prétendu lui donner; procédons à son examen : Et d'abord le magnétisme est mis sur le même pied que la morve, que la lithotritie et le traitement de la fièvre typhoïde ; singulier rapprochement de la part d'un médecin ! El il faut que l'académie se persuade (sic) qu'elle ne peut pas dire son mot sur ces questions! M.Husson lui en refuse la puissance morale. M. Husson traite assez lestement l'académie. Et qui donc pourra se prononcer sur la valeur des traitements proposés contre la fièvre typhoïde, si ce n'est un corps qui renferme l'élite des praticiens, des observateurs en médecine? si ce n'est une réunion d'hommes qui passent leur vie précisément à traiter des fièvres typhoïdes? Allez donc dire cela aux gens du monde, allez leur répéter ce que vous avancez ici, savoir que les meilleurs médecins de Paris mettant leurs lumières en commun, n'ont jamais pu et ne, pourront jamais (sic) indiquer comment il convient de traiter la fièvre typhoïde. Ah! M.Husson, parlez pour vous, je vous prie, mais nefaites pas cette injure à l'académie.

Pourra-t-on maintenant, quand on aura constaté la présence d'un calcul dans la vessie, quand on aura su apprécier et la nature, et les dimensions, les formes, etc. de ce calcul , quand on aura su reconnaître l'état de la vessie, les conditions du sujet, etc., pourra-t-on décider s'il faut donner la préférence à la lithotritie sur la taille, ou à la taille sur la lithotritie? Grande question! mais, d'après M. Husson, il faut que l'académie se persuade bien qu'elle n'a jamais pu et qu'elle ne pourra jamais la décider l

Mais tout cela n'est dit que pour faire passer le magnétisme entre la morve et la lithotritie; or, l'académie n'ayant pas la puissance moratede juger la morve, n'a pas la puissance morale de juger le magnétisme; et pourquoi cela? parce

et que c'est là leur défaut radical, irrémissible ; je m'abstiendrai donc de les discuter, me réservant de présenter, avant de

que l'esprit de recherche marche et marchera toujours avec et malgré toutes les académies dumonde. Petit coup de patte ici contre les académiciens, qui jusqu'à présent n'ont pas voulu s'associer aux sublimes élucubrations des magnétiseurs. Mais c'est là précisément ce qui fait l'éloge des sociétés savantes ; savoir : de s'être bien gardé d'encourager ce qui n'a rien de scientifique. Et en effet, dans cette question du magnétisme, montrez-nous où se trouve cet esprit de recherche qui'marche et marchera toujours vers le progrès? cet esprit d'observation qui sait amasser d'âge en âge les notions scientifiques? qui sait, en s'appuyant sur des sciences qui toutes sont sœurs, coordonner successivement des faits empruntés à la physique, à la chimie et à la physiologie? Où sont enfin ces théories, ces systématisations qui font la gloire et la force de l'esprit humain? J'ouvre votre rapport, à vous M. Husson, seule pièce authentique, parce qu'elle est due à des hommes probes, à des hommes d'honneur, et j'y vois des individus qui prétendent dormir et qui parlent, mangent , boivent, se promènent, reconnaissent leurs amis, etc., etc.; j'y vois des femmes qui prétendent dormir et qui voient dans l'estomac de l'un de vous une chose qui gêne le passage des aliments; j'y vois un malheureux qui annonce qu'à six semaines de là il deviendra fou , il battra sa femme, et qui périt le lendemain sous les pieds du cheval de son magnétiseur. Voilà ce que j'y vois, et vous venez nous parler des progrès de l'esprit humain , de la puissance morale des académies qui ne serait rien en face de faits semblables. Et vous qui avez enregistré ces faits, vous qui lesdonnez comme des notionsscienlifiques, vous recommandez à l'académie de ne pas compromettre sa dignité , de laisser faire et dire les magnétiseurs ! Eh bon Dieu ! qui s'occupe de leurs dits et gestes, qui va les chercher, les consulter? ce sont eux qui viennent sans cesse frapper à la porte des académies; et comme les jugements qu'ils ont demandés, sollicités, ne leur sont jamais favorables, ils s'en vont crier contre ces mêmes académies, soutenir que toutes les académies du monde ne pourront jamais obscurcir leurs vérités. Soit; mais alors qu'ils ne viennent plus interrompre nos travaux et demander des rapports.

