‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 20 sur 107 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

l'ordre de l'archevêque de Bordeaux la faculté de Montpellier fut consultée à ce sujet; cette faculté expliqua savamment la nature de toutes les opérations de ces créatures trompées et artificieuses.

Elle n'est donc ni obscure ni inconnue, cette épidémie, dit en finissant Ilecquet; les caractères en ont été décrits par les médecins de tous les temps, et on les retrouve sensibles et évidents chez les filles convulsionnaires; caractères si étranges, suivant l'observation du prince de la médecine, que l'on serait porté à croire qu'il y a comme une bête, suivant l'expression de Platon, une bête qui tourmenterait les parties du bas-ventre de manière à amener ces étranglements et ces suffocations (op. cit. 9 449).

A l'imitation du philosophe ancien, de Platon, notre philosophe moderne, Diderot, a été aussi frappé de cette idée, et voici comment il la développe dans son langage pittoresque et éloquent: « La femme dominée par l'hystéricisme semble éprouver je ne sais quoi d'infernal et de céleste ; quelquefois elle m'a fait frissonner sous l'action de la bête féroce qui fait partie d'ellemême. Je l'ai vue, je l'ai entendue : comme elle sentait! comme elle s'exprimait! ce qu'elle disait n'était point d'une mortelle... Mais cette imagination fougueuse, cet esprit qu'on croirait incoercible, un mot sufïit pour l'abattre... Un médecin dit aux femmes de Bordeaux, tourmentées par des convulsions effrayantes, qu'elles sont menacées de devenir épileptiques; les voilà guéries. Un médecin secoue un fer ardent aux yeux d'une troupe de jeunes tilles en convulsions, et les voilà guéries. Le dégoût de vivre saisit les femmes de Milet; les magistrats déclarent que la première femme qui se tuera sera exposée sur la place publique : plus de suicide ; voilà les Milésiennes réconciliées avec la vie.

» Les femmes sont sujettes à une férocité épidémique; l'exemple d'une seule en entraine une multitude; il n'y

INTRODUCTION, XWVII

a que la première qui soit criminelle, les autres sont des malades. 0 femmes! vous êtes des enfants bien extraordinaires ! »

Et Diderot, s'en prenant ici à Thomas qui avait voulu se mêler d'écrire sur ce sujet, l'apostrophe ainsi : '« Quand on veut écrire des femmes, il faut, M. Thomas, tremper sa plume dans l'arc-en-ciel, et secouer sur ses lignes la poussière des ailes du papillon; il faut être plein de légèreté, de délicatesse et de grâces, et ces qualités vous manquent. Comme le petit chien du pèlerin à chaque fois qu'on secoue sa patte, il faut qu'il en tombe des perles, et il n'en tombe aucune de la vôtre.» (Op. cit., 252 et sequent.)

Pourquoi les idées de possessions, de sortilèges, de magie ont-elles toujours été plus particulièrement propagées au moyen des femmes? Diderot l'explique encore ici: « Là où il y a un mur d'airain pour nous, il n' y a souvent qu'une toile d'araignée pour elles : tandis que nous lisons dans les livres, les femmes lisent dans le grand livre du monde,- aussi leur ignorance les dispose-t-elle à recevoir promptement la vérité quand on la leur montre, et aussi le mensonge avec la même facilité. )>

Revenant à nos faits historiques, nous dirons qu'on devait croire en avoir fini pour toujours avec ces idées de possessions et de sortilèges, lorsqu'en 1 774 Gassner se mit à son tour à faire de nouveaux prodiges. A l'aide d'une prétendue intervention divine, il guérit d'abord les maladies de ses paroissiens ; puis il vint à Ratisbonne opérer sur une plus grande échelle.

Gassner est en quelque sorte le précurseur de Mesmer, qui bientôt paraîtra sur la scène ; Gassner guérit les maladies par des attouchements et par l'imposition des mains. Ses exorcismes n'étaient pas tous de la même nature; il y en avait qui étaient simplement explorateurs, d'autres qui étaient médicateurs. Les premiers

XXXVJII INTRODUCTION.

servaient à lui faire reconnaître le genre de maladies qu'il aurait à traiter ; les autres à en amener la guérison.

Gassner, suivant le reproche que lui en a fait de Haën, avait fini par renouveler en Allemagne les anciennes croyances aux possessions et aux mauvais esprits; on annonçait de nouveau qu'il y avait des démoniaques, et cette rumeur, dit Thouret, acquit assez de crédit pour que l'impératrice prît des mesures à ce sujet. En d'autres temps on aurait soumis les démoniaques aux exorcismes et aux épreuves du rituel ; l'impératrice les fit soumettre aux traitements de de Haën. La fourberie fut découverte aussitôt et les bruits populaires dissipés.

De Haën a rapporté l'observation de trois femmes dites possédées ou démoniaques ; il en a donné une histoire très-détaillée (Thour. Recherches > 224).

Mais, après avoir indiqué rapidement quelles ont été et les impostures et les jongleries successivement organisées pour tromper les hommes, aussi bien dans l'antiquité, dans le moyen âge, que dans les xvne et xvme siècles, il est temps de remonter au point de départ, à la première origine de faits annoncés encore aujourd'hui, comme non moins merveilleux que tous les autres, c'est-à-dire des faits prétendus magnétiques.

Cette origine remonte beaucoup plus haut qu'on ne le croit communément ; mais d'un autre côté , si l'on en croyait certains adeptes, tous les faits dils surnaturels que nous avons fait connaître, et bien d'autres encore, vrais ou faux, peu importe, n'en seraient pas moins dus au magnétisme animal.

Chez les Hébreux, il faudrait mettre en tête des magnétiseurs Moïse, Aaron, Samuel, Balaam, Elie, Elisée, etc., etc. (Foissac, Op. cit., 461). Onfaitremarquerque, quand Moïse tenait ses mains élevées, Israël était victorieux, et que lorsqu'il les abaissait, Amalec avait l'avantage (462).

Page 1