OBSERVATIONS PRELIMINAIRES SUR CETTE TROISIÈME PROPOSITION
Nous avons prouvé dans la première partie de ce rapport (pie le magnétisme animal, c'est-à-dire l'art d'exciter des convulsions par des causes indiquées dans notre première partie, «'si un moyen essentiellement irritant, et qu'il n'a point d'autre
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propriété (1). On ne saurait donc croire avec l'auteur de celte troisième proposition qu'il ait la vertu calmante : comment pourrait-il restituer le ton des solides, augmenter leurs oscillations et calmer l'érélhisme? On prétend, il est vrai, pouvoir par certains procédés diminuer l'irritation excitée d'abord; mais, quand bien même le magnétisme posséderait cette double propriété contradictoire dans le môme moyen, ne serail-il pas imprudent et dangereux d'en faire usage dans tous les cas où la cause irritante est naturellement trop forte, où les solides ont trop de ton ? on augmenterait alors l'irritabilité et l'oscillation des fibres déjà trop tendues ; et qui oserait se flatter de remédier au mal lorsqu'il aurait acquis une telle intensité ? En supposant donc que le prétendu magnétisme animal réunit les propriétés contradictoires qu'on lui attribue, il ne conviendrait ni dans le traitement des maladies inflammatoires, ni en général dans celui du plus grand nombre des maladies aiguës.
COMPARAISON DES EFFETS DU PRETENDU MAGNETISME ANIMAI, , AUXQUELS ON A DONNÉ LES NOMS DE COCTION ET DE CRISES , AVEC CES DEUX MOYENS DE GUERIR EMPLOYÉS PAR LA NATURE (2).
1° La nature annonce, continue et opère la coclion et la crise
(1) Ici, en vérité, les commissaires et les magnétiseurs combattent à armes égales, ce sont des suppositions opposées à des suppositions; les magnétiseurs soutiennent que le magnétisme donne du ton aux solides, réveille des oscillations, calme rérélhisme, etc., etc., c'est-à-dire qu'ils gratifient un agent supposé de propriétés également supposées. Que font les commissaires? Au lieu de se borner à la question de fait , à la seule question de l'existence ou de la nonexistence du magnétisme, ils s'enfoncent dans une explication qui ne vaut pas mieux que celle des magnétiseurs; ils soutiennent que le magnétisme, c'est-àdire cet être dont ils nient l'existence, est cependant un art, ou plutôt un moyen, et que ce moyen , par l'auxiliaire de causes indiquées, est un irritant! et de là son danger dans les maladies inflammatoires et en général dans les maladies aiguës; quelles pauvretés !
(2) Voici maintenant un parallèle entre les crises réellement pathologiques, ou plutôt médicalrices, et les crises magnétiques. On doit s'attendre à de singuliers contrastes; au reste telle était la médecine de l'époque ; c'est le résumé de la doctrine des crises telle qu'on l'admettait alors.
par des mouvements qui, quoique prompts, oui une certaine durée, qui se succèdent sans interruption, et qui terminent la maladie à des époques et en suivant une marche connue des bons observateurs.
Ce que l'on appelle magnétisme animal agit inopinément, d'une façon brusque et subite; ou l'interrompt, on le reprend, on suspend ses effets, et jamais on ne produit que de l'irritation et des secousses.
2° La nature emploie pour la coction et les crises salutaires des efforts modérés : la coction n'a pas lieu, et l'issue de la crise est funeste lorsque les mouvements se font avec trop de violence et d'intensité.
Cependant les procédés du magnétisme animal se bornent à produire des effets de cette dernière espèce ; on s'efforce de les augmenter, on s'applaudit lorsqu'ils sont portés au plus haut degré, et c'est à ce résultat pénible et dangereux pour le malade que l'on donne le nom de crises, quoique toutes les conditions soient diamétralement opposées entre les crises naturelles et ces effets. N'en doutons pas : c'est cette nomenclature qui a trompé, qui en a imposé sur les vertus attribuées au prétendu magnétisme animal.
