‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 102 sur 107 · SA LETTRE A LA COMMISSION DE L1 ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE DE PARIS · texte numérisé non relu

SA LETTRE A LA COMMISSION DE L1 ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE DE PARIS

(Nous avons dit dans une des notes qui précèdent que nous nous étions trop hâté d'annoncer qu'aucun magnétiseur n'avait répondu à l'appel de la commission, et que M. Husson s'était trop hâté aussi d'expliquer pourquoi les magnétiseurs n'avaient pas dû répondre à cet appel. Voici une pièce envoyée à la commission, et par suite précisément de cet appel; nous ne croyons pas qu'on ait jamais rien dit de plus fort en fait de prodiges somnambuliques. Ceci dépasse tout ce qui a été publié jusqu'à ce jour,et nous le donnons comme un exemple curieux des étranges aberrations dans lesquelles peuvent tomber les adeptes, les partisans du magnétisme animal. Il est bien entendu que nous ne placerons aucune note, aucune remarque au bas de ces pages : il estde ces choses qu'on ne saurait semetlre à discuter et à réfuter. Mais ce morceau était à conserver. Nous le répétons, pour la forme comme pour le fond on n'ira jamais au delà.)

Messieurs ,

Vous venez de faire un appel, par la voie des journaux, à toutes les personnes qui s'occupent du magnétisme animal. C'est avec le plus profond sentiment de vérité et de conviction que j'aurai l'honneur de vous exposer le résultat de mes expériences pour le bien de l'humanité. Ma position sociale ne

me permettrait pas de mentir, et quoique placé dans une localité bien petite, j'ai obtenu des guérisons qui auront lieu de vous étonner. Sans votre appel tout cela serait resté enseveli dans la petite ville que j'habite. Quoique je ne sois pas médecin, j'ai étudié cette science si utile, dans ma jeunesse.

En 1834 au mois de décembre, M. P..., sous-préfet, était attaqué depuis quelque temps cUune lièvre tierce que précédait un frisson très-intense. Il ne pouvait se décider à se laisser magnétiser. Je lui propose de boire au moins de l'eau magnétisée ; à quoi il consentit. Tandis que j'opérais sur une caraffe pleine d'eau placée sur la table de nuit, le fluide se dirigeant sur lui , voilà que tout à coup il tombe en somnambulisme -, alors je quitte la caraffe, et j'agis sur lui fortement. Dix minutes après il m'apprend qu'il nage dans la sueur; je m'en assure, et je retire ma main toute trempée. Le frisson était disparu; il me dit qu'il ne souffrait plus aucune douleur dans les membres supérieurs, ni dans les inférieurs, et la fièvre ne comparut point. 11 me dit pendant son sommeil ( car je le laissai dormir pendant quatre heures) qu'il était guéri ; ce qui eut lieu sans faire de convalescence. C'était le premier essai que je faisais sur les fièvres intermittentes.

En 1834, au mois de juin, M. P...., procureur du roi, fut attaqué d'une goutte scialique qui avait été précédée de douleurs périodiques et ambulantes ; on le couvrit de sangsues, et on lui lit prendre des bains ; mais les douleurs allaient en croissant. J'arrive, il me prie lui-même de le magnétiser. Il tombe au bout de cinq minutes en somnambulisme ; il déclare alors qu'il voit les humeurs descendre depuis la hanche gauche par les muscles, le long de la cuisse, jusqu'au bout du pied, et m'annonce que la douleur a cessé. A son réveil il se lève de son lit, où il était perclus, et marche lentement sur des béquilles. Enfin, au bout de quatre séances magnétiques-, il sort de chez lui, au grand élonnement de ses amis.