M. Husson ne veut pas que nous portions de jugement! il ne veut pas que l'académie se prononce ! Ne vous hasardez pas, messieurs, dit-il, dans une voie si dangereuse , ne compromettez pas votre dignité; laissez dire et faire les magnétiseurs! Mais encore une fois est-cenous qui sommesalléchercher ces magnétiseurs? ne sonl-çe pas eux qui sont venus nous demander deux choses: i° d'être témoins de leurs œuvres ; 2° de les juger. Deux commissions ont successivement vu cl jugé, votre commission cl la nôtre; mais il y a eu cnlre vous et nous celte différence, que vous, après avoir vu vous avez approuvé sans oser faire ratifier votre approbation par l'académie ; tandis que nous, après avoir vu et improuvé,

finir, celle qui me paraît convenir au rapport que je viens de combattre (1).

» Je ne terminerai point cet examen sans prier la commission de me permettre de lui adresser quelques réflexions sur un fait que je n'ai connu que dans la dernière séance, et qui me force de la position où je m'étais placé vis-à-vis d'elle; je veux parler de l'appel qu'elle a cru devoir faire à tous les magnétiseurs, pour les inviter à lui apporter des faits et à la rendre témoin d'expériences positives et concluantes. Aucun, dit M. le rapporteur, ne s'est rendu à celte invitation, et il conclut de leur silence que, désespérant de leur cause, et convaincus de la nullité de leur doctrine, ils n'ont pas osé se présenter devant

nous sommes venus demander à l'académie une confirmation qu'elle ne nous a pas refusée. Vous auriez voulu, vous, qu'elle nous refusât sa sanction ; c'est pour cela que vous vous êtes écrié : Ne compromettez pas votre dignité, laissez dire cl faire les magnétiseurs / Mais l'académie ne vous a pas écouté; elle a bien senti que si en approuvant votre rapport, à vous, elle eût compromis sa dignité, il n'en était pas de même à l'égard du nôtre ; aussi n'a-l-cllc pas hésité à l'approuver. (1) L'examen de celte troisième partie, c'est-à-dire de nos conclusions, est fort court, il n'a que six lignes (j'aurais presque envie, à l'exemple de M. Husson, de voir dans quelle proportion il se trouve avec le reste de son discours), et cela se conçoit, c'est la partie faible chez M. Husson ; pour critiquer ce qu'il appelle la troisième partie de noire rapport, qui renferme nos conclusions, il faut faire œuvre de logique, il faut examiner si les prémisses sont bien posées et les conséquences bien déduites ; en un mot il faut raisonner, et c'est ce que n'a pas pu ou n'a pas voulu faire mon arislarque. Voici du reste comme il procède : 1" il trouve qu'en bonne logique nos conclusions sont essentiellement vicieuses; c'est là une opinion à lui; 2° il trouve cela, parce que, dit-il, ces conclusions concluent (sic) du particulier au général; c'est encore là une opinion à lui. Quant à donner de ces assertions une petite preuve, quant à citer un seul exemple, cela n'est pas nécessaire; c'est là la manière de penser de M. Husson, il n'y a rien à objecter; chacun a ses idées. Ce n'est pas tout cependant, lui aussi a une conclusion à tirer, un ergo, un donc h énoncer, et voici comme il s'y prend : 1" Vos conclusions sont essentiellement vicieuses, ("est, moi qui trouve cela en bonne logique ; 2" c'est là leur défaut radical , irrémissible; je trouve encore cela, donc je m'abstiendrai de les discuter! Voilà un syllogisme comme sait en faire M. Husson. Et une fois nos conclusions à bas, comme il on faut d'autres, M. Husson ajoute : Je me réserve, avant de finir, d'en présenter une de ma façon. C'est trop de peine en vérité.

la commission. D'abord, je pose en fait que vous n'aviez pas le droit de leur adresser cette proposition; votre mandat unique, circonscrit, était d'être témoins des expériences de M. Berna, vous ne deviez suivre que ces expériences. L'académie ne vous demandait pas un rapport sur autre chose; vous ne pouviez donc, sans avoir reçu des pouvoirs plus étendus de l'académie, élargir le cercle de vos attributions. J'ignore si les magnétiseurs se sont abstenus par cette raison, puisque je n'ai des rapports avec aucun; mais je sais très-bien que si j'avais été magnétiseur et que si j'avais connu votre appel aussi bien que je crois connaître les dispositions de vos esprits, je me serais bien gardé d'y répondre. Quel est, je vous le demande, l'homme le plus innocent qui ira volontairement se présenter devant un tribunal où il est certain qu'il trouvera des juges qui ne seront pas impartiaux, et un avocat général qui se sera déclaré publiquement en état d'hostilité contre lui ?