3° Les évacuations qui ont lieu à la suite de ces procédés sont toutes crues (4); on n'y reconnaît aucun signe décoction, mais tous les caractères de la crudité et de l'expression : elles ne soulagent point le malade (b). Il y a donc la même
Ces crises étaient annoncées, puisqu'il y avait des jours indicateurs; effectuées à terme fixe, puisqu'il y avait des jours décrétoires et des jours non décrétoires.
(1) Voyez jusqu'où les commissaires se sont laissé entraîner; ils en sont à discuter sur le degré de crudité ou de coction , c'est que dans le magnétisme de l'époque il y avait aussi des évacuations; on les provoquait à dessein, nous l'avons vu , à l'aide d'une solution de crème de tartre etde frictions sur l'abdomen , de sorte que sous ce rapport ils étaient en mesure de tenir tête aux médecins; ou plutôt il n'y avait plus qu'un point en litige, savoir jusqu'à quel point la matière était louable !
(b) II faut bienprendre garde de se tromper à cet égard. Les malades tombés en convulsions par l'effet du magnétisme animal , dansles instants de rémission, qui sont ceux où ils ont quelquefois des évacuations, se trouvent soulagés; mais ils le sont de l'oppression et de la gêne que produisaient le spasme et la contraction convulsive; ils le sont comparativement à l'état pénible dans lequel
différence entre les évacuations que produit le magnétisme animal et celles que la nature prépare, qu'entre les prétendues crises opérées par Le magnétisme et celles qui sont le résultat des efforts naturels.
Il nous reste à faire connaître les dangers auxquels expose la méthode proposée par MM. Mesmer et Deslon(l).
on les a jetés, mais non pas comparativement à leur état habituel. Il en arrive autant à tous ceux qui ont des attaques de spasme : quand l'accès est iini, ils éprouvent un soulagement qui n'est relatif qu'à la fatigue de l'état convulsif lui-même qui a précédé immédiatement le repos dont ils jouissent.
(Noie des commissaires.)
(1) Cette question était bien certainement très-importante à discuter; eh bien! les commissaires se sontencorecompiétemenl fourvoyés, puisqu'ils se proposaient d'examiner les dangers de la pratique du magnétisme animal. Qu'est-ce donc qu'ils devaient avant tout examiner, si ce n'est la question de morale? nous avons vu que, dans leur rapport secret, les commissaires de l'académie des sciences avaient en vue particulièrement le côté moral ou plutôt le côté immoral de cette pratique. Eh bien! ici les commissaires vont se mettre à discuter doctoralement et d'une manière abstraite les effets des frictions ou de l'application des mains! ils vont comparer ces effets à ceux des moxas, du feu, des canlharides, etc., etc. C'est que trop souvent les médecins sont et restent gens d'école; et alors arrivent les explications, les subtilités, toutes les arguties enfin dont ils ont si longtemps entendu retentir leurs amphithéâtres.
Tout est faux d'ailleurs ici : le massage en usage dans l'Orient est bien une autre opération que l'application des mains et le frottement des magnétiseurs, et cependant on ne parle pas d'humeurs vagues et hétérogènes qui se répandraient dans toute l'habitude du corps, d'ébranlements, de désordres universels dans toutes les fonctions organiques.
Il faut le répéter, les commissaires se sont ici complètement fourvoyés; ils auraient dû dépouiller un peu la vieille peau du médecin, et au lieu de trouver, comme effet de l'application des mains, des humeurs vagues et hétérogènes, ils auraient compris que les femmes fatiguées de leur oisiveté, qui venaient demander des distractions au magnétisme, devaient éprouver des phénomènes d'un tout autre ordre, quand lemagnétiseur leur promenait les mains sur le ventre, ou les tenait appliquées sur la région desreinsct sur celle des ovaires, car c'était là pour les magnétiseurs les lieux d'élection ; c'était donc le côté moral qu'il fallait aborder, et pour cela il ne fallait ni recherches anatomiques, physiologiques et pathologiques , il fallait du bon sens et quelque connaissance du monde.
DU MAGNÉTISME VNIMÀL. 433