En 4834, au mois de novembre, M. B..., avocat, fut attaqué d'une dyspepsie causée par les travaux du cabinet et par une prédisposition à cette maladie. Il ne pouvait plus digérer, ni s'occuper de son étal ; et il ne lui fut plus permis de porter la parole à l'audience, car sa voix était éteinte. Il avait écrit à

ses parents que, ne pouvant plus exercerles fonctions d'avocat, il voulait rentrer dans le sein de sa famille. J'entreprends sn guérison, et après cinq séances magnétiques, où il tombait en somnambulisme, il se trouve entièrement guéri. Aujourd'hui il plaide avec une voix forte et avec éloquence, ayant le don de la parole.

En 1834, au mois d'août, le sieur P..., adjudant de place, avait déjà éprouvé deux attaques de goutte : à la troisième j'arrive par hasard chez lui; il était sur son canapé, sans pouvoir remuer, avec les souffrances les plus difficiles à endurer. La médecine a regardé cette maladie comme incurable : Horace a dit : « Tollere nodosam nescit medicina podagram. » Plein de confiance, je lui propose de le guérir. Il tombe aussitôt en somnambulisme ; sa douleur cesse, et il voit les humeurs descendre jusqu'au bout des doigts du pied. La nuit suivante il éprouve les douleurs les plus aiguës, et telles qu'il n'en avait jamais senti de pareilles. Le lendemain je lui fais observer que c'était le travail des humeurs, et qu'il devait regarder cela comme un bon pronostic; mais qu'il n'aurait plus souffert. En effet, elles furent les dernières douleurs. Je le magnétisais matin et soir, etlelaissaisensommeilmagnétique pendanttoule la nuit. Au bout de trois jours il sortit dehors entièrement guéri.

J'ai lu dans les mémoires sur le magnétisme animal du marquis de Puységur, le meilleur élève du docteur Mesmer, que les maladies regardées incurables, telles que la goutte, le mal caduc, etc., etc., quoique guéries par le magnétisme, faisaient au bout de l'année un retour sur le sujet, mais que si on le magnétisait de nouveau, elles disparaissaient pour toujours. En effet, en l'année 1836, le sieur P... eut une nouvelle attaque. Un de ses amis me pria d'aller le magnétiser; je m'y refusai, parce que, lors de sa guérison, il avait dit à quelques personnes que c'était la nature qui l'avait guéri , et non le magnétisme. C'était là de l'ingratitude, et je lui restituai le certificat qu'il m'avait délivré. Tant d'autres m'en ont fait sur leurs guérisons; mais je ne crois pas à propos de m'en servir ; on pourrait croire qu'ils sont donnés par complaisance, ainsi que l'a dit dans sa médecine curative M. Le Roi, rapport au marquis de Puységur, n'ayant pas de meilleures raisons à donner pour dénier ses guérisons par le magnétisme. Je dis cela dans l'intérêt de la science.

M. C..., receveur particulier, était affecté par les hémorroïdes. Lorsque les accès lui revenaient, ce n'était plus un flux de sang comme d'ordinaire, mais une véritable hémorragie qui l'obligeait à garder le lit, et le réduisait à un état alarmant. En 1834, au mois de décembre , je le magnétisai pour la première fois, il s'endormit aussitôt. Il fut magnétisé encore quatre fois, et depuis lors il n'en a plus été atteint.

La fille A... était parvenue à sa dix-neuvième année sans avoir jamais eu ses règles ; on l'appelait dans le pays l'hermaphrodite; tout à coup elle demeure paralysée aux extrémités supérieures et inférieures, au point qu'elle fut obligée de quitter le service en qualité de servante de M. le sous-préfet. Au mois de mai 1834 je la magnétise matin et soir, pendant huit fois; alors son corps se couvrit d'ecchymoses d'un rouge foncé. Elle en fut effrayée, et ne voulut plus se laisser magnétiser ; mais huit à dix jours après, les règles qu'elle n'avait jamais connues se déclarèrent. Elle fut entièrement guérie et reprit son service.