» Les personnes d'ailleurs qui ont quelque expérience de l'observation des phénomènes magnétiques, y ont acquis cette conviction, dont M. Berna n'était pas assez pénétré, savoir, que telles sont les irrégularités, les anomalies attachées à la production de ces phénomènes, que la répétition d'un fait arrivé quinze jours de suite n'est pas une garantie de répétition du même fait pour le lendemain, et que tel somnambule lucide aujourd'hui peut cesser de l'être vingt-quatre heures après.

» Ne vous étonnez donc pas qu'aucun magnétiseur n'ait voulu se commettre de la sorte; ils ont très-sagement agi en regardant votre invitation comme non avenue.. Ils ont pensé avec raison qu'une commission dans laquelle une minorité, si faible qu'on la suppose, s'est déclarée contraire ace qu'elle doit examiner, n'est point impartiale, parce que, malgré vous, à votre insu, votre partialité découle de votre conviction ; parce qu'enfin vous êtes hommes, et que quoique médecins et même académiciens , vous n'êtes pas à l'abri ni des passions ni des faiblesses de la pauvre humanité. Aussi, en interprétant leur silence comme l'aveu d'une défaite, M. le rapporteur a ajouté une conclusion vicieuse à celles qui terminent son rapport (1).

(1) Nous ne concevons pas trop en quoi M. Husson s'est trouvé forcé de Ut

» Je me résume, messieurs, cl je termine en vous remettant sous les yeux le sommaire des réflexions que je viens de vous

position où il s'était placé vis-à-vis de notre commission ; mais peu importe, passons à son objection : 11 nous reproche d'avoir ou Ire-passé notre mandat, de ne pas nous être bornés à l'examen des prétendues somnambules que nous avait présentées M. Berna, et d'avoir fait un appel aux magnétiseurs, de leur avoir porté le défi de se produire au grand jour. Je dirai d'abord qu'en cela nous n'avons fait qu'imiter la commission dont lui, M. Husson, a été rapporteur ; celte commission , en effet , délaissée par M. Foissac et par sa somnambule (cette somnambule qui au dire de M. Foissac devait éclaircir la question) fit tin appel (voyez p. 540) à tous ceux qui s'occupaient ou s'étaient occupé du magnétisme animal. Eh bien ! nous avons fait de même ; comme M. Berna à l'aide de ses somnambules n'avait pu nous donner cette expérience qui , disait-il, nous manquait, nous fîmes un appel semblable. Ainsi , en supposant que nous nous soyons à lort arrogé ce droit, c'est à votre imitation. Que si nous avons élargi le cercle de nos attributions, c'est à votre imitation. Je me trompe cependant en un point, l'imitation n'a pas été aussi parfaite : si nous avons outre-passé notre mandat, c'était pour avoir de nouvelles épreuves, pour mieux juger le magnétisme; tandis que vous, c'était pour vous mettre à l'école des magnétiseurs, pour leur demander des moyens d'instruction.

Mais maintenant je reprends la thèse, et je dis : Non, nous n'avons pas outrepassé notre mandat ; non , nous n'avions pas à demander de nouveaux pouvoirs à l'académie, et voici pourquoi : Quand l'académie nomme des commissaires, c'est pour faire une sorte d'enquête sur une question scientifique; le compte qu'on aura à lui rendre pour l'éclairer portera donc sur celle même question. Peu importe à l'académie que vous ayez consulté Paul et Pierre, ou que vous n'ayez consulté que Paul ;cc qu'elleveut, c'est une somme suffisante de lumières sur la question en litige. Donc il est toujours loisible à une commission d'étendre le cercle d'où ces mêmes lumières peuvent surgir , pourvu qu'elle ne sorte pas de la question à elle proposée.

