‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 19 sur 107 · INTRODUCTION. XXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXIII

qui se sont toutes passées au milieu d'énergumènes des deux sexes, dont les uns y étaient poussés par le libertinage, d'autres par un fougueux mysticisme. Mais ici Hecquet pense qu'il y avait de l'imposture; qu'aucun témoin calme, sévère et de sang-froid, n'aurait été admis à vérifier certains faits, tels par exemple que le poids du biscuit, la forme du sucre d'orge, etc. Les croyants comme Carré de Montgeron n'ont pas hésité à en infé rer qu'il y avait invulnérabilité y mais d'autres scènes véritablement épouvantables prouvent le contraire : nonseulement des filles convulsionnaires se faisaient stygmatiser, mais il en est qui ont été jusqu'à se faire crucifier, jusqu'à se faire enfoncer des clous à travers les mains et les pieds. Etaient-elles invulnérables celles-ci? Non assurément; pour elles comme pour d'autres les clous étaient des instruments piquants, de même que les chenets, les pierres, les sucres d'orge et les biscuits auraient été des instruments contondants et meurtrissants. S'il y a de l'étonnement, de l'admiration à réserver, ce n'est donc pas pour une prétendue invulnérabilité, mais bien pour le fanatisme qui portait ces créatures à endurer ces traitements, ces tortures. C'était sous cet aspect que Diderot avait vu ces faits ; aussi voyez comme il s'exprime. « Et de nos jours, dit-il, n'avonsnous pas vu, dans des assemblées de convulsionnaires, une de ces femmes qui figurait en bourrelet l'enfance de l'église, les pieds et les mains cloués sur une croix, le côté percé d'une lance, garder le ton de son rôle au milieu des convulsions de la douleur, sous la sueur froide qui découlait de son visage, les yeux obscurcis du voile de la mort, et s'adressant au directeur de ce troupeau de fanatiques, lui dire, non d'une voix souffrante : Mon père y je veux dormir y mais d'une voix enfantine : Papa, je veux faire dodo? Pour un seul homme, il y a cent femmes capables de cette force et de cette présence d'esprit. »

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C'est, cette même femme, ou une de ses compagnes, qui disait au jeune Dudoyer qu'elle regardait tendrement, tandis qu'avec une tenaille il arrachait les clous qui lui traversaient les deux pieds : « Le Dieu de qui nous tenons le don des prodiges ne nous a pas toujours accordé celui de la sainteté. » (Correspond, de Grimm et Diderot, n, 252.)

Mais les secours administrés aux fdles convulsionnaires n'étaient pas toujours aussi atroces; il en était auxquels on pouvait plutôt reprocher de l'immoralité; aussi le fervent auteur de la lettre sur les convulsions convient, qu'en apparence du moins ils étaient blâmables. « D'abord, dit-il, parce que ces secours ne pouvaient leur être administrés que par des hommes; et c'était, ajoute-t-il, presque toujours aux dépens de la bienséance (loc. cit., 13). Les uns en effet consistaient à les élever les pieds en haut, à les balancer, à leur marcher sur le ventre et sur la gorge, à les écarteler, les tirailler, etc. Toutefois ce n'étaient encore là que ténèbres mêlées à de vives lumières; œuvre que ne pouvaient juger les profanes.

Hecquet récuse encore ici le jugement et même la compétence des théologiens, et il va faire rentrer ces faits dans le domaine de la médecine. Et d'abord , reprend-il, tous ces impertinents secours conviennent-ils à des personnes qui font profession de sagesse? Quand ce sont des hommes qui marchent ainsi pieds nus sur le ventre de ces filles, à peine couvertes d'une chemise ; des hommes qu'elles choisissent elles-mêmes ! comment ne pas être blessé des étranges privautés qu'elles permettent, jusqu'à se laisser coller sur le corps de ces hommes entre lesquels elles se pressent, et qui sont pressés par d'autres ?

C'était alors qu'elles étaient en quelque sorte arrivées au sujnmumdc l'état convulsif qu'elles demandaient ces secours à grands cris, échevelées, le cou et les jambes

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nues ; quelques-unes même, ajoute Hecquet, auraient été jusqu'à se dépouiller entièrement de leurs habits (op. cit., 32).

Quel nom donner, poursuit ce médecin, à l'attitude d'une fdle qui se huche sur les épaules d'un homme, s'accolant sur son cou et laissant pendre ses jambes à gauche et à droite? Et quelle n'est pas l'impudence de cette autre qui se jette à demi nue sur les genoux d'un homme pour y prendre des convulsions (op. cit., 33). Comment ne pas être scandalisé d'en voir d'autres se placer la tête en bas et les pieds en l'air, et faire des culbutes qui ne sont que des sauts de polissons ?

Par cela que ces filles convulsionnaires permettent à des hommes seulement et à des hommes qu'elles ont choisis de monter sur leur ventre, on peut reconnaître quelle est la nature de leurs convulsions. Le sage a dit qu'il faut craindre en marchant sur des charbons ardents de se brûler les pieds; mais ici ne seront-ce pas les pieds qui brûleront le sol qui sera dessous? (Loc. cit., 80.)

N'en sont-elles pas venues à ce point de dévergondage de se faire berner dans des draps tenus par six ou huit hommes , et de se faire ainsi sabouler le corps en tout sens? Où prendre en tout cela du divin et du surnaturel? à moins qu'on n'entende par surnaturel ce qui est contraire au naturel pudique de filles chrétiennes? (Loc. cit., 86.)

Enfin ne se croirait-on pas à la foire, puisqu'il y eu a qui prétendent avaler des charbons ardents, ou bien des livres reliés, comme un Nouveau Testament avec sa housse, et qu'une autre casse des pierres et des morceaux de marbre avec sa tête !

Hecquet termine par un parallèle entre les possessions de Loudun et les convulsions de Saint-Médard : dans les deux cas, dit-il, il n'y avait rien de surnaturel. Ceci a été bien et dûment prouvé à Loudun, lorsque d'après

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