En 1835, au mois d'octobre, M. G..., juge de paix, éprouve une attaque d'apoplexie, bientôt il perd la parole. Le lendemain j'arrive chez lui : je le trouve privé de l'usage des sens et de la langue. Je le magnétise pendant dix minutes ; après quoi je lui demande s'il peut me dire comment il se sent. A ma grande surprise (car lorsque j'arrivai il était dans un état très-alarmant), il me répond que sa tète est allégée, et un moment après il appelle un de ses parents qui était dans la chambre, et lui parle des affaires domestiques de ce dernier. Ceci me remplit de stupeur. Les parents me dirent que le médecin se proposait de le saigner; je m'y opposai, mais avec défiance de moi-même, en faisant observer que l'apoplexie n'était pas sanguine mais séreuse, ce qui était une contre-indication de la saignée, surtout dans le malade qui était alors dans sa soixante-seizième année. J'appris que le soir on l'avait saigné, couvert de sangsues, et qu'il était empiré. Je ne reparus plus à la maison, et le surlendemain il mourut.

En 1834, au mois de juillet, M. L... fut atteint d'une jaunisse très-prononcée; le blanc même des yeux était jaune. J'étais chez lui, à la campagne, où il me dit que cette maladie l'alarmait et qu'il voulait faire une consultation ; je lui fis remar-

quer que cela n'était pas nécessaire, et que j'aurais taché de le guérir. Il tombe immédiatement dans le somnambulisme. Je n'ai jamais connu un sujet magnétique plus précieux que cet homme, comme j'aurai occasion de le faire connaître plus tard. Pendant son sommeil il me dit que la bile était répandue dans les lieux qui ne lui sont pas naturels, et qu'il ne savait pas nommer; un peu plus tard il me dit qu'il la voyaitdescendre, et qu'à son réveil elle serait sortie par le canal des urines.

En effet, à son réveil, après une heure de sommeil, il alla dans sa chambre et me fil voir la bile jaune qu'il avait évacuée dans son pot de chambre par le canal de l'urètre. Pendant toute la journée il ne fit que rendre de la bile, et le lendemain il était guéri.

En 4833, Mme R..., sœur de ce dernier, avait une grossesse malheureuse, avec gonflement excessif des jambes et des pieds. L'enfant qu'elle fil mourut; depuis, suppression totale de ses règles. Une consultation de médecins à Aix tenta vainement tous les secours de l'art pour rappeler ses menstrues. On finit par lui conseiller d'aller en Corse, sa patrie, pour boire les eaux martiales d'Orezza. Elle se rend dans cette ile chez son frère, à une petite distance de Calvi. Comme ami de son mari , je vais la voir; le soir ce dernier me prie de tenter le magnétisme. Son frère me fait les mêmes instances. Nous étions dans le mois de juin 1834. En cinq minutes elle tombe en somnambulisme. Pendant son sommeil je fis remarquer aux assistants les belles couleurs de rose dont s'ornaient les traits de son visage : c'était le travail paisible de la nature. Après une heure et demie je la réveillai, elle se trouvait très-bien. A onze heures du soir chacun alla se coucher. A deux heures après minuit, elle se réveille baignée dans son sang. Son mari eut recours à tout le linge qui était sous sa main. Après le retour de ses règles , elle est devenue enceinte, et s'en est retournée à Aix où sa grossesse a été des plus heureuses, sans gonflement aux jambes ni aux pieds, ayant toujours bon appétit. Je ne l'ai plus revue.

Le jeune V..., âgé de quatorze ans, élève au collège de Calvi, était attaqué d'une céphalalgie qui, quand elle lui revenait, l'obligeait à garder le lit pendant plus ou moins de jours, sans pouvoir ni manger ni voir la lumière, 11 était forcé d'inter-

rompre le cours de ses classes. Son père, en 1835, au mois de mai, l'emmène chez moi; je le magnétise trois fois, toujours en somnambulisme, et il est resté entièrement guéri.