Rappelez-vous dans quelles circonstances nous avons été nommés ; un fait relatif au magnétisme avait été mentionné dans quelques journaux, un de nos collègues est publiquement interpellé à ce sujet , il s'ensuit une discussion ; alors un magnétiseur écrit à l'académie qu'il se fait fort de nous donner une expérience qui nous manque en matière de magnétisme; l'académie le prend au mot, et nomme une commission pour examiner si en effet celte expérience pourra nous être donnée. Or, il arrive qu'après bien des essais de la part du magnétiseur aucune expérience ne peut nous être donnée. Que faisons-nous? pour remplir complètement le mandat que l'académie nous avait imposé, nous faisons un appel aux autres magnétiseurs, afin de voir si d'autres seront plus

présenter (1). J'ai blâmé le choix du rapporteur; ses antécé-

lieureux que le premier. Voilà tout ; c'est ainsi que les choses se sont passées, et si ce n'est M. Husson , personne n'a songé à réclamer.

M. Husson a ensuite une singulière idée; c'est que les magnétiseurs se sont peut-être abstenus par la raison que nous élargissions le cercle de nos attributions! C'eût été assurément une grande délicatesse de leur part.

Quoi qu'il en soit, on voit que si M. Husson eût été magnétiseur, il ne se serait pas présenté devant nous; eh bien ! je crois qu'il aurait eu raison; et toutes les fois qu'un semblable appel sera fait par des juges aussi sévères, aussi déliants que nous , le plus prudent pour les magnétiseurs sera de ne pas se présenter. Assurément ils ne manqueront pas de s'écrier qu'il n'y a aucune justice à espérer d'un semblable tribunal ; que des innocents seraient sûrs d'être condamnés ; que leur rapporteur neserait qu'un avocatgénéral, etc., etc. Mais le vrai motif c'est que le magnétisme n'a jamais osé se produire au grand jour, c'està-dire devant des témoins qui ne se sont pas montrés disposés à devenir des dupes. C'est là au reste ce que M. Husson a parfaitement senti lui-même quand il a voulu tout rejeter sur le compte des irrégularités et des anomalies attachées à la production des phénomènes dits magnétiques.

C'est du reste une doctrine fort commode que celle du magnétisme animal ; écoutez plutôt M. Husson, il vous assure qu'îm somnambule lucide aujourd'hui (car pour lui il n'y a que des somnambules lucides) , peut cesser de l'être vingtquatre heures après; or, il faut savoir que par l'effet des bizarreries, des irrégularités de ce singulier agent qu'on nomme magnétisme animal, les somnambules sont toujours irès-lucides avec leurs magnétiseurs, avec des croyants ; alors, le fait merveilleux peut se répéter quinze jours de suite. Mais, ainsi que l'explique M. Husson , ce n'est pas une garantie de la répétition du même fait pour le lendemain ; et en effet, que le lendemain des hommes sévères et déliants se présentent, le fait ne se produit pi us, et les somnambules les pi us lucides n'y voientgoutte.Donc, reprendM. Husson, les magnétiseurs ont agi trùs-sagement en regardant votre invitation comme non avenue. Tout cela est fort bien pensé, fort bien raisonné; mais nous dirons, avant de terminer sur ce point, que dans notre rapport nous nous étions trompés en disant que les magnétiseurs avaientgardé le silence, n'avaient pas répondu à notreappel ; d'où il résulte que M. Husson s'est trop hâté de son côté de donner ici, au nom des magnétiseurs, les motifs de leur silence. On a répondu à notre appel , el la pièce qui nous est parvenue ne sera pas la moins curieuse de notre précis historique; nous la donneronsaprès avoir terminé avec M. Husson.

(1) Bien que M. Husson, se résumant, ne puisse que répéter ce qu'il a déjà dit sur notre rapport , nous ne laisserons passer encore aucune de ses assertions sans réponse.

dents on fait de magnétisme (lovaient lui faire décliner ses fonctions (1).

» J'ai critiqué le titre général de ce rapport, qui aurait dû être intitulé : Rapport des expériences faites sur deux somnambules , et non Rapport sur le magnétisme (2). Dans l'exposé des motifs qui ont déterminé l'académie à former une commission actuelle, j'ai signalé l'omission tout à fait partiale dël'opération faite par M. Cloquet (3).

» J'ai dit quelesexpériences des commissaires de 1784 étaient essentiellement fautives par la manière dont elles avaient été faites. J'ai ajouté que le rapporteur , qui voulait faire l'histoire du magnétisme, aurait dû ne pas passer sous silence cette remarque, d'autant plus importante que cette manière d'expérimenter à nécessairement influé sur les conclusions qu'ils ont prises (4).

