F.FKETS DANGEREUX DU MAGNETISME
1° L'application des mains et le frottement sont les deux procédés les plus actifs que l'on emploie dans les opérations du magnétisme animal. Ou exécute ces procédés sur les régions de la surface du corps qui répondent aux viscères les plus sensibles, les plus irritables, qui sont en même temps destinés aux fonctions les plus essentielles de l'économie ; d'où il résulte plusieurs inconvénients, celui d'exciter une violente irritation dans ces organes et celui d'attirer sur eux, de fixer dans leur tissu les humeurs vagues et hétérogènes répandues dans toute l'habitude du corps; en effet il est d'expérience qu'elles se portent ou plutôt que les lois de l'économie animale les dirigent vers les points que l'on stimule. (Test d'après ces vues que l'on applique le moxa, le feu, les cantharides et autres épispastiques ; que l'on ouvre des cautères pour appeler l'humeur au dehors. Mais, en excitant l'irritation sur les parties internes, on s'expose à produire un effet directement opposé.
2° On porte l'irritation sur des organes qui communiquent et sympathisent, par le moyen d'un grand nombre de nerfs, avec les autres parties du corps. Quand l'ébranlement s'est communiqué à toute l'économie, on l'entretient, on le fortifie, en agissant sur le foyer d'où il émane, et sur les points les plus sensibles des régions vers lesquelles il s'est propagé; d'où il résulte un trouble généra!, un tumulte et un désordre universel dans toutes les fonctions organiques.
3° Les opérations du prétendu magnétisme animal, sont longues et très-multipliées; on les répète souvent deux fois chaque jour, Les convulsions qui en sont la suite durent toujours longtemps et quelquefois pendant plusieurs heures. Ce renouvellement fréquent des mouvements spasmodiques expose les malades au danger d'en contracter l'habitude; car, quelle que soit la cause des convulsions, l'expérience a constamment prouvé que si l'on ne parvient pas aies guérir, à en détruire la cause en peu de temps, elles augmentent en durée eien fréquence, el deviennent plus tôt ou plus tard l'état habituel du malade.
4° Les effets que produisent les procédés du prétendu ma-
KVt HISTOIRE ACADÉMIQUE
gnétisme animal sont des convulsions et des évacuations.
Premièrement. Les convulsions (4), outre les inconvénients dont nous avons déjà parlé, suspendent les sécrétions; elles diminuent par l'effet de l'éréthisme la capacité des vaisseaux; elles exposent donc les malades à la stase des liqueurs, aux congestions et aux engorgements de toute espèce.
Deuxièmement. Elles exercent principalement leur action sur le cerveau, par la réaction que lui communiquent les nerfs stimulés. Ainsi, parmi les personnes mises en convulsions par les procédés du magnétisme animal, les unes sont engourdies et privées de leurs facultés intellectuelles; d'autres tombent dans un assoupissement profond; plusieurs au contraire s'agitent et éprouvent du délire, ont une espèce de folie dont la durée égale celle des prétendues crises ou des convulsions qu'on leur occasionne, c'est-à-dire pendant plusieurs heures. Il ne faut pas être médecin pour apercevoir tous les inconvénients de ces manœuvres, et pour sentir combien il est dangereux d'exposer deux fois par jour des personnes très-sensibles à des commotions aussi violentes.
On [sait par expérience combien les convulsions sont funestes pour les malades qui ont des tumeurs squirreuses ou carcinomateuses, pour ceux dont la poitrine est délicate et qui sont disposés à la phthisie, et en particulier pour les femmes qui souffrent de la matrice : on a observé que les convulsions
(1) Mais, bon Dieu! qui ne sait que des convulsions feintes ou réelles sont choses mauvaises; eh bien! les commissaires vont de nouveau entrer dans de longues discussions pour prouver qu'il n'est ni agréable ni salutaire d'avoir des convulsions ; enfin , pour nous servir de leurs propres expressions , que les convulsions ont des inconvénients ! Et cela va être prouvé par premièrement et par secondement : on dira comme quoi les convulsions, étant fâcheuses pour ceux qui se portent bien , sont encore moins désirables pour ceux qui ne se portent pas bien, qu'elles sont toujours funestes (sic) pour les malades qui ont des tumeurs squirreuses ou carcinomateuses, parce qu'elles disposent les squirres à se changer en cancers!
En vérité, lorsqu'on voit des médecins faire gravement des observations de cette nature autour des baquets magnétiques, on serait tenté de préférer la généreuse indignation de Berthollet qui, à l'aspect de cette mascarade, comme il rappelle, renverse d'un coup de pied le baquet de Mesmer et disperse tous ses adeptes.
disposent les squirres à se changer en cancers, qu'elles hâtent l'ouverture des cancers occultes, et qu'elles accélèrent la dégénérescence des cancers ouverts. L'expérience a également prouvé que les convulsions déterminent ou renouvellent le crachement de sang, qu'elles augmentent le progrès des ulcères, qu'elles aggravent la suppuration des tubercules ; qu'elles développent, dans les femmes, tous les accidents et les maux dont la matrice, dans un état d'orgasme et d'irritation habituelle, peut devenir le foyer, considération qui s'étend très-loin, tant au physique qu'au moral, et surtout que leurs suites sont funestes à celles dans lesquelles ce viscère est affecté d'une manière réelle, soit d'un engorgement sanguin, soit d'obstructions, soit de squirrosités.
Mais, comme il est souvent difficile de décider si les malades sont dans les différents cas que nous venons de citer, ou menacés d'y tomber, et que ces dispositions sont très-fréquentes, il est téméraire et très-dangereux d'exposer à ces accidents le grand nombre en général, et en particulier les personnes faibles et sensibles dans lesquelles il est très-rare qu'il n'y ait pas quelque organe plus ou moins affecté.
5° Les évacuations qui succèdent aux convulsions excitées par le prétendu magnétisme animal sont le produit d'une contraction universelle ou de la convulsion de quelques organes; il n'en résulte donc que la déperdition d'une substance souvent précieuse, et non une dépuration des fluides et l'expulsion d'une humeur acre et hétérogène. Plus ces évacuations sont abondantes, plus, loin d'être salutaires comme on l'a prétendu, elles diminuent les ressources de la nature en exposant à un affaissement , à un accablement et à une faiblesse sans remèdes.