En 1836, au mois d'avril, M. M..., substitut, était depuis sa jeunesse travaillé par une céphalalgie invétérée qui ne lui permettait de dormir ni le jour ni la nuit , quand elle lui revenait. Il arrive àCalvi, je le magnétise seulement deux fois, et depuis quinze mois il n'a plus rien ressenti : toujours il m'en parle avec reconnaissance.

En 1833, au mois de juillet, ma servante était allée à la rivière pour faire la lessive; elle retourne à la maison le soir avec un coup de soleil et un mal de tête violent ; yeux rouges et secs, ne pouvant supporter la lumière; assoupissement profond sur le soir. D'abord j'avais cru que c'était son ordinaire mal de tête qui depuis sa jeunesse lui revenait de temps en temps., et lui durait souvent huit jours, quoiqu'elle eût alors cinquante-deux ans; mais après un mûr examen, jereconnus que c'était une véritable insolation. Je la magnétisai : pendant son sommeil elle me dit qu'il semblait que je lui donnais des légers coups de marteau sur le crâne. Un peu après elle me fit savoir qu'elle sentait de l'eau qui de sa tète descendait le long des reins. — Monsieur, dit-elle, me voilà guérie, car je n'ai plus de douleur à la tête. Malgré cela je l'ai magnétisée encore trois ou quatre fois, et le lendemain il en est arrivé que nonseulement elle fut guérie de son coup de soleil, mais même de sa céphalalgie invétérée. Depuis 1833 elle n'a plus rien ressenti.

En 1837, au mois d'avril, Mmp B..., jeune mariée, était dans le neuvième mois de sa grossesse ; elle ressentait depuis quelques mois une douleur fixe sous la mamelle gauche. Les topiques n'avaient rien opéré. On lui propose l'application des sangsues : elle ne voulut pas y consentir, craignant de gâter son sein. Je la magnétise; elle tombe aussitôt en somnambulisme; la sueur se déclare. « Madame, ressentez-vous toujours des douleurs au sein ? — Non, monsieur; et j'espère qu'elle ne retournera plus. » A son réveil, elle fut étonnée de ne plus souffrir, et le mal ne revint plus. Quelque temps après, la grippe s'élant déclarée à Calvi, où il mourait beaucoup de monde, cette même Mme B... en fut atteinte aussi avec fièvre : ardeur con-

sidérable à la gorge, et une toux sèche et continuelle fatiguait extrêmement son estomac, ce qui était d'autant plus alarmant, à cause de sa grossesse. Je la magnétisai le soir, et la laissai endormie. Le lendemain je me rendis chez elle pour la magnétiser de nouveau. On me dit que pendant la nuit on lui avait changé trois chemises toutes trempées de sueur; et la fièvre ne revint plus. Elle a accouché heureusement; sa petite fille n'avait que vingt-sept jours, lorsque des convulsions fréquentes lui faisaient rejeter le peu de lait qu'elle prenait ; des lavements de quinine, avec une petite seringue, n'avaient produit aucune amélioration. La famille ne comptait plus sur elle. J'arrive, je magnétise un verre d'eau, je lui en fais prendre deux cuillerées à café; quelques minutes après, elle ouvre les yeux, fait plusieurs bâillements. Je prescris de lui en donner deux cuillerées de deux en deux heures : le soir elle tétait bien sans rien rejeter. Huit jours après je devais faire un voyage avec son père. J'arrive le matin chez lui, je trouve la famille dans la désolation ; on avait veillé toute la nuit; la petite l'avait passée dans les convulsions , et le père ne pouvait plus partir. Je magnétise de l'eau, je lui en fais prendre deux cuillerées; aussitôt elle ouvre les yeux, bâille, le visage quitte sa couleur cadavérique ; une heure après elle joue avec ses petites mains ; elle est guérie. Le père consolé part avec moi pour faire le voyage projeté , et depuis cette petite fille n'a plus rien éprouvé. Ce fait mérite, messieurs, toute votre attention : c'est de l'eau magnétisée qui a opéré ce prodige, et m'a jeté moi-même dans la stupeur.