» J'ai prouvé que jamais l'académie royale des sciences, la société royale de médecine et la faculté de médecine de Paris n'avaient été saisies de l'affaire du magnétisme; qu'elles avaient refusé de s'en occuper; que sur leur refus, le roi Louis XVI avait nommé des commissaires pour l'étudier; que ces commis-

(1) Avouez que si, à raison de mes antécédents hostiles au magnétisme, j'aurais dû décliner mes fonctions de secrétaire rapporteur, vous, à raison de vos antécédents obséquieux pour le magnétisme , vous auriez dû ne pas vous laisser substituer à M. Magendie dans les fondions de secrétaire rapporteur.

(2) J'ai déjà répondu que le nombre des somnambules ne fait rien à l'affaire; que nous comptons des expériences aussi variées et aussi nombreuses que les vôtres, et que par conséquent nous avions tout autant de droit que vous à donner notre rapport comme un rapport sur le magnétisme animal.

(3) J'ai dit que l'opération faite par M. Cloquet n'avait pas besoin d'être mentionnée par nous , puisque vous vous étiez chargé très-bénévolement d'en rendre compte dans votre rapport , bien qu'aucun de vous n'en eût été témoin; mais vous disiez que c'était une propriété de l'académie.

(■i) J'ai répondu que ce que vous nous reprochiez était de notre part une bonne action, ou plutôt que si nous avions suivi votre exemple nous aurions commis un acte inqualifiable, puisque nous aurions fait mentir l'histoire, et cela pour accuser des savants du premier ordre, de grands citoyens des hommes dont la mémoire sera toujours chère à la France.

saires n'étaient point commissaires des compagnies auxquelles ils appartenaient ; qu'ils étaient les commissaires du roi, et que c'est au roi qu'ils ont fait leurs rapports.

» J'ai ajouté qu'ils les avaient communiqués officieusement à leurs compagnies, et que sans aucune discussion préalable ces rapports avaient été, séance tenante, approuvés par elles, comme il y a huit jours vous étiez sur le point d'adopter celui que je combats (1).

» Je me suis hautement élevé contre le silence gardé par le rapporteur sur les travaux des deux commissions nommées par l'académie royale de médecine, la seule compagnie savante qui s'en fût occupée scientifiquement, c'est-à-dire par l'intermédiaire d'une commission nommée par elle, en vertu d'une décision prise par l'académie (2).

» Enfin, il n'a pas été difficile de vous faire apercevoir la partialité avec laquelle on prétend juger la question générale du magnétisme, en vous communiquant des expériences négatives et en vous taisant les faits positifs observés, recueillis par

(1) Vous n'avez rien prouvé de semblable; l'académie des sciences avait demandé des expériences à Mesmer (voyez p. 8), et Mesmer avait dit que c'était un enfant} liage que de lui demander des expériences; Vicq-d'Azyr (voyez sa lettre 10) avait demandé à Mesmer de soumettre ses prétendus malades à un examen préalable , et Mesmer s'y était refusé. Quant à la qualité des commissaires désignés par le roi , lisez le titre de leurs rapports , sortis des presses de l'imprimerie royale en 178-4, et vous lirez sur l'un : Rapport des commissaires de la faculté cl de l'académie , chargés par le roi, etc., et sur l'autre : Rapport des commissaires de la société royale de médecine, chargés par le roi, etc. Voilà comment ces commissaires n'étaient pas des commissaires de leurs compagnies.

Quanta l'adoption de leurs rapports qui a eu lieu séance tenante, ceci prouve à quel point leurs compagnies partageaient leurs opinions, et vous rappelez une circonstance dont nous sommes fiers, quand vous dites que l'académie allait aussi adopter notre rapport séance tenante, si vous seul n'aviez demandé une remise de la discussion. Semblable chose n'est pas arrivée pour votre rapport.

(2) J'ai répondu que vos travaux , à vous M. Husson , et ce sont de vos travaux que vous parlez ici, devaient être considérés comme non avenus, à raison de ce que l'académie ne les a ni approuvés ni même discutés. Quant à ce que vous répétez ici, que vos travaux sur le magnétisme sont les seuls travaux scientifiques qui aient été faits sur cette question, c'est une prétention trop ridicule pour y répondre de nouveau.

vos premiers commissaires, avec autant de soin que la nouvelle commission en a mis à accueillir ce qu'elle vous présente (1).

» Voilà pour la partie prétendue historique.