Madame B..., sa grand'mère, dans le mois de juin dernier 1837, était en sueur, dans une journée très-chaude. Elle passe dans son salon, le ferme à clef, se déshabille et s'étend sur le canapé en chemise, avec les fenêtres ouvertes. A son réveil elle éprouve un refroidissement. Bientôt la fièvre se déclare avec un violent mal de tête : le lendemain au soir je me rends dans sa maison que je fréquente, je la trouve avec une forte fièvre qui ne l'avait plus laissée, et mal de tête. Elle me prie de la magnétiser ; en cinq minutes elle tombe en somnambulisme. Alors elle m'annonce qu'elle sue; bientôt la sueur est si abondante sur toutes les parties de son corps, que sa robe est mouillée ; elle me dit que le mal de tête est passé, et qu'elle

était bien. La nuit elle se lit changer trois chemises. La (ièvre et le mal de tête ne sont plus revenus, et elle jouit d'une bonne santé. Pour ne pas être prolixe, j'omets de parler d'autres guérisons.

Voilà pour les infirmités humaines.

Mais comme dans votre appel vous désirez pouvoir apprécier la valeur d'autres faits de magnétisme animal, permettez que je vous parle de choses qui passent l'intelligence humaine.

M. L.... dont j'ai parlé m'avait exprimé le désir de connaître si sa femme était enceinte d'un garçon ou d'une fille. Je l'avais magnétisée plusieurs fois ; il me suffisait d'étendre la main pour l'endormir. Pendant son sommeil il me dit qu'il voyait sa femme dans la maison de son beau-père qui tricotait. «Voyezvous l'intérieur de son ventre, et l'enfant qu'elle porte ? (elle était alors dans le mois.) — Je le vois enveloppé dans un sac et nageant dans une grande quantité de fluide. — Comment se tient-il ?— Avec les genoux plies et les mains fermées sur les yeux. — Regardez son sexe ? — Ah ! monsieur, que je suis content, c'est un garçon. — Comment le savez- vous ? — Je vois le membre viril. «Remarquez que cet homme illettré ne sait pas ce qu'est l'anatomie. En effet, sa femme accoucha en décembre 1834 d'un garçon.

Au mois de mars 1836, la dame L..., enceinte de six mois, souhaite un soir savoir le sexe du fruit qu'elle portait; je l'endors en présence du chef de l'administration, du sous-préfet, du commandant de la place, du procureur du roi et de plusieurs autres personnes notables. Pendant son sommeil, elle déclare qu'elle voit l'enfant nageant dans une grande quantité de fluide et enfermé dans un sac, et entre dans des détails comme si elle eût connu l'anatomie : elle était pourtant dans sa première grossesse et dans le sixième mois. « Voyez, madame, si c'est un garçon ou une tille? — C'est une fille. — Assurez-vous en bien.— C'est une fille, une tille, une fille.» Elle a en effet accouché d'une fille.

En 1837, au mois de février dernier, Mme S..., enceinte de huit mois, en sommeil magnétique a déclaré qu'elle était grosse d'un garçon. Lors de son accouchement elle a l'ail un enfant mâle. Pendant son sommeil, j'ai remarqué que celle dame avait une lucidité extraordinaire. Il était neuf heures du

soir : elle voyait son frère le capitaine à Versalles, qui se préparait à partir pour Alger. La lettre qu'elle a reçue ensuite a confirmé ce fait. Elle voyait aussi son père au village de Moncale qui se mettait au lit et disait à sa famille que le lendemain de bonne heure il voulait aller faire travailler la vigne. Arrivé à Calvi, il a confirmé la vérité de tout cela. Trois dames parmi celles qui étaient présentes à son sommeil avaient des incommodités, l'une un mal de tête, l'autre mal au pied, la troisième une douleur à l'épaule ; ma somnambule en les touchant delà tète aux pieds désigna leur indisposition.