» Si je passe à la seconde, qui, par sa nature, devrait ne contenir que la simple exposition des faits obtenus, j'y vois le ridicule versé sur un confrère laborieux et estimable, parce que des expériences qu'il avait assuré devoir réussir n'ont absolumenl rien produit (2).

» J'ai dit et je répète que les expériences m'ont paru avoir été faites avec soin, avec toutes les précautions convenables, et qu'elles méritent une pleine et entière confiance. J'ai rappelé qu'elles ne sont point nouvelles, que nous en avions recueilli trois absolument semblables, et j'enai conclu qu'il était inutile de venir à cette occasion ramener ici des discussions qui ne peuvent que désormais troubler l'académie sans l'instruire (3).

» Je vous ai dit que les cinq expériences négatives que vous avez faites ne peuvent jamais détruire les faits positifs que la première commission a observés, parce que, quoique diamétralement opposés, ils peuvent être et sont également vrais (4).

(1) Il n'y a eu aucune partialité à ne mentionner que des faits négatifs, attendu qu'il n'y en a jamais eu d'autres constatés académiquement. Quant à ceux auxquels vous faites allusion, ils vous appartiennent à vous, mais l'académie y reste étrangère, puisqu'ils n'ont pas été examinés, discutés et jugés par elle ; ils sont et ils restent votre propriété.

(2) C'est précisément parce que cette partie ne contient que la simple exposition des faits, qu'elle a excité parfois l'hilarité de l'académie; quand les faits sont ridicules par eux-mêmes, il n'y a rien à ajouter pour en faire sentir l'absurdité. Je me suis d'ailleurs bien gardéd'y mettre aucune plaisanterie, je respecte trop l'académie pour cela. Mais il est une autre circonstance dans laquelle je me suis permis de plaisanter, et vous ne me le pardonnerez jamais; c'est quand j'ai examiné vos œuvres à vous, et je ne crois pas pour cela avoir mal raisonné. Pascal , qui certes se connaissait en bonnes plaisanteries et en bons raisonnements, a dit quelque part que sous une plaisanterie il y a toujours un raisonnement de quelque valeur.

(3) Mais ce qui prouve que l'objection était mauvaise, c'est que, sauf ce que vous avez pu ressentir, vous, l'académie n'a été troublée en aucune manière, et qu'elle a paru satisfaite d'être ainsi édifiée sur le compte des magnétiseurs.

(4) Oui , mais il y a cette différence que vous êtes le seul aujourd'hui à regarder l'interprétation de vos expériences comme Yraie, que l'académie les a

» Je vous ai dit que vous ne pouviez pas plus vous consumer juges du magnétisme que de toute autre question scientifique, parce que vos jugements sont eux-mêmes justiciables du progrès des sciences, et que votre jugement d'aujourd'hui peut être réformé demain (1).

» Enfin, en arrivant à la troisième partie, aux conclusions, je vous ai fait sentir que des conclusions générales ne peuvent jamais se déduire de quelques faits particuliers, et que par conséquent vous ne pouviez rien conclure de ces deux expériences, sinon qu'elles ne sont pas nouvelles, et qu'étant négatives elles ne prouvent rien (2).

» Voilà donc à quoi se réduit ce rapport : à des omissions historiques graves, à des réticences nombreuses et certainement blâmables, à des expériences déjà connues et qui ne prouvent rien, à des conclusions vicieuses et à une rédaction amusante peut-être, mais déplacée, même d'après les jugements des amis du rapporteur (3).

laissées à voire compte ; tandis que notre interprétation , à nous, a paru à l'académie tellement juste, qu'elle a adopté nos conclusions. Mais vous en êtes encore à ne pouvoir distinguer la vérité des faits de la vérité de leur interprétation.

(1) C'est à l'académie elle-même que vous avez dit cela sans plus de façon ; et je pourrais ajouter sans plus de raison, attendu que le magnétisme n'a rien de commun avec les sciences, que ce n'est pas là une question scientifique.

(2) VA moi j'ai fait remarquer aux lecteurs que ceci élait de votre part une simple assertion , et que vous n'auriez pu , en remontant au texte, prouver par la plus mince citation que nous avions conclu du particulier au général. J'ai t'ait aussi remarquer qu'en vous bornant ainsi à une assertion , votre examen de notre troisième partie n'allait pas au delà de six lignes, ce qui fait qu'ici votre résumé ne pouvant pas être plus bref, ne comprend également que six lignes.

(5) Résumons-nous aussi encore une fois :

Ce que vous appelez nos omissions consiste à ne pas avoir, comme vous, critiqué sans raison des hommes qui seront l'éternel lionneur de notre pays; car vous n'avez des éloges que pour les magnétiseurs.

Ce que vous appelez nos réticences consiste dans la réserve que nous avons mise à parler de vos œuvres, à parler de travaux qui n'avaient déjà que trop compromis un corps respectable , et c'est là ce que nous n'avons pas voulu faire.

Vohs trouvez que nos expériences ne prouvent rien; c'est tout simple : favorables au magnétisme, elles auraient prouvé beaucoup pour vous. Pour la troî-

•> l>;ins cette position, messieurs, vous ne pouvez pas adopter ce travail, parée que vous ne pouvez approuver ni les omissions, ni les infidélités historiques, ni le ridicule versé sur un jeune confrère connu pour un homme studieux et fort honorable; parce que ces expériences, outre qu'elles ne sont pas nouvelles, n'apprennent et ne prouvent rien, absolument rien, sinon qu'un magnétiseur s'est trompé; parce que l'académie ne peut pas en approuver la manière peu grave et le ton caustique avec lesquels est traitée la partie qui devait être le plus à l'abri du ridicule, la partie expérimentale; parce qu'enfin la compagnie voudra éviter des discussions sans but, sans issue possible, et prévenir des répliques, des récriminations dans lesquelles elle verra inévitablement compromises sa dignité et sa considération; discussions qui lui feront perdre beaucoup de temps, qui ne convaincront personne, et qui se termineront par passer à l'ordre du jour (1).

sièmc fois vous dites que nos conclusions sont vicieuses, mais pour la troisième ibis vous vous bornez à le dire.

La rédaction de notre travail vous parait amusante; soit, la rédaction est la seule chose que je vous abandonne, par la raison qu'elle est mienne, que c'est là seulemcntce qui m'appartient en propre; le reste estl'œuvrede la commission, et j'ai dû le défendre.

(1) Je l'avoue, je Unis véritablement par craindre de lasser les lecteurs, comme je me lasse moi-même de répondre sans cesse aux mêmes reproches. Après avoir réfuté une première fois et avec détails les reproches d'omissions, d'infidélités, de ridicule, etc., j'ai dû, à cause du premier résumé de mon adversaire (résumé qui n'était qu'une simple répétition), réfuter une seconde fois ces mêmes reproches d'omissions, d'infidélités, de ridicule, etc., etc., et puis les réfuter une troisième fois un peu plus loin ; serai-je encore condamné à les réfuter une quatrième fois ? Non, M. Husson en prendra avantage s'il le veut, je ne reviendrai plus sur ce que j'ai dit; seulement je ferai remarquer que sa prédiction ne s'est pas accomplie, pas plus que les prédictions des somnambules. Il y a eu une discussion , mais avec une issue possible; il n'y a eu de récriminations que de sa part; la dignité et la considération de l'académie n'ont été nullement compromises; et on n'a pas perdu de temps. Je pense bien que lui, M. Husson, n'a pas été convaincu, mais enfin le (oui ne s'est pas terminé par un ordre du jour. Donc, pour parler le langage des magnétiseurs, la prévision de M. Husson ne s'est pas réalisée, et il a éprouvé une véritable déconvenue (ce mol lui appartient).

» Je crois donc que la seule conclusion que l'on puisse tirer de ce rapport, c'est que, dans les expériences faites par M. Berna devant la commission, elle n'a vu aucun des phénomènes que ce médecin lui avait annoncé devoir être produits.

» C'est la seule que je propose à l'académie d'adopter, en passant à l'ordre du jour sur le reste du rapport (1).

(1) Malheureusement pour M. Husson , et ceci a été un rude échec pour lui , l'académie ne s'est pas même occupée de sa proposition , personne ne l'a appuyée, de sorte qu'elle n'a pas même été mise aux voix 5 ce sont nos conclusions , à nous, qui ont été adoptées; aussi les magnétiseurs se sont-ils bien promis, un peu tard sans doute, qu'on ne les y prendrait plus. Ecoutez celui qui s'est chargé de publier ce présent discours de M. Ilusson • il termine son livre par un vœu , le voici : u Dieu veuille que les magnétiseurs ne soient plus tentés d'aller se brûler à la flamme infernale des corps savants ! » (Ricard, Traité du magn., p. 190.)

M. PËTRICONI.

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