M. L... dont j'ai déjà parlé, en 4834, à midi, au mois de juillet, pendant son sommeil, voyait une mortalité épouvantable d'hommes et de chevaux en Amérique, lesquels tombaient roides morts dans les rues. Comme il ignore la géographie, il ne pouvait me désigner la partie de ce continent ; seulement il me dit qu'il y faisait très-chaud. Quelques mois après les journaux annoncèrent ce sinistre. La même chose arriva à Pékin, en 1743. Depuis le 14 jusqu'au 24 juillet, la chaleur fut si forte que onze mille individus y succombèrent dans les rues de cette ville.

Il vit un soir, entre huit et neuf heures, le roi qui conférait avec les ministres dans son cabinet, aux Tuileries. Il dit qu'il était appuyé sur son coude, la main au front et très-absorbé. C'était à l'époque de la révolte de l'Espagne. Les journaux annoncèrent ensuite cette réunion le même soir.

Le 30 juin 1834, si je ne me trompe de date, époque de la réunion du collège électoral de Bastia, pour nommer le député de la Corse, je vais à la campagne de M. L...; je lui dis que le but démon voyage était de connaître le résultat des élections. Il consent à se laisser magnétiser ; à trois heures après midi, au moment où le collège se formait, il m'annonce que M. Limperani est député. — Comment pouvez-vous m'assurer cela, ne connaissant pas M. Limperani? — Je l'entends proclamer tel à haute voix, sur tous les points de la ville; et je vois M. Gavini son concurrent, que je connais, dans sa chambre, triste, en compagnie de six ou sept de ses amis. Le soir je le magnétise de nouveau, et il voit MM. Limperani, Pompei, sous-préfet, Iienucoli, percepteur, Belgoderi, avocat, et d'autres qui prenaient des glaces au café, entre neuf et dix heures du soir. Il

est à noter que M. L... n'a jamais été à Bastia, éloignée de son village, où j'étais alors, de plus de soixante milles. Au retour de M. le sous-préfet à Calvije lui demandai si cette réunion avait eu lieu le soir avec les personnes ci-dessus nommées; il me répondit que c'était la vérité, au café de Forcy, et que c'était lui qui avait payé les glaces. Après tous ces faits, je ne sais où le progrès des lumières s'arrêtera.

Enhardi par la lucidité prodigieuse de mes magnétisés qui voyaient ce qui se passait aux extrémités de la terre, je magnétisai un soir M.R... au milieu d'une société nombreuse; tout à coup il se lève, ouvre la porte qui donne sur une terrasse, monte précipitamment sur le parapet de la même qui n'était que de la largeur d'une brique, où il se met à courir. Je cours vers lui, épouvanté, et le saisissant par le pan de son habit : — Ah ! monsieur, que faites-vous? vous allez tomber en bas dans la rue. C'était la hauteur de trente pieds environ. — Je regardais si je pouvais descendre par ici pour aller me promener ; et il se penchait de tout son corps. Je le fis descendre sur la plate-forme. La lune alors brillait au-dessus de nos tôles. — Monsieur, regardez la lune, qu'y voyez-vous? — Des habitations assez mesquines. — Y voyez-vous des hommes ?• — Oui, les uns sur des arbres cueillant des fruits, les autres dessous occupés à les ramasser. — Quelle est leur physionomie? — Laide, en forme de museau; tous ont un bâton à la main, etc., d'une trèspetite stature. Ceci fit rire toute la compagnie, et il ne me fut plus permis de lui faire des demandes, à cause que tous parlaient ensemble.

En 1836, au mois d'octobre, dans une soirée brillante chez M. le sous-préfet, à Calvi, où se trouvaient réunis MM. le préfet, l'intendant, le commandant de la place, le commandant de la gendarmerie, le procureur du roi, le médecin en chef de l'hôpital militaire d'Ajaccio (c'était à l'occasion du conseil de révision) et autres employés , on proposa un pari que je n'aurais pas endormi M. l'intendant militaire. On savait que dans d'autres circonstances des magnétiseurs avaient tenté vainement de l'endormir; fait que j'ignorais alors. Le médecin proposa quarante francs pour le pari dans un sens négatif, et d'autres qui m'avaient vu souvent opérer parièrent pour l'affirmative : on me prie de décider : —Messieurs, leur dis-je, le magnétisme a

été inventé pour le soulagement de l'humanité souffrante; si j'entrais aussi dans le pari, je n'obtiendrais aucun résultat. Alors on me fit observer que Monsieur avait mal à l'estomac depuis deux jours : alors je consentis. Dans cinq minutes il tomba sur le canapé en somnambulisme, au grand étonnemcnt du docteur. Il avoua que son mal était à l'estomac, et en fit une description anatomique qui remplit de stupeur le médecin, en regardant avec admiration le magnétiseur et le magnétisé, n'ayant jamais assisté à de pareilles séances. Je lui dis de regarder la lune; elle était alors pleine. — Monsieur, quelle chaleur quil fait dans cet astre ! en faisant une pouffée de la bouche. Cela devait être ainsi, car certains points de cette planète étaient échauffés, comme on sait, par les rayons continuels du soleil depuis quinze jours. — J'y vois, monsieur, des animaux, etc Je ne puis comprendre ce qu'il dit, parlant à voix

très-basse, et à cause du bruit des joueurs aux caries. Je le réveillai, ce qui ne l'étonna pas peu. Je décidai alors de ne plus demander sur ces astres, que lorsque je serais seul avec un magnétisé. Quelques jours après, j'écrivis à M. L..., ce sujet magnétique par excellence, qui comme je l'ai déjà dit est illettré, et n'a aucune notion delà géographie, et bien moins de la lune dont je lui parlai avant de l'endormir. Il me dit qu'il no savait pas ce que c'était, et qu'elle pouvait être grande comme une meule de moulin.

Or, écoutez les notions qu'il m'en a données, un soir du mois de décembre 1834 , n'étant que lui et moi dans mon cabinet. — Monsieur, dormez-vous? — -Oui. — Regardez la lune, qu'y voyezvous ? — Je vois de hautes montagnes couvertes de neige ; des forêts immenses dont les arbres me paraissent plus hauts que les nôtres. Ah ! que vous me faites plaisir, en me faisant voir de si belles choses. — Ce n'est pas moi qui vois, c'est vous. — Mais c'est par votre volonté que je vois ; car si vous ne le vouliez pas, je ne verrais rien. — Quant à moi, je ne sais pas si tout ce que vous voyez existe dans la lune. — Mais moi je le sais , car il me semble être là, et que vous y êtes avec moi. Dans l'état où je suis, je ne puis pas mentir. Je vous ai bien des obligations de m'avoir fait connaître cette lune dont je n'avais aucune idée. (J'écrivais tout ce qu'il disait.) — Monsieur, que d'eau! je vois partout des ruisseaux, des torrents, des rivières, des lacs. Il

me semble entendre leur chute du haut des monts. En ce moment il pleut en certains endroits. — Voyez-vous des animaux? — Il y en a beaucoup errants dans les campagnes ; ils bondissent, mais ne ressemblent point aux nôtres. — Y a-t-il des arbres fruitiers? — Oui, beaucoup; leurs fruits me paraissent plus beaux que les nôtres par la couleur : ils ne sont pas de la même espèce. — Vous ne connaissez pas tous les fruits de notre terre? — Cela est vrai ; je parle de ceux que je connais. — Attendez, j'y vois le figuier ; oui, c'est bien lui. — Voyez-vous des habitations? — Je vois des villages, les maisons sont des espèces de cabanes. — Voyez-vous des habitants? — Je vois des hommes qui n'ont pas plus de trois pieds de haut , ils ont une iigure pointue en forme de museau , portant chacun un bâton à la main (ainsi les avait vus M. R...). — Pourquoi portent-ils chacun un bâton? — Comme ils ont les jambes torses , je crois que c'est pour mieux se soutenir. — Comment sont-ils habillés ? — Tant leurs habits que leurs culottes arrivent à mi-jambes, et sont d'un drap très-grossier. (J'oubliai de demander s'ils portaient des souliers.) — Puisqu'il y a tant de rivières, il y aura aussi une mer pour recevoir une si grande quantité d'eau? — Je n'en vois pas. — Regardez bien?— Je n'en vois pas. — Où va donc toute cette eau? — Je n'en sais rien. » Je commençai à perdre courage. — M. L... regardez l'autre côté de la lune? — Monsieur, donnez-moi encore du fluide? Je le lis. — Voyez-vous l'autre côté ? — Je le vois très-bien , et j'y vois une mer où vont se décharger toutes les rivières dont je vous ai parlé. — Vous m'avez consolé; à présent je crois à tout ce que vous m'avez dit. — Monsieur, je ne mens pas, parce que vous ne le voulez pas. — Y voyez-vous des maisons ? — Oui , j'y vois de petites villes où les habitations sont plus belles que celles du côté de la lune qui nous regarde. — Voyez-vous dans cet astre des traces d'agriculture ? — J'ai beau regarder, je n'en vois nulle part. — De quoi vivent les habitants? — De fruits. — Présentement retournons vers le côté de la lune qui nous regarde. Je me rappelle que nous étions alors dans la phase entre la nouvelle lune et le premier quartier. — Que font les hommes que vous avez vus ? — Les uns font de grands feux sur les places, d'autres sont dans les cabanes autour du feu. — Que font-ils? — Ils fument. — J'aurais pu demander

tant d'autres choses, mais qui peut penser à tout ? J'aurais eu besoin d'un aide.

Tout cela paraît bien extraordinaire, et mérite, messieurs, toute votre attention ; ce n'est pas un astronome qui a parlé, mais un ignorant, comme je l'ai déjà dit. J'ai cru de mon devoir de vous faire part de mes découvertes en fait de magnétisme animal, tant dans l'intérêt de l'humanité souffrante que dans celui de la science. Ce n'est pas par ambition que je vous adresse ces mémoires, car je tiens à mon état de magistrat , mais par un sentiment d'humanité ; car la maxime du magnétiseur est : Un cœur droit et Vamour du bien. C'est encore pour vous prier d'engager le gouvernement du roi à protéger celte découverte, que j'appelle divine. Elle a été trop longtemps méconnue et contrariée : la médecine en retirera des avantages incalculables ; et le corps illustre auquel je parle, par son appel, a déjà fait voir qu'il s'est élevé en science et en grandeur d'âme au-dessus de ses prédécesseurs qui , en 1784, déclarèrent que le magnétisme animal était une chimère : et j'aime à croire qu'ils parlaient de bonne foi.

Je pense, messieurs, que tous les hommes ont la faculté du magnétisme en plus ou en moins ; ceux qui la possèdent à un haut degré ne doivent pas s'en enorgueillir. C'est la nature qui donne cette faculté, et non l'art et la science. Ce n'est que depuis six ans que j'ai découvert en moi ce don par un pur effet du hasard ; et je serais ingrat envers la Providence , si je ne cherchais pas à le communiquer.

Agréez, je vous prie, messieurs, les sentiments de ma haute considération.

J.-L. de Pétriconi.

A Galvi, le 10 juillet 1857.

P. S. Si ce que je viens d'exposer ne paraît guère croyable, je n'ai qu'une réponse à faire : qu'on vienne ici, ou qu'on envoyé, et je renouvellerai sur d'autres malades les mêmes épreuves, les mêmes guérisons ; et sur ceux qui sont en santé, les mêmes expériences scientifiques. Une preuve de fait vaut plus que tous les arguments du monde.

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